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LES DÉPENDANCES

DE

L'iBBAYE DE SÂmT-GERMAIN-DESrRÉS

LiouaÉ (Vienne). Imprimerie E. Aubin

ARCHIVES DE LA FRANCE MONASTIQUE

VOL. ,Y^fÇ:j

LES DÉPENDANCES

DE

L'ABBAYE

DE

SAINT-GERMAIN-DES-PRËS

C'

PAR

D. ANGER

lt)^?o^.

TOME DEUXIÈME

SEINE-ET-OISE

1-3 3p.

LIGUGE

ABBAYE DE SAINT-MARTIN CHEVETOGNE (PAR LEIGNON, BELGIQUE)

PARIS

LIBRAIRIE VEUVE POUSSIELGUE 15, RUE CASSETTE, 15

1907

PREFACE

Avant de livrer au public le second volume des Dépendances de Saint-Germain-des-Prés, on me permettra de remercier tous ceux qui ont facilité ma tâche par leurs conseils, leurs lumières, et spécialement M. Couard, le sympathique et savant archiviste de Seine-et-Oise, qui n'a cessé de me témoi- gner, même au milieu d'un deuil cruel, un actif et bienveillant intérêt. Il me fut donné, en 1900, d'apprécier son zèle pour l'histoire. A l'Exposition universelle de cette même année, dans un pavillon du Champ-de-Mars, au milieu d'un salon bien aménagé, se trouvaient les monographies, souvent volu- mineuses, de toutes les communes de Seine-et-Oise, présentées par les instituteurs de ce département. Elles dénotaient une prodigieuse somme de travail et indiquaient qu'on avait consulté les documents anciens et modernes. Qui avait guidé les recherches de ces érudits, soucieux d'accomplir intégra- lement leurs devoirs et d'élever un monument à l'honneur des études primaires? On le devine sans peine. J'ai passé des heures, des journées, des semaines entières à lire attentivement ces compositions multiples, et le voisinage de nombreuses

VI

niuchincs aux proportions colossales, au ramage presque étourdissant, ne me fit rien perdre du vif intérêt qu'inspiraient ces travaux. Je ne veux point dire qu'ils eussent tous la même valeur, la môme impartialité. C'est à peine si quelques-uns accusaient la hâte, une dangereuse précipitation, un défaut de contrôle. Les auteurs, après avoir longtemps cherché, trou- vaient, dénonçaient de terrifiantes oubliettes les ossements blanchis de malheureuses victimes criaient vengeance ! ! ! Il est fort regrettable qu'ils aient oublié de citer les témoins, les preuves de ces lugubres trouvailles. Tout le monde le sait, il n'est point permis de faire des versions, des assertions pure- ment utiles ; rien ne saurait les justifier. On ne peut, sans manquer à la dignité humaine, abuser de la crédulité de ses semblables.

Les écoles primaires des temps anciens ont mérité l'attention de nombreux instituteurs. La plupart admirent le dévouement, l'abnégation, le désintéressement, la conduite édifiante, exem- plaire des maîtres, mais ils finissent par leur adresser un reproche mérité : ils passaient trop de temps à l'église et l'en- seignement en souffrait. Hélas ! ce n'était point leur faute, s'il fallait, en chantant l'office, parfaire un traitement trop maigre légué par un bienfaiteur local. Pour les juger, il faut tenir compte des besoins, des sentiments de l'époque. Sans doute, ils ne connaissaient point les méthodes perfectionnées de notre enseignement qui développe si merveilleusement l'intelligence, sans fatiguer, surmener les jeunes élèves. J'aurai peut-être l'occasion de revenir sur un sujet aussi noble. Si l'instruction primaire a progressé, les études supérieures n'ont point faibli. Depuis quelques années, je remarque avec bonheur qu'on se passionne pour les recherches historiques. Jadis on considé- rait le sanctuaire des archives comme interdit au profane vul- gaire, et on se gardait bien d'aller troubler la quiétude des

vir

sommités scientifiques qui s'y prélassaient tout à leur aise. Aujourd'hui, les choses ont changé : les salles mises à la dis- position du public ne suffisent pas à contenir sa bonne volonté. Des professeurs émérites, des laïques, des ecclésias- tiques de tout âge s'y pressent et consultent le passé, guidés par des maîtres bienveillants, doctes, expérimentés. Ces louables efforts ne peuvent produire que d'heureux résultats : inspirer le respect, rapprocher des hommes de sentiments divers, mais également amoureux du vrai.

D. Anger.

ARRONDISSEMENT DE MANTES

NOTRE-DAME-LA-DÉSmÉE

Donner l'histoire de ce sanctuaire qui s'élève dans la paroisse de Saint-Martin-la-Garenne, près de Plantes, département de Seine-et-Oise, c'est exposer son origine, citer les noms de ses bienfaiteurs, men- tionner les acquisitions qui furent faites pour le doter, et énumérer les privilèges qui lui furent concédés.

D'après une légende, à laquelle on ne peut guère ajouter foi, faute de preuves authentiques, le roi Charles V se serait égaré en chassant dans sa forêt d'Arthies. Après avoir erré à l'aventure pendant de longues heures, accablé par la fatigue et la désespérance, le souverain éleva son âme vers le ciel et supplia la Mère du Sauveur de lui tendre une main secourable. Réconforté par l'ardeur de sa prière, il se mit résolument en marche, et, dès les jDremiers pas, ses yeux, pénétrant l'épaisseur du fourré, aperçurent la flèche élancée du blanc clocher de Saint-Alartin-la-Garenne. Convaincu que la Vierge l'avait entendu et exaucé, le prince, obéissant à un sentiment de pieuse reconnaissance, jura d'édifier une chapelle avait fini sa peine et de la dédier à Notre-Dame-la-Désirée. Ce récit nous paraît invraisemblable ; car l'exiguïté et les proportions mesquines de cette chapelle ne convien- nent point à la majesté d'un puissant monarque. Nos rois avaient coutume d'imprimer à leurs œuvres un cachet de grandeur que nous ne retrouverons pas ici.

L'historien de Saint-Germain-des-Prés, Dom Bouillart, nous donne un autre version. Henri de Yillemorin (ou Yillemorien), gen- tilhomme du diocèse de Langres, avait passé sa jeunesse au service du roi, Charles V. Les nombreuses et graves fautes qu'il avait com- mises lui revinrent à la mémoire. Touché de la grâce et saisi de repentir, il résolut de finir ses jours dant la solitude. Un seigneur, nommé Mathieu de Ver, paneticr du duc d'Anjou, lui permit de demeurer dans un endroit de ses terres dépendant de la châtel- lenie de Chaumont. Henri de Villcmorin y éleva quelques bâtiments

1*

pour se loger. Louis, comte d'Etampes, lui ayant obtenu de l'arche- vêque de Rouen les permissions nécessaires, il fit construire, à ses frais, une chapelle en l'honneur de l'Annonciation de la sainte A ierge, sous le vocable de Xotre-Dame-la-Désirée. Le pieux solitaire légua tous ses revenus à ce sanctuaire, et Charles \ amortit aS livres tournois de rente annuelle et perpétuelle sur des biens acquis ou à acquérir pour l'entretien d'un chapelain qui le deservirait (1374)*.

Aussi l'acte suivant désigne-t-il le roi de France comme fondateur de la chapellenie de >'otre-Dame-la-Désirée :

« A tous ceux qui ces lettres verront, salut... Sachent tous que... « Massiot de Ver, escuyer, panetier de monsieur d'Anjou, de sa « bonne volonté reconnut et confessa avoir donné pour Dieu et en (c pure et perpétuelle aumône à Henri Yillemorin une place assise « entre Saint-Martin-de-la-Garenne etVétheuil, au lieu appelé Morigny, « contenant un demi-arpent ou environ pour faire en icelle son habi- (( tation, et, autour de la fontaine du Bois, un arpent de terre, <( lesquelles places le dit Massiot tenait en l'appartenance du fief qu'il « tient du Roi, Notre Sire,... et auquel lieu, le roi, notre Seigneur, a w fondé et édifié une chapellenie en l'honneur de Dieu et de la u sainte Vierge et son Annonciation, appellée >sotre-Dame-la-Désirée, « et à ce que le dit Henriot y ait et puisse avoir plus convenablement « son habitation et que le divin service soit fait perpétuellement, le u dit Massiot transporte au roi, notre dit Seigneur, tout le droit que lui « Massiot avait à ces dites places... pour y fonder et édifier la dite (( chapelle et y faire sa pleine volonté, comme fondateur et patron « d'icellc, et y ordonner chapellenie perpétuelle, pour telle manière « que quand il y aura chapelain ordinaire ou mutation de chapelain, {( que le dit Massiot ou ses hoirs, procréés de son corps, présentera au « roi, notre dit Seignem-... une personne convenable, comme chape- « lain, et le dit roi, notre dit Seigneur, comme fondateur et patron « d'icellc, donnera et confirmera en la personne convenable prê- te sentée par le dit Massiot ou ses hoirs. Donné le vendredi « 2 janvier iS-G'. »

1. Dom Bot.iLL\uT, preuves; Arrh. nat. LL. 11/4G, p. 7G't. a. Charlrier du château de la Rocheguyon.

3

Nous voyons que le Seigneur de Saint-Martin-la-Garenne, Mathieu de Ver, ajouta à ses premières libéralités et déféra au roi le droit de ratifier le choix du chapelain*. Charles Y contribua à doter la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée. En 1878, il acquit à cet effet, moyennant 25 francs d'or, une pièce de vigne et une rente de 4o sols à prendre sur les biens de Mathieu de Ver. Le roi Charles M, suivant l'exemple de son père, voulut également compter parmi les bienfaiteurs de Notre- Dame-la-Désirée. Il lui donna une pièce de pré, située dans une île nommée Petel, qui lui coûta cinquante francs d'or, et une pièce de vigne dans le territoire de Saint-Martin-la-Garenne, qu'il paya i4 livres, en i385. Plus tard, en i54o, Jean Bourgeois, seigneur du Bois, laissa une rente de 5 livres tournois pour dire tous les samedis une messe en l'honneur de Notre-Dame-des Sept-Douleurs.

On se demandera avec raison pourquoi Henri de Villemorin, orio-i- naire de Langres, est venu se fixer sur le territoire de Saint-Martin-la- Garenne. Qui l'avait attiré dans ce pays inconnu ? Voulait-il échapper aux visites trop fréquentes et trop mondaines de ses anciens amis et compagnons ? Faute de renseignements précis, il nous est impossible de reconnaître le mobile qui guida les pas de ce noble pénitent. Mais il est certain qu'alors Morigny n'avait pas encore de sanctuaire, comme le montre la réponse des vicaires généraux de Rouen '.

Henri de Villemorin avait passé environ 22 ans dans cette sancti- fiante retraite. V oulant assurer l'existence de la chapelle qu'il avait élevée, il la donna à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le roi Charles VI confirma cette translation par des lettres patentes du mois d'octobre 1897 '' ^ la condition qu'on célébrerait tous les ans dans cette chapelle deux messes solennelles à son intention : l'une, le jour de la Purification, et l'autre, le jour de la Nativité de la sainte A'ierge.

A peine en possession de ce bénéfice, les Bénédictins eurent quel-

1. Ce document demande quelque explication. A en prendre les termes dans un sens rigoureux, il semble indi(iuer ([ue le roi de France participa, au moins, à la construction de la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée. Cette inlerprétalion est con- tredite par une charte de Charles VI datée de l'année i.^()7 : « ... Heiuicus de WUc- morin, quanulani capcllam, vulgari prclicpiio, 15. Mario Desiderate vocabulo nun- cnpatam, cnm nonnullis cdiliciis, sois prjpriis suniptihus conslrui Iccit et fnn- davit. » (Arcli. mil., LL. ji.U. p. i.s,?.)

2. Dom Boi.it.i.Aur, Pièces justilicatives, p. 8i.

3. Arck. nal. LL. ii3i, p. i83. Dom Bouh^laut, Pièces jnslil'., p. Si.

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ques contestations avec le seigneur de Saint-Martin, qui leur demanda de bailler homme. Un acte du 4 juillet i/ioo est ainsi conçu : (( Sachent (( tous que nous, Guillaume, par la permission divine, humble abbé (( de Saint-Germain-des-Prés, confessons que nous tenons, à cause de « notre chapelle la Désirée, trois arpents de pré ou environ mou- « vants en censive de noble homme Macyot de Yer, escuyer, lequels (( ne sont point amortis, et parce qu'il a plu au dit Macyot de nous « laisser. . . tenir de sa courtoisie, mais ne voulons pas que la dite tenue (( ainsi faite... lui puisse tourner à préjudice pour le présent ou pour (( le temps à venir, etc. ' »

Les officiers du roi jetèrent un regard de convoitise sur le sanctuaire de Notre-Dame-la-Désirée. Comme il avait été doté et fondé par les pieuses largesses de Charles V et Charles VI, ils voulurent le consi- dérer comme un bénéfice à la nomination du roi et le conférèrent à un ecclésiastique, nommé Robert Guérin. Les religieux de Saint- Germain-des-Prés s'y opposèrent et soumirent l'affaire au Châtelet de Paris. Ce tribunal rendit, le 29 avril 1899, une sentence qui leur confirma la possession de Notre-Dame-la-Désirée et des dépendances".

Les pèlerins affluaient. Ils apportaient la joie et la prospérité dans le hameau et dans la paroisse tout entière. Les habitants avaient défriché, suivant une tradition, recueilhe par Hippolyte Desplanches, une partie des bois qui entouraient la chapelle. La vigne qu'on y avait plantée produisait un petit vin excellent, très apprécié des étran- gers. On le savourait avec plaisir, en prenant quelque repos à l'ombre des vieux chênes. Les fidèles se montraient généreux envers le chapelain, ce qui excita l'envie du pasteur de la paroisse. En i458, Jean Fagot, curé de Saint-Martin-la-Garenne, voyant ce grand concours de peuple venant implorer l'assistance de la sainte Vierge, prétendit que les offrandes devaient lui appartenir, parce que la chapelle était située dans sa paroisse. Sur le refus qu'on lui opposa, il intenta un procès, et le Châtelet de Paris donna raison aux religieux de Saint-Germain. Cependant ces derniers passèrent un accord et consentirent à donner /jo sols chaque année au curé de Saint-Martin- la-Garenne \

1. Cliartrier du château de la Rocheguyon.

2. Arch. nat. LL. ii46, p. 766.

3. Id. LL. M '40, p. 7O5.

En lASo, l'abbaye de Sainl-Germain-des-Prés se vit en butte à une autre difficulté. Le roi Louis XI, prévenu par des personnes hostiles aux Bénédictins, contesta à ceux-ci leur droit sur la chapelle de Notre- Dame-la-Désirce. Le monarque chargea un de ses secrétaires, Jean Descouville, de faire des recherches à ce sujet. L'issue de ces inves- tigations fut favorable aux religieux '.

Le domaine de Notre-Dame-la-Désirée reçut quelque accroissement par suite de legs et donations. Un ermite avait été assassiné dans sa solitude. Les rehgieux de Saint-Germain-des-Prés héritèrent de ses biens, d'un étang et d'une fosse à poisson, à côté (8 juin 1471)'. Jean Mabillon, ermite, laissa en mourant tous ses biens à la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée, 22 avril I5o6^

Guillaume Lesueur et consorts renoncèrent au profit de messieurs les religieux de Saint-Germain-des-Prés, chapelains de Notre-Dame-la- Désirée, à tout ce qui pouvait leur appartenir en un lieu, place et héritages situés sur le chemin de Vétheuil à la chapelle (27 jum 1627)*. Eustache Hédouin donna à la chapelle de Notre-Dame-la- Désirée 20 sols de rente à prendre sur 4o perches de vigne assises au terroir de Vétheuil, au lieu dit le Miart ('9 mai i5'|5)^

Le 3o mars iG3A, les religieux Bénédictins affermèrent à Guyon Douté et Barbe Ozanne, sa femme, toutes les oblations et offrandes données à la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée, avec plusievu-s terres et prés, à savoir :

32 perches 011 était assise la chapelle ;

Deux petits jardins, et la cour il y avait une fontaine ;

26 perches de jardin planté d'arbres fruitiers, proche la chapelle ;

4" 23 perches tant terres que friches devant la chapelle ;

2 arpents 2 5 perches tant de terres que de prés aboutissant au sieur de la Roche-Guyon ;

2 arpents 80 perches de pré en la grande île de Vétheuil, appelé le pré aux Ermites ;

"j" I arpent et 1/2 de terre appelée la terre de Notre-Dame-la-Désiréc ;

20 sols de rente sur le fief Saint-Martin, le tout pour 90 livres.

1. Dom BOLILLART.

2. Arch. nul. LL. ii4G, p. 7OO.

3. /(/. LL. II. 'lO, p. 7(57.

4. U. LL. 1140, p. 7G8.

5. Id. LL. II. 'tO, p. 7G9.

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Les preneurs devaient payer l\o sols de rente au curé de Saint- Marlin-la-Garenne, faire dire et célébrer par chacun dimanche une basse messe à eau bénite et aussi cinq autres messes, aux cinq fêtes de Notre-Dame, à l'intention du roi et de ses prédécesseurs *.

11 y avait encore parmi les dépendances de !Sotre-Dame-la-Désirée le fief de la Rivière, situé dans les paroisses de Fourges et Amenu- court', autrement dit Beauregard. 11 rapportait 20 livres de rente, à la date du 12 avril 1037 ^ Cette propriété, qui relevait delà mense conventuelle de Saint-Germain-des-Prés, était affermée, en 1789, à M. Alexis Rochon, prieur commendataire de Saint-Martin-la-Ga- renne, pour le prix de 180 livres par an*.

La chapelle de Notre-Dame-la-Désirée possédait des reliques de sainte Cécile, de sainte Cordule, reine et fille du roi d'Angleterre, compagne de sainte Ursule, des onze mille vierges martyres, du pain céleste, envoyé de Dieu à saint Antoine et à saint Paul, ermites, des reliques de saint Christophe, de saint Barthélémy, de saint Eutrope, de sainte Marguerite, de sainte Apolline, de sainte Barbe, quelques parties des vêtements de la sainte Vierge, un fragment de la pierre sur laquelle Xotre-Seigneur prêchait, et enfin un lambeau du guidon de saint Georges, que César Ballhasar de Constantinople avait donné à Edmond, roi d'Angleterre, en 1181. Bien qu'on affirme qu'elles étaient toutes authentiques, et fidèlement approuvées, on nous per- mettra quelque réserve à ce sujet.

Le 27 mars 1^79, Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg, et Ysabeau de Roubais, son épouse, gratifièrent la chapelle de Notre- Dame-la-Désirée d'une table ouvrée d'or et de soie, enrichie de 17 reliquaires que Hermand de la Forest, chapelain, avait donnée. Les religieux de Saint-Germain-des-Prés décidèrent que cet objet pré- cieux demeurerait toujours en la chapelle, sous la garde des ecclésias- tiques attachés au sanctuaire ^.

En 1 35 1, le pape Clément VI avait accordé de nombreuses indul- gences aux bienfaiteurs et aux pèlerins de Notre-Dame-la-Désirée.

i.Arch. nul. LL. ii?iG, p. 773.

2. Fourges, canton do Ecos Eure) ; Amenucourt, canton de Magny (Seine-et-Oise) .

3. Arch. nat. LL. n/iC, p. 768.

II. hl. S. 2878 ; LL. io39, P- 3oG. 5. /(/. LL. II 41), p. 766.

7

llermand de la Forest les fit annoncer en diverses contrées par des clercs, qui emportaient avec eux des reliques pour les exposer à la vénération des fidèles (i^gS) '.

Les pèlerins venaient nombreux invoquer Notre-Dame-la-Désirée. Leur affluence était telle, auXYI^ siècle, que de nombreux marchands, accourus des villes voisines, s'installaient aux abords du sanctuaire, leur réunion formait une foire d'une certaine importance. « J'ai (( droit, disait la duchesse d'Enville, dans un aveu au roi, en 177 1, de « faire tenir trois foires, l'une, le jour de l'Annonciation de la Vierge, (c l'autre, le lendemain de Pâques, et la troisième, la veille du jour « saint Georges, au hameau de Notre-Dame-la-Désirée,... il y a « une chapelle à laquelle tous les lieux circonvoisins et fort éloignés u ont une particulière dévotion, et se payent, à moi ou à mon fermier, « pour les marchands étalants, cinq sols pour droit d'étalage. »

Deux transactions intervenues, l'une, en i557, avec Nicolas de Mir, et l'autre, en i665, avec monsieur de Liancourt, donnèrent aux seigneurs de Saint-Marlin-la-Garenne la faculté de percevoir ces rede- vances. Les Bénédictins reçurent en échange le droit de désigner les ermites % qui voulaient se retirer à l'ombre du sanctuaire de la Vierge, pour vaquer au service de Dieu et à leur propre sanctification \ Nous relevons les noms de quelques-uns d'entre eux, comme Adam Fleurs et Michel Le Tellier, 1649*, André Lefebvre, 1642', Jacques Rebours

et Jean Tabour, 1629 ^.

Monsieur de Liancourt, seigneur de la Rocheguyon, demanda la

permission de prendre un arpent de terre auprès de la chapelle de

Notre-Dame-la-Désirée pour bâtir une petite maison loger son

garennier. Il promit de compenser cette donation d'une autre manière

(3 juin i64i)'-

Un arrêt du Parlement confirma, en 1647, aux religieux de Saint-

Germain-dcs-Prés, à l'encontre de Charles Lemestre, curé de Sainl-

I. Arch. nat. LL. n'iG, p. 706.

a. A. Gatin, Notice sur Saint-Marlin-la-Garenne.

3. Id., ouv. cité.

4. Arch. nat. LL. 1127, p. 3i2.

5. Id. LL. 1127, p. 182.

6. Bib. nat. ms. fr. iG852, p. 80.

7. /(/. iG852.

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Martia-la-Garenne, le privilège qu'ils avaient de nommer les prêtres et chapelains attachés à la chapelle de J\otre-Dame-la-Désirée, d'y faire dire et chanter des messes à eau bénite et pain bénit, célébrer le service divin et percevoir les offrandes '. C'est en vertu de ce pouvoir que Frère Benoît Brachet, prieur de Saint-Germain-des-Prés, vicaire général de l'abbé, donna au Frère Thomas Itingans, prêtre et moine profès du même monastère, la facuUé de résider à Notre- Dame-la-Désirée, de célébrer la messe dans la chapelle, d'y admi- nistrer les sacrements, et prêcher, avec l'autorisation de l'archevêque de Rouen (1648)'.

En 1645, les religieux Cordeliers et Capucins de la ville de Mantes adressèrent une requête aux Bénédictins. « Ils avaient accoustumé de u toute ancienneté, disaient-ils, de prescher et d'instruire le peuple au « dit lieu de la Désirée. » Ce ministère leur valait quelques aumônes qui les aidaient à vivre. Mais ils étaient très inquiets, car ils avaient appris que les Augustins du grand couvent de Paris songeaient à les supplanter. Ils alléguaient jîour prétexte qu'on les désirait dans ce lieu de pèleri- nage. Ce motif n'avait aucun fondement, prétendaient les fds de saint François, car toute la noblesse et les habitants des environs se décla- raient en faveur des cordigères. Ils suppliaient de ne point permettre à de nouveaux religieux de se fixer à Notre-Dame-la-Désirée, car ils seraient une charge pour le public et même pour les seigneurs. Nous ne savons pas quel fut le résultat de cette lutte pour la vie '.

En 166G, une confrérie fut érigée en l'honneur de la Vierge dans la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée. Le pape Alexandre Ml accorda une indulgence plénière et universelle de tous les péchés aux fidèles de l'un et l'autre sexe qui s'y feraient inscrire, et les Bénédictins deman- dèrent à monsieur le grand vicaire de Pontoise d'approuver cette dévo- tion *.

Le 8 juin 171C, Guillaume Brunet, demeurant à l'hôtel royal des Invalides, donna au monastère de Saint-Germain-des-Prés une somme de 600 livres, pour fonder une lampe ardente de jour et de nuit dans le sanctuaire de -^otre-Dame-la-Désirée^

1. Arch. nul. LL. 1127, p. !n3.

2. Id. LL. 1127, p. 3i3.

3. Id. LL. 1127, p. 317.

h. Arch. Seine-et-Oise, Série G, n" i^o. 5. Bib. mit. ins. fr. iGSâ;, p. 5u2.

La chapelle de Xotre-Dame-la-Désirée était fort modeste. Construite en tuiles, elle portait dans ses vitraux l'image de la sainte Merge et les armes des seigneurs de Saint-Martin. Lautel, somptueusement orné par de pieuses libéralités, contrastait avec le dénùment du rus- tique abri qui servait d'asile. Pour charmer ses loisirs, le chapelain avait à sa disposition une bibliothèque composée d'une quarantaine de volumes. Tous ces livres étaient écrits en latin, sauf le trésor des langues française et espagnole '.

Déclaration du 27 février 1790^ :

« Le domaine de la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée fait partie de « la mense conventuelle. Il compte en ladite chapelle un bâtiment et « jardin pour le chapelain amovible, nommé par les religieux de « l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. 11 comprend une place plantée « d'ormes, environ 6 arp. 3/4, tant de terres labourables que prés, et « quelques petites rentes de fondation données à vie à monsieur Ro- (( chon, de l'Académie des Sciences, prieur du prieuré de Saint- « Alartin-la-Garenne, par acte passé devant Péant de Saint-Gilles, « notaire à Paris, le 9 mai 1789, à la charge de la desserte de la dite « chapelle et des entretiens et réparations desdits bâtiments.

u Nota. L'on n'a rien retiré de cette chapelle depviis un temps « immémorial. L'entretien et les réparations des bâtiments ont été « un surcroît de charges sans profit. »

En 1790, les cloches furent descendues du clocher de Notre-Dame- la-Désirée, malgré les protestations de monsieur Hache, chapelain, et l'indignation des habitants. Les biens, qui formaient la dotation du sanctuaire et qui se composaient de 7 arpents 26 perches, furent ven- dus et adjugés pour la somme de 10G75 livres.

Nous ferons observer que le registre de la vente des biens natio- naux porte que 6 arpents 90 perches de terres dépendant de Notre- Dame-la-Désirée furent vendus 4970 livres, le 17 janvier et le i3 avril 1791. (Voir, district de Mantes, n"" 3 et 92.)

La statue de la Vierge fut cachée dans la fontaine avoisinant la chapelle. Après la Révolution, elle fut portée à Saint-Martin-la- Garenne, elle orne actuellement l'un des autels de l'église.

1. Aicli. nat. S. 2858.

2. Archives de Seine-et-Oise, Série /|. A. Catin, oui', rilc.

lO

ClIAPELAENS.

Ilermand de la Forest, i479-

Jacques Fustel, i6i5.

Thomas Intingans, 1G48.

Gendre, prêtre du diocèse d'Evreux, 8 février i663.

SAINT-LÉGER-EN-ARTIIIES

Le prieuré de Saint-Léger-aux-Bois se trouvait situé dans la paroisse de Villers-en-Arthies, canton de Magny, arrondissement de Mantes, département de Seine-et-Oise. Les documents qui s'y rapportent sont assez peu nombreux et sans grande importance. Ils traitent presque exclusivement d'intérêts temporels. Comme nous l'afTirment Dom Bouillart et les cartulaires de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Hugues, archevêque de Rouen, accorda à ce monastère, en 1660, l'église de Saint-Léger, avec les dîmes, bénéfices et revenus qui en dépendaient, ce que confirma Rotrou', son successeur (1175)'. Le prélat voulait dédommager ainsi les Bénédictins pour deux muids de vin et huit setiers de froment de rente annuelle que leur avait imposés le roi Louis le Jeune pour la fondation d'une prébende en faveur de Saint-Magloire de Paris.

Dans la suite des temps, quelques donations vinrent augmenter ce domaine. Vers le XIIP siècle, Guillaume Brostin et son épouse, sou- cieux du salut de leur âme, voulurent s'assurer les suffrages des Bénédictins de Saint-Léger. Ils leur donnèrent en pure aumône un muid de grain à prendre annuellement sur la grange d'Omerville, et trois arpents de bois sis dans le voisinage du prieuré'. On lit dans le dénombrement de i384 : « Le i3 octobre 1470, Robert Châtelain, « curé de Saint-Martin de Yiller, abandonna au couvent de Saint-

I. Rotrou de Warwick (iiC5-n83) (Gams).

a. Dom BouiLLART, p.. 90. Arch. nat. LL. 1026, p. 91. LL. i025, p. 62. Bib. nat. ms. lat. 2838, p. 103. Dom du Bourg, Saint-Germaindes-Prés au XIV' siècle, p. 35. 3. Arch. nat. L. 807 ; LL. ii46, p. Goo.

1 1

(( Léger, pondant son vivant les menues dixmes de la paroisse', » Un de ses successeurs, nommé Martin Carré, ne se montra pas aussi bienveillant. Il leur contesta certains droits qu'ils avaient dans sa paroisse. Le i5 juillet i56i, une sentence des requêtes donna raison aux religieux et affirma qu'ils pouvaient prendre toutes les dîmes des fruits venant et croissant en plusieurs pièces du territoire de Villers-en- Arthies. Ils avaient la faculté de dîmer :

Sur lo arpents, au lieu nommé le Pendu, vers la coste de Chau- dray ;

Sur 20 arpents, au lieu nommé le jardin du Bois; 3o Sur 19 arpents, à Saint-Léger; Sur un arpent, au lieu dit ChaufTour;

5" Sur i5 arpents, au lieu nommé les Cornoilles, autrement dit les Aigneaux ;

Sur 8 arpents, au lieu nommé la vente Micliault-Hebert". Nous citerons le contenu de quelques baux, pour avoir une connais- sance plus exacte des lieux qui nous occupent. En i658, Dorn Bernard Audebert, prieur, et les religieux de Saint-Germain-des-Prés baillent à ferme pour 9 ans à Jean Douté, laboureur, demeurant à Villers, les droits appartenant au prieuré de Saint-Léger-aux-Bois, membre dépendant de l'abbaye, uni à la mense conventuelle d'icelle avec tous les cens, rentes, fruits, prouffits, grosses et menues dîmes, offrandes et les oblations. Le bail consiste à la charge pour le preneur de faire sa résidence es dits lieux baillés, de payer les décimes, à la réserve des taxes extraordinaires du clergé de France, et de fournir en outre 5oo livres tournois par an. Le dit preneur devra faire célébrer par chas- cun dimanche une basse messe, en la chapelle du dit prieuré, plus, faire garder et observer les louables coutumes du dit prieuré, dire et chanter, la veille et le jour de saint Léger, une haute messe à diacre et soubs-diacre, qui seront accompagnés de choristes et autres gens à ce nécessaires, au nombre de 6 pour le moins. Il fournira à ses dépens le luminaire pour la célébration des messes. Il fera planter à l'entour des bâtiments un cent d'ormeaux, qu'il laissera croistre. Il les

I. Arch. nat. LL. ii'iC), p. Sy'). 3. Id. LL. iiM'), p. oijfj.

12

plantera de telle sorte qu'ils puissent servir à rompre la force du vent, sans nuire aux couvertures'.

Suivant un dénombrement du 20 mai 1768, le prieuré de Saint-Léger comprend :

10 Une chapelle négligée depuis longtemps, quant à la bâtisse, aux linges et aux ornements, quoiqu'on y dise une messe par semaine ;

Une ferme, composée d'un corps de logis, d'une écurie, d'une grange, de plusieurs toits à porcs, d'une étable à vaches, d'un fournil et d'un joetit jardin. Au bas de la dite ferme se trouve un pâti d'environ neuf arpents, planté en bois de mauvaise venue. Il y a peu de chênes et d'ormes ;

Quatre arpents de terres labourables ;

4" La moitié des dîmes du territoire qui contient environ 800 arpents, avec le village. Cet acte se termine en faisant remarquer que la contrée est pauvre. 11 n'y a point de terres fortes : le sol est spongieux ou graveleux.

La ferme et la chapelle étaient délabrées. Les réparations urgentes qui s'imposaient s'élevaient à la somme de 3oo livres. Le fermier devait solder ces dépenses, comme acompte sur son bail. Quant à la restau- ration du chœur de l'église paroissiale, dédiée à saint Martin, elle incombait également, par moitié, aux religieux et au curé\

Un bail de 1789 nous apprend que les fermiers devaient héber- ger une fois ou deux l'an, pendant une huitaine de jours, deux reli- gieux avec leurs domestiques et leurs chevaux'.

La déclaration de 1790 vient compléter ces notions. Avec les bâtiments de la ferme et les i5 arpents de terre que nous avons déjà signalés, elle mentionne la dixme svu' les haute et basse Ârdennes, paroisse de Follainville*, une rente foncière de 3 livres parisis sur les acquits du pont de Mantes due par l'hostel de ville du dit lieu. Le tout fut loué, le l'^'mai 1789, pour 1000 livres par an, au sieur Sarrazin, laboureur, demeurant à Chaussy, qui dut verser 1200 livres en passant le bail. Le preneur s'engageait en outre à payer les décimes, qui se

1. Arch. nat. LL. loSg, p. 388.

2. Bib. nat.ms.fr. iCSâg, p. 282.

3. Archives de Versailles.

t». Canton de Limay ;Scine-et-Oise).

i3

montaient alors à i3o livres pour le prieuré de Saint-Léger et son annexe, Notre-Dame-des-Halles, à faire chanter, la veille et le jour delà fête de saint Léger, en la chapelle du prieuré, une grand'messe à diacre, sous-diacre et choristes, y faire dire une messe basse tous les dimanches, à fournir tout ce qui était nécessaire pour la célébration et à payer les honoraires. Cette charge s'élevait environ à 200 livres'.

S'il faut en croire le dénombrement de i384, les possessions du prieuré de Saint-Léger-aux-Bois étaient plus considérables à cette époque qu'au temps de la Révolutions. Nous y lisons en efTct : « Item, « en l'archevesché de Roen, à Saint-Ligier-en-Artie, est un prioré, (( il y a un prieur religieux et un de nos compagnons, une maison a toute destruite par les guerres, séant auprès des boiz esquels nous {( avons usaige pour édifier et ardoir, sans vendre, à la volonté de « notre dit prieur. Item xxnu arpents de terre, les dismes et cham- (( pars du dit prioré, tout baillé en ferme par le dit prieur à un muids et « demi (qui solait valor xii muis (antérieurement). Et sur ce doit « ycelui prieur xxxii sols de décimes ^. »

Dom Dubreul fait remarquer aussi que le prieur de Saint-Léger ne vivait pas seul dans son modeste couvent. (( Predicta ecclesia Sancti Leodegarii, écrit-il, quondam habuil priorem cam socio monacho coni- morantem^. »

Le i4 septembre 1577, les commissaires délégués par le pape Gré- goire XIII pour aliéner So.ooo escus de rente à prendre sur le temporel des églises du royaume de France décidèrent que le prieuré de Saint- Léger-en-Artie, uni à la mense conventuelle de Saint-Germain-des- Prés, serait exempt et déchargé d'un écu de rente, ce à quoi il avait été taxé*.

Le 16 mai 1679, la ferme de Saint-Léger-aux-Bois et le revenu de la chapelle de Notre-Dame-la-Désirée furent saisis, parce qu'on n'avait pas fourni, en temps opportun, une déclaration de ces immeubles, confor- mément aux ordonnances du roi^

1. Bib. nat. ms. fr. 20848, p. .33. Arch. nat. S. 2884.

2. Arch. nat. L. 760, n" 2g.

3. Bib. nat. ms. lat. 12838, p. 101.

4. Arrh. nat. LL. ii/iG, p. fxjS. G8x 1391, folio 3711.

5. Bib. nat. ms. fr. chap. conv. 1C857, p. i32.

iZ,

Prieurs.

i5oG. Pierre Cornillé.

Saint-Martin-de-Villers

Inutile de rappeler qu'il s'agit ici de la paroisse sur le territoire de laquelle se trouvait le prieuré de Saint-Léger. Hugue, archevêque de Rouen, donna pour toujours à l'abbé de Saint-Germain-des-Prés la présentation à cette cure (1160)'. Dom Dubreul mentionne ce fait par ces mots : « Présenta tio presbyteri, seu curionis in ecclesia S. Martini de Yillers ab abbate fieri debebat'. » Plus tard, 11 76, Rotrou, un des successeurs de Hugue sur le siège de Rouen, ratifia la concession de ce privilège, mais il exigea que les prêtres jugés capables de desservir cette église comme celle de Longuesse lui seraient présentés pour recevoir la collation de leurs bénéfices ^

Les religieux ne vécurent pas toujours en bonne intelligence avec les curés. L'un d'eux, le sieur Faradin, se disait en droit de percevoir la dîme sur deux arpents de prairies situés à Chaufour. Les Bénédictins le lui contestèrent. Pour éviter les ennuis d'un grave procès, il renonça à ses prétentions et mit fin à ce litige, en passant un accord à l'amiable le 24 avril i635 '.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés favorisaient de tout leur pouvoir l'instruction des enfants. Quelqu'un leur ayant proposé une somme de i5oo livres, au denier 20, pour aider à entretenir une maîtresse d'école, à Villers, il s'empressèrent d'accepter {3o juil- let i707)\

1. Arch. mil. LL. io2('i, p. 91.

2. Bib. nat. ms. lut. i2S38, p. 102.

3. BOLILLAUT.

l\. Arch. nat. LL. iiaO, p. aO'i. 5. Bib. mil. ms.fr. 16807, P- ^i5.

i5

Curés.

1692. Loizel, vicaire d'Ântoin.

1695. Yaliers, prêtre du grand vicariat de Pontoise.

1727. François Lecellier, jusqu'en 1763.

1763. J.-B. Ausart.

iG35. Faradin.

Vente du domaine.

District de Mantes. 23. 8 février 1791 :

4 arpents de terre situés au lieu dit les Hautes-Comptées, à Villers- en-Arthies, et appartenant aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, furent vendus à René-Nicolas le Roy, greffier de la municipalité de Mantes, pour Etienne Pinet, demeurant à Vétheuil, au prix de 4025 livres.

24i- 8 septembre 1791 :

Un corps de ferme, circonstances et dépendances, avec une chapelle, le tout enclavé dans onze arpents de petites bruyères et de méchants bois et 75 perches de jardin, compris dans les onze arpents, furent adjugés au prix de 3275 livres à Jacques Bailly, marchand de chevaux à Vétheuil ' .

MAGNY-E^-YEXI^^

Celte ville est située à l'extrémité nord du département de Seinc- et-Oise, à 60 kilomètres de Paris, sur la rive gauche de la rivière l'Aubette, qui prend sa source près de et se jette dans l'Epte, après un cours de 9 kilomètres. Elle est traversée par la route de Paris à Rouen. Cette localité comprenait avant la Révolution cinq hameaux : Arthicul, Blamecourt, Charmont, Ilodcntct Velannes. formant aujour- d'hui quatre communes distinctes.

I. Registre (le la vente des Ijieiis nationaux. (Archives départeinenlales de Seine-cl- Oise.)

i6

Au mois de mai 176/1, Louis XY voulut acquérir les seigneuries de ïhyais, Choisy et Grignon, qui appartenaient à l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, pour augmenter les dépendances du château de Choisy-le-Roi. Les Bénédictins accédèrent au désir du roi, mais ils lui demandèrent en retour une compensation foncière. 11 s'ensuivit alors un contrat d'échange dont nous allons fournir les détails. Les biens que les religieux cédaient furent soumis à une estimation ; en voici le relevé :

Maisons et appartenances fonds 126.000^

Revenu du fonds, au denier 25 5.4oo^

Terres, prés, vignes, bois fonds 282.763^ i3' 2

Revenu, au denier 25 9.810^ 10' 11

Champarts sur 279 arpents 29 perches de terre. 8.665^ 6' 3

Revenu, au denier 25 346^ 12' 3''

Dixmes sur ces terroirs 1.906' 5^

Revenu, au denier 25 1.9G0' 5'

Cens, rentes, et autres droits sur les maisons. . 12.672' i5'

Revenu, au denier 3o /421' 8' G""

Cens, rentes sur les terres labourables. . . . 25.^95' i5'

Revenu, au denier 3o 849' 12' 2''

Lods et ventes à la déduction du 12'' denier. . 185.908' 5^

Revenu, au denier 60 2.265' 2^ 9'

Quints et requints du fief du Bâcle 3. 600'

Revenu du produit au denier 60 60'

Fonds total 594.112' » 3

Revenu total' 20.254' 16' 7

a

Le 19 septembre de la même année, Antoine-Olivier de Senozan, conseiller d'Etat, et son épouse, Anne-Nicolle de Lamoignon, vendirent au nom du roi, pour le prix de cinq cent quarante-quatre mille livres, aux Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés :

1" Les fiefs et seigneuries de Blamecourt, Ilodent, Nucourt, Arche- mont, Gerville, Charmont.

I. Arch. nat. S. 2r)25-2C.

17

Les dîmes de Yelannes-la-Yille. Magny, celles qui se perçoivent sur Etrees et Arthieul, avec la justice seigneuriale de Magny et les autres droits utiles et honorifiques. Ces domaines et dépendance^ étaient situes dans le Vexin français, sur les paroisses de Magny, Saint-Gervais, Omerville et Nucourt.

Une maison dépendant dudit fief et seigneurie d'Archemont, sise à Magnitot, paroisse de Saint-Gervais.

Une maison sise à Magny, rue Notre-Dame, vulgairement appelée la grande maison. Cet édifice comprenant plusieurs corps de lo-is se trouvait dans la censive du prieuré de Magny. C'était un admirable manoir de la Renaissance, avec sa porte cintrée, ses grandes fenêtres à croisillons et baldaquins, ses belles cheminées de pierre, la tour cou- verte de sculptures, dues peut-être aux premiers artistes du temps'

50 Plusieurs morceaux et arpents de terre sis à Hodent, paroisse de Magny.

2 arpents 6o perches, aux Cintaux.

82 perches, id.

60 perches, id.

k arpents 10 perches, au champ de l'Ecuelle.

2 arpents 82 perches, id.

I arpent 1/2, au lieu dit des Poiriers.

I arpent 75 perches, au lieu dit les Montoirs.

^ arpents au lieu des Poiriers à la Greffière.

I arpent 76, aux Montoirs.

I arpent 70, id.

C^ Cinquante-deux livres de rente attribuées au propriétaire du grefi-e de Magny.

f Une maison, rue de l'Hirondelle, à Paris \

Si nous combinons ensemble la déclaration de 1790 et une autre presque de la même époque, nous aurons une idée exacte de cette pro- priété avec ses revenus et ses charges :

i" La ferme de Dlamecoiirt\ Elle consistait en une maison seigneu- riale, plusieurs bâtiments, granges, étables, colombier à pied, cour et

I. A. POTIQUET.

3. Arch. nat. S. 2920-0.

3. Blamecourt, canton de Magny (Seine-el-Oise).

i8

jardin, contenant i/j perches, en un moulin à eau, appelé le moulin Bureau, tournant, travaillant, avec la cage du moulin et le bâtiment pour le logement du meunier, le tout en bon état. Elle comprenait en outre : 78 arpents et 7 perches de terre, un arpent et 7 perches de bois,

5 arpents 12 perches, tant en prés, pâtis qu'aulnaies, l'emplacement des bâtiments qui composaient la ferme seigneuriale de Velannes-le-Bois', appelée aujourd'hui vulgairement Vélanne-Bost, et les dépendances consistant en 107 arj^ents 47 perches de terre, 7 arpents 5o perches de bois taillis, 9 arpents de prés, plus 4 arpents 82 perches de terre et un arpent de pré, unis au moulin Bureau, ce qui composait un total de 208 arpents 22 perches. Ce domaine fut affermé au sieur Cliapart, avec les dîmes, champarts, cens, rentes et tous les droits sur le fief de la Couture de Gasny^ pour la somme annuelle de 8.000 livres, par deux actes devant Santerre, notaire à Magny, le 28 juin 1786. Le preneur devait verser 6000 livres en passant le bail, et donner, chaque année,

6 canards et 6 chapons, estimés 9 livres.

Nucoiu't (canton de Marines, Seine-et-Oise) .

Cette ferme comprenait une grange dîmeresse sise au dit Nucourt, servant à resserrer les champarts, 9 arpents 84 perches de terre, 3 arpents de pré, le domaine fieffé des Bagots, des moulins et autres, sis au dit Nucourt, consistant en champarts qui se percevaient annuelle- ment sur 92 arpents ou environ de terre, et en censives, tant en deniers, grains, volailles qu'autres espèces, dus par les censitaires et tenanciers de maisons, prés, bois, plus un moulin, avec les bâtiments, le tout affermé au sieur Poupel pour le prix de 2G00 livres,

Archemont et la maison de Magnitot (commune de Saint-Gervais, Seine-el-Oise).

La ferme d'Archemont consistait en une maison sise à la Magnitot, composée d'un rez-de-chaussée, chambre dessus, grange et cour, plus en 73 arpents 65 perches de terre. Le fief du Lanternier, comprenant : champarts, censive, et droits seigneuriaux, tant en deniers, grains, volailles, qu'autres espèces, dépendait d'Archemont. Le tout était loué 1000 livres.

Gerville, commune d'Omerville (Seine-et-Oise).

I. Velannes-lc-Bois, commune de Blamecourt (Seine-et-Oise). a. Gasny, canton d'Ecos lEure}.

HJ

Celte ferme consistait en un bassler, écurie à côté, chambre dessus, cour, cave, deux granges, étable, hangar, le tout couvert de chaume, contenant environ un quartier. Il y avait en outre un clos planté en arbres fruitiers entouré de haies, d'une superficie d'un arpent et demi, situé devant la ferme, un fournil et grenier au-dessus, iG arpents 35 perches de terre, 3 arpents et demi de prés, les champarts, cens et rentes seigneuriales. Le tout était affermé looo livres.

Hodent, canton de Magny (Seine-et-Oise).

Les recettes des terres et seigneuries d'IIodent et Ilunnecourt, conti- guës l'une à l'autre, comprenaient une grande ferme, un jardin de 4o perches, un pressoir à cidre, le moulin banal de Hodent avec une maison y attenant, 537 arpents 26 perches de terre, prés, pàtis, bois, oserayes, le fief des Tirans, sis en la paroisse de Genainville, le tout loué au sieur Rouget, le 22 décembre 1781, pour la somme annuelle de 6000 livres, plus 4800 livres en passant le bail.

6'' Charmonl, commune de Magny (Seine-et-Oise).

Les grandes dîmes de Charmont consistaient dans le droit de perce- voir la dime surtout le terroir de ce lieu. Elles furent affermées, le 10 février 1783, au sieur Mautemps, pour le prix annuel dei^oo livres, plus i5oo livres en passant le bail.

Le fief et la seigneurie de Charmont appartenaient à l'Hôtel-Dieu de Paris et relevaient de la seigneurie de Hodent.

7" Velannes-la-Ville, commune d'Arthieul (Seine-et-Oise).

Un maison à Magny, dite la grande maison, les grandes dîmes inféo- dées sur le territoire de Magny proprement dit, d'Arthieul et de Velannes-la-Ville, les droits seigneuriaux en espèces seulement de la seigneurie de A elannes-la-Ville, à la réserve des droits de mutations, 3 arpents 56 perches, 52 livres de rente sur les tailles de Magny, furent affermés, le iG décembre 1786, au sieur Carillon, officier du roi à Magny, pour la somme annuelle de 4.000 livres, et Gooo livres en pas- sant l'acte.

Ces possessions étaient chargées de certaines redevances. Les reli- gieux de Saint-Germain-des-Prés devaient fournir :

I" Au prieuré de Magny, 48 septiers de blé et 20 seplicrs d'avoine, estimés i5oo livres.

2" Au prieuré de Chaumont, 48 septiers de blé et 24 septiers d'avoine, estimés i5oo livres.

20

3" Au curé de Magny, 82 septiers de blé et 16 d'avoine, estimés

1000 livres.

Au curé de Tourly', 20 septiers de blé et 10 septiers d'avoine, estimés GaS livres, le tout à l'ancienne mesure de Meulan.

5" A la chapelle de Ilodent, 12 livres.

Les charges s'élevaient à 4687 livres, et les revenus, à 20802 livres 6 sous 8 deniers ^.

Les terres et revenus de Magny et dépendances appartenaient à la mense conventuelle'.

Ces terres de Magny dépendaient de divers seigneurs.

lo Hodent, Yelannes-la-Ville et Yelannes-Bost, en partie, relevaient de monsieur de Manneville, conseiller au grand conseil, seigneur de Ban- thelu (canton de Magny).

2" Relevaient de madame la duchesse d'Enville, veuve du duc de la Rocheguyon, Archemont;

De monsieur de Gilbert de Voisins, seigneur de Bouconvilliers ', la moitié des fiefs de Bagot et des Moulins, et le fief du moulin de Nucourt et ses dépendances sis à Nucourt ;

De monsieur de Brouart, seigneur de Clery, le fief de Poissy, sis à Velannes-Bost (19 arpents et masure);

De monsieur l'abbé de Santeuil, seigneur d'Ambleville, les fiefs et seigneuries de Gerville et dépendances, sis dans la paroisse d'Omer- ville, et partie du fief des Tirans, sis à Genainville (canton de Magny) ;

6" De monseigneur de Serans, partie de Blamecourt ;

7" De mademoiselle de Bellebrune, dame de Nucourt, partie de

Ilodent;

8" De monsieur duFillet, seigneur de Villarceaux', la moitié des fiefs Bagot et des Moulins, sis à Nucourt, et partie du fief des Tirans sis à Genainville ;

9" De monsieur de Chaumont, prieur de Magny, la grande Maison;

1. Tourly, canton de Chaumont (Oise).

2. Bib. nat. ms.fr. 20848 (35-38). Arch. nat. S. 2925.

3. Arch. nat. S. 2808.

li. Canton de Chaumont (Oise).

5. Villarceaux, commuuc de Chaussy (Seine-et-Oise).

21

lo" Le fief et seigneurie du dit Charmont, appartenant àriiolel-Dicu de Paris, relevait de la seigneurie d'Hodent'.

Parmi les fiefs donnés par Louis XV aux religieux de Saint-Germain- des-Prés en contre-échange pour leurs seigneuries de Thyais, Grignon et Choisy-le-Roi, se trouvaient comprises les grandes dîmes de Magny. Elles étaient dans la mouvance du roi, à cause de son comté de Chaumont. Le monarque affranchit les Bénédictins de tous droits et devoirs féodaux à l'avenir et ne les assujettit qu'à la simple déclaration sèche. Ces dîmes avaient été longtemps partagées entre plusieurs propriétaires, qui néanmoins les possédaient par indivis. La maison de Yilleroi en réunit successivement les différentes portions pendant le cours du XYP siècle, et les posséda jusqu'en 1733, époque 011 monsieur de MUeroi les vendit à monsieur de Senozan avec la seigneurie de Magny et d'autres fiefs aux environs. Les dîmes de Magny étaient appelées grandes dîmes, pour les distinguer des traits de dîmes donnés en aumône à quelques églises, qu'on appelait petites dîmes. Les grandes dîmes étaient ainsi nommées parce qu'elles étaient universelles quant à l'étendue et à l'espèce. Elles portaient sur tous les fruits et produits : grandes dîmes ne signifiaient pas grosses dîmes. Il y avait plusieurs décimateurs à Magny :

1" Les religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui possédaient les grandes dîmes de la paroisse. Elles comprenaient le territoire de Magny proprement dit : Hodent, Charmont, Arthieul, Blamecourt, Velannes-le-Bois, Yelannes-la-Yille, c'est-à-dire, généralement toute la paroisse de Magny, excepté le canton de Ilunecourt, qui n'existait plus comme hameau et qui était ruiné. Les grandes dîmes étaient chargées d'un gros de quatre muids de grains envers le curé de Magny, de six muids envers le prieuré de Magny et huit muids et demi envers d'autres églises. Les grandes dîmes s'étendaient sur vmc superficie de 2984 arpents 42 perches de terre'.

2" Le prieur du prieuré simple de ISotre-Dame de ^lagny. Ce prieuré, autrefois régulier et conventuel, de l'ordre de Saint-Augustin, avait été établi dans l'église paroissiale de Magny pour y faire le service divin, et fondé, du moins en partie, de l'ancien patrimoine de

1. Arch. nat. S. 2925. Bib. nal. ins.fr. 2o8'i8, p. 87.

2. /(/. S. 2925.

23

la dite cure et paroisse. Le prieur de Magny, tant à cause de son prieuré que de la chapelle de Saint-Gilles qui y était réunie avant 1^91, jouissait de quelques traits de dîmes sur la paroisse de Magny, notamment à \ elannes. Il percevait la dîme ou un abonnement de dîme sur des terres de sa censive composé d'environ 60 arpents dans plusieurs cantons de la paroisse de Magny, situés dans l'enclave des grandes dîmes. Il dimait seul dans les jardins de Magny, et des villages d'Hodent, Charmont, ^'elannes-les-Bois, et Velannes-Ia-Ville, et sur les terres de ce canton qui étaient anciennement jardins et closeaux. Il jouissait encore du droit d'y percevoir toutes les menues dîmes de laines, d'agneaux, cochons, oisons, chanvres, filasses. Il percevait aussi annuellement six muids de grains, les deux tiers de blé froment, et le tiers d'avoine, sur les grandes dîmes, soit que cette redevance fît partie de l'ancien patrimoine de la cure ou paroisse de Magny, soit qu'elle eût été donnée depuis au prieviré par la pieuse libéralité des seigneurs des grandes dîmes, pour l'entretien du service divin dans l'église paroissiale le prieuré avait été établi.

Le prieuré de Magny était chargé du service religieux dans l'église, avec l'obligation d'y entretenir un cierge et une torche. Le curé, quoique prêtre séculier, était le commensal du prieur de Magny. Ce dernier ne fournissait rien, ni à l'église, ni au curé. Il prétendait que ses prédécesseurs s'en étaient déchargés, en abandonnant au curé la dîme du petit canton d'Hunnecourt. Ce hameau était ruiné, et la dîme ne s'étendait que sur 38 arpents de terre environ. Après un accord entre l'abbaye de Saint-Germain et le curé de Magny (1776) tant pour borner cette dîme, que pour compenser d'anciennes novales, sur la ferme de Hodent, elle comprit 98 arpents. Le curé de Magny jouissait encore sur Arthieul d'un trait de dîmes très anciennement attaché à son bénéfice. Il y prélevait aussi la dîme des jardins et closeaux, ainsi que la menue dîme. II avait en outre quelques dîmes éparses dans la paroisse, qui paraissaient lui venir de son droit de novales. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, comme propriétaire des grandes dîmes de la paroisse, payait annuellement au curé quatre muids de grains. Depuis que le prieuré de Magny était devenvi un bénéfice simple, le curé percevait un préciput sur ses revenus pour faire le service divin à la place du prieur.

La fabrique de Magny avait à Blamecourt la menue dîme et la dîme des jardins et des closeaux.

33

Une assez vive contestation s'éleva à propos des dîmes. Monsieur de Senozan avait acquis les grandes dîmes, en 1-33. Monsieur Barcos, prieur de Magny, n'eut rien à objecter, même lorsqu'elles furent transmises aux religieux de Saint-Germain, qui continuèrent les baux qui avaient été passés. Monsieur de Cbaumont succéda, en 1760, à monsieur Barcos. En 17O8, il réunit ses dîmes particu- lières dans un seul bail. 11 fut très attentif à conserver les droits de son prieuré. 11 rechercha et examina soigneusement les titres, et cependant il n'y vit rien qui pût l'autoriser à troubler la posses- sion des religieux de Saint-Germain.

Monsieur Alleaume prit, en 1770, possession du prieuré de Magny. Vers 1780, il s'imagina ou on lui persuada qu'il avait droit à l'universalité des vertes dîmes dans toute l'étendue de la paroisse de Magny, même sur le domaine des propriétaires des grandes dîmes. Il joignit à cette prétention celle de percevoir les novales antérieures à l'éditde 1768.

Les Bénédictins se défendirent d'avoir usurpé les vertes dîmes, comme l'avançait Alleaume. S'ils les avaient usurpées en 176-'», sous le prieur Barcos, il y aurait eu une grande différence de prix dans l'adjudication des dîmes du prieuré de Magny. Le prix des dîmes aurait notablement baisser et cependant il n'en était rien, comme le prouvaient les chiffres ci-dessous :

1760 vertes dîmes 25o'

1761 25l^

1762 210'

1764

270'

1765 270' et 4 poulets.

Le prieuré de Magny avait certainement droit aux grosses et vertes dîmes, mais seulement dans les jardins et closeaux de Magny. Rigou- reusement, il ne pouvait les percevoir sur des pièces de lorre, qui, autrefois jardins et closeaux, ne l'étaient plus alors.

Un acte de 1609 contenait, énumérait les droits et revenus du prieuré de Magny. 11 ne mentionnait pas le prétendu droit de vcrlos dîmes sur le dîmage des grandes dîmes. Les baux des prédécesseurs de monsieur Alleaume ne réclamaient pas toutes les dîmes vertes, mais seulement la portion des vertes dîmes des terroirs qui dépendaient du prieuré. La qualité de curé primitif que se donnait le prieur de Magny.

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Alleaume, ajoutaient les Bénédictins, emportait avec elle le droit de présentation et des droits honorifiques vis-à-vis du vicaire perpétuel, mais elle n'accordait jamais le droit à l'universalité des dîmes d'une paroisse. On pouvait donc en inférer que le prieur de Magny n'avait pas droit à l'universalité des dîmes vertes dans toute la paroisse de Magny, mais seulement dans quelques cantons.

Vente du domaine \

District de Mantes. j\° 80, 5 avril 1781 :

Commune et terroir d'Ornerville :

Un corps de ferme, couvert de chaume, un clos planté d'arbres frui- tiers d'un arpent 5o perches et 18 arpents de terres labourables en 17 pièces, avec 3 arpents 5o perches de prés furent vendus à Jacques- Amable-Félix-Yictor Anger, laboureur à Breuil, près Passy (Pacy, Eure?), pour Jean-Jacques Guimer, laboureur, demeurant à Arche- mont, paroisse de Saint-Gervais-lès-Magny, pour le prix de 34.5oo livres.

94, 16 avril 1261 :

Blamecourt, hameau de Magny.

Un corps de ferme, bâtiments, cour, tour, colombier, granges et charteries en dépendant, furent vendus à Louis-André Duval, marchand épicier droguiste, demeurant aux Andelys (Eure), pour le prix de m. 000 livres, avec 208 arpents 90 perches de terres et prés et une place, il y avait antérieurement une maison seigneuriale et autres bâtiments convertis en remises.

271. Il y eut folle enchère, et le 22 décembre 1791, ces biens furent adjugés pour le prix de 110.200 livres à Marin Ber- theaume, demeurant à Paris, hôtel d'Amérique, rue de Chartres, au coin de celle de Saint-Nicaise, 85.

iN" 90, 16 avril 1791 :

Terroir d'Arthieul.

Un moulin à eau, dit Bureau, avec les bâtiments en dépendant et

I. Vente des biens nalionaux, Archives départementales Seine-et-Oise)

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cour contenant /j5 perches ; plus, 4 arpents de terres, clos de hayes vives, près le dit moulin, et 3 arpents 87 perches 1/2, en deux pièces, près le mouhn de Neucourt, et prairie de Yelannes-le-Bois, furent ven- dus à Marie-Madeleine Lefèvre, veuve de Barthélémy Bertaut, meunière demeurant à Magny, au prix de 36. 000 livres. ii4, 3 mai 1781 :

Terroir d'Harchemont, hameau de Saint-Gervais. 71 arpents de terres et 4o perches en 29 pièces furent vendus à André-Jacques-Yictor Leguay, architecte demeurant à Mantes, au prix de 45.000 livres.

N*» 279, 28 janvier 1792.

Il y eut folle enchère. Ils furent adjugés, moyennant 38. 100 livres, à Jean Guillard, charcutier à Versailles, rue Saint-Pierre, et Jean- Baptiste Masson, charcutier à Saint-Germain-en-Laye, rue au Pain. N" i3, 17 février 1791 : Commune et terroir d'Hodan (Hodent).

Un corps de ferme, bâtiments, cours, jardins, circonstances et dépendances, pressoir et colombier, un moulin à eau, avec cour, jardin et pâture en dépendant, contenant 66 perches 1/2 et 456 arpents 52 per- ches de terres, prés et bois taillis en 62 pièces, avec les droits de cens et champarts, furent vendus à François Dumazy demeurant à la Rochc- Guyon, pour Louis- Alexandre de la Rochefoucaud, député à l'Assem- blée nationale, président du département de Paris, y demeurant, rue de Seine, au prix de 25i.4oo livres. 1842, an V, 6 pluviôse :

Un moulin et dépendances et 12 arpents 94 perches de terres et prés furent vendus à Fessard, pour la somme de 19.820 hvres 75. N" i3, 26 mai 1791 :

A Magny, place du Marché-aux-Porcs, une maison cy-devant sei- gneuriale, circonstances et dépendances, avec les jardins et enclos y attenant, le tout contenant i5i perches, fut vendue à André Saussaye, entreposeur de tabac à Magny, pour Louis-Sophie Carillon, demeurant au dit Magny, pour le prix de 16.800 livres.

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LO^G^ES

Possessions territoriales

C'est une commune du canton de Houdan, arrondissement de Mantes, département de Seine-et-Oise. Ce lieu passe pour fort ancien. Il en est question dans une charte de io3o, le roi Robert, comme nous le voyons dans l'article de Dammartin, défend au comte Drogon de pressiuer les habitants de Longnes (Laonice, Laogniacum), Heurte- loup (Lopateum). Mirebel (Mirehelhim) . Les religieux de Saint-Germain y avaient un domaine qui prit de l'extension, grâce à la pieuse générosité des fidèles.

En i2o3, Herbert, prévôt de Longnes, et sa femme, Alix, abandon- nèrent aux Bénédictins, à titre gratuit, i5 chapons de revenu annuel, 3 champarts, le cinquième de trois muids de blé qu'ils pouvaient prendre dans la grange de Longnes. Les quatre autres parts des trois muids furent vendus 80 livres tournois. Les religieux de Saint-Germain devaient payer 6 livres 10 sols tournois de rente pour cette somme jusqu'à la mort de l'un des bienfaiteurs. La redevance de trois livres qui leur incombait alors disparaissait après le décès des deux dona- teurs. Les Bénédictins leur avaient témoigné leur gratitude en les admettant dans leur fraternité'.

Jean, abbé du monastère de Saint-Germain, poussa plus loin sa reconnaissance. 11 constitua de ses deniers une rente de aS sols pour la fondation d'un service anniversaire en l'honneur de Herbert".

Ce prélat eut un long procès avec le curé de Longnes, qui revendi- quait un emplacement près de sa demeure. Ce différend se termina enfin par un accord amiable réglant que les deux parties se contente- raient d'un échange et d'une compensation pécuniaire. Cette transac- tion fut ratifiée par Renaud, évèque de Chartres (12 10)'.

En 1283, Jacques de Chieno vendit aux Bénédictins trois muids

1. Arch. nal. L. 780; LL. loaS, p. 58; S. 2977.

2. Id. LL. 1027, p. ii|5.

3. M. L. 780.

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d'avoine de rente qu'il avait droit de prendre en leur grange de Boin- villiers ^ Casimir, roi de Pologne, abbé de Saint-Germain-des-Prés, acheta une maison, trois quatiers et une perche et demie de terres situées à Longnes pour le prix de iioi livres. Cette somme provenait de l'in- demnité payée par les Ursulines de Mantes, qui avaient acquis une maison et des héritages dans la localité qui nous occupe (19 août I67I)^

Plusieurs dénombrements nous font connaître les propriétés de Longnes. Le premier que 'nous rencontrons est celui de 142G. Nous le citerons textuellement :

Un pourpris, avec grange et pressoir, qui souUait valoir six queues.

2" Les dîmes de Mirebel et la Fortelle, qui soullaicnt valoir 3o muids et qui viennent en la grange de Longnes.

Des cens et rentes dus à la Saint-Remy et à Noël, qui soullaient valoir 20 livres et qui maintenant sont de nulle valeur.

4" Un four bannier qui souhait valoir six livres.

Les habitants des villes dessus dites doivent chacun an des corvées de leurs chevaux, deux jours à jachier, deux jours à semer les blés et deux jours en mars.

6" Les habitants sont tenus de mener les grains de la grandie de Lognes en l'hôtel des religieux à Mantes'.

Un autre dénombrement remonte à l'année i5i7, et fournit les indi- cations qui suivent :

Item au village dudit Longnes, à mon dict Seigneur (abbé), une grande grandie en laquelle se tassent les disnies et cliamparts des villages du dict Longnes, du Tertre, de la Fortelle, d'Entre-les-lîois, de Myrebel et de Heurteloup et généralement de tous les grains estant en la paroisse du dict Longnes. Et sont les détenteurs des terres tenues à champart, tenus de payer pour droict de dismes la sixième gerbe, et quant aux terres tenues à censive, ils payent la dixième gerbe pour la dixme.

Item et sont tenus les dicts détenteurs de terres à champart avant

1. Arch. nat. S. 2977.

2. Ici. S. 2921.

3. Id. S. 2,yM\.

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que en lever aucune gerbe de leurs grains, tenus appeler mon dict Seigneur ou son dit commis pour veoir champarter les dictes gerbes et icelles champartées, sont tenus mener le champart en la dicte grange avant que d'en enlever aucune des leurs sur peine de 60 sols parisis d'amende et de rendre l'intérest qui s'en serait suivi.

Item, au dict lieu de Longnes, ung pressouer à vin et sidre sur lequel a une maison neufve couverte de thuille par dessus, et sont les habi- tants de la dite paroisse de Longnes tenus y pressorer leurs uves, et pour droict de disme et pressoraige en sont tenus payer comme et à la raison de ceux de Dammartin, 10 pintes par muid, et la cinquième pinte au pressoer.

Item, entre Longnes et Myrebel, ung demy arpent de terre sur lequel y a ung moulin à vent construit naguères, acquis par monseigneur le trésorier Briçonnet, de Mathurin-le-Grand.

Item, à cause de la dite prévôté de Dampmartin, la maladrerie de Montchauvet, et à cause de la dicte abbaye de Saint-Germain-des-Prés, les prieurés de Montchauvet et de Stueille.

Item, esquels lieux, de Dampmartin et Longnes et leurs dépen- dances, mon dict Seigneur prent toutes et chacunes les menues dixmes mesmes.

Les grosses dîmes et champarts des villaiges de Longnes, la Fortellc et Myrebel, amenées en la granche de Longnes par les manans et habi- tants des dicts villaiges, forment un revenu de :

1" 47 muyds, 4 septiers et myne de blé.

25 muyds, 9 settiers et myne d'avoine.

12 muyds 9 septiers et myne d'orge, 18 septiers de vesse.

19 septiers de poix gris.

Heurteloup : revenu : 12 muyds 1/2 de grains.

Le fermier de Heurteloup payait pour le gros du curé de Dampmar- tin : 8 septiers de grain, une douzaine 1/2 de chapons.

Dans cette énumération figure le fief de la fillette de Montchauvet adjugée à frère Pierre Poussin, pour une rente annuelle de 2 muyds de grain. Le preneur payait le gros au curé de Montchauvet, consistant en 8 septiers de grain et une douzaine et demie de chapons. Ceci prouve que ce bien dépendait en quelque manière de Montchauvet ^

T. Arch. nal. LL. ioG3, p. G-io.

Un dénombrement de 1022 déclare que les habitants de Mirebel sont exempts du four à ban, en payant annuellement chacun une obole parisis'.

La Fortelle, Mirebel et Heurteloup étaient banniers du pressoir de Longues. Les mamans de ces hameaux devaient les censives, lods et ventes'.

En i5i7, les dismes de grains de la paroisse de Longues étaient baillées pour 4o livres tournois \

Les dismes de lin et chenevières de Longues et du Tertre valaient ii5 sols tournois par an. Les mêmes dîmes rapportaient : 82 sols G deniers tournois, à la Fortelle ; 4o sols, à Mirebel.

Des baux à cens passés en i5i8 pour des héritages situés à Mirebel nous donnent quelques noms de lieux, comme : L'aunay, Gérie, les Crochets, le Merisier, la grande rue des Saulx*.

La liste des censitaires de ces différents écarts en i5i7 nous en fera peut-être mieux comprendre l'importance :

La vefve Ambroys Huchot. Henri Lepaige. Colin Lepaige. Guillaume Forêt. Les hoirs de Jacques Roullier et Colas Yart. Floc.

Jehan Dangel. Macé Lorier. Robin Lepaige. Guillaume Lebochuer. Vefve Denis Leboucher. Vefve Geffroy Lebel. Jehan Lebel.

Vefve Pierre Cailli. Vefve Pierre Rullier. Vefve Pierre Du val. Vefve Guillaume Musset. Perrin Lebel.

Héritiers Jacquet et Picard. Jehan Guerret. Vefve Pierre Musset. Vefve Guillaume Marchant. Mathurin Huchot. Jehan Fontaine. Certin Caillot. Marin Girard'.

La Fortelle.

Pierre Duval.

Censitaires

Pierre Roberge.

1. Arch. nal. LL. ii'i7, p. 5iji.

2. Id. S. 2977.

'i. Id. LL. ioG3, p. i3.

/(. Id. S. 2f)77-

5. /(/. LL. ioG3, p. 21.

3o

Jehan Hocquet. Jehan Rivière. Jehan Lecorre.

Jehan Nepveu. Roger Hubert. Charles Malassis.

MiREBEL, Censitaires :

Vefve Denis Duval, Pierre Nepveu. Jacquet Goudier. Richard Hubert. Allain Hubert. Richard Duval. Robert Nepveu. Germain Rivière. Pierre Mouchard. Henry Leblond. Guillaume Duval.

Collin Yallais.

Pierre Hubert.

Vincent Mentery.

Pierre Germain.

Marguerin et Jehan Lesvallais.

Guillaume les Aulnays.

Bernard Roberge.

Matliurin du Boys.

Gilles Duval.

Raoul Leblond'.

Le Tertre. Censitaires

Guillaume Martin. Guillaume Poullain. Vefve Guillaume Gueroult. Vefve Jehan Poullain,

^'efve Jehan Prévost dit Cossy. Jehan Robin. Vefve Jehan Brossetz. Guillaume Martin^.

Gillet Cailletel. Pierre de Launay. Pierre Chevillon. Richard Leroux. Pelippin Hubert.

Heurteloup. Censitaires :

Michault le Roux. Michault Lemarié. Jehan Lemarié. Guillaume Lemarié ^

En 168/1, les demoiselles de l'Esturgeon cédèrent aux religieux de

1. Arch. nat. LL. io03, p. 72.

2. Id. LL. io()3, p. 24.

3. /./. LL. iu()3. p. 23.

3i

Saint-Germain le quart dans les deux moulins de Longnes (les moulins de Haut et de Bas) pour la somme de Goo livres '.

A la date du 27 mars 168G, un bail nous apprend que le moulin nommé Guerrier était affermé au prix de 100 livres ^

Le 12 janvier iGgS, F. Deshayes, receveur de la seigneurie de Dam- martin, paya au charpentier, Jean Hubert, la somme de i35 livres pour travaux et réparations au moulin Guerrier, sis à Longnes '.

Deux ans auparavant, le 26 août 1691, le R. P. Barré, cellérier de Saint-Germain-des-Prés, avait soldé 85o livres à Louis Boutard. char- pentier, qui venait de restaurer le pressoir et le moulin de Longnes*. Le G juin iG83, la maison et la grange sises à Longnes étaient affermées à Gabriel Boulland, avec toutes les dîmes et champarts de la terre et seigneurie, moyennant 34o livres et 24 chapons ^

La déclaration de 1790 contient les détails suivants :

Dixmes, champarts et 17 arpents de terres labourables, maisons et granges au dit Longne, G900 livres.

Les religieux de Saint-Germain payaient chaque année une somme de 100 livres au maître d'école, et lôo livres au garde de Longnes ^.

Vente du domaine.

District de Montfort-l'Amaury. N" 112, 19 avril 1791 : Un corps de ferme, bâtiments, jardins clos, grange dixmcresse et 27 arpents 12 perches 1/2 de terres en dépendant, le tout situé à Longnes, furent vendus à Lebreton, bourgeois à Longnes.

Seigneurie temporelle

La protection royale ne fit point défaut aux hôtes de Saint-Gcrniain- des-Prés à Longnes. Robert le Pieux intervint, en io3o, pour les défendre contre la cupidité, la violence et les tracasseries du comte Drogon. En 1209, Pliilippc-Auguste prit énergicpiemont leur cause on

1. Arcli. nat. S. 2(j/|3.

2. I<{. S. 2f)2I.

3. M. l,. hl.

5. /(/.

6. Id. S. 2858.

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main et déclara qu'ils ne devaient rien au prévôt d'Anet pour droit de tensement. Celui-ci dut renoncer à ses injustes prétentions '.

Au commencement du XM' siècle, ils jouirent d'une faveur toute spéciale. Le i5 avril i5i5, il fut défendu aux gens de guerre de loger et de prendre des provisions chez les habitants de Dammartin et Longues, qui dépendaient de Saint-Germain-des-Prés '.

En 1625, un arrêt du Parlement condamna les manans de Longnes à payer à l'abbé de Saint-Germain-des-Prés 16 sols, lorsqu'ils se mariaient ^

Les seigneurs de Longnes étaient considérés comme des bienfaiteurs charitables toujours prêts à soulager l'infortune. Le fait que nous allons raconter le prouve. Vincent Dubois, âgé de 47 à 48 années, jardinier à Longnes, qui avait été au service de Sa Majesté, n'avait plus pour faire vi\Te sa femme et ses enfants en bas âge qu'une petite maison, et cette maison venait d'être incendiée. Cet accident avait été causé par l'imprudence d'un petit garçon mendiant. 11 avait chargé une canonnière de bois de sureau avec de la poudre, et au lieu de tirer le bout en terre, il le tira en haut. Le papier dont elle était bour- rée mit le feu à la chaumière. Dubois s'adressa à monseigneur Pelisson Fontainier, conseiller du Roi et administrateur de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés. 11 disait que si on ne venait pas à son secours, pour lui permettre de rétablir son humble demeure, il serait obligé de quitter le pays et d'aller mendier son pain comme beaucoup d'autres. Le prévôt de Dammartin alla constater cet accident et en rédigea un procès-verbal *.

Seigneurie spirituelle

L'abbé de Saint-Germain-des-Prés présentait à la cure de Longnes. En 121 1, Renaud, évêque de Chartres, dans le diocèse duquel se trouvait cette paroisse, voulut lui contester ce privilège, mais il reconnut bientôt son erreur\ Le 18 janvier 1667, il fut convenu que

I. Tardif, Cartons des Rois, 7/12, p. 3^2; Delisle, Actes de Philippe- Auguste, ii38; Arch. nat. LL. 102O, p. 83. 3. Arch. nat., orig. K. 8r, !>. François I", Actes, 218.

3. Id. S. 2977.

4. Id. S. 292 1.

5. BOLILLART.

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les religieux Bénédictins paveraient dorénavant 4Go livres au curé, pour son gros, au lieu de lo septiers de mesteil, lo septiers de seigle et un muid d'avoine qu'ils lui fournissaient auparavant'. Un document portant la date du mois de juin i5o4 mentionne la fondation d'une messe, le premier vendredi de caresme '.

Outre l'église paroissiale, il y avait à Longnes deux cliapelles : celle de Saint-Sauveur de Mirebel et l'oratoire de ÏNotre-Dame de Bonne-Nouvelle. On est porté à croire que ce sanctuaire se trouvait sous la tour : des restes de nervures ogivales semblent l'attester.

L'église comprend trois parties distinctes : la nef, le chœur et la tour. La nef a été reconstruite dans les premières années du XVII* siècle, au moins pour ce qui concerne la voûte et la toiture. Un des tirants qui supportent la voûte porte la date de 1607. C'est un vaste quadrila- tère, dont les murs sont percés de larges ouvertures en plein cintre. La voû te demi-cylindrique en bois est intérieurement recouverte d'un enduit de plâtre. La partie inférieure de la tour est du XII^ siècle. La façade à l'ouest est percée d'une porte à arcade surbaissée, surmontée d'une fenêtre ogivale. Le côté sud laisse voir l'emplacement d'une autre fenêtre ogivale de même dimension que la première, et qui a été murée.

A l'intérieur, on remarque les restes des nervures d'une voûte ogivale qui n'existe plus. disposition des lieux et la tradition paraissent indiquer qu'il y avait une chapelle, peut-être la chapelle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, dont il est question dans les archives communales, à la fin du XYI^ siècle. Les mêmes archives notent que la partie supérieure de la tour fut brûlée, avec l'église, en 1090, à la suite de la bataille d'ivry. Elle venait d'être restaurée, et les marguilliers de Longnes avaient payé de ce chef 1900 livres au sieur Boulland. Comme ce dernier n'avait pu ou su parfaire son travail, on dut, pour terminer ces réparations, passer un second marché avec le sieur Jourdan (19 septembre 1G80) \

Actuellement la tour est surmontée d'un toit pyramidal en ardoise de forme quadrangulaire. Avant la Révolution, elle contenait trois clo- ches. Deux furent sans doute enlevées en vertu du décret du 23 juillet 1793, qui prescrivait de ne laisser qu'une cloche dans chaque église.

I. Bib. nal. ms. fr.. 1G857. a. Arch. nat. S. 2977. 3. M. S. 3931.

- 34 -

Celle qui restait avait nom Perette. Elle avait été fondue en 1714 et bénite en présence de monseigneur d'Estrées, évêque de Laon, abbé de Saint-Germain, par Jacques Barré, curé.

Il existe à Longnes une charité. C'est le nom populaire donné à des confréries autrefois nombreuses dans le Vexin, insl^ituées pour assister les mourants, ensevelir et inhumer les morts. C'est à ce dernier objet que se réduit aujourd'hui l'office des frères de la charité.

La charité de Longnes, qui est peut-être la seule survivante dans la région, étend son action sur un certain nombre de communes voisines elle compte de fidèles bienfaiteurs. Les frères prêtent leur office charitablement, c'est-à-dire sans pouvoir réclamer de rétributions quel- conques. Le produit de la générosité des familles entre dans la caisse de la confrérie. L'origine de la confrérie de la charité de Longnes remonte au pontificat de Paul IV, qui mourut en i55g, ou acquit une nouvelle vigueur à cette époque. La peste qui ravagea l'Europe en i348 répandit partout la terreur. On craignait son retour. On peut sup- poser que les évêques se préoccupèrent de cette invasion menaçante et ravivèrent dans leurs diocèses les anciennes confréries si utiles. En ce qui concerne la charité de Longnes, en particulier, il semble que sa création ou sa résurrection soit venue à l'heure providentielle, car il y eut une grande mortalité en lôgi. Elle reçut même année de nom- breux legs. Sa bannière date de 1608. En 1788, la charité de Longnes possédait 34 arpents, 9 quartiers, 3i perches de terres, au territoire de Longnes et de Mondreville. Elle avait un four qui paraît avoir servi de four banal, et une chambre de l'Évêque, une maison, dont une partie subsiste encore. On y remarque, au-dessus d'une porte, l'emblème reli- gieux I H S. La confrérie, supprimée en l'an 11, se vit confisquer ses 45 arpents de terres. Elle fut rétablie en 1802. Les religieux de Saint- Germain-des-Prés, en qualité de curés primitifs, durent contribuer à la prospérité de cette œuvre.

Le premier maître d'école connu s'appelait Pierre Riquet ; il exerça de 1G94 à 1710. « Maître d'école et clerc d'église, dit l'acte d'inhuma- tion, il s'acquitta, 21 ans, de ces fonctions avec exactitude, piété et édi- fication. 11 fut enterré dans la nef de l'église devant la porte du clocher. Il eut pour successeurs Jean Legrand, 1715-20, et enfin, son neveu, Jacques Riquet, 1720-84'.

I. Archives corniiiunales.

35

DAMMAKTL\

Dammartin, localité située aujourd'hui dans le canton de Houdan, l'arrondissement de Mantes, et le département de Seine-et-Oisc, faisait jadis partie du diocèse de Chartres et était une des anciennes dépen- dances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Quelle en fut l'origine? C'est ce que nous ne pouvons préciser. Son nom, Domniis Martinus, semblerait lui assigner comme berceau son église que nous trouvons de tout temps sous le vocable de saint Martin. Pourtant, dans la suite, Dammartin fut désigné sous la qualification de prévôté, c'est-ù-dire d'un domaine temporel, n'ayant aucune des prérogatives, ni des charges des bénéfices ecclésiastiques : nous verrons les Bénédictins revendiquer cette situation pour Dammartin, afin de l'exonérer des subsides ponti- ficaux. Si nous ne pouvons savoir par qui fut donnée cette possession à l'abbaye, nous en sommes réduits aux inductions pour l'époque de cette domation. Quoique Dammartin ne figure pas dans le Polvptyque d'irminon, nous serions tentés de le ranger parmi les dépendances de Saint-Germain au IX<= siècle. \ous voyons en effet aux Xl« siècle les abbés occupés à délivrer leur domaine des exactions des descendants des anciens avoués de Dammartin ; or ce fut à l'époque de l'invasion normande que les terres ecclésiastiques furent placées sous la défense des avoués et que prirent naissance les exactions et abus dont on avait tant de peine à se délivrer deux siècles plus tard.

Nous renvoyons à l'élude de la juridiction temporelle l'examen des documents intéressants qui se rapportent à cette lutte contre les usur- pations des familles des avoués. Nous nous bornons à citer les lettres écrites en iiGS dans lesquelles Robert, abbé de Saint-Germain, atteste qu'avec sa permission frère Jean de ^ernon, trésorier de l'abbavc, avait racheté une redevance annuelle que la bourse du monastère pa\ait au seigneur Simon d'Anet. Comme nous le disons plus bas. le sire de Breval ayant renoncé à ses prétentions de seigneurie sur Dammartin et ayant reçu en reconnaissance de l'abbé une rente de i3 li\rcf,

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Philippe-Auguste, qui avait réuni la terre de Breval au domaine de la couronne, déchargea les religieux de celte rente '■ .

En 1287, l'abbé de Saint-Germain, Raymond, qui était un ancien religieux de Saint-Victor de Marseille, laissa en mourant une rente de dix livres qu'il possédait à Dammartin, à condition qu'on célébrerait avec plus de pompe la fête de saint Victor dans le monastère parisien et qu'on lirait la vie du Saint à l'ofTice de la nuit.

Le 3 avril i324, les religieux achetèrent, au prix de 100 livres parisis, de Robert de Nantilly, une rente d'un demi-nuid de blé et d'un demi- muid d'avoine qu'il avait droit de prendre sur les habitants de Dam- martin et de Lognes'. En i356, ils rachetèrent également, moyennant 600 florins d'or, une rente de 200 livres tournois dus sur la seigneurie de Dammartin \

Le dénombrement de i384 nous fait connaître la situation et l'im- portance de ce domaine : « Item, en l'evesché de Chartres, en la ville « de Dammartin, auprès de Montchauvet, une maison noble, gran- i( ches, pressouers, coulombier, toute justice haute, moïenne et basse, « avec la justice de la ville de Lovaignes ; item, environ vu arpens « de terre et un arpens de vignes : le four de la ville bannier : environ « xxxvT livres de cens à plusieurs jours : les dixraes de vins et la pro- « vincte du pressouer et de Montchauvet, qui peut valoir environ xvi « queues, qui soloient valoir lx queues, montant et avalant : item la (( moitié de deux molins estans à Montchauvet, loués nostre part m muis « de blé. Tout ce baillé à un religieux, appelle le Prévost de Dammar- (( tin, à ferme, au pris de c livres, qui soloient valoir ce livres, à nous (( abbé dessus dit. Item, en la dicte ville de Dammartin, de Lovaignes (( et Neauflète et une partie de Montchauvet, la Fortelle, les dixmes (( d'icelles villes et champars, valans environ xl muis de grains, mon- « tant et avalant, qui en solaient valoir c muis, et le doivent rendre (( quand il est battu, en nostre maison de Mante et nous quérons leurs « despens (?). Et est tout de nostre domaine et chose de nostre crosse. (( Ilem. grant quantité de bois à faire eschalas, puent valoir par an envi- (( ron XL frans. Item, en la dite ville de Dampmartin et Louvaignes, un

I. Bouii.LART, Histoire de Saint-Gerinnin-des-Prés, p. loa. 3. Arch. nat. S. 2937. 3. Ibid.

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« paast qui vaut xi livres qu'ils doivent à la Saint Andrieu. Item, sur la M dite ville de Dampmarlin, deux muis de grains dubs au convent par « les habitans : item, le prévôt leur doit iv livres, xvii sols, vi deniers : « item, ils y ont deux arpents de vigne valant par an xl sols*. «

Le 3o décembre iSgG, l'abbé et le convent signèrent avec Simon de Mondreville un contrat par lequel ce dernier cédait aux religieux un fief qu'il possédait à Dampmartin et qui comprenait une maison avec cour et jardin et une trentaine d'arpents de terre et recevait en échange une maison et quelques terres à Mirebel ".

La période suivante fut particulièrement désastreuse pour la prévôté de Dammartin ; les guerres du XV^ siècle et la déplorable administra- tion des abbés qui se succédèrent alors sur le siège abbatial de Saint- Germain-des-Prés l'avaient réduite à une lamentable situation, témoin le passage suivant que nous extrayons des lettres obtenues, en 1021, du Roi par l'abbé de Saint-Germain contre l'insubordination de ses

vassaux :

{( Que après les guerres des Angiois, à l'occasion de ce que la terre et « Seigneurie de Dampiaartin est joignante nostre pais de Normandie, u les terres et héritaiges estoient en grans boys et buissons ; et dès lors, « ou tost après, furent abbés successivement et l'un après l'autre, « l'abbé Hervé qui fut mauvais administrateur et aliéna des rentes et (( revenus d'icelle pour mille livres ou environ et, après luy, l'abbé « Henry, autre mauvais administrateur et dissipateur, et depuis l'abbé « Robert, auquel, par sa mauvaise administration et dilapidation, fut a par justice pourveu d'un curateur. Lequel abbé Robert avoit baillé « à feu Pierre Nicolas, abbé de ^eauile. la dite terre et seigneurie de (( Dampmartin, à dix-huit ou vingt ans, à cent livres de ferme seule- « ment : pour la quelle retirer par feu l'abbé Geufroy, evcsque et comte (( de Chaalon qui estoit absent d'icelle abbaye, y eust procès lon- « gtemps pendant, qui dura jusqu'à l'an i488. Et après luy fust nostre (( amé, et féal, le cardinal de Narbonne, abbé d'icelle abbaye, estant « aussi absent et résidant en court de Rome. Dmant le temps desdils « abbés, la dite terre et seigneurie de Dampmartin a esté régie et gou- « vernée par gens laiz et fermiers cpii, sans pouvoirs ou procurations.

I. Arch. nat. L. 7G0. j. ht. S. aij^V-

38

« ont fait plusieurs baux, vendu et aliéné droicts, terres et heritaiges (( apparlenans à la dite abbaye et ainsi que des redevances et anciennes u tenures des terres et heritaiges situés au dedans des fins et limites ({ d'icelle terre et seigneurie de Dampmartin'. »

Au XVP siècle nous voyons les abbés faire leurs efforts pour relever la prévôté des tristes résultats de la période antérieure. En i5oZi, la prévôté était donnée à ferme pour le prix annuel de 55o livres, deux pourceaux (de 28 sols chacun) et deux douzaines de chapons. En i5io, le bois de Genitolon était affermé pour douze livres. Enfin en 1628, l'évêque de Meaux, abbé de Saint-Germain, vendait au prix de 1 100 livres le coupe de Sa arpents des bois de Gaurel ".

Le 3 mai i5i6, les religieux louèrent leur tuilerie de Dammartin à la condition pour les preneurs de fournir annuellement à l'abbaye 9 milliers de grosses briques et 6 milliers de carreaux. Le receveur de l'abbaye promettait de a charrier tout le sablon pour l'ouvrage et de (I livrer sur le lieu tout le bois qu'il faudra, à raison de six solz par « corde ». Les preneurs auront la permission de vendre 8 milliers 900 tuilles, iioo briques et 600 carreaux. Ils devaient enfin payer cent solz de ferme, huit jours après la saint Martin d'hiver.

Le dénombrement de i5i7 nous fait connaître la situation de la prévôté à cette époque : « A Dammartin, y a un manoir contenant (( arpent et demy ou environ, estant prés de l'église, sur lequel y a mai- ce sons manables, granches, tant pour le domaine que pour les dymes, {( et champars de Dammartin, la Fillette de Montchaiivet, la Gressaye, (( la Haye du Tru, Broiillards, Garrel, le Boqiiet, Hoiiville et la Mare- <( pavée, estables, bergeries, porcheries, gélinier, coulombier, gre- <( niers, celliers et voultes avec jardins et autres choses nécessaires. <( Item, ung pressouer pour faire vins et sidre, pour les dismes desquels <( il a droit de prendre dix pintes de muy et la cinquième pinte au <( pressouer : et ce paye sur peine de lx sols parisis d'amende. Les (( habitants de Dammartin sont banniers audit pressouer quant aux (( vignes dudit lieu seulement. Item, sept arpents de terre aussi entre (( Dampmartin et les bois de Genainville, sur lequel y a une tuillerye « garnye de deux creux et une chappe, de maison manable, ensemble

I. Arch. nat. 7J «jfjyA. ï. /(/. S. 292 1.

- 39 -

« un four à thuille et halles pour les faire sécher. Item, à la Gaize BouUct « près Dampmarlin, ung clos de i3 arpents, sur le chemin de « Dampmarlin à Mantes. Plus, différentes pièces de terres sises aux « Bréons, à la Croix-Musset entre la maladrerie et Carnette'. »

Les abbés de Saint-Germain-des-Prés se montrèrent dans celte période très soucieux de la prospérité de la ville de Dammartin et de ses habitants. Par ses lettres datées de Blois, au mois de décembre de l'année i5i2, le roi Louis XII accorda à la requête de l'abbé et autorisa l'établissement à Dammartin d'un marché par semaine et de foires annuelles, qui devaient se tenir au deux fêtes de saint Martin : les marchands n'étaient tenus à aucun droit envers le Roi et devaient payer à l'abbé les droits d'estallage et d'aulnage. Le bailli royal de Mantes reçut l'ordre de publier cet édit '. Pour compléter son œuvre, l'abbé fit construire des halles considérables, qui devaient servir à ces foires et marchés et contribuèrent puissamment à la prospérité de la ville. Sur la requête du même abbé, François P% qui venait de monter sur le trône, défendit, par ses lettres datées de Paris, i5 avril i5i5, aux gens de guerre de loger et de prendre des provisions chez les habitants des terres de Dammartin et de Longues appartenant à l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés', défense qu'il renouvela, le i'''" mai 1017 '.

Notons, en 161 3, le bail à ferme de la terre et seigneurie de Dam- martin, Longues et Neauflette pour la somme de 6000 livres \ en 1G80, le bail de Yaiilnage, estallage et hallage du bourg et marché de Dam- martin avec le chantier du Petit-Tertre, moyennant la somme de 64o livres et cette même année, le bail des dixmes et champarts de Longnes, pour le prix de 8200 livres •'.

Dans la déclaration de 1790, nous lisons à l'article Dammartin : (( Seigneurie ayant haute, moyenne et basse justice. La ferme dont les « bâtiments sont en bon état et considérables, terres labourables cl bois « taiUis en dépendant, le tout loué 5ooo livres. Dixmes louées 7000 (( livres.

1. Arch. nal. LL. io63.

2. Id. L. 777.

3. Id. K. 81, '100.

4. Id. K. 81, n" 200.

5. Id. S. 2921. 0. Id. S. 2878.

4o

« Fief de la Fillette et un quart du moulin de Montchauvet loué (( 100 livres ', et 26 livres pour lods et ventes. «

La Fillette de Montchauvet fut adjugée, en 1617, à religieuse personne frère Jean Poussin, pour le nombre et la quantité de deux muyds de grain \

Comme supplément, nous donnons le tableau suivant dressé lors de la spoliation des biens ecclésiastiques au mois de février 1791 :

Charges :

Les religieux de Saint-Germain devaient payer :

Au curé de Dammartin, pour supplément de son gros. . . 5o'

Au maître d'école 100^

Au juge de Dammartin 4o'

Au garde de Dammartin 200'

Le fermier général fournissait au curé de Dammartin, pour son gros, 32 septiers de froment et 16 septiers d'orge en grains de dixmes du territoire dudit lieu\

Vente du domaine de Dammartin.

District de Montfort-l'Amaury :

3o, i"" février 1791 :

Trois halles situées au bourg de Dammartin furent vendues à Laine, vigneron à Dammartin, pour la commune de Dammartin, 365o livres.

57, 7 février 1791 :

Un bâtiment servant de pressoir, sis à Dammartin, fut vendu à Souillard, laboureur à Dammartin, pour le prix de 2611 livres.

IN"° 109, 19 avril 1791 :

Trois perches de terre, terroir de Dammartin, hameau de la Côte-

1. Arch. nat. S. a858.

2. Id. LL. io63, p. II.

3. Id. S. 2858; Cociieris, Histoire de la ville de Paris, de Lcheuf, t. III, 70-72.

lu ~

aux-Amants, furent vendues à la veuve Mallardot, à Dammarlin, I20 livres.

loo, 19 avril 1791 :

Deux arpents et demi de terres, en une pièce, môme terroir, chan- tier du Fourneau, furent vendus à Paumier, aubergiste, à Dammarlin. pour 2200 livres.

III, 19 avril 1791 :

25 perches de terre, même terroir, furent vendues au sieur Thibault, tailleur d'habits à Longnes, 266 livres.

ii3, 19 avril 1791 :

Un corps de ferme, bâtiments, jardins clos et 2 10 arpents, 25 perches de terre et i5 arpents de prés, en i3 pièces, le tout situé commune et terroir de Dammartin, furent vendus au sieur Roussel, propriétaire, demeurant à Paris, rue Feydeau, 140.000 livres \

Le domaine de Dammarlin faisait partie de la mense abbatiale.

Lieux dits.

L'arche.

Bois d'Houville.

Les biens rangés.

Buisson bouillon.

Le Bocquet.

Les Boulleaux.

La Brie.

Les Cliquettes.

Les Brouillards.

La Bœuve.

Le Clos de l'abbaye.

Carnette.

Les Caves.

Les Crochets.

Clos de l'épine.

Le Clos de Cornette,

Champ de Champagne.

Bois Germais.

Champ Caillet.

Clos Maillard.

Les Closeaux.

Le clos viel.

Le clos de l'église.

Les champs foués.

Les Cornets.

La Cotte aux lièvres.

Le clos émouillé.

Les Courtillons.

La croix Mousset.

La coste aux Barbaux.

Dantu.

Les Epinettes.

Le fourneau.

Les graviers.

Garel.

La fillette.

I. Arrh. ilrjinrtemcntalrs de Seine-et-Oise. Registre de la vente des biens iialionauï

^-2

La ferme des fontaines.

Les glaises.

La ffroue.

Les trois fontaines.

Geslé?

Gloriettc.

La Feugère.

Le Merisier.

La Gressaye.

Les bavettes.

G arche.

La Marnière.

La marre paquette.

Le Moulin à vent.

Mare pavée.

La Maladrerie.

La marre aux Vachères.

La marre aux filles.

Les murailles.

Le pré Roux.

La pierres aux Mariées.

La picardie.

Pré Gauvin.

Les parcs.

Le petit pré.

Les plantes.

Les longs prés.

Le Pré de la Garenne.

Ponts ^ux brebis.

Le pré Foissy.

L'orme à Perette.

Les Sablons.

Les Sinaux.

Les terres blanches.

Seigneurie temporelle

Comme nous l'avons déjà pu observer, la première partie de l'his- toire de la seigneurie de Dammartin est animée et presque absorbée par la lutte incessante que les religieux eurent à soutenir au XP' siècle contre les usurpations et les odieuses prétentions d'un certain nombre de barons du voisinage qui, en vertu de leur titre d'avoué du monastère, exerçaient sur les vassaux de l'abbaye d'intolérables exactions appelées dans le langage de l'époque de mauvaises coutumes et voulaient dé- pouiller les moines dont leurs ancêtres avaient été les défenseurs, "\oici d'abord, en io3o, le comte Drogon, qui, sous prétexte d'exercer son droit d'avouerie, mettait au pillage les terres de Dammartin et de ses dépen- dances, Xeelphitam, Firmerii curtem, Lovaniolas, Domcrii montem, in Lii'icurte. Lentivella, Sivericurte, Genestivilla, Badani rete, in Spica- rias. in ] aile, in Aumasa, in Loputeo. in Miribello. in Glatiniaco, in Can- tamerlo, in Lairanias, in Trullo, in Becherello, dont il ne nous a pas été possible d'identifier d'une manière certaine les noms signalés dans la charte. L'abbé Aldraud alla porter ses plaintes au roi Robert. Ce

- /,3

dernier, par ses lettres datées de Poissy, io3o, obligea le comte Drogon à renoncer aux droits et exactions qu'il prétendait sur Danimartin et ses dépendances : il lui concédait senlorncnt les quatre seigneuries designées par les noms latins suivants, Nee/philam, Firmerii curtem, Lovaniolas, Romeril montem, qu'il tenait en fief de l'abbaye de-Saint- Germain-des-Prés '.

Quelques années plus tard, nous trouvons un nouvel adversaire de l'abbaye : c'est le chevalier Hugues Scavelbo, qui, en sa qualité d'avoué de Dammartin, continuait les agissements de son prédécesseur et exi- geait des taxes exorbitantes des habitants. L'abbé Isambard s'adressa avi Roi, qui manda devant sa cour Hugues et sa femme. Ces derniers n'ayant pas pu justifier leurs prétentions, durent renoncer au droit d'avoueriede Dammartin : renonciation que le roi Philippe P'" confirma par sa charte, datée de Poissy, du 6 janvier 1082°.

Au siècle suivant, le sire Simon d'Anet, renouvelant les prétentions de ses ancêtres, malgré les sentences royales qui les avaient condamnées, recommença à exiger les mêmes exactions sur Dammartin, Longues et leurs dépendances. Les débats, qui avaient commencé avec l'abbé Geoffroy, se poursuivirent sous l'abbé Hugues V. Ce dernier, à l'exemple de ses prédécesseurs, cita son adversaire devant le roi Louis VII. L'abbé exposa sa plainte et, rappelant la sentence du roi Robert, implora de la justice royale la défense de ses droits. Simon ayant promis de prouver la légitimité de ses prétentions, les deux parties furent ajour- nées devant la cour royale Louis YII présidait entouré d'un grand nombre de ses barons, Etienne de Somero, Hervé de Glenico, Guy de (Jlhàlillon, Guillaume de Alelloto, Drogon de Melloto, Guillaume de Guerlande, Guy de Guerlande, etc. Symon, n'ayant pu tenir sa pro- messe, ^e vit condamné, et le Roi, confirmant la sentence de son ayeul, déclara Dammartin exempt de toute servitude et appartenant en toute seigneurie à l'abbé de Saint-Germain. Cette sentence est raportée in extenso dans la bulle qu'adressa pour la confirmer le pape Alexandre III à l'abbé et au couvent de Saint-Germain-dcs-Prés (Paris, le 9 des kalendes de mars 1 1G2) '.

1. Arch. nat. K. 18, ."> ; LL. loa'i, p. 3').

2. Id. K. 20, 6 ; carloii. Itoni. des Hois, 11" 208; LL. 1026, p. iG.

3. /(/. L. 2.'5o, n"(j.

44

Malgré cette sentence, les religieux furent obligés de transiger avec leur puissant adversaire et d'obtenir au moyen de la promesse d'une rente de Go sols parisis le désistement complet de Simon d'Anet. C'est ce que nous apprennent des lettres de 1196 par lesquelles Robert, abbé, et le couvent de Saint-Germain-des-Prés règlent le paiement de ladite rente de 60 sols parisis à frère Jean du A'erne, trésorier de l'abbaye, qui l'avait rachetée de ses deniers avec la permission de ses supérieurs et devait la laisser, après sa mort, à l'abbaye*.

Presque en même temps un autre seigneur du voisinage, ~\\ illem Lupel d'Ivry, poussé par le remords, vint faire réparation publique de ses injustices. 11 se présenta au chapitre de Saint-Germain-des-Prés, et demanda humblement pardon à l'abbé « du grave péché commis « en prétendant des droits sur Dammartin, qu'il proclame appartenir c( en toute seigneurie à l'abbaye » ; il suppha l'abbé de prier Dieu pour lui et se déclara disposé à jurer et à prouver devant quiconque que ni lui ni ses héritiers n'ont aucun droit sur Dammartin". Peu de jours après, il fit rédiger ces déclarations sous forme de lettres de soumission, qu'il remit à l'abbé Hugues \

Nous avons signalé plus haut les démêlés qui se produisirent entre l'abbé de Saint-Germain et le sire Jean de Breval au sujet de Dam- martin. En 1 186, ce dernier fit solennellement cession de ses prétentions pour lui et ses héritiers. Poussés par la reconnaissance en présenee de ce généreux désistement, l'abbé Foidques et les moines donnèrent au sire de Breval et à ses descendants une rente de i3 livres parisis, qu'ils devaient tenir sous la foi et l'hommage de l'abbaye ''. Nous avons vu que la seigneurie de Breval étant entrée dans le domaine royal, Philippe-Auguste fit remise, en 1192, à l'abbaye de cette rente de 1 3 livres jjarisis ', à la condition que les religieux célébreraient tous les ans un service pour le roi Louis Ml son père et un autre pour lui- même après sa mort".

Celte première phase de l'histoire de la seigneurie de Dammartin

1. Arc/i. nat. L. 777.

2. Id. LL. 1024, p. 70; LL. 102G, p. 80.

3. Id. S. 2927 ; L. 777.

h. Id. LL. 1026, p. 82 ; S. 2977. 5. /(/. K. 2O, 11° 17.

G. BONMN.

45

étant terminée, nous n'avons qu'à assister dans la suite à son fonction- nement régulier. Les difficultés extérieures apaisées, les difficultés intérieures leur succédèrent.

Déjà en 1202, une charte de Philippe-Auguste était venue déclarer que dans la seigneurie de Dammartin, aucun laboureur ne pouvait tenir des terres à champart de l'abbé et des religieux de Saint-Germain, s'il ne résidait sur les lieux, faute de quoi ces terres seront à la dispo- sition des religieux'.

En 1220, les habitants de Dammartin, qui étaient obligés de conduire à Mantes sur les chariots du religieux prévôt les grains de l'abbaye, se révoltèrent contre cette servitude : ils réclamaient également cer- tains droits d'usage dans les bois de Geneauville. Ce différend fut apaisé par une transaction, que proposa l'abbé Gauthier et qui fut acceptée par ses vassaux : il était stipulé que les habitants prendraient dans la forêt de Geneauville"' (ou Greneville) les gencts, l'épine noire et blanche, les saules, les marsaus, le bois mort, le coqchesne, le troène, la riorte (gènes tam, spinani nigram et albam, salices, marsalices, put fust, gaUiquercum, tronuin, retorlani), pour faire leurs charrues, sans que pour cela l'abbé et le convent fussent empêchés, quand ils le voudraient, de vendre ou de défricher ce bois. Les habitants conti- nueront cà transporter avec leurs chevaux et leurs charrettes à Mantes le blé du prévôt de Dammartin et le déposeront dans la maison de l'abbé, le prévôt leur fournira pour leur peine du pain blanc et du vin en quantité raisonnable. Enfin les habitants prenaient l'enga- gement de se rendre à Saint-Germain-des-Prés, à toutes les citations de l'abbé ou de son délégué. Toutes ces conditions se trouvent énu- mérées dans la charte que dressa de cette transaction, en 1221, Guil- laume de Ville-Thierry, bailli royal de Mantes ■^

Ici, comme dans bien des cas, les officiers des justices royales ne voyaient pas sans jalousie le fonctionnement des justices seigneuriales

1. Arch. nat. S. 2977.

2. Juineauvillc, canton de Munies (Seinc-ct-Oise). Ou trouve parfois des textes on peut lire Genainville et Geneauville Il n'est f^uèrc admissible qu'il s'agisse ici des bois de Genainville, localité située dans le c.uiton de Magny-en-Vcxin et éloignéo de Dammartin. Est-ce que les bois de Geneauville ne seraient pas les mêmes que les bois de Jumeauville, canton de Mantes, assez peu éloijjnés de Dannuartin ?

3. Arch. nal. LL. 11 ad, p. 81.

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du voisinage et fâchaient de profiter de toutes les circonstances pour leur créer des difficultés. En l'année 1344, un prisonnier prévenu de meurtre parvint, nous ne savons par quels moyens, à s'échapper des pri- sons de Dammarlin. Imputant au moine prévôt de Dammartin la res- ponsahilité de ce fait, les officiers dimants voulurent lui soustraire son pouvoir judiciaire. Les religieux réclamèrent, le prévôt prouva son innocence dans cette affaire et, au mois de novembre, le bailli de Gisors, en vertu de lettres du Roi, levait la mainmise sur la justice de Dammartin'.

Le i8 juin 1897, une sentence du prévôt de Paris condamnait les habitants de Dammartin et de Longues à payer à l'abbé de Saint-Ger- main-des-Prés 1 1 livres de rente pour son droit de past, c'est-à-dire, son entretien lorsqu'il venait visiter sa terre ^

Le « compte des recettes des seigneuries de Dammartin près Mante, « Longues, la Fortelle, INlyrbel, Heurteloup, Houville, Montchauvet, « Neauphlette, les Tournelles de Mante et leurs appartenances, fait en (( l'année 1617 pour monseigneur Guillaume, évêque de Meaux, abbé « commendataire de Saint-Germain-des-Prés et seigneur du dit Dam- (( martin », nous fait connaître l'état et l'importance de cette justice : « le dit Seigneur a dans sa seigneurie seaulx à contracts, avecques u tous droits d'aubeine, forfactures, espaves et confiscations, ensemble (( rouage, forage et estellonnage.

« Pour l'exécution de la justice, le dit Seigneur a quatre fourches pati- « bulaires assises entre Dammartin et Longues, au lieu dit Les Grands « Champs, et, au lieu d'Eschelle, il a pilori et carquen, près lequel « carquen on a coustume de faire les cris et proclamations.

« Le dit Seigneur a à Dammartin marché tous les jeudis, foires au « festes S' Martin ; les marchands qui s'y rendent ne doivent rien au « Roi, mais au Seigneur seulement les droits d'estallage, mesurage, « aulnage. Pour les foires et marchés, les marchands trouvent deux (( halles sises au carrefour du dit lieu\ »

La lutte, que nous avons déjà signalée entre les religieux et les officiers royaux du baillage de Mantes, se reproduisait de loin en loin. De la seigneurie de Dammartin dépendait un hôtel dit des Tournelles et

1. Arch. nat. L. 777.

2. Id. S. 21J77.

3. Id. LL. ioG3, p. I.

^7

situé clans la ville de Mantes : cet immeuble était par suite soumis à la justice des religieux et formait ainsi une sorte de citadelle qui, au milieu de la cité, échappait complètement à l'action du bailli royal, puisque cette justice « ressorlissait par appel par devant le prévôt u de Paris ». Cette situation devait forcément amener des conflits. En i528, l'abbé de Saint-Germain obtint des lettres royaux « au sujet « du trouble fait par le bailli de Mantes en la justice du dit abbé en c( une maison appelée les Tournelles dépendant de la terre et sei- « gneurie de Dammartin. » Prenant prétexte de « foy et hommage « non faict et de devoirs non payés », le bailli avait décerné une commission pour saisir l'hôtel des Tournelles. L'affaire se poursuivit longtemps encore, puisque, en 1029, nous trouvons un relief d'appel de l'abbé de Saint-Germain contre les officiers du baillage de Mantes sur cette même question ^ Quoique nous ne connaissions pas l'issue du procès, il est probable qu'elle dut être favorable aux Bénédictins, qui durent rentrer dans la jouissance de leurs droits et exemptions. Le 16 octobre 161 1, un sieur Gautier « reconnaissait et avouait u qu'une masure, jardin et cours, attenant à sa propre maison, appar- « tenait à l'abbé de Saint-Germain-des-Prés comme dépendant de « l'hôtel des Tournelles ". »

Dans le reste des archives de la seigneurie de Dammartin qui nous donnent les lettres de provision accordées par les abbés de Saint-Ger- main pour l'office du tabellionage de cette localité et une ordonnance de police de 1670 « rendant les mesures de Dampmartin conformes « à celles de Houdan ' », nous relevons la mention d'un usage local, qu'il nous paraît intéressant de ne pas passer sous silence : c'est le droit de mets de mariage :

En ifi25, un arrêt du Parlement « rendu entre les abbés et convent (( de Saint-Germain-des-Prés prenant le fait et cause de leur receveur « de la terre et seigneurie de Dammartin, d'une part, et les habitants « de Longnes et hameaux dépendants de la dite terre de Dauunartin u d'autre part, condamna les dits habitants au droit de nids de « mariage en premières noces seulement : qui est que, quanil les

1. Arch. nal. V 997A.

2. Id. S. 2()3I.

3. U. Z* ()()7A.

- 48

(( mariés feront noces et banquets, ils seront tenus de le faire savoir (( à leurs seigneurs en leur hôtel seigneurial, la veille de leurs espou- (( sailles, ou à leur receveur, et de porter, le jour du banquet, avec les « violons jouant, un plat de chaque met du dit banquet, une quarte M de vin et quatre pains, à condition que les dits seigneurs, ou leurs t( receveurs pour eux seront tenus livrer homme et cheval pour mener « l'espouse à l'église et de la dite éghse au lieu se feroit le dit (( banquet, si mieux n'aimoient les dits mariés payer i6 sols parisis (( aux dits seigneurs, en les avertissant la veille des espousailles qu'ils u entendoient payer les dits 1 6 sols parisis '. »

Depuis le XV^ siècle, l'office de prévôt de Dammartin avait être supprimé. Nous voyons tous les actes passés au nom de l'abbé, et les détails de l'administration confiés à son receveur.

Au commencement du XYllP siècle, nous voyons la juridiction de Dammartin enlevée, provisoirement du moins, aux abbés de Saint- Germain. En 1700, un arrêt du Parlement u ordonnait qu'en attendant (( la décision du différent entre les officiers du bailliage de Chartres (( et de celui de Mantes pour raison de la juridiction dans les villages « de Dammartin et Longues et sans préjudice de leur droits, la justice « pour la police seulement y sera exercée par le Lieutenant Général (( au bailliage de Mantes '. » Quelques années plus tard, l'abbaye rentrait en possession de ses droits. Nous trouvons, en effet, en 1700, u la quit- (( tance de la somme de 200 livres payée parle cardinal d'Estrées, abbé « de Saint-Germain-des-Prés, à M"" Bertin, trésorier des revenus « casuels, pour la réunion à sa justice des paroisses de Dampmartin « et de Lognes, des offices déjuge gruyer, procureur et greffier créés « héréditaires par l'édit de mars 1707 \ »

Juridiction spirituelle

Nous avons vu que la terre et seigneurie de Dammartin avec leurs dépendances, Longnes, Neauflette, etc., formaient une prévôté, c'est-à-

1. Arch. nat. Z* 997A.

2. Id. Z- 997A.

3. Id. Z* 997*.

^9

dire, un bénéfice purement temporel confie à un religieux et plus tard à un receveur, qui le faisait valoir et l'administrait au nom de l'abbé, moyennant certaines redevances et obligations. Ce caractère de béné- fice non ecclésiastique, qui déchargeait cette dépendance de l'abbaye de tous les subsides que le Saint-Siège ou les évoques prélevaient sur les bénéfices eclésiastiques, fut contesté plusieurs fois, mais défendu victorieusement par les religieux. Dans un Inventaire des Archives de Damrnartin au XIV^ siècle, nous trouvons la mention u d'un grand « nombre de chartes et d'intruments établissant que la prévôté de « Dammartin n'est pas un bénéfice ecclésiastique et que, par suite, « elle est exempte du présent subside pontifical et de tous les droits « épiscopaux que les évêques, et notamment celui de Chartres, ont « coutume de lever dans leurs diocèses ' ». En conséquence de cette exemption, le i3 avril 12/i/t, l'évêque de Chartres renonça au procès qu'il avait entamé à ce sujet contre les religieux^.

Cette situation exceptionnelle n'empêchait pas les religieux d'avoir la juridiction spirituelle des églises et paroisses fondées sur le territoire de la prévôté, seulement cette juridiction était exercée directement par les abbés de Saint-Germain, et non par les prévôts de Dammartin. Au commencement du XIII'' siècle, Réginald, évêque de Chartres, ayant voulu contester aux religieux leurs droits de présentation pour les églises de Dammartin, Longues, Neauflette, Montchauvet et Seplcuil situées dans son diocèse, reconnut loyalement son erreur et conlirma le patronat de l'abbaye par une charte solennelle \

Le 29 juin 1498, Jean Malary et .lacquette, sa femme, firent donation de 7 livres de rente à la cure de Dammartin pour la fondation d'une messe par jour dans cette église*.

Une transaction, signée le 20 mai iS^y, vint fixer les droits réci- proques de l'abbé de Saint-Germain et du curé de Dammartin ; il fut stipulé que ce dernier recevrait pour son gros une redevance annuelle de quatre muids de grain, les deux tiers de blé et le tiers d'avoine, à la charge de renoncer à toutes les dîmes grosses et menues et aux novales, tant présentes que futures \

i. Arch. nat. LL. loîO, p. 8't. 3.Id.LL. 777 ; L. 11/16, p. i/|5.

3. Id. LL. 1035, p. 53; LL. loaO, p. 80.

4. Id. S. 3<)77.

5. Id. LL. 1140, p. 145.

4*

5o

En 1760, le curé de Dammartin recevait 5o livres comme supplé- ment pour son gros *.

Les abbés de Saint-Germain étaient donc les curés primitifs des églises de Dammartin, de Longnes et de Neauphlette qui s'élevaient sur le territoire de Dammartin et dont les religieux avaient été, sans doute, les fondateurs.

On prélevait sur les revenus de Dammartin, le IX des calendes d'avril ou le 24 mars, xx sols pour l'anniversaire de Robert de Longnes, prieur de Dammartin.

La veille de Pâques, le prévôt de Dammartin devait payer une pitance au couvent. 11 avait, en ce jour, l'honneur d'allumer le cierge pascal pendant la cérémonie qu'on faisait pour le bénir ^

Le V des ides de septembre ou le 9 de ce mois, le prévôt de Dam- martin devait fournir xxx sols parisis pour l'anniversaire de Guil- laume (de Vodeto).

Le II des nones de novembre ou le 4 de ce mois, le même prévôt devait fournir lx sols pour l'anniversaire de Jehan, abbé de Saint- Germain-des-Prés '.

Prévôts de Dammartin.

1186. Fr. Bernard.

Vers 1480. Fr. Pierre Nicolas, abbé de Neaufle.

Vers i5io. Fr. Jean Lhomme, abbé de Xeaufle.

1. COCHERIS.

2. Arch. nat. LL. 1027, p. 55.

3. Id. LL. 1027.

5i

MONTCHAUYET

Montchauvet est un modeste hameau de Seine-et-Oise, dans le canton de Houdan, arrondissement de Mantes. Les religieux de Saint-Germain-des-Prés y avaient quelques possessions, dès l'an ii33. Nous lisons, en effet, dans l'histoire de ce monastère que l'ahhc Ilugue céda, vers cette époque, au roi Louis VI, dit le Gros, et à Amaury de Montfort deux fonds de terre, le premier destiné à la construction d'un château, et le second, affecté à un autre usage'. Après s'être réservé la jouissance de deux moulins et d'un étang qui lui apparte- naient", la dime de tous les fruits que pouvaient produire les terrains concédés, il stipula que les deux concessionnaires ou leurs succes- seurs payeraient annuellement à la communauté chacun 5 sols de rente, au jour de la Saint-Remy\

Les divers dénombrements que nous avons sous les yeux nous fixent sur l'importance du domaine que les Bénédictins avaient à Montchauvet. Cette seigneurie comprenait :

Lin hôtel contenant deux travées avec cour, jardin, étables et appartenances, près le cliastel.

2" Trois quartiers de pré, sis à la Fosse au prieur.

1. En acquérant ce coin de terre (rune notable, altitude, le monarque voulait compléter la lig-nc do fortifications du domaine royal formée par les forteresses do Montfort, 'loudan et Anet. Le château fort qu'on y éleva pouvait contenir de la à i5oo hommes. On voit encore aujourd'hui en ce lieu les ruines d'un donjon assez rcniarqiialjle. I^a tradition rapporte que quatre portes donnaient accès à la forteresse de Montchauvet. L'une, située à l'ouest, était connue sons le nom de porte de Bretagne. Elle existe encore en partie.

En i3i8, le roi de France, Pliilippo V, dit le Long, donna les /( cliàtclleniesd'Anct, Bréval, Montchauvet et \ogcnt-lc-Roi à Louis, comte d'Evreux. Plus tard, en i3'(o, Charles le Mauvais, roi do Navarre et comte d'Evreux, les posséda, mais Charles \, qu'il avait voulu empoisonner, les lui enleva. La famille clo Brczé jouit de ces chàtellcnies depuis i^Vi jusqu'à i55o, épo(iuo oTi Diam- de Poitiers on fut ^irutiliée (LL. jihG, p. CAh).

2. AnMAîVD Cassan.

3. BOLILLAHT, p. 80. BONNIX.

52

3" Une pièce de pré, sis aux grands prés, au-dessous du moulin des Epiais, contenant 3 arpents.

Deux quartiers de terre, attenant au moulin des Epiais.

5" Les fiefs des pendus, sis à la fosse aux gibets.

C" Deux pressoirs banniers.

La quatrième partie de 3 moulins assis au dit Montchauvet, appelés les moulins de la Ville, d'Art et des Epiais, et un étang.

Quatre arpents de friche, jadis soullait avoir vignes, séant au- dessus de l'étang devers Dammartin, suivant une déclaration de

l/}26.

9" 3o sols de rente sur des prés et une maison, sis à Dammartin.

10° Les cens, rentes et dixmes.

1 Un four bannier *.

La seigneurie de Montchauvet était affermée, en 1769, à Jean Godet pour la somme de 3oo livres et 80 aulnes de toile".

La déclaration de i384 mentionne Montchauvet comme il suit :

Item, en la ville de Montchauvet demoure un Prieur qui a une maison bien ruineuse. Trois arpents de vigne peuvent valoir lx sols. Item, un four bannier qui est fondu. Item environ vm livres de menus cens. Item, xx sols de rente sur le prévost de Dammartin^

La déclaration de 1790 afTirme que ce domaine appartenait à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés dès le règne de Louis XI et qu'il avait été uni à la mense conventuelle. Elle nous montre qu'il comprenait, en outre de la maison seigneuriale :

3 arpents et 3 quartiers de pré en deux pièces et un demi-quartier de terre.

Item, les cens, rentes, droits de lods et ventes et autres qui dépen- dent du fief du dit prieuré avec les dîmes, terres et autres héritages, sis sur la dite paroisse de Montchauvet et lieux circonvoisins. Item, le fief dit des Pendus, au comté de Montfort et le revenu du dit fief. Ilem, une rente de 10 sols tournois sur une pièce de pré sis en la seigneurie de Dammartin. Item, une autre rente de 10 sols sur une maison et dépendances à Dammartin.

I. Arch. nat. S. 2()3C et 29^3 ; LL. 1089, p, 173. a. Id. S. 2943.

'6. Domov HovRG, l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés au XIV' siècle. Arch. nat. L. 7C0.

53

Le tout a été loué au sieur Louis Debras, demeurant à Monlchauvct, pour Zioo livres, par bail passé devant Lefcbvre, notaire à Paris, le (j mars 1787, et Itbo livres, en passant ledit bail, faisant 5o livres par an, plus 80 aulnes de toile estimée à 20 sols l'aulne. La jouissance devait commencer en 1788.

Item, en outre du prix du bail, le preneur s'engageait à faire célébrer l'office divin le jour de la fête du patron et les quatre autres fêtes solennelles, et à donner pour ce au curé de Montchauvet la somme de 12 livres.

2" i5 livres de redevance annuelle sur une maison et un terrain attenant, le tout contenant un quartier dont la jouissance a été donnée à vie au sieur Guillaume Lavigne, maître d'école à Montchauvet, par acte devant Baron, notaire à Paris, le 16 juillet 1771, et encore à la vie de son épouse, pour 20 sols de redevance, si elle survit à son mari, par acte de 20 juillet 1777, devant ledit Baron.

Le 1/4 du moulin à eau de Montchauvet près Dammartin loué 72 livres au sieur François Jean, meunier au moulin de Gonncl, par bail devant Lefebvre, notaire à Paris, le 27 avril 1784 '.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés devaient au curé de Mont- hauvet pour son gros douze septiers de blé, six septiers d'avoine". Ils payaient 137 livres 8 sols 9 deniers pour les décimes.

Vente des biens sis à Montchauvet.

District de Montfort-PAumaury. N" jS, 7 février 1791 :

91 perches et 1/2 de terres et prés en 3 pièces, au terroir de Mont- chauvet, cîiantier du prieuré, furent vendus au prix de 1000 Tnres à Debras, laboureurà Montchauvet.

N" 54, 7 février :

3 arpents de prés, au même terroir, au dessous du moulin liLpiais, furent vendus au prix de 4(ja5 livres à Bondrouet, meunier à Courgent.

JN" 55, 7 février 1791 :

Une maison et terrain y attenant, contenant 25 i)crclies, près le

I. E). PonuER, Bib. nat. ins. fr. ao8/i8, p. ko; Arch. iiat. S. 28J8. 3. LEuiiui-'-CociiEuis, Histoire du diocèse de Paris, l. 11. |). 72.

C

54

chemin du cimetière, à Montchauvet, furent adjugés, au prix de 655 livres, au sieur Lavigne, maître d'école à Montchauvet.

56, 7 février 1791 :

La moitié du moulin de Montchauvet fut adjugée, au prix de 4025 livres, à Jean Meunier, à Montchauvet. Un quart appartenait à l'abbé, et un quart, aux religieux.

58, 7 février 1791 :

Un bâtiment et pressoir en iceluy, situé à Montchauvet, furent vendus, au prix qe 1575 livres, au sieur Hubert, fermier à Montchauvet'.

Seigneurie temporelle.

Le traité que l'abbé Hugue 111 conclut avec le roi Louis Yl et le comte Amaury renfermait des clauses favorables au monastère de Saint-Germain. Le prélat demanda et obtint pour lui et ses successeurs tout ce qui pourrait provenir des forfaitures et droits de justice, la moitié des revenus des moulins et fours construits ou à construire. De concert avec le monarque et le comte, il nommait les meuniers et les fourniers ; mais ceux-ci étaient tenus de payer la moitié des frais nécessaires pour l'entretien des fours et moulins. Il stipula que les religieux auraient la dixième partie des droits de marché ; que les domestiques de l'abbé et des rehgieux seraient exempts des droits appelés coutumes; qu'il serait interdit aux hôtes de Saint-Germain-des- Prés de demeurer dans le château de Montchauvet, sinon en temps de guerre, et que, la paix conclue, ils seraient tenus de regagner leur domicile ou de renoncer aux biens concédés par l'abbaye \ Louis Vil confirma cet accord en 1167, et Philippe- Auguste en 1202 ^

1. Registre de la vente des biens nationaux de Seine-et-Oise. {Archives départe- mentales de Seine-et-Oise.)

2. Louis VI décida que ceux qui viendraient s'établir à Montchauvet ne pourraient être réclamés par leurs seigneurs. Aux termes d'une charte communale qu'il octroya en II 38, les bourgeois de Montchauvet étaient exemjots de tailles et corvées, à la condition de rester neutres dans toutes les discussions qui s'élèveraient entre le roi et le seigneur du lieu.

'A. Arch. nat. LL. 102^, p. /|3 ; K. 22, n" i3 ; Bouillart, p. 86; Arch. nat. LL.

I02(), p. '|5.

55

En 1206, Philippe, archidiacre de Poissy, reconnut cpie le prieuré de Montchauvet ne lui devait point de droit de procuration '.

Plus tard, 20 novembre 1220, les habitants s'engagèrent à paver aux Bénédictins 8 deniers par arpent pour les vieilles vignes, 10 deniers pour les nouvelles et le 5<^ pot pour le pressurage'.

Dans une charte du mois de novembre 1837, nous trouvons une longue énumération des privilèges et coutumes de Montchauvet. Comme ils offrent quelque intérêt, nous nous faisons un devoir de les mentionner.

Philippe, par la grâce de Dieu, roi de Navarre et comte d'Evreux, ordonne aux habitants de choisir le lendemain de Noël 12 jurés pour l'année. Ces hommes sont obligés de se présenter devant le bailli de Mantes ou le procureur de Montchauvet pour prêter serment de respecter les droits du roi. A la fin de l'année, ils se nomment douze successeurs, qui jurent comme eux fidélité au prince.

Les jurés désignent toute fois que mestier en est trois sergents pour garder la ville pendant la nuit, et trois autres pour veiller sur les héritages, trois courratiers pour accompagner les marchands venant acheter du vin en la dite bourgade et pour les conseiller suffisamment.

Ils ont aussi la charge d'élire un maçon et un charpentier pour oster les périls (?) des maisons et faire rapport selon que à tel cas appar- tient, deux boullengers, deux bouchers, taverniers et autres personnes des autres mestiers, toute fois que le cas se y offerra.

Pour les emplois demandant personnes jurées, ils présentent les élus aux gens et officiers du comte. S'ils sont trouvés aptes aux offices en question, ils doivent promettre de les exercer en toute loyauté. Lorsque ces derniers commettent quelque méfait, les jurés inter- viennent pour appeler sur la tête des délinquants le châtiment qu'ils méritent.

Les jurés peuvent s'assembler en la maison commune chaque fois que les besongnes de la ville l'exigent. Ils doivent soustenir, supporter les charges que comporte cette maison. Les gens du comte y peuvent tenir assises et assemblées quand bon leur semble.

Les jurés ont droit de borner les héritages dans la ville morne; mais non les sentiers, les chemins et forts qui relèvent du prince.

1. Arcli. nat. L. 780.

2. L. 781.

\6

(]" Les jurés doivent choisir les frères qu'il convient de mestre en la maison-Dieu. Ils les présentent aux officiers du comte qui leur font prêter serment, s'ils les trouvent à ce suffisants. Le maître delà maison- Dieu rend compte de son administration aux gens du comte, en présence des jurés.

Si quelqu'un de Montchauvet ou du voisinage empiète sur la terre du comte d'Evreux, les jurés se rendent sur les lieux et font un rapport relatif au délit. Si les officiers du comte doivent eux-mêmes se transporter sur place, ils appellent les jurés et d'autres personnes de la ville, si mestier est.

Si aulcun mesdit ou meffait aux douze jurés ou à aulcun d'iceux faisant les besongnes de la dite ville et les bonnes nécessités d'icelle, les jurés peuvent les appeler par devant les gens du comte qui contrai- gnent les mefFaisants à faire amende de ce.

8" Les jurés ont aussi toute liberté de faire arrester par les sergents du comte les marchands ou autres personnes qui leur doivent quelques denrées de vin ou aiitres jusqu'à ce qu'ils aient reçu satis- faction.

9" Le comte d'Evreux commande que les estallons à mesures de grains, de vin, aulnes et poix à peser soient baillés par ses gens en garde aux douze jurés. Lorsqu'il s'agit d'estallonner les mesures, aulnes et poids, les gens du comte sont tenus d'appeler les 12 jurés, qui ont la moitié des profTits de ce travail. Le reste appartient au comte'.

Les deux prieurés de Montchauvet et de Septeuil avaient été unis à la mense conventuelle. Ils furent détaxés et l'abbaye de Saint-Germain- des-Prés fut remboursée d'une somme de 280 livres qu'elle avait payées, en I568^

En 1590, le roi remit aux religieux de Saint-Germain un tiers des décimes qu'ils payaient pour les églises de Septeuil et de Montchauvet, dont les fermes avaient été ruinées par les gens de guerre ^

Le 10 août 1739, les Bénédictins offrirent à monseigneur le comte de Clermont, leur abbé, la chasse dans l'étendue du prieuré de Mont- chauvet '.

1. Arch. nat. LL. 1081, p. 67-76, 84-88.

2. /(/. G'x i3(ji, G*x i2o5, cote A, 3.

3. BojiMX.

4. Chapitres conventuels. Dit. nat. ms. fr. i6358, p. i.

5?

Vers la mcme époque, monsiciir de Scnozan, conseiller d'Etal et seigneur de la châtellenie de Montchauvet, soutenait que le lief du prieuré relevait de sa seigneurie. 11 demandait que les religieux lui fournissent un homme vivant et mourant. Ces derniers lui démon- trèrent qu'ils ne dépendaient point de lui, mais qu'ils étaient ses cosei- gneurs'.

Prieurs.

i5o8. Jehan Poussin.

i638. Barnabe Aubert, démissionnaire.

Pierre Cereste lui succède. i523. Nicolas Daloi. 1595. Julien de Paris.

Seigneurie spirituelle

Le château de Montchauvet étant construit, l'abbé Hugue demanda à Geoffroy, évêque de Chartres, la permission de bâtir une église paroissiale en l'honneur de sainte Madeleine, hors de Montchauvet, parce qu'il avait l'intention d'y ériger un monastère pour plusieurs de ses religieux. Plus tard, il sollicita la faveur de construire une autre église dans Montchauvet, afm que les habitants eussent la facilité d'en- tendre la messe sans troubler les religieux dans l'église principale. L'évéque de Chartres y donna son consentement en présence de Mathieu, évêque d'Albano, et légat du Saint-Siège, à condition (lue le monastère de Saint-Germain payerait tous les ans à l'église de Ciiartres le droit de visite et de synode '.

En outre, pour éviter les conllits qui pouvaient naître entre les reli- gieux et le curé de la paroisse, l'évéque prit une sage mesure en déter- minant les attributions respectives. Il régla que les Bénédictins

I. Arch. nat. S. ag/'tS.

n. Nous ne savons comment coiicilior ce dernier poiiil avec les asserlioiis de Philippe, archidiacre de Poissy, témoignant, en laoC, que le prieuré de Montchauvet ne lui doit aucun droit de visite.

)8

auraient les deux tiers des offrandes faites à l'église, et le curé, l'autre tiers ; que les droits perçus pour les baptêmes appartiendraient au curé ; que chacun aurait la moitié des legs pieux qui seraient faits en espèce à la paroisse, et que ces legs appartiendraient en entier aux religieux, si le donateur les laissait en terres ou bâtiments ; enfin, que le curé aurait dix-huit setiers de blé, moitié froment, moitié méteil. Pendant les temps de guerre, les Bénédictins cherchèrent asile et pro- tection dans Montchauvet et abandonnèrent l'église, qui avait été édi- fiée en dehors des murs'. Goslène, successeur de Geoffroy et son neveu, approuva ces dispositions. Le pape Eugène 111 les confirma en ii5o'.

Les religieux de Saint-Germain avaient le patronage de la cure de Montchauvet. En 121 1, Renaud, évêque de Chartres, leur contesta ce privilège, mais il reconnut enfin son erreur, et saisit cette occasion pour exprimer aux Bénédictins son affectueux dévouement'.

Quelques années après, un dissentiment éclata entre Eude, prieur de Montchauvet, et Amaury, curé de cet endroit. Il portait sur la ques- tion des offrandes faites à l'église. Au mois de décembre 1220, Hugue, abbé de Saint-Germain-des-Prés, s'interposa comme arbitre et trancha ce différend. Nous citerons ici les principaux articles de l'accord conclu en cette circonstance : « ... Nos vero de bonorum virorum consilio sub hac forma de querelis prœdictis duximus ordinandum. In primis dicimus quod universa quee continentur in cartis pontifîcum Carno- tensium super beneficiis dictas ecclesiae confectis, rata et inconcussa permaneant et inviolabiliter observentur. De denariis autem quos presbyter recepit a Judaeis * et in posterum recipiet, pronuntiamus

1. Arch. nat. L. 781; LL. 102/1, P- 62; Bouillart, p. 86.

2. Id. L. 781 ; L. 228, i5 ; LL. loaV

3. Id. L. 780. Bouillart, p. ii3.

II. Cette charte nous montre l'existence d'une taxe imposée pour le séjour des Juifs et la réception des sacrements.

L Taxe des Juifs. Nous trouvons au moyen âge des exemples de cette taxe. En 1190, Raoul de Soissons se disposait à partir pour Jérusalem. Avant de s'éloigner, il donna à l'église de Notre-Dame une rente de (3 bezants d'or, i^ayable à la Saint- Remy et exigible pendant le séjour des Juifs à Soissons. (Aisne, Archives départe- mentales, i5o8.) Sauvai, dans son Histoire de Paris, nous dit que la communauté des Juifs payait au roi, en 1226, 48 livres i5 sols par quartier. (Sauvai, t. II, p. 528.)

II. Taxe des sacrements. Suivant M. Imbart de la Tour, dès le 1X° siècle, le prêtre savait tirer prolit du baptême, des sacrements et des choses saintes. L'Eglise

59 -

qnod prior habeat duas partes et presbylor terciam, cum do jure pertineat ad jus parrochiale et priori salisfaciat presbyter de perceptis. Insnpcr de duodecim denariis censualibus in cleemosinam datis, dicimus cpiod prior eos babeat et per se possideat sine reclamalione presbvteri et priori competenter salisfaciat presbyter de receptis. De tricenariis vero sic ordinamiisquod prior babeat duas partes et presl)y- ter terciam, et luiuscpiisque desumat partem suam. Preterea de obla- tionibus in confessionibus in ecclesia factis a peregrinis vel a mube- ribuspregnantibus vel a jejunantibusquadragesimas et de sponsalibus et de sepulturis mortuorum babeat prior duas partes, et presbyter, terciam. De denariis vero confraternitatum et de gelinis sancti Barlho- lomœi dicimus quod prior nicbil babeat vel percipiat et in boc dictum presbyterum duximus absolvendum\ »

Une dame de qualité, nommée Julienne Britone, avait bâti une maison à Montcbauvet. Elle demanda, en 12C0, à l'abbé Gérard la permission d'y ériger une chapelle. Elle assurait une rente de iZj livres pour l'entretien du chapelain. On lui accorda ce qu'elle souhaitait, mais avec certaines réserves. Comme la chapelle se trouvait en la paroisse de Montcbauvet, le prieur et le curé devaient se partager toutes les offrandes qui y seraient faites. Quant aux legs pieux, il fut convenu qu'ils en auraient tous les deux la moitié, et que l'autre moitié reviendrait au chapelain. Ce dernier était à la nomination de l'abbé de Saint-Germain".

En 1496, le prieur de Montcbauvet renonça aux deux tiers des mêmes dîmes et des offrandes de la paroisse, en faveur du curé.

luttait en vain pour supprimer cet abus et maintenir l'ailministralion gratuite des sicrements. Paroisses rurales en France du I\'° au IX° siècle, par Iniliarl de la Tour, Paris, Alphonse Picard et Ois, igoo. Sur la vente des sacrements, Cajiitiila ann. 80a a 12. Boretius, p. 106.)

Nous lisons dans Chardon (^rio•ne, t. X\, p. 70o-7r)2'> qu'au moyen Ajre on mV'"- geait de recevoir le sacrement d'extrème-onction, parce qu'on ne le donnait qu'aux riches et que personne ne pouvait être extrémisé sans payer. En 129'), suivant !<■ même auteur, Guillaume le Malaire, évèque d'Angers, censura l'avarice do ses prêtres, qui demandaient les linges sur losciuels le malade était couclié pendant (pi'on faisait l'onction. Nous \errons plus lard qu'on percevait deux sols à Nainlré ]ionr administrer rexlrrnic-onctiiin. Souvent it e>t i[\ir^lioii des honoraires du baptême.

1. Arch. nnt. L. 781.

2. Iil. LL. 1081, p. '1 ; \.L. loai;, p. 85.

Go

nomme Descalles. Celui-ci pouvait jouir de ces droits pendant sa vie, mais il était tenu de payer, chaque année, la somme de 36 sols'.

Renée Rivière, veuve de Claude Benoist, donna à la fabrique de 1 église de Sainte-Madeleine un arpent de terre, situé au Buisson (iGo7)'\

En 1620, les religieux accordèrent au sieur Richard Desmont, curé, une somme de 12 livres, pour augmenter son gros. Ils lui donnèrent aiissi la jouissance d'une maison pendant sa vie\

Il y avait à Monlchauvet une maladrerie. Jeanne, comtesse de Cham- pagne, femme de Philippe-Auguste, l'avait fondée en 1297*.

Le IV des ides de janvier ou le 10 de ce mois, le prieur de Monlchau- vet devait payer lx sols pour l'anniversaire de Richard de Septeuil. Le IV des nones de décembre ou le 2 de ce mois, on célébrait l'an- niversaire d'Amaury de Montchauvet et on payait pour cette céré- monie xxvni sols parisis^

De l'ancien Montchauvet il ne reste plus que l'église située à la pointe extrême du coteau dominant la vallée qui s'étend vers Septeuil. Cette église n'offre rien de remarquable, sauf ses vastes dimensions et le porche couvert de l'entrée, se tenait autrefois le conseil des jurés communaux.

Curés

i523. Margottier.

i523. Jean Furcotte.

161 1. Richard Desmont.

i55o. André Chardct.

1679. Eustache Cadiou.

1771. Pellcrin.

1. Arch. nat. LL. 1081, p. 17.

2. Id. LL. II ',G, p. C5i.

3. /(/. LL. ii',6, p. 054. fi. M. LL. ii4G, p. C53. 5. /(/. LL. 1027.

(m

SEPTELIL

Histoire territoriale

Septeuil est une commune de 888 habitoints, située dans le canton de Houdan, arrondissement de Mantes, département de Seine-et-Oise. Son territoire est traversé par une petite rivière, nommée Vaucoulcurs, dont les eaux ne diminuent jamais, affirme un document de la fin du XVIII« siècle. Elle ne gèle pas, si froid qu'il fasse ; au contraire, plus il gèle, et plus elle fume !!! '

Le nom latin s'écrivit de diverses manières suivant les époques. On trouve, au IX^ siècle, Scptogilus, Septoiliis ; au XP siècle, Septoculum ; au XIP siècle, Septulia ; au XllP siècle, Sistoliiim. En français, on rencontre Steuil, Steille, enfin Septeuil. Le Polyptyque d'Irminon fait mention de cette localité. D'après ce document, les religieux de Saint- Germain-des-Prés y avaient des colons possédant 6 manscs ingénuiles comprenant en tout 89 bonniers, deux journaux de terres arables, 8 arpents de prés et 6 arpents de bois^

Ce domaine disparut en grande partie pendant les invasions nor- mandes. La générosité chrétienne essaya de le reconstituer, mais sans pouvoir y réussir pleinement. En 1 240, Guillaume de Poissy, chevalier, dit Sans-Avoir, donna aux Pénédictins la moitié d'iuie masure'. Au mois de novembre i253, Simon Leschaudert leur vendit poiu- le prix de 9 livres parisis les 5 setiers de blé qu'il prenait sur leur grange de

Septeuil*.

L'abbé de Saint-Germain-des-Prés, reconnaissant (pie le prieure de

Septeuil était grevé de dettes, fit prêter au prieur (io livres par les

I. Arch. nal. S. 2f)30.

a. Irminon, Polyptyque de l'abboye de SaiiU-Gerimiii , rd. I.on(;>o>. p. 33o et 33a.

3. Arch. liai. L. 808.

G2

gardes du revenu des aumônes, à la condition qu'il rendrait cette somme en 6 annuités, le jour de Saint-Vincent (janvier 1264)'.

Les religieux de Saint-Germain soutenaient qu'ils avaient, de toute ancienneté, le droit de percevoir 20 sols parisis par an sur le fief des Fos- sés, sis au territoire de Buchelay-lès-Mantes. Jacquette Âupers, veuve de feu Jacques les Ventriers, de son vivant bourgeois de la ville de Man- tes, qui en jouissait, ailirmait qu'elle n'avait jamais rien payé depuis Go ans, et que cette rente était prescrite. Les Bénédictins, pour éviter un procès douteux, firent remise des arrérages, du consentement de Guil- laume Tureau, prieur de Septeuil. La veuve de Jacques les Ventriers s'en- gagea à payer à l'avenir, au jour saint Rémi, la rente de 10 sols parisis qu'on réclamait (7 janvier 1496) ^

Le II janvier i5o8. Frère Guillaume Thureau, prieur de Septeuil, acquit 21 perches de vigne, situées sous l'abbaye de Saint-Corentin. Des contrats, passés en io43 et en i552, nous montrent aussi que les Bénédictins avaient droit à divers cens dans la paroisse de Courgent'.

Le monastère de Saint-Germain-du-Prés possédait à Septeuil un moulin. Il le céda à Olivier Hallegret, seigneur temporel de l'endroit, et reçut en échange i4 arpents 70 verges de terre arable, au heu dit la haute Tasse, plus deux arpents de pré, au lieu dit Behu (21 janvier i59i)\

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés, en qualité de seigneurs du fief de Bois-Robert, avaient droit aux grosses et menues dixmes. Le curé de Guerville prétendait avoir le privilège de les percevoir en tota- lité. Une sentence des Requêtes du palais adjugea la moitié de ces dîmes aux Bénédictins, et intima l'ordre au curé de Guerville de resti- tuer celles dont ses fermiers s'étaient injustement emparés (18 mars i655) =.

Le dixmage de Bois-Robert et de la Brosse, paroisse de Guerville, était limité par les chemins de Montfort-l'Amaury, de Guerville à Ileurteloup, de Heurtcloup au Brueil, de Bois-Robert à Binanville et

1. Arch. liai. L. 808.

2. Id. LL. 10.S2, p. 2 ; S. 2<j3G.

3. hl. S. 2986.

li. Id. S. 2(j3G; Bih. liât. ins. fr. 12888, p. 2o'i. 5. /(/. LL. Il ')(•), p. OGfi.

G3 -

de Bois-Robert à Vert. Dans les environs, on remarquait la croix des Reposoirs ou de Saint-Jacques-de-Composlelle'.

Les Bénédictins avaient prêté à Claude BouUand, sieur de Beau- mont, habitant Montcliauvet, une somme de 5oo livres, qui fut hypo- théquée sur ses biens (26 août 1669). Cinq ans plus lard, 17 août iG-^, une sentence rendue aux Requêtes du Palais condamna Louis Luce, laboureur à Courgent, à payer l'obligation du sieur BouUand, ou à céder 5 quartiers de terre, au lieu dit les Gredeux, paroisse de Septeuil. Il se résigna à ce dernier parti. Il faut croire qu'il était devenu pro- priétaire des biens de Claude BouUand \

Nous pourrons avoir une idée assez exacte des biens que Saint-Ger- main-des-Prés possédait à Septeuil, en consultant les dénon)brcments et les baux.

Le premier dénombrement que nous citerons est celui de i384. Il est conçu en la forme suivante :

Item, en la ville de Steille, une prioré, en laquelle demeure un prieur et y a une maison qui fut destruite par les ennemis. Item, il y a Lx arpents de terre. Item sur le molin ini sestiers de grain. Item, cens et rentes, par an, environ xx livres. Item la disme de grains de la paroisse peut valoir xmi muis. Item la disme de vin de la paroisse et hemiaux nommé Bonveler (Boinvilliers?), environ v pipes de vin valant environ vm livres. Et sur ce, il doit lx sols, pour Visitation et procuration, à l'évesque de Chartres et à l'archidiacre Pinceres'.

Un autre dénombrement, daté de 1426, nous montre que le domaine des Bénédictins ne s'est pas amélioré. En voici le texte :

De maison, cour, granche, jardin que soullaient avoir les religieux, de présent n'ont rien. Ils soullaient avoir un four bannier valant 24 sols parisis. Un moulin non bannier valant iSseptiers. 2.4 sols de rente que les religieux prennent sur tous les héritages de Jean Berger. Autrefois soûlaient avoir 70 sols de cens et maintenant rien. 4 arpents de pré. 4o arpents environ en plusieurs pièces. Les dismes de grains et vins, sur quoi le curé a droit de prendre 24 septiers de grain et myne. Toutes les menues dîmes, dont le curé en a le tiers, qui soullaient

I. Arck. riat. S. 2(j3G.

3. /./. S. 3936.

3. /(/. L. 7O0, 2(j. Dom dl Bouug, ouv. cité.

G4

valoir 4 sols parisis, et à présent, nichil. En la ville de Bruel (Breuil) et du Bois-Robert, le quart des dîmes de grain et de vin en aucunes contrées, qui vallaient m queues et IX septiers de grain. lo sols parisis sur un fief, appelé le fief d'Arannes, en la ville de Buchelay*.

En lôag, les terres du prieuré de Septeuil étaient affermées à Pierre Popier, curé du dit lieu, pour la somme de 220 livres et deux pour- ceaux gras. Le 7 septembre 1626, le fermage était fixé à 4oo livres par an et 4 douzaines de serviettes de toile de lin. En plus de ces charges, le preneur devait fournir une fois seulement 4 nappes de pareille toile de 5 aunes de long ; faire chanter la messe en l'église du prieuré, aux fêtes de saint Nicolas, delà Pentecôte, de Noël, de la Toussaint; donner au curé 3 muids de blé et 2 muids de vin^.

En i653, Dom Placide Roussel, prieur, et les religieux de Saint-Ger- main-des-Prés baillèrent à ferme, pour 9 ans, à Jean le Bigre, la maison et hostel seigneurial du prieuré de Septeuil, consistant en une grande salle, deux chambres basses, une cuisine, une autre chambre basse, les greniers au-dessus, une cave, deux granges, estables, cour et jardin, i5 arpents de terre, au lieu nommé la Charbonnière, les grosses dixmes, la moitié des menues dîmes, les droits seigneuriaux, pour le prix de 900 livres tournois par an, à la charge de payer au vicaire per- pétuel, pour son gros, 28 septiers de blé, 4 septiers d'avoine, 4 septiers d'orge, 2 muids de vin et i5 livres, et de payer les décimes ordi- naires et extraordinaires^.

Le bail du 3i décembre 1767 comprenait :

1" La maison seigneuriale du prieuré de Septeuil.

i5 arpents de terres labourables, dans le parc de la Charbon- nière.

3" 4 arpents de pré en trois pièces.

5 quartiers tant de terre que de pré entourés de hayes et plantés d'arbres fruitiers, au lieu dit : les Gredeux, proche le moulin de la Planche.

5" Les grosses dîmes de grains et de vin.

Le tout était affermé iioo livres à Louis Boisgillot. Le preneur était

I. Arch. nat. S. agSG.

a. Id. S. 2g36.

3. Id. LL. 1089, p. 3o'i.

G5

tenu de pourvoir aux réparations locatives, de fournir les charrois pour les grosses réparations, de donner 90 aulnes de toile, moitié grosse, moitié fine, plus i4 dindons, de recevoir deux fois par an les religieux allant à Septeuil, de les héberger et nourrir avec leurs domes- tiques et leurs chevaux'.

Le déclaration de 1790 est ainsi formulée :

La ferme segneuriale du prieuré de Septeuil, membre dépendant et anciennement réuni à la mense des religieux de Saint-Germain-des- Prés, avec i5 arpents de terres labourables, clos de haies vives, 4 arpents de prés en 3 pièces, et une autre pièce de 3 quartiers tant terres que prés. Item, les dîmes de grains à la iS*" gerbe. Les dîmes de vin, raison de 8 pintes par muid ; la moitié des menues dîmes et toutes les vertes dîmes. Item, les cens, lods et ventes de la censive appartenant au dit prieuré. Le tout loué 2000 livres à la veuve de feu Henry Haranger, par bail du 4 novembre 1785, jouissance en 1788, plus en passant le dit bail 3ooo livres, faisant par an 333 livres 6 sols 8 deniers. Plus 90 aulnes de toile, moitié grosse, moitié fine, à 20 sols l'aulne (90 livres); plus i4 dindons, estimés 3o sols chacun (21 liv.). Plus, payer au curé de Septeuil pour son gros :

28 septiers de blé, à 24^ le sept 672^

Plus 4 septiers d'orge, à i5Ue sept 60'

Plus 4 septiers d'avoine, à i5'le sept 60^

Plus deux muids de vin, à 4o' le muid. . . . . . 80^

Plus i5 livres en argent i5'

~887'

La moitié des grosses dîmes, les menues et vertes dîmes de Bois- Robert appartenant au susdit prieuré de Septeuil, dans l'étendue du fief de Bois-Robert et de la Brosse du Breuil, paroisse de Guerville, à l'exception d'environ 12 arpents, au lieu dit les Barons, dont le curé de Guerville jouit seul avec l'autre moitié des susdites dîmes, louées au sieur Hector Gautier, demeurant à Guerville, i5o^ par bail passé devant Lefebvre, notaire à Paris, le i3 mars 1282, plus en passant le dit bail 120 livres, faisant par an i3' 6' 8'" '.

I. Arch. nat. S. 2980.

a. Id. S. 2858; Bib. nat. ins.fr, 20848, p. 3g.

66

Comme nous l'avons vu, les religieux fournissaient le gros du curé, qui se montait à 887 livres.

Ils donnaient annuellement au vicaire 35o livres.

Les décimes s'élevaient à 826' 5' 9'.

Le 4 mars «791, la maison du prieuré de Septeuil, avec ses dépen- dances, 20 arpents i5 perches de terres et de prés, furent vendus, à Tousteau frères, 22900 livres. Le 11 mars 1791, à Puthod, demeurantà Paris, rue Neuve des Capucines, pour Tourteau. {Archives départe- mentales (Seine-et-Oise), district de Montfort-l'Amaury, n" 87.)

Seigneurie temporelle

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés eurent à lutter pour conser- ver leurs privilèges. Certaines dîmes leur furent disputées. C'est ainsi que Pierre Monnier et Jean Ollive, soutenus par l'abbé et le convent de Neauphle-le-Vieil, l'abbesse et la communauté de Saint-Corentin ', leur contestèrent le droit de dîmer dans une pièce de terre, appelée la Bou- fardière, et leur dérobèrent 80 gerbes de blé, d'orge et d'avoine. Les habitants consultés attestèrent et certifièrent que les grosses et menues dîmes de Pampou et de la Boufardière appartenaient au prieur de SepteuU. Une sentence du Châtelet, rendue en l'auditoire criminel, commanda alors aux délinquants de restituer ce qu'ils avaient injus- tement perçu (7 octobre 1607) ^

L'accord ne fut pas encore parfait, et de nouvelles discussions s'éle- vèrent à ce sujet. Le 3o octobre 1627, le prévôt de Paris rendit un arrêt maintenant les Bénédictins de Saint-Germain en la possession de la dîme sur 3 pièces sises à Septeuil :

La cousture de Pampoux, contenant 22 arpents.

La Boufardière, contenant 20 arpents.

La mare aux Lancets, contenant 17 arpents '.

Le 3o mars 1529, le prévôt de Paris rendit une autre sentence en faveur des religieux de Saint-Germain-des-Prés. Il les maintint contre

I. Saint-Corcnlin-lès-Mantcs. 3. Arch. nal. LL. 1146, p. GG3. 3. Id. LL. ii4C, p. GG5.

^7

Jean de Guincheux, escuyer, seigneur de Corbeille, en la possession et saisine de prendre la dixme des blés, avoine, scourgeon, poix, vesse, de tous grains et fruits croissant et venant dans une pièce de terre, nommée les trente arpents, au territoire de Septeuil, au triège des gros des Plains \

Une sentence des requêtes condamna Wandrille et Jean Forger, et autres héritiers de Denis et Catherine Dupré à présenter aux religieux de Saint-Germain les lettres et titres, en vertu desquels ils possédaient un moulin à blé et 8 arpents de terre, nommés le champ du Prieur, situés au village de Septeuil (9 mai i55i) '\

En i568, on avait grevé le prieuré de Septeuil d'une taxe de 80 livres et celui de Montchauvet d'une taxe de 4o livres. Comme ils étaient unis à la mense conventuelle, ils furent déchargés de cet impôt extraor- dinaire \

Le 26 mars 1578, les commissaires délégués par le pape exemptèrent de 2 écus et 1/3 de rente les prieurés de Montchauvet et de Septeuil, comme n'étant pas de la qualité indiquée par la bulle de Sa Sainteté*.

En i588, le prieuré de Septeuil est taxé néant, parce qu'il est uni et annexé à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ^

A la date du 26 novembre 1092, nous trouvons une lettre de cachet de messieurs les trésoriers de France establis à Senlis, dans laquelle ils sont d'avis que Sa Majesté remette aux religieux de Saint-Germain- des-Prés un tiers des décimes, ce à quoi leurs prieurés de Montchauvet et Septeuil avaient été taxés depuis 4 années, vu que les fermiers des dits prieurés avaient été ruinés par les gens de guerre \

Seigneurie spirituelle

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés avaient depuis un temps immémorial le patronage de l'église de Septeuil, lorsque, en 12 10»

I. Arch. iKit. LL. i i/|G, p. 065.

a. Id. LL. I i^fi, p- 670.

3. Id. G«x 120G, pièces 82, 8.'i, 80, 253 ; G«x i3f)i.

k- Id. Cx 120O, pièce 253.

5. Id. G"x i3(j4.

C. Id. LL. ii/iG, p. 675.

08

Rcnavid, évèqiie de Chartres, voulut le leur contester. Il reconnut bientôt son erreur et proclama les droits des Bénédictins '.

Goslène de Lèves (ii^q-So) et son successeur, Robert 111 (ii5G-G^), d'éterminèrent les relations du curé de la paroisse et des religieux. L'accord passé en cette circonstance a trait au partage des offrandes et de la dime, l'assistance aux offices et le payement du gros.

Les Bénédictins célébraient avant ou après le curé. Lorsqu'ils chan- taient la messe avant ce dernier, ils partageaient avec lui les honoraires ou offrandes. Il n'en était pas de même dans le second cas. Le partage n'existait plus, et le curé ne recevait rien, excepté aux cinq fêtes solennelles de l'année, tout devenait commun pendant la journée entière. Les religieux se réservaient les offrandes en natvue ou en argent qui se faisaient à l'occasion de la saint ^Nicolas. Ils avaient droit aux deux tiers des chandelles offertes dans le cours de l'année. Cependant ils ne prenaient que la moitié de celles qu'on recueillait en la fête de saint Barthélemi, et, si elles faisaient défaut, ils partageaient avec le curé le cierge bénit. Si le curé devait aux Bénédictins la moitié de ce qu'il recevait à l'occasion des messes qu'il célébrait, il pouvait conserver poiu' lui tous les droits de baptême et la quête des œufs.

Les religieux avaient en propre la dîme de la Charbonnière (?) (décima de Cardonnello), et les deux tiers des menues dîmes. Le curé se contentait de la dîme du pré (décima de Domni ciiria ?) de Dancourt, du tiers des menues dîmes et de deux septiers de blé, que les Bénédic- tins lui fournissaient chaque année. Les dimanches et jours de fêtes, il devait célébrer l'office des matines et la messe matinale pour la population dans son église de Saint-Xicolas. Ces mêmes jours et la veille, il se voyait obligé, autant que ses occupations le lui permet- taient, d'assister à la procession, à la grand'messe et aux vêpres des roligieiix. Il lui était défendu de sonner ses vêpres avant les vêpres des moines. Les Bénédictins lui donnaient pour son gros i4 septiers et demi-mine de blé, 8 septiers et demi-mine d'orge, 8 septiers d'avoine, à la mesure de Septeuil. Quels privilèges avaient les religieux de Saint- Cermain-des-Prés relativement aux infirmes ? Nous ne le savons pas explicitement. Peut-être voulaient-ils avoir seuls la faveur de bénir les malades ou de leur procurer le sacrement d'extrême-onction, comme

I. Id. LL. iiiC, p. CG3. Hib. nat. ms.fr. ia838, p. i^o.

- Gcj

le fait supposer la phrase suivante : « Presbyter in suis visitationibus commonefaciet infirmes ut monachos visitent in suis benedictio-

nibus '. » ' c -1

S'il faut en croire Dubreuil, il y avait, en 1 007, deux églises a Septeuii. Nous citerons ses paroles : « Duœ quidem exstant ecclesiœ Septuliœ, sed una, quœ parrochialis fuit, nullo liodie est usui. Nova decedenle circa annum Domini i5o7 (fratre GuiUelmo ïureau, priore de Septulio, ibidem commorante, ut tune erat consuetudo priorum, ante reforma- tionem S. Germani), incolœ, sua veteri parrochia derelicta, ad eam quœ est prioratus, ut loco superiori et amœniori sitam, convolarunt, etnavi constructa, ibi perpetuam divini obsequii sedem fixerunt. Dedicata est autem hœc eclesia in honorem sancti Nicolai. » Ceci semble concorder avec la notice composée par l'instituteur de Septeuil, il observe que l'église actuelle se compose du chœur de la chapelle du prieure, auquel on ajouta une nef \ Les habitants préférèrent l'église des reli- gieux à leur église paroissiale. Elle occupait un site plus agréable et

plus élevé".

Le 12 juin 1600, ils demandèrent aux Bénédictins d'y faire célébrer une première messe les dimanches et jours de fêtes et d'y mettre un prêtre à cet effet. Ils furent sans doute exaucés, car, le id décembre i656, les rehgieux concédèrent 3 perches de terre pour bâtir un petit logis au chapelain de Septeuil*.

Les Bénédictins donnaient 100 hvres chaque année au vicaire, et, en agissant de la sorte, ils croyaient lui faire une gratification. Celui-ci vint demander de lui constituer une portion congrue de 200 livres. Ils lui répondirent qu'ils ne se croyaient pas tenus de lui établir une telle rente. Néanmoins si ses revendications étaient bien fondées, ils promi- rent de lui accorder ce qu'il désirait. Nous ignorons quel fut le résultat des négociations, mais la déclaration de 1790 nous montre les religieux de Saint-Germain-des-Prés payant annuellement 3oo livres au vicaire de Septeuil (5 mars 1769)'.

Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu, laissa, par testament olo-

I. Arch. tint. LL. loa'i, p. 03.

a. Monoijraphic de Septeuil, K)00.

3. Bill. iKit.. iiis. l. 12838, p. lo'i.

/(. [d. ma. fr. lOBBO.

5. Chapitres conventuels. Bih. luit. ins. fr. iGSSg, p. 329.

70

graphe du 28 septembre 1778, une rente de 222 livres 4 sous 5 deniers pour un service anniversaire, le i3 juillet de chaque année'.

Pendant la Révolution, l'église de Septeuil fut profanée. Des femmes exaltées par les idées nouvelles y pénétrèrent et brisèrent plusieurs statues de saints. L'une d'elles monta sur l'autel et se fît un plaisir de le souiller.

Prieurs.

1490. Guilleaume Thureau. 1626. Estienne Roger.

Curés.

1557. Jean Renou.

i565. François Balsac.

i685. Auvray, décédé.

1680. Beaufîls, docteur, présenté.

1688. Toussaint.

1701. Corneillet.

1705. Pothon.

17 15. Louis Hervy.

I

45. Louis Leroy, décédé.

1745. Guilhain Lourdel (d'Arras). 1745. Godard, de Bayeux. 1773. Pierre Guille. 1784. Louis F. Neveu. 1790-3. Mathurin Lallier.

Vicaires.

i53o. Pohier. 1707. Mottet. 1765. Gervais Charles. 1773. Tostain.

1. Archives communales.

CHAUFOUR-LES-BO^NIÈRES^

Nous avons à parler incidemment d'un prieuré que l'abbaye de Saint-Vandrille, canton de Caudebec, arrondissement d'Yvetot (Seine - Inférieure), posséda pendant de longs siècles. A partir du XVIP siècle, il fut détenu ou administré par des religieux de Saint-Germain-dcs- Prés, sans doute en vertu d'un contrat que nous n'avons pu retrouver. Si nous en faisons à grands traits l'historique, c'est uniquement pour en connaître l'importance.

En 1 128, Hugues {Sancti Car avini, filins Hingranni) donna à l'abbaye normande le tiers de la dîme de Chaufour\ Il est à présumer que les Bénédictins de ce monastère possédaient déjà le patronage de l'église, que Rainaud, évêque de Chartres, leur confirma après les papes Innocent II et Eugène 111, en 1199'.

En 1243 (novembre), Richard et Robert Boisse vendirent à l'abbé de Saint-Vandrille une tenure qu'ils avaient à Chaufort (Ghaufour), comprenant une masure et 4 pièces de terres, pour le prix de 16 livres*. Au mois de janvier 1266, Siméon, Robert et Philippe de Valgon- tard restituèrent au monastère de Saint-Vandrille la portion de champart qu'ils avaient à Chaufour sur le fief dit de la Moitié. Ils agissaient ainsi à l'instigation de leur père. Celui-ci leur avait avoué dans sa dernière maladie qu'il jouissait injustement de ces biens '.

Le pape Clément IV confirma de nouveau aux religieux de Saint- Vandrille tout ce qu'ils possédaient à Chaufour, comprenant terres, dîmes, revenus, patronage de l'église locale et autres appartenances

(1267)^

Deux ans plus tard, Guy Mauvoisin passa un accord avec l'abbe de Saint-Vandrille. Il fut convenu que le premier aurait la haute justice

1. Arrond. de Mantes, canton de Bonnicres.

2. Cartulaire de Saint-Vandrille.

3. M. tt. Id.

5. Arch. nnt. L. 776. Saint-Vandrille au XVII' siècle, t. III.

6. Cartulaire de Saint-Vandrille.

sur la ville et le territoire de Chaufour et recevrait l'appel des hommes dépendant des Bénédictins. Le prieur de Chaufour pouvait exercer le droit de basse justice. Un conflit s'était élevé entre les contractants au sujet d'abeilles vagabondes. Le seigneur du lieu les réclamait. Fina- lement elles furent adjugées au prieur des Bénédictins, qui les avait recueillies (1269, vendredi, fête de sainte Cécile) ^

Les religieux du monastère de Saint-Vandrille avaient aussi quelques propriétés à Yernon (Eure). Ils y reçurent en don une masure près le cimetière de Saint-Jacques, en iiG5, et 5 sols de rente sur une maison près la porte de Bisy, en octobre i2i4'.

Le 25 juillet 1279, Jean de Pormoz confessa avoir reçu en fief de l'abbé et des religieux de Saint-Vandrille un terrain à Vernon, à raison de 100 sols par an, qu'il devait payer en deux termes à Noël et Pâques. Il s'engagea à bâtir une maison en cette place et à herberger à ses frais les Bénédictins de Saint-Vandrille toutes les fois qu'ils vou- draient y séjourner..

Le prieuré de Chaufour percevait :

60 sols de rente seigneuriale sur un fief, dit de Saint-Augustin et de l'Assemblée, rente portant sur 20 arpents de terres et bois situés au territoire de Gefosse (?).

2" 18 sols parisis sur une maison, pendait pour enseigne le Heaulme, en la ville de Vernon-sur-Seine, au bout de la halle aux

blés.

3" i5 sols sur une autre maison appartenant à Louis Yaudichon, en

la ville de Vernon.

9 sols sur une autre maison sise au même lieu appartenant à Jacques Boudin. Armand Ilangot, l'aîné, demeurant à Géfosse, possé- dait la plupart de ces rentes seigneuriales, qui avaient été aliénées. Pour éviter toute contestation future et prévenir les frais d'un procès, il renonça à tous ses droits pour la somme de 80 hvres, que lui paya Jean Vivian, rehgieux de Saint-Germain et titulaire du prieuré de Chaufour (17 juin i65o).

Le 20 mai i65i, il transigea avec Charles Angot pour d'autres parties du fief de Saint-Augustin, moyennant i5 hvres.

I. Cartulaire de Saint-Vandrille, t. III, p. i633. a. Arch. nat. S. 2917.

- 73-

Les revenus du prieuré de Chaufour s'élevaient à 3oo livres en

i644'.

Dom Robert Audouarl, religieux profès de Saint-Germain-dcs-Prés, fut pourvu du prieuré de Chaufour, en iCoi. Trois ans plus tard, il demanda à être admis parmi les membres de la communauté de Saint- Yandrille. Le prieur de ce dernier monastère refusa d'accéder à sa requête, alléguant qu'il n'avait pas de ressources suffisantes pour l'entre- tien de ce nouveau venu '.

Dom Pierre Cordier de l'abbaye de Fécamp succéda à Dom Âudouart, en 1G89. 11 choisit Dom Sauvaige, procureur ds Saint-Germain-des- Prés, pour administrer les biens de son prieuré'.

Le i^-- janvier 170/,, Dom André Olhvier, prêtre, religieux, cellérier et procureur de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, les donna à bail, au nom de Dom Cordier, pour le prix annuel de 65o livres \

Le 9 avril 1729, Frère Théodore de Modène, clerc torturé résidant à Saint-Pierre de Corbie, délégua pour gérer les dépendances du prieuré de Chaufour, dont il était devenu titulaire, Dom François Sauvaige, prêtre de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, que lui-même avait jadis

habitée.

Ce dernier se fit un devoir de prendre possession de ce bénéfice, en sa quahté de procureur. 11 se présenta à Chaufour, accompht les céré- monies ordinaires, s'assit sur son siège prioral et sonna la cloche \

Le 14 juillet 1770, nous trouvons Dom Gabriel-Martial Baveyt ou Bavay ^ religieux profès de Saint-Germain-des-Prés, pourvu du prieuré de Chaufour. Le sieur Delbrouck, prêtre, curé de la paroisse, semble avoir été chargé de veiller aux intérêts matériels du nouveau prieur \ Déjà, le 12 janvier 17G0, il avait pris à bail les dîmes relevant de ce bénéfice pour le prix annuel de 35o livres, avec un pot de vin de i5o livres. Il s'engageait, en outre, à faire des réparations convenables

1. Arch. nat. S. 2917.

2. Id. S. 2Ç)i4.

3. Id. L. 77O.

4. Id. S. 2(ji4-

5. Id. L. 77G. .

6. Nous n'avons pas remarqué ce nom dans les différentes listes des religieux de

Saint-Germain.

7. Arch. nat. S. 3917.

- 7^

au pressoir, réparations qui pouvaient se monter à 120 livres. Il deman- dait au prieur de supprimer une ruelle, qui séparait ses deux jardins, promettant de donner du terrain pour élargir celle qui passait au bout et qui était beaucoup plus commode pour se rendre à l'église *.

Le domaine de Chaufour fut vendu comme bien national (mars 1791) pour le prix de 28700 livres à Pierre de la Salle, bourgeois demeurant à Paris, quai de la Mégisserie. Il comprenait une maison prieurale, avec cour, jardin, circonstances et dépendances, le tout contenant 5o per- ches. Plus 28 arpents, 10 perches de terres, en 6 pièces, et 5o perches, en pâtis qui sont situés :

i" 3 arpents au lieu dit les petits Prez.

7 arpents au lieu dit le Reu de Moraine.

3* 9 arpents au lieu dit la marre des Porcs.

8 arpents au lieu dit la prée du Bois.

4o perches au lieu dit la Tasse\

I. Bih. nat. ms. fr. 16859, P- i33.

a. Arrh. départ, de Versailles, domaines nationaux, district de Mantes, 45.

7-'

MANTES

Quelles étaient exactement les possessions de Saint-Gerraain-dcs- Prés à Mantes? Nous ne le savons trop. Pour en avoir quelque idée, nous produirons les rares documents qui concernent cette localité.

En mai 1 208, une lettre de Renaud, évèque de Chartres, nous apprend que Manasser Mauvoisin, chevalier, a fondé pour lui et ses parents un service anniversaire dans l'église de Saint-Germain-des-Prés, moyen- nant 60 sols de rente annuelle à prendre sur les revenus qu'il avait à Mantes '. Pierre Mauvoisin approuve et confirme la donation de son frère aîné '.

La même année, Raoul Licoliers et Isabelle, sa femme, cèdent aux Bénédictins, pour la somme de i5 livres parisis, une maison et tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur cet immeuble ^

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés possédaient à Alantes deux maisons en la censive des Bénédictins de Fécamp. Ceux-ci permirent à leurs confrères de Paris de conserver ces immeubles, à la condition qu'ils en payeraient double sens (1218)*.

En 1224, Eude, abbé de Saint-Germain-des-Prés, eut un différend avec Guérin de Montaigu, grand maître des chevaliers hospitaliers de Jérusalem, à propos de deux maisons et d'une place situées à Mantes dans la censive de ce dernier. L'affaire fut portée devant le pape Hono- rius III, qui nomma pour juges : Guillaume Chapelain, doyen de Chartres, et Jean de Pierrefort, chanoine de la même église. 11 fut décidé que cette place et les demeurances appartiendraient à perpétuité à l'abbé et aux religieux de Saint-Germain, à la condition qu'ils servi- raient une rente annuelle de 20 sols de cens au commandeur de Char- tres, et que le droit de justice serait réservé au grand maître '\

I. Arch. nat. L. 780. a. M.

3. Id. L. 780 ; S. 2977. /i. Id. L. 780 ; S. 3977. 5. Id. L. 780.

- tG

^

Au mois de février 1228, Pierre Guérin, prieur de la Sainte-Maison de l'hôpital de Jérusalem, donna à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés une petite maison située à Mantes, à la charge de lui en payer à lui et à ses successeurs une rente annuelle d'un denier ^

Guillaume, abbé de Fécamp, et son couvent consentirent que les Bénédictins de Saint-Germain possédassent une petite maison située à Mantes, que Richard de Dammartin, leur sergent, leur avait donnée, mais ils devaient payer pour ce fait, chaque année, deux deniers de cens au prieuré de Saint-Georges de Mantes (janvier laSi)'.

Deux dénombrements de 1426 et de i5i7 viennent compléter la liste des possessions de Saint-Germain, à Mantes :

Item, en la ville de Mantes, y a une masure assize sur la rue de la Magdeleine suivant l'aveu de 1017, sur la rue de la porte de Rony, suivant le dénombrement de 1426, en partie dans la censive des reli- gieux de Fécamp, à cause du prieuré de Saint-Georges. De ce fief, appelé l'hôtel des Tournelles, chargé de 3 sols parisis de cens, soulail^ avoir anciennement maison et greniers, relèvent les terrouers delà Picquette, de la Corsinière, et de la Croix-Blanche. Item 20 sols parisis de cens donné à Saint-Germain-des-Prés par Hugues de Guer- ville. Go sols parisis de rente donnés par Manasser Mauvoisinen i2o8\

On prélevait sur les revenus de Mantes 20 sols parisis, pour l'anni- versaire de Garnier de Mantes (?), fixé à la veille des calendes de juillet ou le 3o juin*.

1. Arch. nat. L. 780.

2. M. L. 780.

3. Id. LL. io03, p. 7 ; S. agSG. II. Id. LL. 1027.

ARRONDISSEMENT DE CORREIL

PARAY^

Paray, dont nous voulons parler ici, est un village situé à trois lieues, au sud de Paris. Suivant Lebeuf. cette terre appartenait de temps immé- morial à l'abbaye de Saint-Germain, mais il ne sait pas nous en dire la provenance, ni nous expliquer d'une manière certaine l'étymologie de ce nom. On nous permettra de mentionner les contrats relatifs à cette localité, à mesure que le temps nous les présentera.

A la prière de Hugues d'Alliis, maître panetier de France, chevalier et bailli du roi, Eude et le couvent de Saint-Germain baillent à rente pour la somme de lo sols par an, à Guillaume Maugrin, une masure située à Paray, à la condition qu'il n'en fera pas une forteresse pour nuire au voisinage (juin I22/^)^

En 1233, les archives de l'abbaye marquent que Jean, comte de Mâcon, et Alix, sa femme, seigneurs de Chilly, cédèrent aux religieux le tensement ou le droit qu'ils avaient de prendre à Paray 44 setiers d'avoine, 44 pains et 44 deniers parisis. Ils reçurent, en échange, une maison située à Laas, près Saint-André-des- Vrcs, à Paris ; mais il fut convenu qu'elle serait chargée de 1 2 deniers parisis de cens envers le trésorier de Saint-Germain'.

Trois ans plus tard (février i236), Guérin, dit doyen de Yissous, ot Marguerite, sa sœur, vendirent au monastère de Saint-Germain, pour la somme de 6 livres i5 sols', une pièce de terre près le cimetière de Wissous. Au mois de juillet 1239, les Bénédictins achetèrent de Gui de Soisy, écuyer, et Aveline, sa femme, au prix de i45 livres, 20 setiers mine de froment de rente, et 4i deniers à percevoir à Paray, près

I. Canton de Lonprjnnu'au (Scine-ct-Oise).

a. Id. L. 781 ; LL. 102:'), p. 209.

3. Id. L. 781.

/,. Id. L. 781 ; LL. loaC.

78

Wissous'. Au mois de novembre de la même année, Geoffroy d'Athis, écuyer, abandonna au monastère de Saint-Germain 8 arpents de terre à Paray, moyennant 52 livres parisis'. Jean et Pierre d'Orly délaissèrent à l'abbaye de Saint-Germain un demi-arpent de vigne situé à Paray, pour la somme de G livres et demie (décembre laoo)'. A la même époque, Gilles du Four, Regnault et Robert, ses enfants, vendirent aux religieux un arpent de vigne situé à Paray, moyennant i6 livres

parisis*.

En juin i25i, l'abbaye ayant acheté 6o sols parisis de rente sur des maisons situées dans la censive de Montaterre% il fut réglé que le pitancier du monastère jouirait de 6o sols de rente sur le tensement de Paray, dépendant de l'office claustral de l'infirmier. A celui-ci on donnait 6o sols de rente sur Montaterre".

Dans un acte daté du mois de septembre i253, Simon d'Ormeson, chevalier, et Agnès, sa femme, Jean de Marolle, écuyer, et Eveline, son épouse, reconnaissent avoir vendu à l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés, pour la somme de 8o livres, un muid de froment de rente, à percevoir sur 12 arpents de terres labourables situés à Paray'.

En 1255, Thomas de Mauléon, abbé de Saint-Germain, décida que les frais de son obit seraient prélevés sur la terre de Cachant et de

Paray'.

Jean de Livry, écuyer, fils de feu Renaud de Thiais, chevalier, donna en pure aumône aux Bénédictins, pour compenser l'affecticn qu'ils avaient eue pour lui et sa famille, la cinquiètne partie de 18 setiers de froment de revenu annuel, ainsi que des menus cens sur 18 arpents de terre à Paray, et la cinquième partie de 5 quartiers de vignes sis à Thiais. 11 leur vendit le reste pour la somme de 200 livres tournois (février 1257)'.

Le 7 mars i33o, par acte passé devant Jean Milon, garde de la pré-

1. Arch. nat. L. 780 ; LL. 1026.

2. Id. L. 781.

3. Id. L. 781 ; LL. 1026.

4. Id. L. 781; LL. 102G.

5. Montataire, canton de Creil (Oise).

0. D. Poirier, Bib. nat. ms. /r.2o8i6, p. 197.

7. Arch. nat. L. 781.

8. Gallia Chrisliana, VII, col. 45a, p. 277. (j. Arch. nal. LL. 102G, p. 182. L. 781.

7'J

voté de Paris, les religieux de Saint-Germain baillèrent ù Henri le Charpentier et Jeanne, son épouse, une masure, deux arpents et trois quartiers de terre, situés au territoire de Paray. Ils devaient payer, chaque année, trois mines de froment de rente'.

Nous citons ici textuellement un bail fait par les Bénédictins en faveur de Jean iNloreau, à la date du 29 janvier 1478. 11 nous donnera plusieurs noms de lieux qui nous feront mieux connaître le hameau, objet de cette étude. C'est une énumération de diverses pièces de terres.

5 arpents de friches, sous les voies de Wuissous.

2" 4 arpents de terres, à la voie des Moullins.

!\ arpents de terres en friclw, voie de Louans.

4" 8 arpents de terre, à la grande Mare.

5" i5 arpents, au lieu dit la Gironde.

6" 9 arpents, aux Grandes-Vignes.

7" II arpents, aux Petites-Vignes.

4 arpents 1/2, à la Croix-Blanche,

9" i4 arpents, au-dessus du cimetière.

10° 7 quartiers de terre, près la justice de Paray.

11° i3 arpents, au lieu dit la Longue-Raye.

12° 5 arpents, lieu dit le llaut-Puidismé.

iS" 7 arpents, au val de Paray.

i4° 6 arpents, proche le cimetière.

15° 4 arpents, au lieu dit la Noë.

16° 4 arpents, aux Grandes-Vignes.

17° 2 masures, en la grande rue de Paray ^.

Un dénombrement de 1621 nous fournit d'autres détails. 11 y a à Paray, dit-il :

Grande maison manable, grange, bergerie, étables, jardin et autres aisances et appartenances, avec auditoire, prisons, contenant le tout deux arpents et demi. Cette maison ou hostel coûte beaucoup à entretenir.

3 arpents 1/2 de jardin, derrière la maison.

Une place il y a un puits contenant un arpent et demi. Elle n'est d'aucune valeur.

1. Arch. nal. L. 781.

2. Id. LL. 11/iG, p. i35.

8o

3oo arpents de terres labourables, valant la muids de grains.

5" 5o arpents de terres labourables, assis au terroir de Paray. Ils ne sont d'aucun profit, car le curé les a, sa vie durant.

6" 7 arpents de pré, pouvant valoir G cliarretées de foin.

7" 3o livres de cens et rente foncière sur plusieurs maisons, masures, terres.

8" Haute, moyenne et basse justice, avec officiers pour l'exercer.

Les appels se font devant le bailli de Saint-Germain.

9" Lods, ventes, saisines, amendes arbitraires et autres droits appar- tenant à haut justicier ^

Les dénombrements de 1371 et de i38/j sont ainsi conçus :

i" Item à Paray, une maison avec toute justice haute, moyenne et basse et ccvii arpents de terre comme de vigne, valant par an XII muids de grain.

Item, la disme et champart de ladite ville puent valoir, montant et descendant, environ xvi muys.

3" Item, XXV droictures puent valoir xv livres environ.

Item, la disme des agneaux qui peut valoir par an environ c sols et la justice qui vault lxiiii sols^

La seigneurie et les terres de Paray étaient affermées 4ooo liAres en 1676 ; 38oo livres, en 1G90, et 36oo livres, en i-jxo^.

La déclaration de 1790 nous donne les revenus annuels delà terre de Paray, qui appartenait à la mense abbatiale.

Paroisse de Fresnes

La seigneurie de Paray ayant haute, moyenne et basse justice; les bâtiments de la ferme grands et en bon état :

7 arpents plantés en remise, à 24 livres l'arpent .

3 18 arpents de terres labourables

Cens, environ

Rente foncière

Lods et vente, environ

Dixmes de Paray

Total

i68'

8

.000'

3o'

24'

4oo^

I

800'

10

422'

1. Arch. nal. S. 21)76. a. Id. L. 7G0, 2g. 3. Id. L. 2935.

8i

V

L'abbé de Saint-Germain devait au procureur fiscal de Paray

25 livres.

Le fermier devait au curé de Paray 2 muids de froment : 100 livres'.

Les biens que les religieux de Saint-Germain-des-Prés avaient à Para furent vendus comme nationaux, le 29 mars 1791.

La ferme, avec tous les bâtiments en dépendant, avec 822 arpents de terres labourables au territoire de Paray, 3 arpents de terre à Mons- et 24 livres de rente foncière dues par le sieur Maugère, fut adjugée moyennant 349.200 livres à Thomas-Simon Bérard, administrateur de de la compagnie des Indes, demeurant à Paris, rue Grammont'.

Seigneurie temporelle

Vers II 54, Etienne de Macy intenta un procès aux religieux de Saint-Germain, à propos de certains droits qu'il prétendait avoir à Paray. Ce seigneur se rendit à l'audience, accompagné de deux témoins qui devaient attester le bien fondé de ses réclamations. Le sieur Ingil- bert d'Antoni s'éleva avec force contre Etienne de Macy et Pinjustice qu'il commettait. 11 proposa de trancher cette affaire en recourant au duel. Etienne, n'osant pas accepter le défi, montra qu'il n'avait pas confiance dans la bonté de sa cause. Les juges le firent saisir et l'en- voyèrent prisonnier au Châtelet. Ainsi prit fin un litige que rien ne

justifiait*.

C'est peut-être à cette époque que remonte le règlement de laviguerie de Paray. Les viguiers n'avaient aucun droit dans le village ; ils ne pouvaient s'y faire héberger. En dehors et dans les environs, ils devaient payer à prix d'argent l'hospitalité qu'ils recevaient et la nour- riture qu'ils demandaient. S'ils ne satisfaisaient dans l'espace de huit jours, ils n'avaient plus de crédit auprès de personne. 11 leur était défendu de commettre larcin ou rapine. L'abbé de Saint-Germain- des-Prés avait toute liberté de fixer, de déterminer les limites dans

I. Arch. nat. S. 2808.

a. Mons, commune d'Athis-Mons (Seine-et-Oise).

3. Registre de la vente des biens nationaux, district de Versailles, n" C3 (Versailles) Archives départementales.

4. BoLiLLART, Histoire de Saint-Germain-des-Prés, pièces justif. LU.

6.

82

retendue de sa terre ; il n'était obligé d'appeler les viguiers que lors- qu'il s'agissait de \oies droites. Les habitants de Paray payaient leur droit de sauvcment à la saint Barthélémy. Ce jour-là, le serviteur du viguier venait le percevoir et employait la mine de l'endroit. Si un habitant de la campagne refusait de payer, le viguier en appelait au maire de Saint-Germain, qui lui faisait rendre justice au plus tôt sur ce que le débiteur possédait en terres et vignes '.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés étaient soucieux d'étendre leiu- juridiction. Ils profitaient de toutes les circonstances qui leur permettaient de le faire. En 1202, Robert, seigneur de Dreux et de Bril, et Yolande, son épouse, leur vendirent, pour la somme de 120 livres parisis, la voirie de Paray et tous les droits qu'ils avaient sur la terre de Rungy'"\

L'année 12Ô0, une ère nouvelle commença pour les habitants de Paray. Sur leurs instantes prières, l'abbé de Saint-Germain consentit à les aflrancliir. Moyennant la somme de 80 livres, il leur fit remise de la taille à ])laisir, qu'il levait chaque année et qui était connue sous le nom d'audiences. Toutefois, il se réserva de l'exiger lorsque le roi impo- serait des subsides. 11 conserva aussi ses droits de seigneur et de haut justicier, avec plusieurs servitudes qui furent spécifiées et que nous allons énumérer :

Les habitants qui avaient une mesure contenant un arpent devaient payer 6 deniers de cens, à la saint Rémi, 3 sols de tensement, à la saint Barthélemi, et, le lendemain deJNoël, un setier d'avoine, deux chapons, trois oboles, et un pain dit pain de saint Etienne. 11 y avait exception pour un sieur nommé Jean Lelong : il était tenu annuellememt à 10 deniers de cens pour toute contribution.

Lorsque les religieux le demandaient, ils étaient obligés de con- duire de Paray à l'abbaye Saint-Germain un muid de blé soit avec des voitures, soit avec des bêtes de somme. Tout homme qui conduisait une charrette recevait, dans la grange de Paray, une gerbe de vesce, et, au monastère de Saint-Germain, un pain blanc et un pain noir avec im quartier de vin. Cekii qui conduisait une bête de somme recevait du vin et un pain blanc.

1. Arch. nat. LL. 1026, p. i3i.

2. Id. L. 781.

3. Ilungis, canton de Villejuif, Seine.

83

3" Les habitants de Paray qui possédaient une charrue se voyaient astreints à 4 jours de corvées, c'est-à-dire à 2 journées pour chaque labour.

4" Soumis à la banalité, ils payaient par niuid de vin 2 seliers de mère-goutte et le tiers du pressurage.

5" Ils ne pouvaient aliéner de tenure, ni établir de commune, sans le consentement du prieur de Thiais.

6" Lorsqu'ils en étaient requis, ils devaient repous>^er les attaques dirigées contre la personne ou les biens de leurs seigneurs.

A Paray, on établissait aussi chaque année de bons et fidèles gardiens pour veiller sur les blés et sur les vignes '.

Une contestation s'éleva entre les religieux de Saint-Germain et le sieur Pierre Brulart. Celui-ci i)0ssédait une pièce de terre de 4 arpents et 1/2 entre Paray et Wissous. 11 soutenait contre les Béné- dictins qu'elle ne se trouvait pas dans leur censive et qu'elle était exempte de tout droit envers eux. Des lettres royaux lui donnèrent raison (5 avril i524) '•

Un domaine, qui portait le nom de Malabry, se trouvait situé dans la censive de la mense abbatiale de Saint-Germain-des-Prés. Messire Nicolas Lejay, premier président du Parlement de Paris, qui avait acquis cette terre, la fit ériger en fief par monsieur le duc de Verneuil, alors abbé commendataire du célèbre monastère bénédictin. Elle comprenait une maison, un jardin et un clos, le tout contenant 100 arpents. 11 avait la l'acuité de faire bâtir un château avec des fossés et de joindre à sa propriété deux: cents arpents de terre. Le premier président, Lejay, et ses successeurs, étaient tenus de rendre foi et hommage aux reli- gieux de Saint-Germain, mais ils ne devaient payer pour les droits de mutation que 2 paons ou paonnesses, et de plus ils se voyaient exemptés de toutes redevances censuelles. Le duc de Verneuil accorda encore d'au lies privilèges à Nicolas Lejay. 11 Ini concéda moyenne et basse justice dans son domaine, un droit de chasse dans l'étendue de Paray, un banc dans l'église, des droits honorifiques après les seigneurs de l'endroit, comme la préséance à l'offrande et dans les processions, la présentation du pain bénil, un caveau spécial pour la sépulture.

1. Arrh. nol. T.L. loaT), p. 200.

2. Id. S. 2(j35.

- 84

Enfin, pour décorer le nouveau fief, il l'autorisa à planter des ormes sur les routes de Paray à Villeneuve-le-Roi et à Mons, à établir des avenues dans d'autres lieux de son territoire, et à percevoir les fruits proAenant des arbres. Ces faveurs ne furent point contestées au premier président du Parlement de Paris. Son héritier, Alexandre-Guillaume Lejay, abbé commendataire de Cherbourg et seigneur de Saintry près Corbeil, en jouit aussi longtemps sans être troublé. Enfin, les fermiers de la seigneurie de Paray prétendirent avoir le droit de cueillir les noix que les noyers produisaient, de faire émonder les ormes pour profiter des branches. Messire Alexandre Lejay leur intenta un procès et les fit condamner, le lo décembre i683, à lui payer la somme de 1200 livres pour tous les préjudices qu'ils lui avaient causés dans l'espace de 12 années. Les fermiers, Boucher et sa femme, n'approuvèrent point cette sentence et formulèrent un appel devant une juridiction supérieure. Le sieur Pellisson intervint et porta l'affaire devant le grand conseil. 11 demandait qu'on annulât les concessions excessives qu'avait faites le duc de Verneuil. On transigea. Messire Lejay renonça aux privilèges de moyenne et basse justice, de chasse, et de droits honori- fiques à l'église. Son fief demeurait déchargé de toutes rede- vances pour le passé ; mais, à l'avenir, il devait payer les lods et ventes et les autres coutumes. Le duc de Verneuil ne pouvait, disait-on, l'aborner à deux oiseaux de nulle valeur, ni démembrer la justice qui appartenait à l'abbaye. 11 fut reconnu que le prélat des Béné- dictins de Saint-Germain, comme haut justicier de Paray, possédait seul les arbres qui se trouvaient sur les routes. Cependant on permit à Alexandre Lejay d'en couper deux cinquantes pieds ; c'était un dédom- magement qu'on lui offrait *.

Seigneurie spirituelle

Nous connaissons peu de chose de l'église de Paray. Nous savons seulement qu'elle était sous l'invocation de saint Vincent, martyr d'Es- pagne, et que l'évèque de Sebastianople (?) en fit la dédicace, en 16/49. L'abbé Lebeuf nous en donne une brève description et nous la repré-

I. Arch. nat. S. 3906.

85

sente comme petite et proportionnée au nombre des habitants. Suivant le même auteur, l'architecture gothique du chœur semblait indiquer qu'il avait été construit au XlIP siècle. Dès cette époque, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés avait le droit de présentation à cette cure. S'il faut en croire les chroniques des temps anciens, les pasteurs de cette localité ne vécurent pas toujours en bonne intelligence avec les habi- tants. L'un d'eux, paraît-il, exigeait des redevances extraordinaires : il demandait à chaque paroissien deux setiers de froment, deux setiers d'orge et deux setiers de fèves par an. Yve, abbé de Saint-Denis, fut délégué parle pape Alexandre III pour examiner cette affaire. Il débouta le curé de ses prétentions exorbitantes et mit fin à cette querelle. Ceci se passait au XIP siècle'.

En 1228, Guillaume de Paray, chevalier, donna au curé de l'endroit 7 arpents de terre, qu'il tenait à champart de l'abbaye de Saint- Germain. Il y mettait pour condition que celui-ci aurait pendant le carême un chapelain, chargé de célébrer tous les jours la messe à l'heure de prime"'.

La cure de Paray possédait quelques rentes ; car nous voyons, le 23novembre 1587, le titulaire affermer 36 arpents de terres labourables, qui lui appartenaient, pour le prix annuel de 26 setiers de blé \

On prélevait sur les revenus de Paray :

Pour l'anniversaire de Simon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, fixé au 3i mai ou II des calendes de juin, 20 setiers de froment, 3 sols et 5 deniers de cens.

Pour l'anniversaire de Thomas de Mauléon, abbé du même monastère, fixé au 4 octobre ou au IV des nones d'octobre, un muid de froment et deux sols parisis, payables à la saint Martin d'hiver*. »

1. Arch.nat. LL. loai, p. 72; LL. 1026.

2. Id. L. 781.

3. Id. S. 2935.

4. Id. LL. 1027.

86

MASSY

Massy, qui semble être désigné dans la charte de 1027 sous le nom de villa Mulnels et qui par conséquent faisait partie à cette époque du domaine des religieux de Saint-Germain, avait été dans la suite, soit par suite d'usurpations, soit par lei"ait d'aliénation, érigé en fief. Nous avons rapporté dans notre étude sur Antony les démêlés longs et violents qui existèrent entre les moines et les seigneurs de Massy et l'accord qui vint y mettre un terme.

Néanmoins Massy relevait toujours jusqu'au XIY* siècle de la seigneurie de l'abbaye de Saint-Germain. En 1248, les habitants de Massy et de son écart d'Eau morte (aqiiœ mortase) (Igny) étaient compris dans l'affranchissement octroyé par l'abbé Thomas de Mauléon à ceux d'Antony et de Verrières. En i358, nous trouvons un aveu rendu à l'abbé de Saint-Germain-des-Prés par Jean, sire de Macy, pour toutes les possessions de Macy*.

Nous lisons dans le dénombrement de i384 :

Messire Pierre de Yilli tient (de l'abbé) un fief à Macy et environs, cens, rentes, avaines, hostises, qui puet valoir environ xxnu livres. (L. 760, 29, et Saint-Germain auXIV siècle, p. 36.)

Dans la suite, nous retrouvons cette localité relevant pour le spirituel et pour le temporel de la seigneurie des évêques de Paris. Pourtant une partie de ce territoire faisait partie de la censive de l'abbaye et notam- ment le clos de Massy, la plupart des habitants avaient leurs vignes, ce qui amena de nombreuses difficultés pour le paiement des droits de pressurage. En 1782, le religieux transigèrent avec les habitants de Massy et remplacèrent pour leurs vignes du Clos le droit de pressurage par une redevance annuelle de i5 sols par arpent-.

I. Arch. nat. L. 75/1, ai. 3. Id. L. 77G.

-87

WISSOUS

Cette dépendance d'Antony, que nous voyons figurer dans la charte de 1029 sous le nom de Villa Oliosi et que des documents postérieurs désignent sous le nom de Hait Solz, fut érigée en paroisse séparée à une époque que nous ne pouvons préciser. Les évêques de Paris étaient seigneurs temporels et spirituels de la ville et de la majeure partie du territoire ; le reste de ce territoire relevait de la seigneurie des abbés de Saint-Germain. La juxtaposition de ces autorités voisines et ordinairement rivales produisit entre elles des contrats, des discus- sions, des procès et des transactions, qui forment le fond de cette loca- lité dans les archives de Saint-Germain. Au X1II« siècle, les unions entre les serfs des deux seigneuries nous permettent d'assister à l'exer- cice de ce droit de formariage que les religieux aboHrent à cette époque dans la seigneurie. En 1281, des lettres de l'évêque de Paris notifient qu'il accordait « à sa femme de corps, iMellisande, fille de Maugrin de (( Wissous », la permission de se marier u avec Noël Marlin, homme de « corps de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés «, à condition que la moitié des enfants à naître de ce mariage appartiendrait à l'Eglise de Paris, et l'autre moitié, à l'abbaye de Saint-Germain; que si ledit Noël mourait sans enfants, ses biens meubles et immeubles appartiendraient à l'église de Saint-Germain ; que si, au contraire, ladite Mellisande mou- rait sans postérité, ses biens devaient revenir à l'évêque; si enfin, pendant le mariage, les deux époux venaient à acquérir des domaines soit dans le territoire de l'abbaye, soit dans celui de l'évêché, l'évêque ou l'abbé sera tenu de s'en dessaisir au profit de l'autre, un an après la mort des conjoints*. Nous trouvons plusieurs transactions analogues, conclues entre les évêques et les abbés pour le même objet.

Mais dans la suite les actes que nous fournissent les archives revêtent un caractère moins pacifique. Les débats portaient en général sur le droit de pressurage, auquel les religieux de Saint-Germain voulaient

I. Arcli. nat. L. 8of).

88

astreindre leurs vassaux de Wissous, en les obligeant à aller porter leurs vendanges aux pressoirs banaux d'Antony. Or ceux-ci prétendaient jouir sous ce rapport des immunités concédées aux habitants du reste de ce territoire et avoir leurs pressoirs particuliers. Ce fut la source de longues et parfois violentes discussions, qui se renouvelaient sans cesse et qui ne se terminèrent qu'à la fin du XYllP siècle. Nous trouvons dans le Cartulaire d'Antony un acte de i33i, portant convention pour ajourner, devant la cour du Prévôt des Marchands, Guillaume Baudran et Pierre Dautène, « marguillier de la paroisse de Huit Solz », qui avaient employé l'argent de la fabrique de ladite église à armer environ cinq cents hommes, pour aller, enseignes déployées, empêcher les religieux de Saint-Germain de prélever le droit de pressurage. Les meneurs de la révolte furent condamnés à être battus de verges et à la confiscation de leurs biens au profit du Roi. Le procureur général ayant appelé a minima de cette sentence, nous ignorons le dénouement de cette affaire'.

En i53i, une requête fut présentée par le procureur fiscal d'Antony, « exposant que, malgré les défenses faites par le bailli de Paris et par « les officiers de la Prévôté d'Antony aux messiers^ du village de (( Wissous de se transporter sur aucune pièce de vigne du territoire « d'Antony, portant piques, cornets et autres bastons, pour faire (( aucune garde des dites vignes, ni aucun exploit », les deux messiers de la présente année étaient venus avec les insignes de leurs fonctions sur le territoire d'Antony, ils avaient été appréhendés au corps par les gens de la Prévôté. Le juge déclare confisqués, au profit de l'abbé et des religieux, les piques, cornets, sifïlets des deux délinquants, à qui défense est faite, sous de graves peines, de recommencer leur entre- prise\

Dans la suite, les religieux durent aller fréquemment demander aux tribunaux le maintien de leurs droits contre l'insubordination de leurs vassaux de Wissous. En i535 une sentence du Châtelet de Paris con- damna plusieurs habitants de Wissous, qui prétendaient « que, ce « territoire étant hors de la juridiction de Saint-Germain-des-Prés, ils

1. Enjalvix, I, p. II.

2. Garde des moissons.

3. Enjalvin, I, p. 10.

Sy

« pouvoient avoir et avoient en leurs maisons des pressoirs esquels ils y amenoient chacun an les fruits et vendanges qu'ils cueilloient en « leurs vignes'. » Après avoir appelé de cette sentence au Parlement qui la confirma, les habitants de AVissous durent se soumettre; mais pour se délivrer d'une servitude qui leur était odieuse, ils entrèrent en négociation avec les religieux de Saint-Germain, et, par un accord conclu en i538, ils s'engagèrent à payer une redevance annuelle de 20 sols par arpent pour avoir le droit de pressurer ils voudraient, « jusqu'à ce qu'on eût construit un ou plusieurs pressoirs proche le pont d'Antony^ ».

Mais cet accord, qui avait un caractère transitoire, ne mit pas fin à cette interminable lutte. A la fm du XVIIP siècle, nous retrouvons les religieux, qui, par suite sans doute de la construction d'un nouveau pressoir bannier, étaient rentrés dans la plénitude de leurs droits, réclamant le paiement des arrérages dus pour les dîmes et le pres- surage par les habitants de Wissous et ceux-ci s'y refusant. Le procès était déjà engagé, lorsque les partis recoururent à la voie de la conci- liation. Par une transaction conclue le 9 octobre 1782, les religieux consentirent à supporter la moitié des frais du procès et à faire l'abandon définitif de leur droit de pressurage, moyennant un droit annuel d'abonnement de l\o sols par arpent que les habitants s'engagèrent à payer à leurs seigneurs.

D'après les baux à ferme, nous voyons que le domaine que possédait l'abbaye dans le territoire de Wissous comprenait 11 arpents. En 1790, les revenus que retirait la mense conventuelle de ses terres de Wissous se montaient annuellement à 286 livres. Les religieux y possédaient 1 1 arpents 3 quartiers 1/2 de prés loués à Pierre Dupressoir ^.

I. Arch. nat. LL. 10/17, ^o^- 7^-

a. BouiLLART, ouv. cUé, p. 184.

3. Arch. nat. S. 2858: Bibl. nat. ms. fr. 208C8, p. 32.

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ÉPINAY-SUR-ORGE OU LE RREEIL'

A quatre lieues de Paris, dans la chàtellenie royale de Monthléry, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait une vaste étendue de ter- ritoire, qui comprenait plusieurs villes, des églises, des châteaux avec leurs droits seigneuriaux, et qui fournissait des ressources considérables pour l'entretien des moines. Le centre principal de popiilation était la ville d'Epinay, située entre les rivières d'Orge et d'Yvette.

A quelle époque et par qui fut faite cette importante donation au monastère de Saint-Germain? C'est une question que ses riches archives laissent sans réponse. Ni les chartes royales, conservées ou restituées avec un soin si vigilant, ni les cartulaires des siècles suivants ne mentionnent la donation de la ville de Spinogilium et de ses dépendances. Des documents postérieurs nous apprennent qu'au commencement du IX*" siècle l'abbaye était en paisible possession d'Epinay et nous montrent la composition et l'étendue de son territoire. Cette lacune dans le chartrier de Saint-Germain ne fait que confirmer nos conclusions sur la disparition ou l'altération de beaucoup des titres primitifs dans les pillages de l'abbaye par les Normands et sur la restitution de plusieurs d'entre eux par des moines du XP siècle, qui s'efforçaient de reproduire sur leurs parchemins ce qu'ils pouvaient déchiffrer sur les lambeaux de papyrus qui étaient parvenus jusqu'à eux. En faisant cette œuvre, dont on peut et dont on doit contester le principe au point de vue de l'érudition, mais qui nous a conservé des indications précieuses pour l'histoire, les moines obéissaient moins à la préoccupation d'orner leurs archives de documents glorieux pour le prestige de l'abbaye, qu'à celle de se procurer des armes pour la défense de leurs droits quand ils étaient menacés par de puissants com- pétiteurs. Dans le cas présent, Epinay se trouvait dans le ressort de la chàtellenie de Monthléry, et les religieux, ne voyant dans les environs que les olïîciers royaux qui semblaient plus disposés à les

I. M. l'abbc Gcnty, curé d'Epinay, a public en 1898 une étude intitulée Epinay- sur-Orge du VIII' au XIX' siècle. De ce travail consciencieux, érudit et complet, nous n'avons eu qu'à faire l'analyse en remerciant l'auteur de nous avoir ainsi singuliè- remenl facilité la besogne.

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protéger qu'à les opprimer, ne se crurent pas sans doute obligés de recourir à leur industrie pour combler une perte, qui ne leur semblait pas devoir entraîner de fâcheuses conséquences pour eux.

Toujours est-il que le plus ancien document qui nous parle d'Epinay dans les archives de Saint-Germain est le Polyptyque d'irminon, abbé de Saint-Germain dans les premières années du LV siècle; ce document, si important pour l'histoire de l'abbaye et pour la géographie carlo- vingienne, nous donne les indications les plus précises sur l'étendue des possessions de Saint-Germain dans cette région, sur le nombre et les diverses conditions de leurs vassaux et sur les redevances qu'ils payaient aux religieux. On y voit que l'abbaye possédait à Epinay une demeure seigneuriale avec ses dépendances et ses droits, à laquelle était attachée une terre arable de six coutures ou de i5o bonniers, compor- tant 2 5o muids de semence; 100 arpents de vigne pouvant produire 85o muids de vin ; une forêt d'une lieue et demie de tour l'on pouvait nourrir 200 porcs, et enfin un moulin rapportant annuellement une censé de 60 muids de grains. Au devant du château s'élevait l'église construite avec soin et pourvue de tous les ornements néces- saires au culte divin : dont dépendaient 4 bonniers de terre arable, 7 arpents et demi de vignes et 3 de prés, plus 2 maisons avec leurs terres, leurs vignes et leurs prés. Tout à l'entour s'élevaient les maisons des habitants d'Epinay; 82 d'entre elles étaient ingénuiles, c'est-à-dire possédées par des hommes libres de race, colons et vassaux de Saint- Germain, à qui ils devaient, pour droit de paisson, 3 muids de vin la première année, un mouton la seconde, 2 sols 3 deniers la troisième, et ainsi de suite ; pour le droit d'usage dans la forêt, 4 deniers et 100 bardeaux par an; de plus, le labour d'un arpent de vignes et de 2" perches de terres arables, et les autres corvées, manœuvres et char- rois à la réquisition des seigneurs ; 6 maisons serviles ou tenues par des serfs, et enfin 9 hospices, c'est-à-dire, maisons, louées à des étrangers au pays. En résumé, les Sa manses ingénuiles rapportaient à l'abbaye comme redevances 68 sols, tous les trois ans, 18 moutons ou 1 3 brebis, 10 sols pour les droits d'usage dans la forêt, 68 muids de vin, 3ooo bardeaux, 96 poulets et autant d'œufs; les 1 1 manses serviles payaient de redevance annuelle pour la paisson 18 muids et demi de vin, 23 poulets et autant d'œufs ; des neuf hospices l'abbaye retirait annuellement 4 muids de vin, 17 poulets et autant d'œufs et 3 deniers.

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En faisant la somme des terres, vignes, prés et bois possédés soit par les tenanciers colons, serfs ou hôtes, soit par ceux de la terre seigneu- riale et par ceux de l'église, on trouve que l'abbaye de Saint-Germain possédait au IX" siècle, à Epinay, 443 bonniers et 20 ansanges de terres labourables, 210 arpents et demi de vignes, 127 arpents de prés et un bois d'une lieue et demie de tour, soit, d'après nos mesures modernes, près de mille hectares, étendue de territoire qui, d'après la remarque très juste de M. l'abbé Genty, est plus du double de celle de la commune actuelle d'Epinay.

Epinay figure parmi les biens que l'abbaye possédait aux environs de Paris dans les chartes de confirmation concédées par Louis le Débon- naire, en 829, et par Charles le Chauve, en 872. L'abbé Hilduin, ayant voulu assurer l'entretien des moines et les mettre à l'abri des négli- gences ou des rapacités possibles de ses successeurs, constitua la mense conventuelle, à laquelle il assigna sur les produits des terres de l'abbaye des redevances en nature suffisantes pour la nourriture de 120 moines; pour le vestiaire et les autres nécessités de la communauté et de l'infirmerie, Hilduin affecta à la mense conventuelle un certain nombre de dépendances de l'abbaye, parmi lesquelles figure Epinay. Ce furent ces dispositions qu'à la requête de son cher conseiller et ami Hilduin, Louis le Débonnaire confirma par sa charte de 829.

A part ces quelques documents échappés aux désastres de cette époque, nous n'avons aucun indice sur les destinées de cette dépen- dance de Saint-Germain pendant la lamentable période 011, pour se protéger contre les invasions normandes, l'abbaye s'était placée sous l'autorité de hauts barons féodaux qui avaient remplacé la crosse par l'épée et ne songeaient qu'à transformer les liens ecclésiastiques en sources de revenus pour eux et en héritages pour leurs familles. Quand, au XIII* siècle, les archives nous fournissent des chartes relatives à Epinay, nous voyons que la plus grande partie du territoire, dont le Polyptyque d'Irminon nous donnait l'étendue et les ressources, avait été inféodée ou aliénée en faveur des familles féodales de la contrée. Le moulin, qui, en 811, rapportait 60 muids de blé, était passé sous la suzeraineté de Garin de Guilleville, qui était devenu également seigneur du Perray et n'était tenu à rendre aux moines qu'un simple hommage. Thomas de Châtres possédait dans les mêmes conditions le village de Villiers. Simon de Vaugrigneux et Jean de Frêne avaient à Epinay la

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dîme du vin et du blé, etc., etc. De sorte que les possessions que Saint- Germain avait conservées à Epinay se réduisaient au château seigneurial, à l'église, aux prés de la Vallée, à quelques terres avec les droits de justice et de seigneurie. Après que cette lamentable période fut terminée, les abbés réguliers, qui succédèrent aux abbés laïques, se mirent activement à la tâche pour arrêter et réparer le mal, et reconquérir les biens précédemment aliénés. Une charte intéressante du milieu du XII" siècle nous permet d'assister à une de ces acquisi- tions faites dans des conditions tout à fait spéciales. Dans ce document relatif à la fondation d'un anniversaire pour le moine Reinart, l'abbé Geoffroy expose les motifs qui l'ont déterminée. Ces motifs étaient la reconnaissance inspirée à l'égard de ce religieux par les services rendus à la communauté et l'accroissement de ses biens. Un chevalier du voisinage, Godefroid de Saulx, avait donné à sa sœur, en la mariant, le fief qu'il tenait des religieux au Breuil et à Epinay ; mais, pressée par la modicité de ses ressources personnelles, cette dernière demanda à son frère l'autorisation de mettre ce fief en vente. Se conformant aux usages féodaux, le frère et la sœur se présentèrent devant leur seigneur, qui était alors l'abbé Hugues IV, pour lui offrir l'acquisition du fief. Arrêté par la pénurie du trésor abbatial, l'abbé Hugues dut refuser cette proposition, lorsque le frère Reinart, « craignant de voir passer en des mains étrangères celte u ancienne possession de l'abbaye, pressé par les instances de l'abbé « Hugues et de tous les moines », se rendit acquéreur pour lo livres d'écus parisis de ce fief, qu'il donna, libre de toutes charges, au monastère de Saint-Germain, en s'en réservant l'usufruit. Le moine Foulquier, qui avait affermé le domaine du Breuil, se chargea de payer la redevance de 20 sols due au monastère pour le fief en question. Après la mort de l'abbé Hugues, son successeur, l'abbé Joffroy, affecta ces 20 sols de rente à la fondation d'un anniversaire pour le frère Reinart : on devait célébrer solennellement son service au jour anni- versaire de sa mort et donner ce jour-là aux religieux une bonne pitance de poissons. L'abbé Joffroy plaçait sa fondation sous la garantie d'excommunications, portées par lui et par tous ses frères prêtres contre les violateurs de ces dispositions ^

I. Arch. liât. L. 7G5, 10 1.

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Dans la suite, le moine Reinart fut investi de la charge de Prévôt de Saint-Gormain, et nous le voyons figurer en cette qualité dans des procès, soutenus devant la juridiction royale contre les usurpations de certains seigncius delà contrée. Eu 1270, la seigneurie du Breuil devait payer 45 sols parisis de rente annuelle pour la célébration de cet anniversaire, qui, cent ans auparavant, avait été fixé à 20 sols'.

Dès le commencement du XIll"' siècle, de nombreuses donations vinrent restituer en partie les biens que l'abbaye avait perdus dans cette région pendant la période précédente. En 1200, Geoffroy Curial, chevalier de Senlis, gentilhomme de la Chambre du Roi, donnait à l'abbaye de Saint-Germain la moitié de la grange du Breuil en pure aumône et lui vendait le reste au prix de 43 1 livres parisis. Quelques mois après (3i octobre 1200), le Roi confirma la donation et la vente que son chambellan venait de faire aux religieux".

En i209, des lettres de Pierre, évoque de Paris, munies de son sceau, notifient qu'en sa présence le chevalier Tierry de Droison avait donné à l'église de Saint-Germain la cinquième partie des dîmes d'Epinay, de Savigny et du Breuil et lui avait vendu le reste pour 27 livres parisis'.

Celle même année, une noble dame Anne dea Brel donna en aumône aux religieux G mines de blé à prendre sur le fief du Breuil, avec l'assentiment de Ricard, maire de Morenci, qui possédait ce fief, et d'Adam Choisel, duquel il relevait*.

En 1211, ^^"ilhelm de Guillerville consent, en qualité de seigneur féodal, à la donation faite en aumône à l'église de Saint-Germain par Pierre, fils d'Ansold de Villiers, de la 5*^ partie de la moitié du moulin du Breuil et de la vente du reste de cette même moitié, au prix de 160 livres parisis. Le seul droit que se réservait le donateur, pour lui, sa famille et ses vassaux de Villiers, était un tour privilégié, cjuand ils viendraient pour moudre leurs grains. Cette charte est munie du scel et du conlrescel du sire de Guillerville'.

En 1222, Renaud, maire du Breuil, et Aalis, son épouse, vendirent

1. Arch. util. LL. 1 102.

2. I<l. LTj. 102G. Cart., abbé Guill., n" i2r). Bolillart, Delisle, Philippc- Aiig-uslc, Arles, 11° .ï(jG.

3. /'/. L. 7C.5, n" .'|5. ^1. /(/. L. 7(ir), 11" 'l'i. 5. /(/. L. 70.'), Il" i5.

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au monastère de Saint-Germain les droits qu'ils avaient au Breuil sui les dîmes du blé et du vin.

Encouragé par les accroissements multiples et importants du domaine du Breuil, l'abbé Simon résolut d'y transporter le centre de leur donation dans la contrée ; il fit, en conséquence, bâtir somptueu- sement une seconde seigneurie dans les environs de la grange du Breuil. Celte construction est mentionnée dans son épitaphe, parmi les œuvres qui illustrèrent son abbatial.

A partir de celte époque, les donations diminuèrent et finirent par cesser complètement, soit que la dévotion des fidèles lût moins vive que par le passé, soit qu'elle se portât de préférence vers d'autres établissements religieux plus dépourvus de ressources et répondant plus spécialement aux besoins de celte période. Les archives ne nous font assister qu'aux luttes et aux procès qu'eurent à soutenir les religieux pour le maintien de leurs droits et de leurs prérogatives contre des prétentions rivales. Parmi les affaires que mentionnent les registres de la justice du Breuil, nous nous contenterons de signaler la condamnation, par la cour prévôtale de Sainl-Germain-dcs-Prés, de deux hommes du pays qui avaient assassiné, en 1278, messire Berlhaut, le curé d'Epinay. Les meurtriers furent ramenés au Breuil pour y subir leur peine. Sous les yeux de l'abbé Girard de Mous, qui, en raison de la gravité du crime, s'était rendu sur les lieux et présidait à cette exécution, ils furent traînés sur la claie dans les rues du bourg et pendus derrière l'orme planté entre Epinay et le Petit-Vaux^

Pour donner une idée des diminutions de revenus supportées par l'abbaye dans ses dépendances d'Epinay, nous donnons ici l'article du dénombrement de i384 qui s'y rapporte :

« ... Item, en la ville de Bruel, un hostel, un colombier, un polit estant, un molin, toute justice haulte, moyenne et basse, un pressouer bannier et un autre en la ville de Savigny bannier; environ \l arpens de pré, vi arpens de Saulsaies; environ xxxu livres de menus cens et rentes à plusieurs jours : la granclie de liant et le colombier; environ vi vingt arpens de terre ; environ xu arpens de vigne, le tout loué XII vingts francs, qui souloit valoir cccc livres parisis de ferme chascun an; laquelle est ainsi dyminuée par les guerres'.

I. Arch. nat. LL. 1077.

3. Uom uu lioLRG, Sailli Germain au MV siccle, p. aO. Arrh. net. L. 7G0, 39.

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(( Item, au Bruel, maestre Garnier Guerart tient i fief de viiu arpents de vignes bonnes, qui puent valoir par an iiu livres. »

La possession de cet orme près duquel furent exécutés les deux coupables que nous avons vus fut la cause d'un procès intéressant, moins par l'importance de son objet que par les indications qu'il nous fournit sur l'exercice de la justice criminelle et civile à cette époque, entre le roi et l'abbé de Saint-Germain. Nous trouvons ces détails dans les lettres que donnèrent Jehan de Brétigny et Jehan Blondel, prévosts de la chàtellenie reyale de Montlhéry, au sujet du « contenz et discorz « qui fut entre le Roy et l'abbé ^de S'-Germain-des-Prez par reson de (( l'ourme qui est entre Esplnoilh et Serre ». Parmi les témoignages produits devant les juges, relevons celui de Raoul de Vitré, âgé de 60 ans, qui rappelle l'exécution dont nous venons de parler. « Il dit ({ par son serment qu'il vist des meurtriers, qui avoient tué le prestre (( d'Espinoilh, traynés par delez l'ourme, don plait est; parce que « lombre de la crois qui estoit en l'ourme estoit si grant qu'il couvroit « tout le chemin ; et qu'il convenoit qu'il vinssent par derrière l'ourme, « por-ce que l'abbé Gerert, qui ilenc estoit, ne vouloit que l'on eschinât « par disos l'ombre de la croiz. )> D'où il concluait que l'orme en litige « estoit en la terre du dit abbé ».

Nous reproduisons ici la conclusion de ce document qui donne d'intéressants détails sur la composition du tribunal appelé à statuer sur ces sortes d'affaires.

« Ceci fut fait l'an de grâce mil deux cent quatre vingt-neuf, le lundi « de la Sainct-Nicholas, en mars. Et lequel enformement et laquele « enqueste desus dite que nous avons faite, baillasmes à juger aus (( chevaliers et aus bones gens de la chastelenie de Montlehery en ladite « ville en jugement et fut regardé par jugement que l'abbé de (( Saint Germain des Prez fut ressaisi de l'ourme et demeuras! en la « saisine. Et fut jugié par Monseigneur Jodry de Courcelles, chevalier, « par Monseigneur Jehan de Vilevant, chevalier, par le Seigneur des « Forges, par Monseigneur Guillaume Dedde, chevalier, par le chastelain « de Breu, par Jehan de Ver; par Guillaume Thibout, par Pierre de (( Pinel, par Philippe Lointier, par Nicholas de Balainvilliers, par « mestre Pierre Harent clerc'. » Il est intéressant de constater ainsi, à

I. Arch. nat. L. 7G5, /ig.

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la fin du XIII® siècle, un véritable jury appelé à intervenir dans une question civile et manifestant son indépendance, en condamnant les prétentions des oiïiciers royaux. Du reste, c'était aux rois qu'avaient recours les religieux pour se protéger contre les entreprises de ses repré- sentants. C'est ainsi que par ses lettres patentes du i®"" mars iSSa, Charles VI maintenait l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés dans ses droits de haute justice sur le village du Breuil, contrairement aux prétentions du prévôt de Montlhéry*. Notons simplement un procès soutenu devant les tribunaux royaux par les Bénédictins de Saint- Germain contre ceux du prieuré de Longpont, au sujet des eaux de la rivière d'Orges, et le jugement qui vint délimiter les droits de chacun et fut confirmé par lettres patentes de Philippe VI (i4 mai i34o)^.

La période de guerre contre les Anglais fut désastreuse au point de vue de la prospérité de l'abbaye de Saint-Germain. Pour réparer les consé- quences des pillages successifs du monastère et de ses dépendances et fournir aux subsides exigés par les rois pour l'entretien de leurs troupes, les abbés furent contraints d'aliéner ou d'engager plusieurs de leurs domaines. La terre du Breuil fut engagée, en iSgo, à un certain Michelin Double, qui en jouit comme seigneur viager jusqu'à sa mort, arrivée dans les premières années du XV "^ siècle. La seconde période de la guerre de Cent ans fut, par suite de l'occupation du donjon de Montlhery par les ennemis, particulièrement lamentable pour ces contrées, qui furent pillées, rançonnées et finalement désertées par les habitants. Quand la paix permit aux religieux de venir reprendre possession de leurs domaines, ils trouvèrent le pays tout entier en friches et couvert de ces broussailles, qui lui avaient donné jadis son nom d'Epinay : après avoir rendu habitable leur château du Breuil, Is se mirent à l'œuvre et parvinrent, en distribuant les terres moyen- nant de très faibles redevances, à repeupler et à fertiliser le pays.

En i522, l'abbé de Saint-Germain, Guillaume Briçonnet, présenta au Roi un aveu ou dénombrement de tous les biens que l'abbaye possédait dans le royaume. Nous y relevons les indications précieuses sur l'éten- due et l'importance de la dépendance, que nous étudions : « La seigneurie du Breuil comprenant Epinay qui est la paroisse, le Petit

1. Arch. nat. K. 53, n" ii. Orig. a. Id. LL. 1027.

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et le Grand-Vaux, Charintru, Balisy, Savigny, partie de Juvisy, le Breuil, qui est le principal village, dont du présent la terre et seigneurie s'appelle, laquelle est chatellenie, distante environ de six lieues de Paris. » Au Breuil, les Bénédictins possédèrent « un grand manoir, comprenant corps d'hôtel, maison, chapelle, grange, étables, cour et jardin, pressoir bannier, prisons, auditoire pour la justice, les dits lieux traversés par la rivière d'Orge, entourés de murs ». Auprès de la maison seigneuriale du Breuil, sur la rivière d'Orge, était le moulin à blé avec cour et jardin. Dans la plaine entre Epinay et Balainvilliers, la ferme de la Grange avec tous les bâtiments d'exploitation agricole clos de murs ; un peu plus loin, aux Graviers, un quartier de vignes appelé le Clos de la Seigneurie. En outre, l'abbaye possédait i34 arpents de terre, affermés pour la redevance annuelle de 5 muids de blé méteil ; 3 arpents de saussaie, produisant 3oo bottes d'osiers ; 6 arpents de prairies artificielles ou naturelles, donnant de ferme 26 charretées de foin, le droit de pêche en la rivière d'Orge, 400 livres parisis de censive à percevoir sur le Breuil, Epinay et autres hameaux, les droits de chatellenie de haute, moyenne et basse justice avec prévôt, lieute- nant, greffier, procureur, sergents et autres officiers, dont les sentences ressortissent en appel du bailly de Saint-Germain-des-Prés, les droits de lods, ventes, les amendes, rouages, confiscations, forfactures dans toute l'étendue de la seigneurie'.

Cette nécessité de reconstitution et de réparation fut la cause de l'érection, au moins temporaire, de cette dépendance en prieuré, car ce ne fut que dans cette période nous trouvons la mention de prieuré du Breuil. Après que cette seigneurie eut été relevée de ses ruines, le prieuré fut supprimé et le Breuil réuni à la Pitancerie de Saint-Germain.

Après une période de calme, nous ne trouvons rien à signaler pour l'histoire du prieuré du Breuil, s'ouvrit l'ère lamentable des guerres religieuses. En 1662, les calvinistes, sous la conduite du prince de Condé, ravagèrent tout le pays entre Orléans et Paris, brûlèrent les monastères de Marcoussis et de Longpont, détruisirent les fermes, maisons, pressoirs que Saint-Germain-des-Prés possédait dans la contrée, la chapelle et la grange du Breuil.

t. Arch. nat. S. iS36.

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Dans le trésor de l'abbaye, appauvri par tous ces désastres, le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain, ne put trouver les 5oo livres, auxquelles avait été fixée sa part dans le subside que le Pape avait permis au Roi de prélever sur les biens ecclésiastiques ; il dut se les procurer, en les empruntant à un nommé Nicolle Jacquart, à qui il donna hypothèque de pareille somme sur la terre du Breuil. 11 déclara, en même temps, que cet emprunt, dont il demandait la ratification au chapitre de Saint-Germain ne pourrait préjudicier aux concordats passés avec les religieux pour le l'ait de la mense conventuelle (1668)'. Les guerres religieuses se prolongeant avec un véritable acharnement, Henri 111 demanda et obtint du Saint-Siège une nouvelle autorisation de prélever un subside sur les biens ecclésiastiques; pour payer sa quote-part, qui fut fixée à 63 18 livres, le cardinal de Bourbon se décida à aliéner la seigneurie du Breuil. Le 21 mai 1577, ce domaine fut vendu aux enchères publiques et adjugé, pour la somme de 684o livres tournois, à maître Barnabe Brisson, alors avocat général au Parlement, qui devait jouer un grand rôle dans la suite et mouinr victime des violences de la Ligue. L'abbaye, qui n'avait pu sauver de son ancien domaine que les grosses dîmes sur le territoire d'Epinay et les censives de la grange du Breuil, avait toujovns cçnservé le désir de récupérer cette importante et ancienne portion de son patrimoine. Ce ne fut qu'en 1676 que l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés put racheter, au prix de 35.3oo livres, la grange du Breuil, qui, après avoir passé dans les possessions de plusieurs familles illustres de la contrée, avait être mise, après saisie, aux enchères publiques ^ Un siècle plus tard, en 1770, les Bénédictins inféodèrent la grange du Breuil à M" Augus- tin-Henri Cochin, moyennant une redevance annuelle et perpétuelle de 70 setiers de blé payables en argent « au prix du premier marché de Montlhéry^ ».

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés avaient les dîmes d'Epinay- sur-Orge. Le marquis de Vins, commandant de la deuxième compa- gnie des mousquetaires, percevait la dixme sur 200 arpents dans cette même paroisse. 11 prétendait que ses ancêtres avaient acquis depuis

I. Arch. nat. L. 756.

a. Id. S. 3918.

3. Arch. de Seine-et-Oise, sér. H.

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80 ans le fief de Saint-Merry. Enfin, pour mettre un terme à cette contestation, il consentit à limiter son droit à 4o arpents environ. Cet accord fut accepté'.

Comme nous l'avons vu dans le Polyptyque de l'abbé Irminon, au commencement du IX^ siècle, l'abbaye de Saint-Germain possédait à Epinay l'église paroissiale, qu'elle avait confiée à titre de bénéfice à un prêtre nommé Ricbert. Comme pour tous les biens qu'elle possédait dans ce territoire, ses archives ne nous fournissent pas d'indications sur l'origine de la seigneurie spirituelle d'Epinay, et ne permettent pas de savoir si l'autel d'Epinay avait été donné à l'abbaye par un évêque de Paris ou bien si les religieux avaient eux-mêmes fondé cette église pour les besoins spirituels de leurs vassaux et serfs d'Epinay. Nous serions assez disposés à nous ranger à la seconde hypothèse, que soute- naient les Bénédictins au XVIP siècle dans leurs démêlés avec l'autorité épiscopale au sujet de leurs droits sur la paroisse d'Epinay ; nous appuyons cette manière de voir sur l'absence de la charte de donation, qui ne figure ni dans les archives, ni dans les divers cartulaires, tandis que nous les y retrouvons pour toutes les autres églises voisines de la dépendance de l'abbaye; sur le vocable de saint Germain imposé à cette église ; sur les privilèges et droits de gros décimateurs qui appar- tenaient aux moines et qui impliquaient en général la qualité de fonda- teurs. Mais pendant les désastres des X^ et XP siècles, les abbés laïques de Saint-Germain laissèrent perdre une partie de leurs droits spirituels, en même temps que beaucoup de leurs biens temporels.

Au sortir de cette période, les moines n'avaient plus, non seulement la collation dont nous venons de les voir investis au IX^ siècle, mais encore le droit de présentation ; car l'église d'Epinay ne figure pas parmi celles dont la bulle d'Alexandre 111 confirma la juridiction aux religieux de Saint-Germain. Pourtant cette juridiction fut l'objet de compétitions rivales et de litiges prolongés entre les évêques de Paris et les abbés.

Si les pouillés parisiens des XV^ et XVP siècles marquent la cure d'Epinay-lès-Saint-Denis comme étant à la pleine collation de l'évêque, le Pelletier, dans son Pouillé de 1693, l'indique comme étant à la nomination de fabbé". Dans le cours du XVIP siècle, les Bénédictins

1. Bibl. nal. tns.fr. 16867, p. âag.

2. Lebeuf, t. I, p. 694.

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de Saint-Maur tentèrent de faire consacrer ce qu'ils considéraient comme leurs droits. Dans un acte de 17^9, Dom Placide Roussel, prieur, et les religieux de Saint-Germain-des-Prcs qui ont soin d'énumérer leurs qualités de patrons, fondateurs, présentateurs, cure's primitifs, décima- teurs universels de l'église d'Epinay-sur-Orge, baillent à ferme pour 9 années à messire François Collemard, prêtre, vicaire perpétuel de cette paroisse, toutes les dîmes grosses et menues S pour le prix de 280 livres par année, avec la condition que, pendant la durée du bail, les religieux seraient dispensés de payer la portion congrue audit vicaire*.

Mais cette revendication, que tout nous porte à croire fondée, n'eut pas raison de la résistance opposée par les curés d'Epinay qui, se fondant sur les pouillés diocésains, forcèrent les Bénédictins à capituler et à renoncer à leurs prétentions sur le patronage de cette église, qui releva définitivement de l'archevêque de Paris.

Pour compléter ce que nous avons dit déjà de l'importance immobi- lière de cette circonscription et des revenus qu'en retirait l'abbaye, nous allons transcrire les indications suivantes, extraites des déclara- tions de revenus faites en 1790 par les religieux :

« Les dixmes d'Epinay-sur-Orge et dépendances, à la réserve de 33 arpens et demi, appartenant au seigneur d'Epinay, les dites dixmes, à raison de /j gerbes par arpent de terre labourable et de 12 pintes de vin par arpent de vigne, sont louées au sieur Girardeaupar bail au prix annuel de 6oolivres, et 3oo livres en passant le bail, ce qui fait 33 livres 6 sols 8 deniers. Le fermier devait payer le gros du curé, qui était estimé à 828 livres et qui se composait de