RUE É es! De A en H ISTOIRE l DE LA LOUISIANE. TOME PREMIER: LA A RQ ER # à. ad à vs s - DL : 2 À i< 2 \ - M DE LA UISIANE, Contenant la Découverte de ce vafte Pays: 2 x fa Defcription géographique ; un Voyage dans les Terres|; lHifloire Naturelle :; les PR UE se _Moœurs, Coûtumes & Religion des Natu- | DU tr, rels , avec leurs Origines ; deux Voyages dans le Nord du nouveau Mexique, dont un jufqu’à la Mer du Sud ; ornée de deux _ Cartes & de 40 Planches en Faille douce. _— Chez La Veuve DreracuErre, rue S, Jacques, à-- a. sl4 l Par M, Lr Puce ov PRATz. TOME PREMIER. e A PARIS, DE BurE, l’Aiîné, furle Quai des Auguñins; 46, Paul. ï POhivier. e LAMBERT, rue de Ja Comédie-Frinçoiles y M HG NEA LU ae ARE ET SU 0 M, DCC, L VIII. ARENA CAEN Dir ee TATEE ù Sa FA ns as. Rs rs re ne pé PEN PER PER ne | GG BxÉNÈNES Ne ES + PRÉFACE. DEAN A Fruhce depuis plufeurs AU | P L a années s Fate aflez vive= a Vs AE Gate ; pour que Je croye faire au Public un véritable préfent, en communiquant les connoiffances : que 7° aide ce vaité Pays, où j'ai de- _ meuré feizé ans. S'il éf toujours agréable de prendre une idée un peu détaillée d'un Pays n ee ln “et pas moins eflentiel de le connoître éxaétement ; & lPintérês que je prends au bien de ma Patrie, exige que je lui découvre le nouveau fonds de Con - merce que la Nature lui préfente dans les Résions éloignées, & que l'induf- trie de l’homme peut préparer pour _ nous fournir par fon moyen un fur- croît de commodités & d'abondance. | Les faux jugèmens qu'on a portés fur cette contrée de l Amérique , fems blent même inviter un bon Patriote à : | ma y] PRÉFACE _ xedreffer les idées & à en donner de quites, On fçait tout ce que l’on a dit _& penfé de défavantageux fur le Mi- Micipi, nom que le Vuigaire affecte de donner à ce Pays, quoique le premier & le véritable foit celui de la Louifiane que je lui confére. Il eft donc abfolument néceffaire de dé- truire ces faux jugemens occafionnés par des Relations infideles, fouvent pleines de malignité, & prefque tou- jours d’ignorance : je ne puis donc efpérer d’en venir à bout qu'en pu- bliant cette Hifloire. On y verranon- feulement avec quelle impartialité j'ai confidéré la Louiliane ,. mais en- core avec quelle attention J'enaiexa- miné les produéëtions. Je donne de ce Pays une Defcrip= tion géographique exaëte & très-dé- taillée : j'ai mis dans le premier volu- me & en Jeur place deux Cartes de la Louifiane , une générale & une plus petite à grands points, lefquelles font bien différentes de celles qui ont pa- rû jufqu’à préfent, parce que J'ai été fur les lieux, que jai vü les originaux < or « ] -. à.” j 7) c 6," £ Se # + } 0 : è g ; Æ « 1 F o - À 1 PORP PRE ACES | des Cartes Efpagnoles , & que j'ai eu d’ailleurs des connoiffances certaines de la partie de l'Ousft & du Nord, où eft cette Province. | Après y avoir demeuré quelques années ; j'acquis une connoiflance . particuliere des Simples ; & j'en en- voyai plus de trois cent à la Compa- gnie d'Occident , & dont j'indiquat les vertus. Je fisaufli quelques décou- vértes ; qui auroieñt dû, ce me fem- ble , calmer l'ardeur de mes recher- chés; maïs j'avois un plaifir fécret à _ découvrir tous les joursquelque chofe de nouveau; êt afin que dans la fuite je _puffe être utile au Public, jentrepris F un Voyage de cinq mois dans l'inté- rieur des Terres, pour m’aflurerainfi par moi-même des productions mer- __ veilleufes de ce Pays, auffi agréable à la vüe , qu'il féroit avantageux à cul- La Defcriprion de ce Voyage eft _ fuivie de P'Arricle qui traite de la Na- ture des Terres de la Louifiane : jy fais connoïître la qualité de chaque terrein en particulier, les Mines & : ali} viij PRÉFACE. les Carrieres qu’il renferme, & les différentes efpéces de Plantes qu’il peut produire. J'y fais régner un ordre qui doit farisfaire l’efprit du Lecteur ; & tout y eft détaillé de maniere , que la Carte à la main, on pourroit de fon cabinet former le plan d’une Ha- bitation avantageufe, & prefque avec autant de juiteffe que fi l’on étoit fur . des lieux. Fe Dans [a feconde Partie de cette Hiftoire, jetraite des graines & des fruits, dés arbres fruitiers, de ceux de haute futaye, de leurs qualités & utilités, des arbuftes, des autres plan- tes & de leurs propriétés, des Ani- maux quadrupédes & des reptiles , - des Oiïfeaux & des Poiffons , avec des figures fur différents fujets ; en un mot je rapporte les produétions de la Louifiane,, que mesrecherches n'ont permis d'acquérir, & je ne parle que de ce qui eft propre à ce Pays. Après ce détail, je pañle à ce qui. regarde particuliérement les Naturels de cette Province : je décris leurs travaux & leurs ouvrages ordinaires, PRÉFACE: 1x … leurs habillemens , leur hiftoire, leur … fituation, les Étabflemiens ou Poftes François, & la Capitale 3 enfin les … mœurs, la Langue & la Religion des _ Peuples de la Louifiane, leurs Fêtes & leur maniere de faire la Guerre. La troifiéme Partie contient la fuite “# mœurs & des cérémonies reli- ( gieufe de cette Nation. L'origine des Peuples de l’Amé- rique eft une matiere affez curieufe _& aflez intéreflante , > qu'aucun Au- teur n ’a encore pü traiter à fond juf= qu'à préfent d'une maniere fatisfai- fante, faute d’avoir eu des principes folides fur lefquels il fe fñt appuyé, . Je ne me contenterai point de par- ‘er de l'origine des Peuples de cette | Colonie dont je fais l'Hiftoire ; je traiterai en même tems de celles de œous les Peuples de l'Amérique en général. Je donnerai les preuves les : _ plus convaïnquantes que l’on puifle . défirer à ce fujet, fur lequel l'Hifioire _de l’ancien Monde ne nous dit rien de pofitif, Quoique celle du nouveau - Monde ne foit point écrite, elle ng a V *. PREFAOË “aille pas que d'être füre, du moins * ma-telle paru fidéle. Je confens au refte qu'on ne prenne ces preuves que pour des conjeétures, dont} je me fuis : _- inftruit fur les Heure mais je penfe qu'on fera obligé d'avouer qu’elles | font fortes. Je n’ai garde d’étendremes ! vûes fur l'avenir ? néanmoins je fuis charmé € avoir fait pendant monfé- : jour en cette Province les Décou- vertes que je donne au Public, par. ce qu'il n'eft guéres croyable qu'il fe trouve jamais parmi toutes les Na« tions de l’Amérique Septentrionale ! aucun homme, qui par la fuite püût donner aux Francois des connoiffan+ ces femblablés à celles que ’ai ac quifes par le nioyen de ceux à qui je m'en {uis informé, attendu que cette Nation ne fubfifte plus.Piofeurs Sca= . vans qui ont vû cet objet dans le Jour- nal Economique , où javois inféré un Abrégé de l'Hiftoire de Ja Loui- fiane, n'ont témoigné que je Te mettre cet article plus dérailié, dans un même Corps d'Ouvrage sil que tout ce qui concerne la Louiliane: ! PRÉFACE. Lt & les Peuples qui Phabitent; & c’eit ce qui m'a déterminé à y travailler & _àle donner au Public. Je décris enfuite un Voyage depuis (ie centre de cette Province, jufqu’a _ fa Mer du Sud, & un autre au Nord- Oueft de cette Colonie. Ces deux - Voyages donnent de grandes con- noiffances touchant les Peuples de ces contrées , & font très-utiies à ceux qui feroient curieux de fcavoir la fituation des Pays qui confinent , _ ou qui font peu éloignés de l'endroit . où l’on croit devoir être la Mer de P'Oueft. Je fais enfuite le tableau de _ {a Guerre contre les Natchez, & ce ui de leur deftruction. L’évenement du Maffacre des François aux Natchez a été fcû en France dans fontems , & a fait frémir d'horreur les honnêtes gens ; mais les _circonftances n’en ont été connues que de très-peu de perfonnes » lef- quelles pour la plûpart n°y ont nulle- ment ajouté foi ; parce que le fait paroît en effet incroyable ; aufli me rs) Je bien de le raconter, sil 5 prérac _ N'y avoit pas encore quelque peu de perfonnes vivantes qui en font réchap: pées , même une à Paris qui eftaflez gonaue , c'eft M. Gonichon. . _ Ayant aïinfi donné une cofinoif-. fance exaûte de la Louiliane , de la: nature de fon Sol, dé toutes fes pro- duétions, du caraétére de fes Peü- ples, je me permets quelques réfle+ xions fur ce qui eccafonne la Guerre dans ce Pays, & je donneles moyens de l’éviter ; &-fi on eft obligé de la faire ; je promets les moyens de s’en! tirer avec avantage & à peu de frais > de telle forte même, que fans expofer: beaucoup les Trouves, les plus fortes | Nations du Favs trembleroient au feul nom des Francois, - … Dans l’article fuivant, je traite de lAcriculture, c’eft-a-diré de [a ma- niere de cultiver & préparer les pro= : duétions de ce Pays qui peuvent en- trer dans le Commerce. Je parle en- fuite de celui que l’on y fait & que l'on y peut faire, tant avec l’Europe, qu'avec les Ifles Françoifes de l'Amé- rique , & avec les Efpagnols , ainfi AA Un 6 # Loi | DO PREFPACE. xy ‘que des Marchandifes que ceux-ci ap= Portent.- Enfin mes dernieres réfle- xions s'étendent fur tous les avanta- ges que lon peut tirer fans peine de ce riche Pays pour la gloire du Roï, le bien de fon fervice, & le bonheur de ceux qui l’habitent. | _ Malgré toutes mes recherches & mes obfervations , malgré mes décou- \vertes & mes expériences, Jai crû devoir communiquer mon Manufcrit original à des perfonnes refpectables, qui ont occupé dignement & durant ‘plufieurs années les premieres places dans cette Colonie. Ces Officiers qui çonnoiflent cette Province , m'ont exhorté à faire imprimer promte- ment cette Hiftoire. Ro : Lertroifiéme volume de l'Hifoire Critique de la Philofophie per M. des Landes, page 59. parle de la Louifians comme d'une terre fiérile ; L& fous le Soi de laquelle font des “Lacs fouterraios qui nourriflent des poiflons empailonnés. La premiere de ces allégations, c'eft-:-dire la fié- _xilité prétendue de ce Fays, eft de. sy. PRE FAC puis quarante ans démentie par” tous les Habirans de la Colonie. Sa fertilité , très-fupérieure à celle des plus heureux climats de l'Europe, eft « reconnue fans contradiétion. Quand « à la fable des Lacs fouterrains, jJen’en « ai jamais oui parler dans le Pays : d’ailleurs, quoique je parle d'un Can- : ton où il paroit qu'il y a des Mines de fel, parce quil en fort plufieurs fources d’eau falée, je n'ai jamais | entendu dire aux Naturels, dont je parle la Langue, & qui y alloient ! faire du fel, qu'il yeütnien cet en- droit, ni ailleurs des Lacs fouter- sains, ni du poiffon empoifonné ; enforte que 7 aurois laiflé ces alléoa- tions dans l’oubli qu’elles méritent, fins le nom refpe&able de l’Auteur . du Livre qui les rapporte; mais quel. que réputation quil fe foit acquife dans la République des Lettres, il n'eft perfonne à l’abri des méprifes, & je dois à fa mémoire la juftice de ublier que depuis mon retour en np & dans plufeurs converfa- tions familicres que j'ai eues avec lui ne PRÉFACE. Fo. Ace fujet, je l'ai trouvé abfolument revenu de fes faufles idées; & il eft convenu de bonne foi quil avoit adopté trop facilement ce que l'on Jui avoit dit. … Ileneft de même à peu- près d'un ” Auteur vénérable qui rapporte la mort du Soleil Serpent-Piqué , dont je parle aufli dans cette Hiftoire; illa _ met quelques années plus tard que ; Je ne fais , parce que j'ai été préfent à cette ARR , & quau contraire il ne l'a apprife que depuis fon retour * en France. Je lui en ai parlé ily a . quelque tems , & il me promit _ alors de changer la datte de cette mort dans la feconde édition quil . cfpéroit faire de fon Ouvrage. J'avertis Le Public de ces chofes, pour qu'il {cache faire la différence | d’un Auteur qui a féjourné plufieurs | années dans le Pays dose il écrit . l'Hiftoire, & qui en parle la Langue, Ridavec ceux qui n'écrivent que fur . ques OUI-dire, ou qui ne fcavent point | la Langue du Pays dont ‘ils écrivent T'Hifloire. Quand même ils yauroient ) (L'he re. N | te (E XV] PR É F À c E. été, ilneft pas furprenant « que ces Auteurs ayent été trompés. En- fin je m’eftimerai heureux & très-dé- dommagé des peines & des foins que m'ont coûté mes recherches, fi cette Hiftoire peut être utile au fervice du Roi, & à l'avantage du Commerce de ma Patrie, puifque toute ma vie je n’ai eu d’autre ambition ni d’autres - défirs , que de pouvoir me rendre: utile au fervice du Roi & à a l'Etat HISTOIRE ee PTE HISTOIRE 4 PL A ä LOUISIA NE. PREMIERE PARTIE. + CHAPITRE PREMIER. » Découverte de la LouIsrANE. 3 pop des François fur la Riyiére de Mobille : M. de S, Denis va au nouveau Mexique pour faire un Traité de Commerce avec les Efpagnols, 1 © RSQUE les Ffpagnols fe furent établis dans les grandes Antilles ,isne tardérent pas à aller re- rer connoître les côtes du Golfe du Mexique. Lucas Vafquez de illon aborda en 1520 au Continent Tome E À 57 ST Re RE St si : à AN :"Hifloire : NES de la partie Septentrionale de ce Gol- fe, & fut favorablement reçû des peu- ples du pays, qui lui firent des pré- fens en or, en perles & en lames d’ar- gent. Cette bonne réception l'engagea À y retourner quatre ans après : maïs les Naturels ayant changé de fentiment à 4 {on égard , luituerent deux cens hom- mes , & le contraignirent à fe retirer. En 1528, Pamphile Néfunez mit & à terre fur cette côte ; & ayant recü ! des premieres Nations qu'ilrencontra, des préfens en or, qu'elles lui frent ! connoître par fignes venir des mon- tagnes des Apalaches , dans le pays qui porte aujourd’hui le nom de Flo- de , il entreprit d'y aller, & s'en-# gagea dans une route de vingt-cinq | journées. Dans cette marche, il fut fi fouvent attaqué par les peuples nou, veaux qu'il découvrit, & perdit tant | de monde, qu’il ne penfa plus qu'a fe rembarquer avec ce qui lui en reftoit : trop heureux d'échapper lui-même aux dangers aufquel il s’'étoit ‘imprudem= ment expolé. M La Rélation de Dominique Soto; ui en 1539 aborda dans la Baye du é. Efprit , eit fi romanefque, & fi con flumment démentie par tous ceux qui dt som » ES - \ » Rs æ . { Se re gd PÉR— : = - de la Louilianes + ont voyagé dans ce pays, que loin d'ajouter foi à ce que nous dit P'Hif- torien de ce Capitaine, on doit être au contraire perfuadé que fon entre - prife n’eut pas un heureux fuccès, puilqu’il n’eneft pas plus refté de vefti- es que de ceux qui l’avoient précédé. L'inutilité de ces tentatives ne rebuta point les Efpagnols. Après avoir dé- couvert la Floride, ils ne virent point fans jaloufie les François s'y établir en 1564, fous la conduite de René de - Laudoniere, que l'Ariral de Coligny yavoitenvoyé, & qui y avoit con- fruit le Fort Carolin, dont on voit encore les ruines fix lieues au-deflus de celui de Penfacola. Ils les y atta- “querent peu de tems après ; & les ayant forcé à capituler , ils les égor- gerent cruellement, fans aucun égard au Traité conclu aveceux. Conme la France éroit alors plongée dans les “malheurs des Gueres de Religion, cette action barbaré feroit demeurée impunie, fi un feul homme du “ont de Marfan, nommé Dominique de Gourgues, n’eût entrepris d’en tirer vengeance au nom de la Nation fl arma en 1567, pañla à la Floride, prit crois Forts que les Eipagnols Po 4. Hifloire A avoient conftruits ; écenayanttuéun « grand nombre dans les différentes at- taques , il pendit le refte. Il établit enfuite un nouveau polte , & revint en France ; maïs le défordre des affaires : de l'Etat ne permit point de foûtenir cet Etabliffement , & bientôt les Efpa- gnols fe remirent en pofleflion de ce pays , où ils font encore. Depuis ce tems les François paru- rent avoir oublié ces parages ; & ils ne penfoient point du tout à y tenter des découvertes , lorfque les guerres qu’ils avoient dans le Canada avec les Naturels, leur donnerent la connoif- fance du vafte pays qu'ils poffédent au- jourd’hui.. Dans une de ces guerres, un Recollet nommé le P, Hennepin, fut pris & emmené chez les [Hlinois : comme il {çavoit un peu de Chirurgie, il fe rendit utile à ces peuples, & en fut bien traité. Son calice & fa paté- ne qui brilloient à leurs yeux, & fon bréviaire dans lequel ils le voyoient lire, contribuerent aufli à le faire ref- pecter, parce que toutes ces chofes leur paroifloient être des Efprits avec jefquels ils’entretenoit. Jouiffant donc d’une entiere liberté, ce Religieux parcourut le pays, & fuivit aflez longs | de la Louifiane. $ tems Îles bords du Fleuve S. Louis, - où Mifficipi ; mais il ne put aller juf - qu’à fon embouchure. Cependantil ne laiffa pas de prendre poñleffion de ce … pays au nom de Louis XIV, & lui . donna le nom de Louifiane. Lorfque la Providence lui eut facilité fon retour en Canada, il y fit le détail le plus avantageux de ce qu'il avoit vü; &c . étant de retour en France, il en com- - pofa une Rélation qu’il dédia à M, Col- bert. | Les connoïffances qu'il avoit don- mées de la Louifiane ne tarderent pas “à porter leur fruit. M. de la Salle, “auili connu par fon malheur que par “fon courage , entreprit de traver{er jufqu'à la mer ces terres inconnues. “Il partit de Quebec en 1679 avec un gros Détachement; & étant entré chez es Illinois, il y conftruifit le premier Fort que la France y ait eu. [l lui don- Premier Fors na le nom de Crevecœur , & y laïffa une “bonne Garnifon , fous le commande- ne aux Illinois ment du Chevalier de Tonti. De-là 1 defcendit fur le Fleuve S. Louis, .jufqu’à fon embouchure , qui, comme ïla été dit, eft dans le Golfe du Mexi- que ; & après avoir fait fes obferya- tions , & pris hauteur le mieux qu'il À iij + Hifioire put, il retourna par le même chemin à Quebec, d’où il pafla en France. Lorfqwil eut fait à M. Colbert le : récit de fon voyage, ce grand Minif- | tre qui connut de quelle importance il étoit pour l'Etat de s’affürer d’un fi beau & fi grand pays, n’héfita point à lui don- ner un Vaifleau & une petite Frégate, pour aller reconnoître par le Golfe du . Mexique, l'embouchure du Fleuve S. Louis. Il partit en 168$. Mais fes Ob- fervations n'ayant pas eu, fans doute , toute la juftefle requife , quand il fut ar- rivé dans le Golfe, il dépafla le Fleuve ; & courant trop à lOueft , il entra dans la Baye S. Bernard. Quelque méfin- tellivence étant furvenue entre lui 6e les CMiciers des Vaifleaux . 1l fe fit dé- barquer avec le monde qui étoit fouà fes ordres ; & ayant établi un poñte en ce lieu , il entreprit d’aller par terre chercher le grand Fleuve. Mais après avoir marché plufieurs jours, quel- ques-uns de fes gens irrités contre lui des peines qu'il leur faifoit efluyer . profiterent d’un tems où il fe trouvoit | avec eux féparé du refte de fa troupe . ro des & l’affaffinerent indignement. La trou- dkanfs. pe, quoique privée de fon Chef, con= tinua fa route, traver{à un grand nome ee png game > M de la Louifiane. 7 _ bre de rivieres, & arriva enfin aux Arkanfas , où elle trouva contre toute * attente un pofte François nouvellement établi. Le Chevalier de Tonti étoit . defcendu du Fort des Illinois , jufqu’à Pembouchure du Fleuve , vers le tems où il avoit jugé que M. de la Salle pourroit y être arrivé par mer. Ne Payant point trouvé, il avoit remonté . ke Fleuve pour fe rendre à fon pofte ; & chemin faifant, étant entré dans la Riviere des Arkanfas jufqu’au Village . de cette Nation, avec qui il fit allian- ce, quelques-uns de fes gens le prie- . rent de les y établir, ce qu'il leur ac- … corda. Îl en laiffa dix , & cette petite … habitation s’eit foûtenue & fortifiée ; . non-feulement parce que de tems à au- -tre elle à été groflie par quelques Ca- nadiens qui ont defcendu ce Fleuve ; « mais fur-tout parce que ceux qui la formoient, ont eu la fagefle de vivre en paix avec les Naturels, & ont traité comme légitimes les enfans qu’ils ont eus des filles des Arkanfas, avec qui ils fe font alliés par nécefhité. | …_ Le bruit de la beauté de la Louifia- ne s'étant répandu dans le Canada, plufieurs François de ce pays allerent y demeurer, & fe difperlerent chacun À. iv Premier Eta- bliflement des Ô H'floire felon fon gré, le long du Fleuve S. Louis, principalement vers {on em- bouchure, & même dans quelques Ifles de la côte & fur la Riviére de Mobille, qui eft plus voifine du Canada. La fa. cilité du commerce avecS. Domingue, étoit fans doute ce qui les attiroit dans 2 voifinage de la mer, quoiqu’à tous sards l'intérieur du pays füt préfé- rable e. Cependant ces Etablifiemens épars , _incapebles de fe foutenir par eux-mêmes , & trop éloignés les uns des autres pour s’entr'aider , ne garan- tifloient pas la poffeffion de ce pays, & même'n’écoit pas une prife de pofieflion véritable. La I ouifiane refta dans cet état négligé, jufqu’a ce que M. d'Hi- berville, Chef d'Efcadre, ayant dé- couvert en 1698 les embouchures du Fleuve S. Louis , & ayant été nom- mé Gouverneur général de certe vaite contrée, y portaen 1 699 la premiere obuic. Comme il étoit du Canada, elle fut prefque toute compofée de Ca- nadiens, entre lefquels fe diftingua fur- tout M. de Luchereau de S. Denis, oncie de Madame d’'Hiberville. L’établiflement fe fit fur la Riviére Yrancoïs dans de Mobiile avec toute la facilité qu’on fa Louifiare fur la Mobilles pouvoit défirer ; mais ces progrès fus L de La Louifiane. 9 rent lents ; parce que ces premiers Ha- . bitans n’avoient rien au-deflus des Na- turels pour Les néceflités de la vie que leur propre induftrie , & quelques ou- tils grofliers pour donner aux bois les façons les plus fimples. | _ La guerre qu’avoit alors à foutenir Louis XIV , & les befoins urgens de l'Etat abforboïent fans cefle l’atrten- EL D : 5 ET id UNE : ve : D D PO Ra 2 p= tion des Miniftres ; & ne leur permet- soit point de penfer à la Louifiane, Ce que l'on crut alors pouvoir faire de mieux, fut de la donner en con- cefhon à quelque riche Particulier, qui trouvant fon intérêt a mettre ce pays * en valeur, feroit le bien de l'Etat , en _ travaillant au fien propre. La Louifia- ne fut donc ainfi cédée à M. Crozat.. El eft à. préfumer que fi M. d'Hiber- _ ville eüt vécu plus longtems, la Co lonie.auroit fait des progrès confidé- rables ; mais cer illuftre Marin, dont Pautorité étoit grande , étant mort à la Havanne, un longtems s’écoula né- ceflairement avant qu’un nouveau Gou- verneur arrivät de France. Celui qui … futchoifi pour remplir ce pofte, fut M. de la Morte Cadillac, qui débarqua dans.ce pays au mois de Juin 17124. La. Colonie: n'avoir que des mar= | À À y \ HO . Hifloire 10 chandifes en petite quantité, & Par "1 gent étoit encore plus rare. On lan- guifloit plütôt qu’on ne vivoit dans un des plus excellens pays du monde, parce que l’on étoit dans Fimpofhbili- té de faire les travaux &c les premieres. avances que les meilleures terres de- mandent. Une Lettre que l’on remit à M. dela Motte , quelque tems après {on arrivée , parut ouvrir une voye pour fortir d'une fituation fi fâcheule. Les Efpagnols ont long-tems re- gardé la Louifiane comme devant leur appartenir, parce qu’elle fait la plus grande partie de la Floride, qu'ils ? avoient découverte les premiers. Les -mouvemens que fe donnoient alors les. François pour s’y établir, réveillerent eur jaloufie ; ils conçurent le defleim: : de nous borner en s’établiffant aux Affinaïs , Nation peu diftante des Naétchitoches , où quelques François. avoient déjà pénétré. fl: ne trouvoient pas peu de difficulté à former cet Eta< lifement ; & ne fçachant comment en venir à bout, un Pere Ydalgo, Recollet, s’avifa d'écrire aux Fran- çois pour les prier d'aider les Efpa- gnols à établir une Mifion chez les Afinaïs. El fit trois copies de fa Lettre, | PE | de la Louifianes ri qu'il envoya à tout hazard de trois cô- tés différens vers nos habitations, ef- pérant du moins que lune des trois tomberoit entre les mains de quelques " François. LUN . Ilne fe trompa point dans fa con- jecture. Une de fes Lettres parvint aux: François, & de pofte en poifte & de main en main fut remife à M. de la Motte.. Ce Général continuellement occupé des befoins de la Colonie, & des moyens de la foulager , n’apper- çGut point dans cette Lettre l'intention des Efpagnols. Il n'y vit qu'une voye füre & courte de remédier aux. * maux prélens, en favorifant les Ef- . pagnols, & faifant avec euxun Traité de Commerce qui procureroit à la Co- lonie ce qui lui manquoit , &c dont les Efpagnols abondoient ; c’eft- à - dire … des chevaux , des befliaux & de Par- … gent. Îl communiqua donc cette Let- tre & fes intentions à M.de S. Denis, à qui il propofa de faire par terre le: voyage du Mexique. M. de S: Denis, depuis quatorze: … ans quil étoit dans la Louifiane , avoic: _ fait de côtés & d’autres beaucoup de: voyages. Ii fcavoit généralement tou- sesles Langues desdifférentes Nations, | | À vi}, f, de 8, Denis “ part pour le souveauMesi- Que T2 Hifhire qui l'habiteht, & s’étoit fait aimer & eftimer de ces peuples, au point qu'ils lavoient reconnu pour leur grand Chef. Ce Gentilhomme , d’ailleurs plein de courage , de prudence & de force, étoit ne le plus propre que M. de la Motte pût choifir pour exé- cuter fon deflein. Quelque pénible que fût PAneUtE fe, M. de S. Denis s’en chargea avec plaifir, & partit avec vingt-cinq hom: mes. Cette petite troupe auroit enco- re un peu figuré , fi elle fe fût confer-- vée en fon entier ; maïs quelques-uns abandonnerent M. de 8. Denis en che- min, & plufieurs refterent aux Nact- chitoches , chez qui il pañla. Il fut donc réduit < à partir de ce lieu accom- pagné feulement de dix hommes, avec lefquels 1l traverfa plus de cent cin- quante lisues de Pays entierement dé- peuplé, n'ayant trouvé fur fa route. aucune Nation jufqu’au Préfide ou Fortereffe de S. Jean Baptifte , fur la Riviére du Nord dans. le nouveau Mexique. Le Gouverneur de ce Préfide étoit D, Diegue Raimond, Officier avancé en âge, Îl reçut favorablement M. de 4 S. Denis, qui lui dit que le motit de # = de la Louifiane: 53 fon voyage étoit la Lettre du P. Vdal- … go, & qu'il avoit ordre de pañfer à Mexico, Mais comme les Efpagnols ne laifent pas volontièrs les Etrangers voyager dans les terres de leur domi- nation en Amérique , de peur que la À vüe de ces beaux pays ne donnent à ces Etrangers des idées dont les fuites pourroient être contr’eux d’une gran- de conféquence, D. Diegue ne voulut point permettre à M. de S. Denis de continuer fa route, fans'avoir aupara- vant le confentement du Vice-Roi. EE fallut donc dépêcher un Courier à Mexico, & attendre fon retour. La lenteur de l'expédition, & celle du voyage firent faire à M.de S. Denis un très-long féjour au Préfide de S, Jean-Baptifte , pendant lequel il ga- gna plus que les bonnes graces du Gou-- verneur. D. Diegue avoit avec lui fa famille, qui confiftoit en un fils, une fille veuve , la fille d’une autre de fes filles qui étoit morte. Cette jeune per- fonne étoit déjà d’âge à être mariée 5. & dès au fortir de l’enfance elle avoir dans lefprit qu’elle n’épouferoit point. d'Efpagnol , mais qu’elle étoit defti- née à un Etranger. Cet Etranger fe fe trouva être M, de S, Denis. La T4 Hiffoire tante l'ayant pris en affection , it fie connoître fa niéce , & s'étant conve-- nus de part & d’autre, on prit des: mefures fi jufies pour en parler à D. Diegue, qu'il v confentit avec plaifir.. Ainf il fut arrêté que M. de S. Denis: au retour de Mexico épouferoit la De- moifelle. Le Courier que les difpofitions fai-- foient attendre avec une double im- patience, arriva enfin avec la permif fion du Duc de Linarez, Vice-Roi du: Mexique. Aufli-tôt M. de S. Denis {e: mit en marche , & fe rendit à Mexico: le $ Juin 171 Fe Le Vice-Roi aimoit naturellement la France, & fe propo- foir , lorfque le tems de fon Gouver- nement {eroit fini, de venir à Paris: pañler le refte de fes j jours. M. de S:. Denis en fut donc favorablement ac- cucillil, à quelques précautions près , que le Duc jugeoit à propos de pren: dre,pourne point effaroucher quelques: Officiers de Jufice qui l environnoient, & dont le cœurconiervoit encore dans: toute fa force l’ancienne antipathie qui: n’a que trop longtems regnée entre les: deux Nations, Les affaires ne traînerent' point « en. longueur, Le Duc de Linarez ayant. de la Louifiane. ré promis de faire un Fraité de Commer- ce, lorfque les Efpagnols feroient aux. Aflinais, M. de S. Denis fe chargea de: les y établir en retournant à la Loui- fiane. Le Pere Ydalgo étoit alors à Mexi- co ; il vit M. de S. Denis, & fça- chant ce qui étoit arrêté avec le Vi- _ce-Roi & lui, il le pria d’en taire le: fecret à fon Compagnon le P. Oliva- rez mefprit jaloux, inquiet & dange- eu donc il vouloir fe débaraffer. M. de S. Denis le lui promit , Jui. tint parole, & ne penfa plus qu’à retourner au Préfide de S. Jean-Baptife. LeP. . Ydalgo de fon côté ne tarda pas à s’y j rendre. 4" DAN = JE A DA QU, NPes : GS 52 Er = à ÿ #1 Si? 4 re ce S © | ne D \à 4 a AN : CHAPITRE II. Retour de M. de S. Denis: Ce Com- . mandant établit les Ffpagnols aux: Affinais : M. de S. Denis part de. nouveau pour Mexico + Ses iraverfes dans ce fecond Voyage. Son retour. Préfide de S. Jean-Baptifte fut bientôt fuivi de fes nôces, dont les. | réjouiffances durerent quelques jours. Mariage de D On penfa enfuite à former la Caravane. avec une Ef- qui devoit s'établir aux Affinais, 6 pagnole.. M, de S. Denis laiffant fa femme chez. fon ayeul , fe mit à la‘têce de cette. troupe, & la conduifit heureulement: au lieu deftiné. Alors , en qualité de grand Chéts ayant aflemblé la Nation des Afliraïs,. à il l’exhorta à recevoir les Efpagnols , & à les bien traiter. La vénération: que ces peuples avoient pour lui, les fit plier fous fes volontés, & la pro- mefle qu’il avoir faite au Duc de Li narez fut ainfi fidélement accomplie. Les Aflinaïs font à cinquante lieues E retour de M. de S. p#. au. 1 _ de la Louifiane. LT * des Na@chitoches. Les Efpaznols fe D trouvant encore trop éloignésde nous, « fe font fervi de ce premier Etabliffe- ment , pour en former unfecond chez . les Adaïes, Nation qui eft à dix lieues de … notre pote des Naétchitoches.Pardails nous refferrent du côté du Couchanc dans le voifinage du Fieuve S. Louis : depuis il na pas tenu à eux qu’ils ne nous ayent bornés du côté du Nord, : C’eft ce que je rapporterai en fon lieu. . À cette Anecdote de leur Hiftoire, L j'ajoütérai én deux mots celle de leur » rérabliffement à Penfacola, fur la côte de la Floride , trois mois après que - M. d'Eliberville eut porté les premiers Habirans à la Lovuifiane , ce pays étant _ refté inhabité par les Européens depuis . que la Garnifon qu'y avoit laiffé Domi- nique de Gourgues, eut péri ou défer- - té, faure d’avoir été entretenue. __… Je reviens à M. de la Motte, & à M. de S. Denis. Le premier toujours occupé du deffein d’avoir un Traité de Commerce avec les Efpagnols; & char- mé du fuccès qu’avoit eu le voyage au Mexique de M. de S. Denis, lui pro- pofa d’y retourner, ne doutant point que le Duc de Linarez ne tint parole, comme on la lui avoit tenue, M. des, 18. Hifloire Denis, toujours prêt à aller, & à qui. fon mariage avec une Efpagnole de- voit donner de grandes prérogatives, accepta la Commiffion que lui donnoic fon Général. Maïs il ne falloit pas faire ce fecond voyage comme le premier ; il convenoit qu'il portät avec lui des marchandifes , afind’exécuter ce Trai- té, aufli-tôt qu'il feroit conclu , & de s'indemnifer de la dépenfe qu'il alloit faire. Quoique les magafins de M. Crozat fuflent pleins, il ne fut pas facile d’avoir des marchandifes. Les Commis n'en voulurent point donner à crédit ; ils refuferent même la cau- tion de M. dela Motte ; & on ne pou- voit les payer: car d’où auroit-on tiré de Pargent ? Le pays n’en produit point. Il fallur donc que le Gouver- neur formât une Compagnie de ceux qui étoient les plus folvables de la Co- Jonie 3 & ce ne fut qu’à cette Com- pagnie, que les Commis fe détermi- nerent à avancer ce qu’on leur deman- Défauts ordi- doit. Cet expédient n'étoit point du maires qui font À : sure échouer les goût de M de S. Denis : ii s'en ou- plus belles en- yrit À M. de la Motte, & lui dit que: treprifes , l’in- ; à docilité : Pa_ {es Affociés voudroient accompagner, varice, lPindif ou tous où en partie, ce dont ils: erétion ” : , rer * avoient répondu ; & qu’au lieu qu'il de la Louifiane. F9 étoit abfolument néceflaire que les effets paruflent n’appartenir qu’à lui feul , ils ne manqueroient jamais de faire connoître qu’ils en étoient les _ propriétaires ; ce qui fufhiroit pour les faire confifquer , le commerce n’étant point ouvert entre les deux Nations. M. de la Motte fentit la folidité de ces raïfons ; maïs l’impoflhbilité de faire autrement , le contraignit de pañler où- tre ; & tout ce que M. de S. Denis avoit prévü, ne tarda pas d’arriver. Il partit de la Mobille le 13 Août 1716 , efcorté ,commeil le craignoit » de quelques-uns de fes intéreflés ; & étant arrivé aux Affinaïs , il y paffa l'hyver. Il fe mit en route le dix-neuf Mars de l’année fuivante , & fe ren- dit au Préfide de S. Jean - Baptifle. M. de S. Denis annonça ces marchan- - difes, comme étant à lui, afin d’ob- vier à la confifcation, dont autre- ment il n’auroit pû les garantir ; & il voulut en faire quelques libéralités pour fe concilier l’amitié des Efpa- gnols. Mais Pindocilité , l’avarice & Pindifcrétion des intéreffés rompit tou- tes fes mefures ; & pour n’en point voir la déroute entiere, il fe hâta de partir pour Mexico. Il arriva dans: 26: Fijioire 4 cette ville le 14 Mai 1717. Le Due de Linarez y étoit encore, mais ma- lade & au lit de la mort. M. de S. Denis eut cependant le tems de le voir, il en fut reconnu ; & ce Sei- - gneur le fit recommander au Vice- Roi qui lui avoit fuccédé. C’étoit le Marquis de Baléro , aufi contraire aux françois que le Duc leur étoit favorable. Re ù … M. de S. Denis, se fellieta pes longtems le Marquis de Baléro pour conclure le Traité de Commerce ; il eut bien -tôt à fonger à d’autres affaires. Le P. Olivarez fe trouvant alors à la Cour du Vice-Roi, ne vit pas de bon œil celui qui avoit éta- bli le P. Ydalgo aux Affinaïs, & ré- folut de fe venger fur lui du chagrin qu'il confervoit toujours, de n'avoir point été de cette Miffion. Il s’unit avec un Officier nommé D. Martin D’Alarcon, particulierement protégé par le Marquis de Baléro ; &ilstra- vaillerent fi bien auprès de ce Sei- des, Denis oneur , que dans le:tems quille eit mis en pri- Es D ! fn. à Mexico. attendoit le moins, M.-de S. De- ; nis fe vit arrêté & mis au cachot. If n’en fortit que le 20 de Décembre de . cetteannée, par un ordre du Conieil de la Loufiane. | 21 . fouverain de Mexico , autel il avoit trouvé moyen de faire préfenter plu- fieurs Requêtes. Le Viceroi forcé de l'élargir , lui donna la ville pour ie _ fon. Il ne Peg plus de Traité de Commerce. M. de S. Denis fongea feu- lement à tirer partie de fes marchan- difes, dont fon beau-pere D. Dicgue Raimond avoit fait pañler ce qu'il avoit pû dans la Ville de Mexique, où D. Martin d’Alarcon les avoit fait arrêé- ter, comme étant de contrebande ; ‘ car il étoit un des Emiflaires de fon Protefteur , pour faire la chafle aux Etrangers , qui n'achetoient pas ché- rement ja permiffion de vendre ce qu’ils avoient apporté. M. de S. Denis ne put tirer de fes effets pil Ilés & avariés, que de quoi fatisfaire à certains frais de Juftice, qui font énormes dans un Pays Où touteft or & argent. Du refte il fubffta au moyen 4 quelque es reflour- ces, que la Providence lui fournit , & que l’on ne peut guéres comprendre ! que lorfqu’on les a éprouvées. Notre Prifonnier ayant plus rien dans le Mexique qui l’intéreflat , que fa propre perfonne , fongea férieufement a la mettre en sûreté ; car il avoit tou- DEA M fort furtive- ment de Mexi- COs Son retour à la Louifianee 22 | Hifloire Au jours de juftes fujets de craindre quel- ques mauvais traitemens de la part de {es trois ennemis déclarés Ayant donc médité les moyens de fa fuite, il fortit de Mexico le 25 Septembre 1718, lorfque la nuit approchoït, & s'étant mis en embufcade à une certaine dif- tance de la Ville, il attendit que fa bonne fortune lui donnât le moyen de faire la route autrement qu’à pied. Versles neuf heures du foir, un Ca- valier pafla fort bien monté. Fondre {ur lui à Pimprovifte , le démonter , fauter fur le cheval, tourner b:ide & & prendre le galop, ce fut l'ouvrage d'un moment pour M. de S. Denis. 11 courut jufqu’au jour, & s'écarta alors du chemin pour fe repofer. Ce fut fa précaution continuelle jufqu’a ce qu’il fût près du Préfidede S. Jean- Baptifte , dont. il n’approcha que la nuit, & uniquement pour parler à fa femme, dans un endroit du jardin de D. Diegue , où il fcavoit qu’elle avoit coutume de prendre le frais ; de-là il continua fa route à pied ; & enfin ar- riva le 2 Avril 1719 à la Colonie Françoile, où iltrouva de grands chan- gemens. _ Près de trois ans s’étoient écoulés dela Louifiane. 23 depuis le départ de M. de S. Denis pour le Mexique, jufqu’à fon retour. Pendant ce long efpace de tems la conceflion de la Louifiane avoit pañlé de M. Crozat à la Compagnie des Indes. M. de la Motte Cadillac étoit mort , & M. de Biainville, frere de M. d’Hiberville , lui avoit fuccédé dans _ le Gouvernement général; le Chef- lieu de la Colonie n’étoit plus à la Mo- bille , il n’étoit plus même au vieux Biloxi, où il avoit été transféré. La nouvelle Orleans que l’on commençoit à bâtir, étoit devenue la ville Capi- _ tale de tout le pays, M, de S. Denis alla donc à la nou- velle Orléans trouver M. de Biain- ville, pour lui rendre compte de fon voyage. Le peu de luccès qu’il avoit cu, n'étoit pas propre à engager le nouveau Gouverneur à fuivre les idées . de fon prédécefleur : d’ailleurs il avoit . les fiennes propres & un plan de con- _ duite tout différent, qu’il a conftam- … ment fuivi pendant le tems qu’il a été en place. Ainfi M. de S. Denis r’eut qu’a fe retirer à fon habitation, où quelques années après les Efpagnols Jui envoyerent fa femme , avec un équi- page de douze bêtes de Somme. Dans La 224 __ Hifloire | la fuite le Roï lui donna la Croix de S. Louis, pour reconnoître & récom- penfer fes fervices. | La Compagnie des Indes ayant fondé de grandes efpérances de com- merce fur la Louifiane, fit pour-peu- pler ce pays des efforts capables de la faire bientôt arriver à fon but. Elle y envoya dès la premiere fcisen1718, une Colonie de huit cens hommes, dont quelques - uns s’établirent à la nouvelle Orleans, & les autres for- merent les habitations des Natchez. Ce fut avec cet embarquement que je paflai à la Louifiane. CHAPITRE dela Louifiane: ,. 25% Le CHAPITRE 11E Embar uement dé‘huit cens. prie > sp Compagnie d'Occident’ envoye ” à la Louifiane : Arrivée & Ji jour. au Cap François : Arrivée à l’Ifle Dauphine: Deftription de cette Île. Le Commandant Général y reçoit les Coneeonnairer, E EMBARQUEMENT fe fc : à la Ro- chelle fur trois Vaifleaux , fçavoir : la Viéloire | commandée par M. du Rouffel, la Duchelle de Nosilles ;par M. dela Salle, & la Flûte la Marie, com- mandée par M. Japy, für laquelle je m'embarquai avéc mes gens ; MM. _de la Houflaÿye &c plufieurs autres Con ceffionnaires é étoient ju le même Vaic feaux. l'CJTe A rio Les premiérs jours. de notre voya- ge nous eumes le vent contraire 5 & quoique la mer ne fût pas ‘Fort grofle , 35 plufieurs paflagers à qui ce tems faifoit: peur, ayant oui dire que l'on voyoit la Rochelle, demanderent. qu’on les mit à rèrre, Les era prévoyant Tome I. 26 . Hifhoire. que la plépart y refteroient ; n’eurent Er de leur accorder leur. demande ; LS RE © ble , : & cèux qui avoienc. nee rega- | _gner le port, en auroient pour "lors Baptème des Paflagers. été bien: fâchés. Je ne vois riend'in- téreffant dans.cette routejufqu'amnotre arrivées. ‘fous. le: tropique du. Cancer. (1), que l’on nomme le Solftice d'Eté. L’ufage et, que quand un navire eft par cette. latitude ; on fait le 2 Bapiême ; la coutume a. pale en. loi de. forte. | que, perfonner n’en eft.exemt>. pas mês mme Le; Capisaine ou fon, Vaifleau, s'ils, | n’y ont pas encore pañlé ; les a téioual ont établi cet ufage pour ayeir de quoi fe divertir an premier port, Cette {or-. te de cérémppie a Été rapportée, par un FAP grand : nombre. Auteurs, à "n°! 2, 4 Er y NA CITE En Mo : TB ei @) Cle fscrmebor le Soleil s'arrête le 20 Juin ; d'où gnfuite il retrogradessss Lx d € w_L.- ‘4 de la Louifiane. 27 pour en dire quelque chofe ici; en donnant la piéce aux matelots on en eft quitte, .. Après avoir pañlé le Tropique du Cancer, le Commandant prit trop le Sud.Notre Capitaine qui écoit un Loup de mer (1) s’en apperçüt, & noûs dit . que nous prenions'le chemin des Eco- iers ; en effet après plufieurs jours de oute , nous fûmes obligés de nous re- ever vers le Nord & au large; nous Fe écouvrimes enfuite l’Ifle de S. Jean le Porto Rico , qui appartient aux Ef- | agnols. Quittant la vûe de cette ffle, po apperçûmes celle de S. Domin- ue, & peu après en continuant l’on vi EL Grange, qui eft un rocher élevé EU g-deffus du Morne ou Ecore (2), qui É prefque à pic far le bord de la Mer ; ce rocher vû de loin, paroït loir la figure d’une grange. Nous : rivämes peu d'heures après au Cap- pucois. qui n’eft diflant de ce ro- pe x 1 | | : bmer dès leur enfance, & ont continuée (2) Morne ou Ecore eft une Montigne ii & quelquefois à pic du côté de re er ou des fleuves, & dont la penie et is douce du coté des terres; ce qui patoit e montagne coupée, ; W sb nu (1) On donne ce nom à ceux qui ont été | FE 2e Hifloire cher que de douze lieues. ! Nous fümes deux mois en mer avant Arivée au d'arriver au Cap-Francois, tant à cau- Per Eransois & des vents contraires que nous eûmes en partant, que par le retardement que nous cauferent les calmes qui font fré- quens dans ces parages ; notre Vaïfleau ! d'ailleurs étant fort & pélant, nous ! avions peine à fuivre les autres , qui ,* pour ne pas nous quitter, ne por-! toient que leurs quatre voiles majeurs , tandis que nous en avions dix-iept à. dix-huit. | C’eft dans ces parages que l’on trou»! ve les vents alifés ; ces vents font ainftt nommés parce qu’ils font doux ; mais! quoiqu'ils foient foibles , on feroit! beaucoup de chemin, s'ils foufloient toujours , parce qu’ils vont de l’Eft à. l’Oüeft fans varier; on n’y voit jamais, d’orages,mais les calmes ou bonaces re- tardent fouvent de beaucoup ; il faut alors attendre quelques jours, & qu'un Grain ramene le vent (1). L'on n’Y . D CE ND. PT Vents alifése à. {1} Onnomme Grain, enterme de mer; une petite tache dans l'air qui s'étend fort vite, & forme un nuage , lequel donne ur vent qui d’abord eft roide, mais dont la ré pidité ne dute pas, quoiqu'il y en ait aflez pour faire route, PU 14 s de la Louifiane. 29 voit d’ailleurs rien de curieux, fice n’eft là chaffe que les Bonites font aux Poifjons volans. La Bonite eft un poif- fon dont la longueur va quelquefois jufqu’à deux pieds ; il eft fort friand du poiffon volant ; c’eft pour cela qu’il fe tient toujours où il y a de ces der- niers. La Bonite a la chair très-déli- cate & d’un bon goût ; pour ce qui eft du poiflon volant, je me crois obhi- gé d’en faire la defcription pour dé- . tromper les incrédules , tels que ceux que j'ai trouvé à Paris & en Province. | Le Poiffon volant eft de la longueur Poïton v- d’un Harang 3 mais plus rond. Îl fort “*" * de fes côtés en place de nageoires, deux aîles qui ont chacune environ quatre pouces de long fur deux de lar- ge à l’extrémité ; elles fe ploient & s'ouvrent comme un éventail, & font rondes par le bout ; elles font compo- fées d’une membrane fort mince percée d’une infinité de petits trous , qui con- “ervent l’eau quand le-poiffon en fort; pour fuire la Bonite qui le pourtuit, il s'élance en l’air, étend lesaïîles, va droit devant lui fans pouvoir diriger fa route à droite ou à gauche, cesqui | fait qu'auffi- tôt que les toilettes d’eau . qui rempliffent les petits trous de fes 1 B ï à 30 Hifloire ailes font féches , 1l retombe ; il ar= rive de-là que la même Bonite qui lui LA € donnoit la chaffe dans l’eau , le pour- | fuivant encore de la vûüe dans Pair, le reçoit en tombant dans l’eau ; il arrive même, & j'en fuis témoin oculaire, qu’il en tombe fur les vaifleaux. Une nuit que je ne pouvois dormir, je fus joindre notre Capitaine qui fe prome- noit {ur le pont ; une demie heure après , le Capitaine fentit un coup ec dans le dos ; il fe tourna en colère, & demanda qui lui avoit jetté quel- que chofe ; je cherchois cependant au clair de la lune ce qu’on pouvoit lui avoir jetté: un moment après ayant trouvé un Poiflon volant, je me mis a rire, il fe tourna de mon côté, & fe mit de même à rire dès qu’il l’eut apperçu. lle mit fur le champ dansun -La Bonite, bocal d’eau-de-vie pour le montrer en Fränce, à ceux qui ne croyent pas les voyageurs fur cet article. La Bo- nite, à fon tour, devient la proye des Matelots. Ils font de petites poupées, qui imitent le poiffon volant. La Bo- nite trompée par cet appas, voulant avaler la poupée qu’elle prend pour un poiflon , fe trouve prife elle-même. Nous reflämes quinze jours au Cap A de la Louifiane. ROSE … François, tant pour y faire du bois & “ de leau, que pour nous rafraîchir ; * terme marin fort impropre en ce lieu, _ puifqu’à la lettre, il n’eft pas poffible “ de fe rafraichir dans une fournaife 5 en effet c'étoit le tems où ce pays eft . brûlant & ne peut procurer aucun ra- fraîchiflement , puifque dans cette fai- . fon le foleil du midi darde direétement fur la tête. La plûüpart de nos pañla- gers furent fi charmés de voir la terre & d’y refter, que malgré les bons con- feils qu’on ne cefloit de leur donner, … ils s’obftinerent à y vouloir demeurer; je ne pûs même , par bienféance, me … difpenfer d’y aller à leur follicitation, … & je fus diner avec eux. Je les trou- vai dans une falle baffle qui n’en étoit guéres plus fraîche, quoiqu’elle fut Repas au Cap inondée dans cette intention: ils n°a- Fransois. voient pour tout habillement que leur chemife & un petit bonnet de toile, … On nous fervit une mauvaife foupe ; .… fans herbage ni aucun autre légume ; le bouilli étoit néanmoins très-abon- dant en bœuf accompagné d’une vo- . Haïille, mais le tout fi dur & fi cor- riafle, qu’une grande faim étoit {eule À capable d’en faire manger. L'on nous fervit enfuite des poulets étiques, un nie B iv ”- LE . Hifloire 4 | ragoüt de cochons-marons ; qui étoit le mets le moins mauvais du repas; des ramiers affez charnus, mais durs. & maigres ; enfin une pintade qui étoit pañlable & d’aflez bon goût, parce qu’elle eft naturelle au pays où elle eff nourrie de bon grain. L’abondance de ce repas ne m’ayant nullement'fatif- fait, je me vengeai fur le deflert que je-trouvai fort bon, n'étant compo- 1é que de fruits & de confitures de pays, au lieu que fa viande n’y vaut rien. Ce pays étant brûlant, l’herbe y eft très-rare, & tous les animaux y fanguiffent ; nous bûmes cu vin de Bordeaux qui fe trouva d’une affez bonne qualité, mais de beaucoup trop chaud pour être bû avec quelque plaï Sir ; ce que je ne dois pas omettre, c’eft que malgré la délicatefle & la fomptuofité de ce repas, il ne nous en coûta que quatre francs par tête, . Quelques Lettres que javois re- mifes à des habitans, me procurerent des connoiffances , où je mangeai fou- vent, & où je faifois, fans contredit, meilleure chere que je ne fis à l’auber- ge; on fervoit toujours de beaux & bons poiflons , & les viandes étoient à la daube ; je revenois cependant tous ai CE EE d [a Los f Lane, 32 Tes foirs fouper & coucher à bord de no- “tre Vaïfféau', non feulement parce que lès vivres y étoient meilleurs qu’à ter- re , mais encore parce que je craignois de gagner la maladie du pays, vü que fix femaines avant notre arrivée, il étoit mort quinze cens perfonnes d’une à maladie épidémique.: que l’on nomme ra y) le Mal de Siam. ‘lout cela me donna Démingue occafion de refléchir fur la condüite de 10e Mal ceux-qui vont chercher fortune en ce pays-l, (aux Ifles ) tandis que nous avons d’autres belles Colonies ; j'en conclus que courir de figrands rifques pour acheter de grands biens, fuffent: ils immenfes, c'étoit toujours les payer: ttop cher. Le Cap François’eft firué au Nord de l’Ifle de S. Domingue, dont nous: cd la: partie feptentrionale ; les: Efpagnols font en poñeffion de Pautre parties. Ceci n'étant: point de mon: füjet, & la défcriprion dé cette Ifle ayant été donnée plus d’une fois au public. , je me borne à ce que je viens d'en rapporter: Nous partimes du Cap François AVéRE à le même vent & le plus beau têms du monde ; nous paflâmes de-là entre l’Tile de la Tor rue & cellede S. A pue, Y j 34 - : , ia | où nous vimes le Port de Paix; qui _eft vis-à-vis la Tortue ; nous nous _trouvâmes enfuite entre les extrémités de lIfle dé S. Domingue & de celle du Cuba , qui appartient aux Efpagnols ; nous fuivimes la côte méridionale de cette derniere, laïifflant à notre gauche l’'Ifle de la Jamaïque & celles du grand & petit Kayeman, qui font fous la domination des Anglois. Nous quit- tâmes enfin l’Ifle de Cuba au Cap S. Antoine, faifant route pour la Loui- fiane en fuivant le Nord-Oueft : nous vimesterreen y arrivant , mais fi plat- te , que quoique nous n’en fuflions éloi- gnés que d’une lieue, nous ne pûmes la diflinguer qu'avec beaucoup de pei- ne; nous n'avions cependant que qua- amtvée spin tre braffes d'eau. On mit le canot à la Dauphine, ner pour reconnoître cette terre qui fe trouva être l’Ifle de la Chandeleur : nous fimes voile fur le champ pour Vifle Maffacre, que l’on a depuis nom- mée l’Ifle Dauphine (1): nous la dé- couvrimes peu de tems après ; nous y jettâmes l’ancre devant le Port,en Rade (1) Elleeft ftuée à trois lieues au midi du Continent, qui ferme. le Golfe de Mexique au Nord, à 27 dégrésenviron 3$ minutes de AIT IS EE ST Æ] | latitude Nord, & à 286 désrés de longitude, ! de la Louifiane. _ $f foraine, parce que le Ports "étoit bou- ché. Nous mimes trois mois à faire » cette route, & nousn arrivèmes que _ le 25 Août. _ Aufi-tôt que lon eût jetté l’ancre & fait la manœuvre néceffaire en pa- . reille occafion, on chanta le Te Deum, en action de graces de notre heureux voyage, & d'autant plus heureux ; que perfonne n’étoit mort, ni même navoit été dangereufement malade. L'on nous mit à terre avec tous NOS Débarque- … effets. La Compagnie s'étoit engagée ment- _de nous tranfporter avec nos gens & nos effets à {es frais, de nous loger, nourrir & tranfporter également juf- ques fur le lieu de nos ” Conceffions. … Je fus logé de même que mes engagés - chez M. de la Pointe, ancien Capi- taine de Vaïffeau du Canda , & alors . habitant de l’Ifle Dauphine. Nous y. étions aufhi nourris, mais il n’en coûta … guëres à la Compagnie pour ce qui me regardoit ; mon hôte qui avoit de bons pêcheurs , me fit faire une chere excellente en poiflons délicieux de la _côte dont le Golfe eft rempli, tels que la Sarde , le Poiffon rouge , la Morue, jf l Efurgeon, la Raïe BU AelEe & quan- :tité d’autres Poïilons de toute efpèce B v; | ” FE 07 AT 1e Ffifotres 4 "4 _ PeGriprion de & des meilleurs. La Sarde efEungtand Poïflon rouge, Poiflon dont la chair eft fine, & d’un Pa ie très-hon goût, l’écaille moyennement. fe trouvent fr grande eft grife : le Poiflon rouge efk Lars 18 ainfi nommé à caufe de fon écaille qui. eff rouge & large comme un écu de fix livres fur les gros ; la Morue que: l’on pêche fur cetre côte, eft de la, moyenne efpèce & très-délicate ; la Raie eft. la même qu'en France. Avant. de partirde cette Ifle, il ne fera peut-- être point hors. de propos d’en. dire: | uelque chofe. Pcurquoi Pile [/[fle Maflacre fut. nommée ainf Dauphine fur ” : : ÿ d’abord appel. Qar les premiers François.qui y abor- D le Mafa- derent, parce.qu’au bord de cette Ifle: hi an trouva une butte qui parut extraor-- dinaire dans une [fle toute olatie, qui paroifloit n’avoir-été formée que parles. fables que quelque gros coup de vent y: avoit-jettés, vû que toute la côte ef: très platte., &que lelong decette côte. il.y aune chaine de pareilles Iles qui. femblent fe tenir par leurs pointes.les. unes aux autres, @& faire une ligne: paralléle avec la côte du Continent. &ette butte, dis-je, ayant paru. ex-- traordinaire, on l’examina. de. près ». en apperçut en différens endroits des: : #3. de morts fortir du peu de terre qui. A F de la Eomfiane $Ÿ es couvroit ; alors la curiofité enga= igea à: gratter cette terre en plufieurs: endroits ; mais ne trouvant deffous: qu'un tas d’offlemens , ons’écria avec: effroi: ah Dieu, quel maflacre! L'on: a appris des Naturels qui n’en font: pas loin , qu'une Nation voifine de: cette Jile, étant en Guerre avec une: autre bien: plus puiflante qu’elle, fut: contrainte de quitter larcôte, qui n’eft qu'à trois lieues, & de pafler dans: cette Ifle, pour y prolonger fes jours 5: que leurs ennemis fe confiant avec rai-- fon en leurs-forces, les pourfuivirent: jufques dans leur foible retraite , &les- détraifirent entierement, & fe retire- rent après-avoir élsvé ce Trophée in-- humain à leur Barbarie vi&torieufe. Jai vû ce funefte monument, qui m’a fait juger que cette malheureufe Na- tion devoit être encore afféz nombreu-- fe vers fa fin, puifqu'il ny devoit y * avoir que les os des:Guerriers & des: Vicillards:; leur coûtume étant de fai- re Efclaves les jeunesfemmes, les fl les & les enfans.. Teile eft Forigine du’ _ premier nom de cette Ifle, que l’on: Changea à notre arrivée en celui d’Ifle. Duaphine ; il étoit, ce femble, de la: prudence ,.de-ne lui pas laiffer un nom f& *Defcription de Pifle Dawphi- Br 33. 4 Hifiôtre ll | | ; puifqu’elle eft le berceau de pe: | | la Colonie , comme la Mobille en eft. la naïffance. Pr Cette Ile eft très-platte & toute de fable blanc, comme toutes les au- tres, ainfi que la côte ; fa longueur eft d’environ fept lieues de PES à P'Oueft, & fa largeur d’une petite lieue du Nord au Sud, fur-tout vers le Le- vant, où s’étoit formé l’établiffement à caufe du Port qui fe trouvoit au Midi vers ce. bout de l’'Ifle , mais qui fut bouché par un coup de Mer peu ayant notre arrivée 3 le bout de l’Eft va en pointe ; elle eft affez bien boifée de Pins ; mais elle eft fi aride & fi brû- lante à caufe de fon fable chriftallin, qu'aucun légume n’y peut croître, & que les befliaux ont peine à y trou- ver. de quoi vivre. Ce féjour ennuyant me donna , dès mon arrivée un ardent defir de le quitter promptement. Je me diffipai de mon mieux à la vérité pendant trois jours que nous y fumes à attendre M. de Biaïinville , Comman- dant Général pour la Compagnie dans cette Colonie. ù | Ce Commandant étoit allé marquer l'endroit où l’on devoit bâtir la Ca- pitale fur un des bords du Fleuve S.. 1 à + t > » Louis ; où elle eft à préfent , & a été . nommée la Nouvelle Orleans, en l’hon- neur de Monfeigneur le Duc d’Orleans, de la Louifiane: 30 V4 pour lors Régent du Royaume. Le Commandant Général arriva en- fin, & reçût tous les Conceflionnai- res ; le lendemain je fus le voir , & lui … préfentai la Lettre de la Compagnie, . & en même tems l’Adte pañlé avec elle, qui conftatoient mon crédit. Il . me dit qu'il étoit bien aife que j'eufle _ choifi ma Couceflion près de la Capi- tale , parce qu’une bonne métairie * près d’une Ville , eft fouvent d'un meilleur rapport qu’une Terre Sei- } gneuriale dans les bois, plus propres … à la Chaffe qu’au Commerce. Je le priai … de me faire partir le plûtôt qu’il pour- roit ; il me promit que je partirois par - la premiere voiture qui feroit prête. Trois ou quatre. jours après il mé demanda fi je n'avois pas une Bouflole | | à cadran; qu'il feroit bien aife d'en faire acquifition pour le fervice de la Compagnie ; je lui dis que j'en avois, . &cque je men priverois volontiers pour le fervice de la Compagnie ; nous con- vinmes d’un prix hô@nnête , & je la lui … cédai. Cette Bouflole étoit pour le départ de M. du Tiffener, Capitai- - = 3% & Hifioire. ‘ ne, qui entrèprenoit d'aller par: terré: depuis cette Îfle jufqu’en Canada. Er effet , peu de jours après que j’eus cédé ma Bouflole,. ii partit. de cette Jfle avec quatorze Canadiens ; il fe- fit mertre {ur la terre du: Continent, (. comme il me lavoir dit ) &: à l'Eft de l'embouchure de la Riviere de Mo-- bille ; puis prenant fa route au Nord- Eft, alla pañler chez les Alibamons 3: de-là gagna le haut des Rivieres, en fuite ie Fieuve S. Laurent qui le con. duitit à Quebec. Îi comptoit n'avoir pas plus de cinq cens lieues à faire: pour fe. rendre à. cette. Capitale du Canada, d'où il revint l’année fuivan-: te par les Rivieres avec fa famille ;. il: fat depuis mon Commandant aux Nats chez: | de la Eouifiane: 4% CHAPITRE I. Départ de L'Auteur pour fa Conceffion : Defcriprion des endroits par lefquels il paîle jufques à la Nouvelle Or- leans : Lettres-Parentes données par le Roi, en forme d'Edit , en faveur de l'Etabliffement dune Colonie à la Louifiane. | | L E tems de mon départ tant defiré | arriva enfin ; M. de Biainville m'en avertit quatre jours auparavant 3 je le remerciai & m°’y préparai avec au moins autant de joye que de diligen- _ ce. J'e partis avec mes Engagés, mes _ effets & une Lettre par M. Paillou,. Major Général à la Nouvelle Orleans ; & qui y commandeit en l'abfence de _ M. de Biainville. Nous côtoyâmes le Continent , & fûmes coucher à l’em- bouchure de la Riviere des Pafca- Ogoulas ; cette Riviere eff ainfi nom- mée, parce que près de fon embouchu- re & à l'Eft d’une Baye de même nom, . habite une Nation que lon nomme Pafca-Ogoulas , qui fignifie Nation du . Pain; fur quoi on peut remarquer que — s 42 Le ae | dans Ja Province de la Louifiane, lé nom de plufieurs Peuples fe termine par ce mot Opoula, qui fignifie Na- uon, & que la plüpart des Rivieres tirent leurs noms de la Nation qui ha- bite fur fes bords. Nous paflâmes de- là devant le Biloxi, où étoit autrefois une petite Nation de ce nom ; enfuite devant la Baye de S. Louis , laiffant à notre gauche fucceffivement lIfle Dau- phine, l’Ifle à Corne ; l'Ifle aux Vaif- {eaux & lIfle aux Chats. | - Jai fait la defcription de l’Ifle Dau- Defcription de phine avant d’en partir ; venons aux Fe à Corne troïs fuivantes. L’Ifle à Corne eft très-platte & paflablement boifée, lon- gue d'environ fix lieues ; étroite en pointe du côté de l'Oueft: je ne fçais fi pour cette raïfon, ou à caufe de la quantité de bêtes à cornes qui y étoient , elle fut nommée ainfi ; maïs ce qui eft-sûr, c’eft que les premiers Canadiens qui s’étoient établis à l’Ifle Dauphine, y avoient mis la plüpart leurs beftiaux & en grande quantité; au moyen de quoi ils fe font enrichis en dormant, Ces beftiaux n ayant point befoin dans cette Ifle d’être gardés ni d’aucun autre foin, fe font multipliés de façon que les Maïtres en ont re* de la Louifiane. 45 tiré de groffes fommes à notre arri- vée dans la Colonie. Il y auroit grand plaifir, d’avoir en France des Parcs bien fournis de pareil gibier. PhHEn-füivant toujours lOuelt, on _ trouve Pfle aux Vaiffeaux , ainfi nom- A mée, parce qu’il y a un petit Port feaux . dans lequel fe font mis à couvert en » différens tems plufieurs Vaifleaux; mais », comme elle eft éloignée de quatre . lieues de la Côte, & que celle-ci ef . : fi platte, que les Chaloupes n’en peu- vent approcher plus près que d’une de. mie lieue, ce Port devient tout à-fait . inutile.Cette Ffle peut avoir cinq lieues _ delong, & une grande lieue à la pointe _ de lOueft. Auprès de cette pointe eft . ce Port, au Nord, quiregardela terre; . du côté de l'Eft, cette [fie peut avoir une demie lieue 3 elle eft aflez boifée , & n’eft habitée que par des rats qui y fourmillent. | A deux lieues de diftance , en allant perstprton de toujours vers l'Oueft , on rencontre die, ) . / AtSe l'Ifle aux Chats, ainfi nommée, parce FL “ que dans le tems qu’on la découvrit, + on y en trouva un grand nombre; cette Ifle eft très-petite , & n’a pas plus … de demie lieue de diamétre ; le bois y » ef fourré en bas, ce qui détermina De lle aux. Œoquilles. #£ .: Hiftoire fans doute ,. M. de Biainville à y met: tre quelques porcs avec leurs femelles; ils fe multiplierent à telle quantité, qu’en 1722, quon y fut à la chañle, on ne voyoit autre chofe, jufques-là qu'on jugea quil falloit qu’ils {e man- geâflent les uns les autres ; on trouva aufli qu'ils avoient détruit les Chats. Foutes ces [fles font très - plattes , & ont le même fond de fable blanc 3 leurs bois, fur-tout des trois premie- res, font des Fins ; elles font, à peu: de chofe près, à même diftance du Continent, dont la Côte eft femblable. Après avoir pañlé la Baye de S. Louis , dons j'ai parlé, on entre dans: les Chenaux qui conduifent au Lac de Pontchartrain, que l’on nomme à pré- fent le Lac de S. Louis ; de ces deux Chenaux , lun eft le grand Chenal & Pautre le petit ; ils ont environ trois lieues de long , & font formés par une- chaîne d’Iflots entre la terre ferme &e: PIfle aux Coquilles.. Le grand Chenal eft au Midi, | ou Nous couchâmes au bour des Che= naux dans l'Lfle aux Coguilles : fon: nom lui. vient de ce qu’elle eft pref- que entierement formée de Coquilles... que l’on.nomme dans.les Ports de. Mers LU. de la Louifiane. 4 des Coquilles de Palourdes, fans au- - cun mélange d'aucun autre Coquillage ; “ ces Coquilles font de la même ef- | pèce que celles que portent les jeu- nes gens de Paris au pélérinage de . S. Michel. Cette Ifle ferme le Lac de … S. Louis du côté de l’Eft, & laifle deux iflues à ce Lac à fes deux extré- … mités ; l’une par laquelle nous enträ- mes, qui font les Chenaux, dont je viens de parler, & l’autre par le Lac Borgne. Ce Lac communique encore par l’autre bout vers FOueft & par un canal, au Lac de Maurepas ; il peut avoir dix lieues de long, de l'Eft à l'Oueft, & fept lieues de large au Nord ; plufieurs Rivieres s’y jettent » en courant vers le Sud. Au Midi de ce Lac eft un grand Bayouc (1), que l'on nomme le Bayouc $S. Jean ; il vient d’auprès de la Nouvelle Orleans, & tombe dans ce Lac à la pointe aux Flerbes , qui avance beaucoup dans ce Lac, qui eft à deux lieues de l’Ifle aux Coquilles. Nous pañffâmes près de cette pointe, qui n'elt qu’un marais trem- blant : de-là on va au Bayouc Tchoupic (1) Bayouc eft un grand ruiffleau d’eau morte, Où on ne voit que très-peu, OU méme prefque point de courant, Lac Borgnes | AG : Hifloire dE 5 cb (1), à trois lieues de la pointe aux Herbes : toutes ces petites Rivieres - qui fe déchargent dans ce Lac, ren- dent ces eaux prefque douces, quoi- qu'il communique à la Mer; ce qui fait que l’on trouve dans ce Lac quan- tité de Poiflons de Mer, &, à ce que Von dit , des Carpes qui pafleroïent en France pour monftrueufes. - | Nous enträmes dans ce Bayouc \ Tchoupic, à l'entrée duquel il y a à préfent un Fort. On remonte ce Bayouc lefpace d’une lieue , & l’on débarque où étoit autrefois le Village des Naturels nommés Cola Piflas, nom corrompu par les François ; le vrai nom de cette Nation eft Aquelon Pif° fas, c'eft à-dire la Nation des Hom- mes qui entendent & qui voyent. De: cet endroit il n’y a plus qu'une lieue jufqu’à la Nouvelle Orleaus, & au pitale eft conftruite. | Plufieurs perfonnes qui pourroient avoir envie de pañler dans cette Co- lonie , feroient fans doute bien aïfes de {rÿ On nomme ainfñ ce Bayouc, parce que l’on y pêche le Poiffon Tchoupic , dont, je donnerai la Defcription en fon lieu, Fleuve S. Louis , fur lequel cette Cas de la Lou jf ane, lire les Lettres-Patentes en forme d’'E- dit: que le Roi donna en conféquence de ce nouvel Etabliffement ; c’eft pour- quoi je crois les obliger de les inférer ici, puifqu'il eft difficile d’en trouver, fur-tout lorfque le tems de la date s’é- Joigne A nôtre, LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Por tant Erabliflement d'une Compagnie de Commerce fous le nom de Com- pagnie d Occident ; ; Données à pue au mois d'Août 1717 op 3 D OUIS par la grace de Dieu Roi de France ë de Navarre : > À tous prélens & à venir ) Salut. » Nous avons depuis notre avénement .» à la Couronne travaillé utilement à ë >» rétablir le bon ordre dansnos Finan- .» ces, & à réformer les abus que les on longues Guerres avoient donné occa- .» fion d' yintroduire; & Nous n’avons 1» pas eu moins d'attention au rétablif- MU» jets , qui contribue autant à leur { Aus * Hifloire KA » bonheur que la bonne adminiftra-. » tion de nos Finances ; mais par! » la connoïiffance que Nous avons » prife de l’état de nos Colomnies fi- >» tuées dans la partie Septentrionale » dePAmérique., nous avons recon- “nu qu'elles avoient d’autant plusbe- # foin de notre protection que le fieur » Antoine Crozat , auquel le feu Roi » nôtre très-honoré Seigneur & Biza- _æyeul, avoit accordé par fes Lettres- » Patentes du moiïs de Septémbre de > Pannée 1712. le privilege du Com- » merce exclufif dans notre Gouver- » nement de la Louifanne, Nous a » très - humblement fait fupplier de » trouver bon qu’il Nous le remit , ce » que Nous lui avons accordé par » l’Arrêt de notre Confeil du vingt » troifiéme jour du préfent mois ; & » que le Traité fait avec les fieurs Au- » bert, Neret & Gayot le dixiéme » jour du mois de Mai de l’année 1706. æ pour la traite du Caftor de Canada » doit expirer à la fin de la préfente » année. Nous avons jugé qu'il étoit » néceflaire pour le bien de notre fer- » vice & l'avantage de ces deux Co- » Jonies, d'établir une Compagnie eñ # état d'en foutenir le Commerce , ss » de de la Louifiune. 49 wde faire travailler aux différentes » cultures & plantations qui s’y peu- vent faire. À CES CAUSES & autres » à ce Nous mouvans,de l'avis denotre » très cher & très-amé Oncle le Duc » d'Orléans , Petit fils de France, Ré- » gent , denotre très-cher & très amé » Coufin le Duc de Bourbon, de notré » très-cher & amé Coufin le Prince de » Conty , Princes de notre Sang, de » notre très-cher & très-amé Oncle le » Duc du Maine , de notre très-cher & » très-amé Oncle le Comte de Tou- » Joufe, Princes légitimés, & autres » Pairs de France, Grands & Notebles æ Perfonnages de notre Royaume ; & » de notre certaine Science , pleine » Puiffance & Autorité Royale, Nous » avons dit, ftatué & et ire » {ons, ftatuons & ordonnons , vou- » lons & nousplait. ARTICLE PREMIER. » Qu'il foit formé en vertu des » Préfentesune Compagnie de Com- > merce fous le nom de Compagnie » d'Occident , dans laquelle il fera per- » mis à tous nos Sujets de quelque » rang & qualité qu'ils puiflent être, æ» même aux autres Compagnies for- Tome L, 1 LT Hifloire M » mées ou à former, & aux Corps & » Communautez , de prendre intérée + pour telle fomme qu'ils jugeront à » propos, fans que pour raifon dudit » engagement ils puiflent être réputez » avoir dérogé à leurs titres , qualitez » & noblefle ; notre intention étant » qu'ils jouifient du bénéfice porté » aux Edits des moïs de Mai & Août » de l’année 1664. Août 16609. & » Décembre de l’année 1701. que » Nous voulons êtreexécutez fuivanc » leur forme & teneur. » ÏI. Accordons à ladite Compa- » gnie d'Occident le droit de faire feu- » le pendant l’efpace de vingt-cinq » années, à commencer du jour del’en- » repiftrement des Préfentes ,le Com- + merce dans notre Province & Gou- » vernement de la Louifiane , & le » privilége de recevoir à lexclufion » detous autres dans notre Colonie » de Canada, à commencer du pre- » mier du mois de Janvier de l’année » 171€. jufques & compris le dernier » Décembre de l’année 1742. tous » les Caftors gras & fecs que les habi- » tans de ladite Colonie auront trai- » té ; Nous réfervant de régler fur les » Mémoires qui Nousferont envoyez Fr de la Louifiane. St # dudit pays, les quantitez des diffé- » rentes efpeces de Caftors que la _ æ Compagnie fera tenue de recevoir » chaque année defdits Habitans de æ Canada , & les prix aufquels eile fe- » ra tenue de les leur payer. | » JII. Faifons défentes à tous nos autres Sujets de faire aucun Com » merce dans l’étendue du Gouverne- »ment de la Louifianne pendant le >» temps du privilege de la Compagnie _ » d'Occident, à peine de confication. » des marchandifes & des Vaiffeaux : __» N’entendons cependant par ces dé- »_ fenfesinterdire aux Habitans leCom- » mérce qu’ils peuvent faire dans ladite » Colonie , foit entr'eux, foît avec > les Sauvages. a» Ï V. -Défendons pareïllement à » tous nos Sujets d'acheter aucun Caf »tor dans l'étendue du Gouverne- »-ment de Canada, pour le tranfpor- ter dans notre Royaume , à peine 2 de confifcation dudit Caftor au pro- » fit de la Compagnie, même des Vaif£ » feaux fur lefquels 1l fe trouvera em- » barqué. Le Commerce du Caftor » reftera néanmoins libre dans l’inté- » rieur de la Colonie , entre les Né- » gocians &les Habitans qui pourront GC ij 52 Hifloire » continuer à vendre & acheter er » Caftor , comme ils ont toujours > fait, » V. Pour donner moyen à ladite » Compagnie d'Occident de faire des > établiflemens folides, & la mettreen » état d'exécuter toutes les entreprifes » qu’elle pourra former , Nous lui » avons donné, octroyé , & concédé 3 » donnons ,oétroyons & concédons » par ces Préfentes à perpétuité toutes » les Terres, Côtes, Ports, Havres, » & Ifles qui ‘compofent notre Provin- » ce dela Louifianne , ainfi, & dans la » même étendueque Nous lavions ac- » cordé au fieur Crozat, par nos Let- » tres Patentes du quatorziéme jour » du mois de Septembre mil fept cens » douze, pour en jouir en toute » priété , Seigneurie & Juftice 5n » Nous réfervant autres droits ni » voirs que la feule foy & hommagez » lige , queladite Compagnie {era te- »nue de Nous rendre, & à nos fuc- » cefleurs Rois, à chaque mutation de » Roi , avec une Couronne d’or du >» poids de trente marcs. » VI. Pourra : ladite Compagnie » dans les Pays de fa conceffion , trai- » ter & faire ailianceen notre nomavyec . ea e de la Louifiane. (E1 » toutes les Nations du pays, autres. >» que celles dépendantes des autres » Puifflances de l'Europe , & convenir » avec elles des conditions qu’elles ju- >» gera à propos pour sy établir, &c . #/ LA » faire fon Commerce de gré à gré ; æ & en cas d’infulte, elle poura leur _ » déclarer la guerre, les attaquer ou æ fe défendre par la voie des armes, » & traiter de paix & de tréve avec » elles. je » VII. La propriété des mines &c » minieres que ladite Compagnie fera » ouvrir pendant Je tems de fon privi- » lége, lui appartiendra incommuta- » blement , fans être tenue de Nous + payer pendant ledit tems, pour rai- » fon defdites mines & minieres au- » Cuns droits de Souveraineté , def- » quels Nous lui avons fait & faifons _» don par ces Préfentes. » VIIT. Pourra ladite Compagnie _ » vendre & aliéner les terres de facon- » ceffion à tels cens & rentes qu'elle ju- » geraà propos, même les accorder en >» franc Aleu, fans Juftice, ni Seigneu- > rie. N’'entendons néanmoins qu’elle » puifle dépofléder ceux de nos Sujets .» qui font déja établis dans le Pays de .> fa conceflion , des terres qui leur ont C ij Hifloire | _» été concédées, ou de celles que fans » conceflion ils auront commencé à » mettre en valeur. Voulons que ceux » d’entr’eux qui n’ont point de Bre- » vets,ou Lettres de Nous, foientte- >» nus de prendre des conceffions de la » Compagnie, pour s’aflurer la pro- » priété des terres dont ils jouifient, » lefquelles conceffions leur feront » données gratuitement. »['X. Pourra ladite Compagnie » faire conftruire tels Forts , Cha. » teaux, &c Places qu'elle jugera né- » ceffaires pour la défenfe des Pays + que Nous lui concédons ; y mettre » des Garnifons, & lever des gens » de guerre dans notre Royaume , “en prenant nos permiflions en la 2 forme ordinaire & accoûtumée. » X. Ladire Compagnie pourra aufli # Établir tels Gouverneurs, Officiers, æ Majors & autres, pour commander » les Troupes qu'elle jugera à propos, æ lefquels Gouverneurs & Officiers » Majors Nous feront préfentez par » les Directeurs de la Compagnie pour » leur être expédié nos Provifions ; & » pourra ladite Compagnie les defti- >» tuer toutes fois & quantes que bon » li femblera, & en établir d’autres PM Londrañe. S% en leurs places, aufquels Nous fe- » rons pareillement expédier nos Let- » tres fans aucune difficulté ; en atten- » dant l'expédition defquelles , lefdits -» Officiers pourront commander pen- æ dant le temps de fix mois, ou un an _» au plus fur les Cominiffons des Di- » recteurs 3 & feront tenus lefdits __» Gouverneurs & Officiers Majors de _» Nous prêter ferment de fidélité. » X I. Permertons à ceux de nos » Officiers militaires qui font préfen- » tement dans notre Gouvernement de » la Louifiane , & qui voudront y » demeurer ; de même qu’à ceux qui » voudront y pañler fous notre bon » plaifir, pour y fervir en qualité de » Capitaines, ou de Subalternes, d'y » fervir fur les Commifions de la _ » Compagnie, fans que pour raifon de » ce fervice, ils perdent les rangs & . » grades qu’ils peuvent avoir actuelle- _ » ment, tant dans notre Marine, que _ » dans nos Troupes de terre ; voulant _» que fur les permiffions que Nous leur _»en accorderons, ils foient cenfez & » réputez être toujours à notre fervice 5 » & Nous leur tiendrons compte de » ceux qu’ils rendront à ladite Comp:= » gnie , comme s’ils Nous lesrendoiert » à Nous-mêmes. C ir 68 0. NP » XII. Pourra aufi ladite Compa- » gnie armer & équiper en guerre au æ tant de Vaifleaux qu’elle jugera né- > ceflaires pour lPaugmentation & la » füreté de fon Commerce, fur lefquels » elle pourra mettre tel nombre de ca- » nons que bon fui femblera , & arbo- » rer le Pavillon blanc fur l’Arriere & 5 au Beaupré, & non fur aucunsdes au- » tres Mats ; & elle pourra auffi faire >» fondre des canons à nos Àrmes , au >» deffous defquels elle mettra celles > que Nous lui accorderons ci-après. » XIIT. Pourra ladite Compagnie , » comme SeigneursHautsJufliciers des æ Pays de fa conceffion, y établir des « d … »' “2 …— » Juges & Cficiers par tout où befoin : æ fera & où elle trouvera à propos ; » & les dépofer & deftituer quand bon > Jui femblera ; lefquels connoïtront de + toutes affaires de Juftice, Police, & » Commerce, tant Civiles que Crimi- » nelles ; & où il fera befoin d'établir » des Confeïls Souverains, les Off- > Ciers dont ils feront compolez, Nous » feront nommés & préfentés par les » Directeurs Généraux de ladite Com- > pagnie ; & fur lefditesnominations , > les Provifions leur feront expédiées, > XIV. Les Juges de l'Amirauté gate de la Louifrane. 57 . > qui feront établis dans ledit Pays de »la Louifiane, auront les mêmes fonc- » tions , & rendront la Juftice dans la > même forme ; & connoîtront des _ >» mémesaffaires, dont la connoiffance _» leur eft attribuée, tant dans notre » Royaume , que dans les autres Pays. » foumis: à notre obéiffance ; & feront æ par Nous pourvüs fur la nomination » de l’Amiral de France. » XV, Seront les Juges établis en »touslefditslieux , tenus de juger fui- » vant les Loix, & Ordonnances du » Royaume, & fe conformer à la Coù- ætume de la Prévôté & Vicomté de » Paris , fuivant laquelle les Habitans » pourront contracter , fans que l’on y: æ puifle introduire aucune autre Coù- »tume,pouréviter ladiverfité. _ _» XVI, Tous Procès qui pourront » naître en France entre la Compa- » gnie & les Particuliers pour raïfon . » des affaires d’icelle ,. feront terminés _» & jugés par les Juges-Confuls à Pa- æris, dont les Sentences s’exécuteront »en dernier rellort jufqu’'à la fomme » de quinze cens livres &au deflus par . »provifion, fauf l'appel en notre Cour. _» de Parlement de Paris ; & quant aux > matieres Criminelles dans lefquelles GC v 2 Hifloire "4 » la Compagnie fera partie, foit en de= » mandant , foit en défendant , elles{e= » ront jugées parles Juges ordinaires , » fans que le Criminel puiffe attirer le » Civil, lequel fera jugé comme il eft >» dit cy defius, » XVIT. Ne fera par Nous accordé » aucune Lettre d'Etat ni de Répy, » Evocation, ni Surféance, à ceux qui » auront acheté des effets de la Com- » pagnie, lefquelsferont contraints au » payement de ce qu'ils devront, par ples voyes, & ainfi qu'ils y feront » obligés. » X VIIT. Nous promettons à la= » dite Compagnie de la protéger, & » défendre, & d'employer la force de » nos armes, s'il eft befoin, pour la + maintenir dans la liberté entiere de + fon Commerce & navigation, & de » Jui faire faire raïfon de toutes injures » &t mauvais traitemens, en cas que + quelque Nation voulüt entreprendre » contre elle, » XIX. Si aucuns des Directeurs, » Capitaines des Vaifleaux , Officiers, » Commis, ou Employez, a@uelle- + ment occupés aux affaires de la Com- » pagnie, étoient pris par les Sujets edes Princes & États avec lefquels 23 de la Louifiane. sa . » Nous pourrions être enguerre, Nous > promettons de les faire retirer, ou PECMUPET.. » XX. Ne pourra ladite Compa- » gnie fe fervir pour fon Commerce » d’autres Vaifleaux que ceux à elle » appartenans, Ou à nos Sujets armés » dans les Ports de notre Royaume » d’équipages François, où ils feront » tenus de faire leurs retours; ni faire » partir lefdits Vaiffeaux des pays de » fa conceflion pour aller à la Côte de » Guinée directement ; fous peine d’é- » tre déchüe du préfent privilége,& de >» confifcationdes Vaiffeaux & des mare » chandifes dont ils feront chargez. _ » XXI. Permettons aux Vaifleaux » de ladite Compagnie, même à ceux » de nos Sujets qui auront permiffon » d'elle ou de fes Directeurs , de cou- »rir fur les Vaïffleaux de nos Sujets ? qui viendront traiter dans les Pays à _meile concédés, en contravention de + 4 ÿ _» ce qui eft porté par les Préfentes ; & » les prifes feront jugées, conformé- » ment aux Réglemens que Nous fe- _» rons à ce fujet. _ » XXII. Tousleseffets, marchan- _mdifes, vivres, & munitions qui fe # trouveront embarqués fur les Vaif- GC y] 60 Hifloire » de ladite Compagnie , feront cen- © fés & réputés lui appartenir; à moins > qu'il n’apparoifle par des Connoïfie- » mens en bonne forme qu'ils ont été » chargés à fret par les ordres de la r À # * # » Compagnie , fes Directeurs, ou Pré- x pOfés. » XXIIT. Voufons que ceux de nos » Sujets qui pañeront dans les Pays / # À Q e . 0 » concédés à ladite Compagnie, jouif- » fent des mêmes libertés & franchifes » que s'ils étoient demeurant dans no- mire Royaume, & que ceux qui y’ » naîtront des Habitans François du- » dit pays , @& même des Etrangers »> Européens, faifant profeflion de la >» Religion Catholique, Apoftolique » 6 Romaine, qui pourront s'y éta- » blir, foient cenfés & réputés Regni= ».coles ; & comme tels capables de » toutes fucceflions, dons; legs, & » autres difpofitions, fans être obligez » d'obtenir aucune Lettres de neu- » tralité. » XXIV.Et pour favorifer ceux de æ nos Sujets qui s’établiront dans lef- æ dits Pays, Nous les avons déclarés & » déclarons exemps tant que durera le » Privilége de la Compagnie, de tous. æ droits, fubfides & impofirions., tels de la Louifiane, 6r _# qu'ils puiflent étre, tant furles Per »{onnes & Efclaves , que fur les mar+ » chandifes. | - »X XV. Les denfées & marchan - » difes que la Compagnie aura .defti- _ »nées pour les Pays de fa conceflon ; > & celles dont elle aura befoin pour “ > la conftruction, armement ; & avi- _ »- tualllement defes Vaïfleaux, feront »exemptes detous droits, tant à Nous » appartenans , qu'à nos Villes, tels >» qu'ils puiflent être , mis & à mettre ,. # tant à l’entrée qu’à la fortie ; & en- >» core qu’elles fortiffent de l'étendue _» d’une de nos Fermes pour entrer _5 dans une autre, ou d'unde nos Ports. 2 pour être tran{portées dans une au+ ætre, où.fe fera l'armement ; à la chare #2 ques Commis & Prépolés don- ».neront leurs foûmifiions de rappor- »ter dans dix-huit mois, à compter du » jour d’icelles, certificat de la dé+ _» charge dans les Pays pour lefquels » elles auront été deftinées 3. à pei- >. ne, en cas de contravention, de payer » lequadruple des droits ; Nous réfer- >» vant de lui donner un plus long délä. » dansles cas & occurences que Nous » jugerons à propos, » XXVIL Déclarons parçillement 62 Hifloire AS |» ladite Compagnie exempte des droits » de péage, travers, paflage, & autres impofitions qui fe perçoivent à rotre » profit ès KRivieres de Seine & de » Loire, fur les futailles vuides, bois, » mairain , & bois à bâtir Vaifleaux, » & autres marchandifes appartenan- » tes à ladite Compagnie, en rappor- >» tant par les voituriers& conducteurs » des certificats de deux de fes Direc- 2 reurs, | » XX VIT. En cas que ladite Com- » pagnie foit obligée pour le bien de » fon Commerce de tirer des Pays » Etrangers quelques marchandifes » pour les tranfporter dans les Pays » de fa conceflion , elles feront exemp- »tes de tous droits d'entrées & de » fortie, à la charge qu’ellesferont dé- » pofées dans les magazins de nos » Douanes, ou dans ceux de ladite » Compagnie, dont les Commis des » Fermiers Généraux de nos Fermes, r & ceux de ladite Compagnie auront + chacun une clef, jufqu’à ce qu’elles » fojent chargées dans les Vaifleaux de » la Compagnie , qui fera tenue de » donner fa foumiflion de rapporter » dans dix-huit mois, à compter du > jour de la fignature d’icelle certificat de la Louifiane. 63 » de leur décharge efdits Pays de fa D conceffion , à peine en cas de con- # travention de payer le quadruple des _» droits, Nous réfervant lors que la » Compagnie aura befoin de tirer def- » dits Pays Etrangers quelques mar- » chandifes, dont l’entrée pourroit être » prohibée , de lui en accorder la per- » miffion, fi Nous le jugeons à pro- » pos,fur les états qu’elle Nous en pré- » fentera. » XXVIIT. Les marchandifes que _» ladite Compagnie fera apporter dans » les Ports de notre Royaume pour » foncompte , des Pays de fa concef- - » fion, ne payeront pendant les dix > premieres années de fon privilege, » que la moitié des droits que de pa- » réilles marchandifes venant des Ifles . » & Colonies Françoifes de l’Améri- » que doivent payer , fuivant notre » Réglement du mois d'Avril dernier 3 » & fi ladite Compagnie fait venir def- _ »dits Pays de fa conceflion d'autres x marchandifes que celles qui viennent » defdites Ifles & Colonies Françoi- > fes de l'Amérique, comprifes dans ip > notredit Réglement , elles ne paye- | »ront que la moitié ‘des droits que æ payeroient d'a autres marchandiles de 64 flore RUE $ » même efpéce & qualité, veriant des w » Pays Etrangers, foïit que lefdits u » droits Nous appartiennent, ou ayent » Été par Nous ahénés à des particu- » lier. Et pour le plomb , le cuivre, & » les autres métaux, Nous avons ac: » cordé & accordons à ladite Compa- » gnie l’exemption entiere de tous # droits, mis & à mettre fur iceux 5; » mais fi ladite Compagnie prend des + marchandifes à fret fur fes Vaiffeaux ,. » elle fera tenue d’en faire faire la dé- à claration aux Bureaux de nos Fermes >» par les Capitaines,dans la forme or- æ dinaire , &c lefdites marchandifes > payeront les droïts en entier, A l'é- æ gard des marchandifes que ladite » Compagnie fera apporter dans les æ Ports de notre Royaume désommez » en l'Article XV. du Réglement du » mois d'Avril dernier , où dans ceux | » de Nantes, Breft, Morlaix, & Saint- æ Malo, pour fon compte, tant des » Pays de fa conceffion; que des Ifles: » Françoifes de l'Amérique,provenant æ de la vente des marchandifes du crû ” de la Louifiane , deftinées à étre » portées dans les Pays Etrangers ;. >» elles feront mifes en dépôt dans les »-magazins des Douanes des Perts où de la Louifiane. 65 pellesarriveront, ou dans ceux de la » Compagnie en la forme ci-deffus pref- » crite, jufqu’à ce qu’elles foient enle- » vées ; & lorfque les Commis de ladite » Compagnie voudront les envoyer » dans les Pays Etrangers par mer ou >» parterre par tranfit, ce qui ne fe pour- » ra que par les Bureaux défignés par » notredit Réglement du mois d'Avril > dernier , ils feront tenus de prendre » des acquits à caution, portant fou- » miflion de rapporter dans un certain » temps certificat du dernier Bureau _» de fortie, qu’elles y auroñt pañé, & x » un autre de leur décharge dans les >» Pays Etrangers. F _ XXIX. Si la Compagnie fait conf- » truire des Vaiffleaux dans les Pays de >» fa conceflion , Nous voulons bien, æ lorfqu'ils arriveront dans les Ports . “de notre Royaume pour la premiere fois, lui faire payer par forme de » gratification fur notre Tréfor Royal, » fix livres par tonneau pour les Vaif- > feaux du Port de deux cens ton- » neaux & au deffous, & neuf livres » auflipar tonneau pour ceux de deux » cinquante tonneaux êc au deflus, & » ce en rapportant des certificats des » Directeurs de la Compagnie aufdits | 66 = Hifhoire : À > Pays, comme lefdits navires y atà » ront été conftruits. > » XXX. Permettons à ladite Com » pagnie de donner des permiflions. » particulieres à des Vaïiffleaux de nos » Sujets, pour aller traiter dans les Pays: 2 de fa conceffion, à telles conditions » qu’elle jugera à propos ; & voulens » que lefdits Vaiffeaux munis des per« 2 miflionsde ladite Compagnie , jouif » fent des mêmes droits , priviléges , » & exemptions que ceux de la Com- » pagnie, tant fur les vivres, marchan- » difes, & effets, qui feront chargez » fur iceux, que furles marchandifes & » effets qu’ils rapporteront. | » XXXI. Nous ferons délivrer de >» nos magazins à ladite Compagnie » tous les ans, pendant le temps de fon » privilege , quarante milliers de pou- » dre à fufil, qu’elle Nous payera au æ prix qu'elle Nous aura coûté. L » XXXII. Notre intention étant. » de faire participer au Commerce de » cette Compagnie, & aux avantages » que Nous lui accordons , le plus » grand nombre de nos Sujets que » faire fe pourra, & que toutes fortes » de perfonnes puiflent s’y intérefler, » fuivant leurs facultés. Nous voulons + de la Louifiane: 67 n que les fonds de cette Compagnie » foient partagés en Aétions de cinq » cens livres chacune, dont la valeur æ fera fournie en Billets de l'Etat, defe » quels les intérêts feront dûs depuis » le premier jour du mois de Janvier » de la préfente année ; & lorfqu’il >» Nous fera repréfenté par les Direc- >» teurs de ladite Compagnie, qu’il au- » ra été délivré des A tions pour faire »un fonds fufifant , Nous ferons fer- » mer les Livres de la Compagnie. » X XXII. Les Billets defdites Ac- »tions feront payables au porteur, » fignez par le Caïflier de la Compa- » gnie, & vifez par un des Directeurs. » [lenfera délivré de deux fortes, fça- » voir des Billets d’une Action , & des » Billets de dix A ions. | » XX XIV. Ceux qui voudront en- ,, voyer les Billets defdites AGtions », dans les Provinces, ou dans les Pays Etrangers, pourront les endoffer pour » plus grande füreté , fans que les en- » doflemens les obligent à la garantie : de l’AG@ion. ._ ,, XX XV. Pourront tous les Etran- >, gers acquérir tel nombre d’Actions » qu’ils jugeront à propos, quand mê- #sme ils ne feroient pas réfidens dans 68 Hifhoire >, notre Royaume ; & Nous avons dés » Claré & décrou les Aétions appar= >, tenantes aufdits Etrangers » non fu- 2, Jettes au droit d’Aubeine, ni à aucune » confifcation , pour caufe de guerres ; Où autrement ; voulant qu’ils jouif= >» {ent defdites Actions comme nos Sue m jets. » XXX VI. Et d'autant queles pro® »fits & pertes dans les Compagnies » de Commerce n’ont rien de fixes » & que les Actions de ladire Com- » pagnie ne peuvent étre regardées » que comme Marchandifes, Nous per- æmettons à tous nos Sujets, & aux » Etrangers en Compagnie, ou pour » leur compte particulier, de les ache- pter, vendre. & commercer, ainfi # que bon leur femblera. » XX XVII. Tout AGtionnaire por- > teur de cinquante Aétions aura voix æ délibérative aux Afflemblées : & s’il > eft porteur de cent AG@ions, il aura x deux voix ; & ainft par augmenta- æ tion de cinquante en cinquante. . » XXXVIIL. Les Billets de l’Etat #reçus pour le fonds des AGions # feront convertis en rentes au de » nier. vingt- cinq, dont les intérefts æcourfont à commencer du: premicg | de la Louifiane. 69 > Janvier de la préfente année fur notre Ferme du Controlle des Ac- tes des Notaires, du petit Sceau, & Infinuations Laïques, que Nous avons hypotéqué, & affecté, hy- potéquons & affeétons fpécialement au payement defdites rentes: en s conféquence il fera pañlé en notre »nom au profit de ladite Compa- »pnle, par les Commifiaires de no- » tre Confeil que Nous aurons nom- » més à cet effet, des Contrats de qua- »rante mille livres de rente, perpé- »tuelle & héréditaire ; chacun faifant » la reñte d'un million au denier vingt- » cinq, fur les quittances de Finances » qui en feront délivrées par le Gar- » de de notre Tréfor Royal en exer- cice la préfente année, qui rece- » vra de ladite Compagnie pour un » million de Billets de l'Etat à cha- pque payement; & ce jufqu'a con- » curfence des Fonds qui feront por- »mtés pour former les Aions de » ladite Compagnie. | » XXXIX. Les arrérages defdites » rentes feront payés; fçavoir, ceux » de la préfente année dans les qua- tre derniers mois d’iceile; & ceux » des années fuivantes en quatre paye : / ; #70 Hifloire U > mens épaux de trois en trois mois, » par notre Fermier du Controlle de » Actes des Notaires, petit Sceau8t » Infinuations Laïques, au Caiffier de >» ladite Compagnie fur fes quittance: » vifées de trois des Directeurs, qui »lui fourniront Copie collationnée + des Préfentes, & de leur nomination 2 pour la premiere fois feulement. » XL. Les Directeurs employes… »-ront au Commerce de la Compas x gnie les arrérages dûs de la prés » fente année des Contrats qui fe: » ront expédiés au profit de la Com» » pagnie ; leur défendons très-expref: » fément d'y employer aucune partien » des intérefts des années fuivantes.. “ny de contracter aucuns engagez » ment fur icelles; Voulons que les » Ationnaires foient régulierement » payés des intérefts de leurs Aétions, » à raifon de quatre pour cent pat » année, à commencer du premier » du mois de Janvier de l’année pro: »chaine, dont le premier payement »pour fix mois fe fera au premier » Juillet prochain, & ainfi fucceffi= x vement. k » XLI. Comme il eft nécefaire » qu’aufli-tôt après l'enregiftrement de la Louifiane; EL) des Préfentes, il y ait des perfon- nes qui prennent la Régie de tout ce qu'il conviendra faire pour lars rangement des Livres, & des au- tres détails qui doivent former les commencemens de ladite Compa- ‘paie, ce qui ne peut fouffrir aucun retardement ; Nous nommerons pour cette premiere fois feulement les Directeurs que Nous aurons choi- à» fis à cet effet; lefquels auront pou« voir de répgir & adminiftrer les y Affaires de ladire Compagnie ; la- > quelle pôurra dans une A fflemblée gé: y nérale après deux années révolues, » nommer trois nouveaux Directeurs, > ou les continuer pour trois ans, fi »elle le juge à propos; & ainfi fuc- » ceffivement de trois ans en’ trois ans, > lefquels Directeurs ne pourront être > choifis que François ou Regnicoles, " » XLII. Les Directeurs arrêteront » tous les ans à la fin du mois de Dé- » cembre, le Bilan général des Af- » faires de la Compagnie, après quoi b ils convoqueront par une affiche pu- p blique l’Affemblée générale de la- » dite Compagnie , dans laquelle les bp répartitions des profits de ladite Dr feront rélolues & arrê- pm TÉES. "2 Hifioire ‘4 > XLIIT. Attendu le grand nom: » bre d'A ions dont ladite Compas » gnie fera compofée, Nous jugeons x néceflaire pour la commodité de nos. » Sujets, d'établir un tel ordre dans æ les payemens, tant des intérefisé _» que des répartitions, que chaque » Porteur d’Actions puifle fçavoir le » jour qu’il pourra fe préfenter à [a » Caifle, pour recevoir fans remif@ » ni délai ce qui lui fera dû. Pouf » cet effet, Voulons que les rentes! » defdites Ations, enfemble les ré= » partitions des profits provenans du » Commerce, foient payées fuivant les: » Numéro defdites Actions, en com » mençant par le premier, fans que là » Compagnie puifle rien changer à » cet ordre ; & que les Directeurs faf= » fent afficher à la porte du Bureau » de ladite Compagnie, & inférer dans » les Gazettes publiques les Numér® » qui devront être payés dans la fes » maine fuivante, REA É » XLIV. Les A&tions de la Compas » gnie, ni les effets d’icelle, enfemble >» les appointemens des Directeurs , Of » ficiers, & Employés de ladite Com » paonie ne pourront être failis pa » aucune perionne, & fous quelqu » prétexte) a te lu Louifiane: 7S » prétexte que ce puifle être, pas mé- #me pour nos propres deniers & af- » faires ; fauf aux Créanciers des Ac- »tionnaires à faire faifir & arrêter en- “tre les mains du Caïflier générai, » & teneur de Livres de ladite Com- m-pagnie, ce qui pourra revenir auf » dits Actionnaires par les Comptes » qui feront arrêtés par la Compagnie, m aufquels les Créanciers feront te- nus de fe rapporter, fans que lef. » dits Directeurs foient obligés de lewæ » faire voir l’état des effets de la Com. » pagnie, ni de leur rendre aucun compte, ni pareillement que lefdits Créanciers puiflent établir des Com- miffaires ou Gardiens aufdits ef- fets; déclarant nul tout ce qui pour= foit être fait à ce préjudice. 5 XLV. Voulons que les Billets de PEtat qui feront remis au Garde de de notre Tréior Royal par ladite Compagnie d'Occident , foïent par: lui portés à lHGtel de notre bonne Ville de Paris ; auquel lieu en pré- “fence du Sieur Bignon Confeiller ordinaire en notre Confeil d'Etat, “Ancien Prevôt des Marchands, du #Sieur Trudaine Confeiller en notre Confeil d'Etat, Prevôt des Mar- Tome I, : 9,1, À Hifloire Re ».chands en Charge; des Sieurs de * » Serre, le Virlois, Harlan, & Bou- : æ cot , qui ont figné les Billets de E- » tat avec eux, & des Officiers Mu. >» nicipaux dudit Hôtel de Ville qui »sy trouveront, Ou voudront sy » trouver; lefdits Billets de l'Etat fe- > ront brûlés publiquement, inconti- + nent après l’expédition, de chaque. æ Contrat, après en avoir dreflé pro- » cès verbal, contenant les Repiftres, >» Numero , & fommes; en avoir faic » mention fur lefdits Repiftres, & les æen avoir déchargé; lequel procès >» verbal fera figné defdits Sieurs Pre- » yôts des Marchands, & autres dé- » nommés au préfent ÂArticie. | » XLVI. Les Directeurs auront à » la pluralité des voix la nomination » de tous les Emplois, & des Ca- » pitaines & Officiers fervans fur les » Vaiffleaux de la Compagnie; aufli- » bien que des Officiers Militaires, » de Juftice, & autres qui feront em. » ployés dans les Pays de fa concef- > fion ; & pourront les révoquer lorf- » qu'ils le jugeront à propos: & lef- » dites nominations de tous lefdits Of- » ficiers & Employés feront fignées » au moins de trois des Directeurs s de la Touifiane: … Et #-ce qui fera pareille ment obfervé pour. æ les révocations. | :.» XLVII. Ne pourront lefdits Di- » relteurs être inquiétés ni contrainte + en leurs perfonnes & biens pour les » Affaires de la Compagnie. | > XLVIII. Ils arréteront tous Îles æ Comptes tant des Commis & Em- » ployés en France, que dans les Pays » de la conceflion de la Compagnie, æ& des Correfpondans ,' lefquels 2 Comptes feront fignés au moins de “trois defdits Directeurs. » XLIX. Il fera tenu de bons & ® fidels Journaux de Caïfle, d’Achats,, * de Ventes, d'Envois, & de Raifon æ en parties doubles, tant dans la Di- » rection générale de Paris, que par _» les Commis & Commiflionnaires de s la Compagnie, dans les Provinces » & dans les Pays de fa conceflion, # qui feront cottés & paraphés par les” » Directeurs , aufquels fera ajouté foi » en Juftice. | » L. Nous faifons don à ladite Com- » pagnie des Forts, Magazins, Mai- » fons, Canons, Armes, Poudres, Brigantins , Bateaux, Pirogues, & »autres Effets & Uftenciles que Nous » avons préfentement à la Louifiane, D i] m6 Hiffoire | # dont elle fera mife en poñleffion fut » nos ordres qui y feront envoyés # par notre Confeil de Marine. » LI. Nous faifons pareillement don » à ladite Compagnie des Vaifleaux , » Marchandifes & Effets que le Sieur » Crozat Nous à remis, ainfi qu’il eft _» expliqué par l’Arrêt de notre Con- » feil du vingt-troifiéme jour du pré- » fent mois , de quelque nature qu'ils » puiflent être, & à quelque fomme » qu'ils puiflent monter ; à condition » de tranfporter fix mille Blancs , & p trois mille Noirs au moins, dansles » Pays de fa conceflion pendant la dus > rée de fon privilege. | » LIL. Si, après que les vingt cinq an- » nées du privilege que Nous accor- » dons à ladite Compagnie d'Occident » feront expirées, Nous ne jugeons » pas à propos de lui en accorder la > continuation ; toutes les Ifles & T'er- > res qu'elle aura habitées , ou fair ha- » biter avec les droits utiles, Cens, » & Rentes qui feront dûs par les” » Habitans , lui demeureront à perpé- » tuité en toute propriété, pour en > faire & difpofer ainfi que bon lui » femblera. comme de fon propre hé- # ritage, fans que Nous puiflions rex de la Louifiane 7 À w | 2 5 , » tirer lefdites Terres ou [fles, pour » quelque caufe, occafion, ou pré- _» texte que ce foit : à quoi Nous avons » renoncé dès-a-préfent ; à conditiof »> que ladite Compagnie ne pourra ven- » dre lefdites Terres à d’autres qu'à » nos Sujets ; & à l'égard des Forts, » armes & munitions, il Nous fe- » ront remis par ladite Compagnie, » à laquelle Nous en payerons la va- » leur fuivant la jufte eftlimation qui » en fera faite. if » LIIT. Comme dans l’Etablifie- » ment des Pays concédés à ladite » Compagnie par ces Préfentes, Nous » regardons particulierement la gloire » de Dieu, en procurant le Salut des »> Habitans Indiens, Sauvages , & Ne- » gres, que Nous défirons être inf- » truits dans la vraye Religion, la“ » dite Compagnie fera obligée de b&< > tir à $ dépens des Epliles dastes » lieux de fes Habitations; comme » aufli d'y entretenir le nombre d’Ec= _» cléfiaftiques approuvés qu'il fera né- » ceffaire: foit en qualité de Curés, ou tels autres qu’il fera convena- »ble, pour y prêcher le Saint Evans » gile , faire le Service Divin, & y # adminiftrer les Sacremens : le tout D ïïj SE Hifloire | » fous Pautorité de l'Evêqué de Qué- æ bec; ladite Colonie demeurant dans: >» {on Diocefe, ainfi que par le paf- >» LÉ; & feront les Curés, & autres » Eccléfiaftiques que ladite Compa- >» gnie entretiendra, à fa Nomination » & Patronage. | | » LIV. Pourra ladite Compagnie = prendre pour fes Armes un Ecuflon » de Sinople, à la pointe ondée d’Ar- » gent {ur laquelle fera couchéun Fleu- æ ve au naturel, appuyé fur une cor > ne d'Abondance d’or au chef d’a- » zur , femé de fleurs de lys d’or, # foutenu d'une face en: devife aufli » d’or, ayant deux Sauvages pour Sup- » ports, & une Couronne trefllée ; lef- æ quelles Armes Nous lui accordons, - » pour s’en fervir dans fes Sceaux &. » Cachets, & que Nous lui permet- » tons de faire mettre & appofer à e fes Edifices, Vaïffleaux, Canons, & 5 par tout ailleurs où elle jugera à æ propos. PAL ER x LV. Permettons à ladite Compa- » gnie de drefler & arrêter tels Sta- » tuts & Réglemens quil appartien- æ dra ; pour la Conduite & Direction s de fes Affaires & de fon Commer- y ce, tanx en Europe, que dans les | de la Louifianes _ #$ ‘# Pays à elle concédés: lefquels Sta- » tuts & Réglemens Nous confirme- » rons par Lettres Patentes, afin que _» les Tntéreffés dans ladite Compa- _» gnie foient obligés de les exécuter » felon leur forme & teneur. _» LVI. Comme notre intention n’eft > point que la protection particuliere » que Nous accordons à ladite Com- » pagnie puifle porter aucun préjudi- » ce à nos autres Colonies, que Nous > voulons également favorifer ; défen- > dons à ladite Compagnie de pren- » dre ou recevoir , fous quelque pré- » texte que ce foit , aucun Habitant æ établi dans nos Colonies, pour les . » tran{porter à la Louifiane, fans en . » avoir obtenu la Permiflion par écrit » de nos Gouverneurs Généraux auf- » dites Colonies, vifée des [Intendans _» où Commiffaires Ordonnateurs. » Si DONNONS EN MANDEMENT à x nos Amés & Feaux Confeillers les _» Gens temans notre Cour de Parle- » ment, Chambre des Comptes, & » Cour des Aides à Paris, que ces » Préfentes ils ayent à faire lire, pu > blier, & répifirer ; & le contenu æenicelles garder, obferver, & exé- > cuter felon leur forme &c teneur; rs +. 2 + 89 Hifhoire ,, nonobftant tous Edits, Déclarations ; - » Reglemens, Arrêts, ou autres cho-" »» es à ce contraires, aufquelles Nous 4, avons dérogé , & dérogeons par ces » Préfentes. Aux Copies defquelles , collationnées par lun de nos amés . , & feaux Confeillers-Secretaires , ,, Voulons que foi foit ajoutée comme > à lOriginal: CAR tel eft notre plai- ir. Et afin que ce foit chofe ferme ., & ftable à toujours, Nous avons ,, fait mettre notre $cel à cefdites Pré- fentes. DONNÉ à Paris au mois , d'Août, l'an de’Grace 1717, 6 » de notre Regne le deuxiéme. Signé, » LOUIS ; Et plus bas, Par le Roi, = LE Duc D’ORrLEANS Régent, pré- , fent. PHELIPEAUXx, Vila, DAGUuESs- ,, SEAU. VG au Confeil, VILLEROYS ., Et fcellé du grand Sceau de ciré ., verte, en lacs de Soye rouge & verte. Résiftrées , oui & ce requerant le Pro- cureur Général du Roi, pour être exé- cutées felon leur forme € teneur, fans néanmoins que les Statuts qui feront ci- ‘après dreflés par la Compagnie d'Occi- dent , puiffent avoir exécution gwaprès avoir été confirmés par Lettres Paten- -_ ges du Roi régifirees en la Cour; & Cox. | de La Louiliane. Sr Dies collationnées des préfentes Lettres être envoyées aux Bailliages © Sené chaullés du Reffort, pour y être lues, publices & régifirées ; Enjoint aux Sub- fétuts du Procureur Général du Roi d'y senir La main, &' d’en certifier la Cour dans un mois. À Paris en Parlement, de fix Septembre mil fept cens dix-fepr. Signé, GILBERT. | Régifirées en la Cour des Aides; ouë le Procureur Général du Roï, pour être exécutées felon leur forme & teneur, & queles Procés & Différends qui naïîtrons à l'occafion des droits du Roy, percep- tion & dépendances d'iceux, feront inf= truits &* jugés en premiere Inflance par les Juges qui en doivent connottre, fauf L'appel en la Cour. À Paris, les Cham- bres affemblees, le vingt-trois Décembre anil fept cens dix-huit. Signé ROBERT, \ 82. _ Hifhire GH AP LENS V. L'Auteur dl mis en pofeffion de. e - terrein: Waine crainte que l’on a des Crocodiles : Erreur commune fur læ maniere de penfer. des Naturels:-L’ Aus teur prend la réfolution d'aller s'éta= blir aux. Naichez. À RRrvÉ au Bayouc Tchoupic.;: le fieur Lavigne, Canadien, met Vogea dans une cabane des Aquelou= Piffas, defquels il avoit acheté le Vil- lige ; il en donna d’autres à mes Ou- vriers pour fe loger ; & nous fümes heureux de trouver tous en arrivants _ de quoi nous mettre à l'abri des injures de l'air, dans un endroit pour lors inhabité, Pea de jours après. mon arrivée, j’achetai d’un Habitant V Auteur acer voifin.une Elclave Naturelle, afin de Mumele m ‘afsûrer une perfonne pour nous faire à manger,dans un Pays dont je m | percevois que les Habitans faifoient leur poflible pour débaucher nos Ou- | “vriers, & fe les attirer par de belles gromefles. Nous. ne nous entendions de la Louifiann S3 point encore mon Efclave & moi ; mais je me faifois entendre par fignes, ce que ces Naturels comprennent ai fément ; elle étoit de la Nation des TFchitimachas, avec qui les François étoient en guerre depuis quelques an- nées. | Je fus chercher un emplaceinent fur le Bayouc S. Jean , à une petite de- mie-lieue de lendroit où devoit être fondée la Capitale , laquelle n’étoit encore marquée que par une baraque couverte de feuilles de Latanier , & que le’ Commandant avoit fait bâtie pour fe loger, & aprés lui M. Paillou.,. qu'il laifloit Commandant de ce Pofte. J'avois choïfi cet endroit par préfé- rence, dans la vüe de me défaire plus _aifément de mes denrées , & dé n’a- voir pas fi loin à les tranfporter 5 j'as vertis de mon choix M. Paillou; qui vint m'en mettre en poffeffion au nom: de Compagnie d'Occident, Je bâtis unebaraque fur mon Habi- tation , environ à vingt-cinq toi- fes du Bayouc S. Jean , en attendant: que j'eufle bâti ma maïfon , & des loge- mens pour mes gens. Comme ma ba- faque étoit compofée de matieres ex: ttémement combuftibles, je faifois’ PS D vj. L'Efclave de 84 | Hifloire | faire le feu à une grande diftance ;5« pour éviter les accidens ; de forte que | ce feu étoit prefque à moitié chemin du Bayouc, ce qui donna lieu à une ! avanture qui me fit revenir des pré- jugés que l’on a en Europe , en con- féquence des Rélations qui courent de tems en tems. Le récit que je vais en donner , pourra peut-être faire le mê- me effet {ur l’efprit de ceux qui pen- fent encore comme je penfois alors. Il étoit prefque nuit, lorfque mon Pr TE PAuteur tueun Ffclave apperçût à une toife près du feu Crocodile, un jeune Crocodile de cinq pieds de long , qui regardoit le feu fans re- muer : j’étois dans le jardin près de-làs elle me fit des fignes redoublés pour me faire venir ; j'accourus. En arri- vant elle me montra ce Crocodile fans: me parier. Dans le peu de tems que je lexaminai y je reconnus que fa vûe étoit fi fixée fur le feu , que tousnos mouvemens n'étoient pas capables de le diftraire ; je courus à ma cabane chercher mon fufl, étant bien affuré de mon coup : mais quelle fut ma fur- prife en fortant de ma cabane, de voir mon Efclave un gros bois à la main qu'elle leve en Pair , & avec lequel: elle afomme cet animal ? Me voyant da + _ de la Louifiane. 8 #rriver , elle fe mit à foûrire & me dit. bien des chofes que je ne comprenois. pas ; mais elle me fit mieux entendre par fignes ; qu’il n’étoit pas nécefaire d’avoir un fufil pour tuer cette bête; puifque le bois qu’elle me montroit ,. avoit été fuffifant. Le lendemain l’ancien Maître de mon: Efclave vint me demander du plant de falade , car j'étois le feul qui euffe du jardinage , parce que j’avois pris mes- précautions peur conferver les grai- nes que je tranfportois. Comme il fça- Mere voit parler la Langue vulgaire des Na. L° on à 3 turels ; je le priai de demander à cette fille , pour quoi elle avoit tué * fi précipitament ce Crocodile que je voulois tuer d’un coup de fuñl, pour ne pas lexpofer à être dévo- rée: il fe prit à rire, & me dit que tous ceux qui arrivoient de France croyolent cet animal redoutable, quoi- qu'il ne le fût nullement , & que je ne devois pas être furpris de ce que j’a- vois vû faire à cette fille, puifque fa Nation habitoit fur les bords d’un Lac qui étoit rempli de ces animaux ; que les enfans . lorfqu’ils en voyoient des petits à terre , les pourfuivoient & les tuoient, qu’alors Jes gens de la cabane CET Fra fortoïent pour les écorcher 3 qu’ils [ess emportoient , & en faifoient bonne chere: Re Il lui parla, & me raconta ce qu’el: le venoit de luï dires que me voyant courir à ma cabane , elle avoit crü que. _j'avois peur, & qu’elle ne le craignoit. point; que fielle eût fçû que j'avais. envie de le tuer , elle fe feroit écartée. & m'auroit laiflé faire. | Dans ces commencemens je ne fça- vois ni la Langue, ni les coutumes ;: encore moins là maniere de penfer des: Naturels , aufquels on donne le nom,. qui prévient de façon à ne leur accor- der prefque rien de ce qui fait l’hom- me , pas même la figure que l’on s’i- magine fauffement être différente de la: _ Dérélé de nôtre. Prévenu de la forte , comme M Raer avec tous les Européens qui ne fe donnent Eu point la peine de s’en inffruire dans: les véritables fources,un Habitant an:- cien dans le Pays, me fit traiter d'un: fufil à un Chef de Guerre des Naturels. voifins. J’euslieu d’être furpris de voir _ un Général d'armée de ces Peuples: avec un habit d Arlequin, tout neuf, & qu'il avoit acheté depuis peu ; il: m'apprêta plus d’une fois à rire avec. get habillement , avec lequel il fe quar= à de la Louifiane. toit & fé donnoit des airs ; il {e croyoit réellement très-diftingné de fes Com- patriotes, au moyen de cet habit d’une nouvelle ordonnance , qu’il avoit payé bien cher , à ce que j'appris ; maisil eft à remarquer que ces Naturels don- nent ce qu’on leur demande pour cho- fes qui leur font plaifir, fur -tout fr elle eft extraordinaire , comme l'étoit: en. effet l’'habit dont il avoit fait lPac- quifition.. : Nous convinmes qu'il me donne- roit pour mon fufl trente grofles va- _lailles, il m'en donna vingt fur le: champ ;. mais comme les dix autres ne: venoient point aflez vite à mon gré ;. je fusafon Village avec l’ancien Habi- tant; je repris le fufil, & lui fis dire: que. je le. lui remettrois lorfqu’il au-- xoit achevé le payement , s’il n’aimoit- mieux reprendre fes vingt volailles. Ma façon d’agir ne lui plût point ; il _ avoit envie de mon fufil., & n'avoit pas de quoi-le payer ; c'eft pourquot il prit le chemin de la Nouvelle Orleans pour fe plaindre au Gouverneur.. Je fus mandé pour déduire mes raifons.z M. de Biainivilleme demanda pourquoi javois repris mon fufil après Pavo traité ; que c’éroit l’ufage, & que tous 2 :. Hifloire RAR les joufs on traitoit avec eux fans craïr dre de rien perdre 3 mais qu'il falloits attendre: je lui répondis qu'ayant let pouvoir en main, il ne lui feroit pass difficile de me faire payer , ou que ce Sauvage reprit fes volailles, pui$- que les mêmes exifloient encore 5* mais que je ne voulois pas être duppeñ d’un Sauvage, que je regardoïs com me une Bête brute ( car je les croyois: tels alors ).. Le Gouverneur me repli- qua que je ne connoïflois pas encore! ces gens-là , & que quand je les con- noïîtrois, je leur rendrois plus de jufti= ce : il difoit bien vrai ; jai eu le tems de me détromper , & je fuis perfuadé que ceux qui verront le portrait fidéle que j'en ferai ci-après, conviendront avec moi ,;que l’on a grand tort de “Bonnes qua: Nommer Sauvages des hommes qui fça: Hrés des Natu- vent faire un très-bon ufage de leur me raifon , qui penfent jufte , qui ont de’ la prudence , de la bonne foi, de la générofité , beaucoup plus que certai- nes Nations policées, qui ne vou= droient point fouffrir d'être mifes en: comparaifon avec eux, faute de fça= voir ou vouloir donner aux chofes le: prix qu’elles méritent. HET Je me plaifois dans mon Habitation, ee sé de la Louifiane. 89 & j'avois eu des raifons que j'ai rap- portées ,; qui me l’avoient fait préfé- férer; cependant j'eus lieu de croire que l’air ne devoit pas y être des meil- leurs, ce pays étant fort aquatique ; cette caufe d'un aïr mal-fain n’exifte plus aujourd’hui, depuis que l’on a dé- friché le terrein, & que lon a fait une levée devant la Ville. La qualité de la terre y eft très-bonne , puifque ce que j'y avois femé y étoit trés-bien venu 3 d’ailleurs au Printems ayant trouvé quelques noyaux de pêches qui commencoient à germer, je les plantai ; P'Automne fuivant ils avoient pouñlé des tiges de quatre pieds de haut, & les branches au-deffus étoient dongues à proportion. ae _ Nonobftant ces avantages, je pris le parti de quitter cette Habitation pour en aller faire une autre à cent lieues plus haut; je vais dire en peu de mots les raifons que je crûs aflez fortes pour. my déterminer. _ Mon Chirurgien vint me deman= der fon congé, me faifant connoître qu'il me devenoit inutile près d’une Ville qui fe formoit, & où il y avoit un Chirurgien beaucoup plus habile que lui ; qu’on lui avoit parlé fi avans 90 Hifloire 1 tageufement du Pofte des Natchez On propote à qu'il défiroit d’autant plus aller si jaureur d'al- établir, que n'y ayant point de Chi | ux Nat- k 4 ’ . née | she . rurgien, ti y feroit mieux'fon compte Je lui dis que mon caractère me dif pofant à faire plaifir, je me porteroïs à l'obliger par préférence, fi ce qu'il me difoit n’étoit point une pure in" vention. Pour me prouver Îa vérité de ce qu’il venoit de m’avancer , il fut à linftant chercher l’ancien Habi= tant qui mavoit vendu mon Efclas ve, lequel me confirma Îa chofe, en m'afsürant que la beauté du Pays des Natchez , jointe aux autres avantages que l’on y trouvoit lui faifoit abans donner celui-ci pour aller habiter l'aus tre, & qu'il comptoit en Être biem - dédommagé en très-peu de tems, Sus ce recit je donnai congé à men Chi rurgien , fansautre retribution que des promefles de prier Dieu toute fa vié pour moi. | L Mon Efclave étoit préfente au dif= cours que je viens de rapporter ; elle” entendoit déja affez bien le François ? & moi la Langue vulgaire du Pays, & aufli-tôt que l’ancien Habitant & mon Chirurgien furent fortis , elle me ünt ce difcours : « Tu devrois auf ent # _ de La Louifiane. CE » aller dans ce Pays-là ; le Ciel y cft » bién plus beau qu'ici ; le gibier y ef# » beaucoup plus commun ; & comme » j'y ai des parens qui s’y font retirés » pendant la guerre que nous avions » avec les François, ils nous appor- > teroient les chofes dont nous aurions » befoin ; ils m'ont dit que ce Pays » eft beau, que l’on y vit bien, & 5 que les hommes yÿ vivent fort > VICUX ». Dès le lendemain je fis à M. Hu- sert, Directeur de la Compagnie, le apport de ce que l’on m’avoit dit des Natchez : il me dit qu’il étoit fi per- nadé de tout le bien que l’on difoit Me ce Canton, qu’il fe préparoit pour y aller prendre fa conceffion , & y établir une forte Habitation pour la Compagnie ; & continuant fon dif- cours : « Que je ferois charmé , me >» dit-il, fi vous vouliez alier en fire » autant! Nous nous ferions compa- >» gnie l'unà l'autre, & vous y feriez 5 fans contredit vos affaires beaucoup » mieux que dans l'endroit où vous » êtes Son difcours & l’amitié que nous I f dére à ; 1° / . mine à y alierg avions l’un pour l’autre , me détermi- Imerent entierement 3. Je quitral peu 92? Hifloire 0 après mon Habitation, & fus lo dans la Ville, en attendant loccal de partir, &des Négres qui devoien arriver dans peu. Mais avant quest poufler plus loin cette narration crois être obligé de rapporter ce@h fe paffa au fujet du Fortde Penfacoler fitué dans la Virginie. Ce Fort ap partient aux Efpagnols, & fert d'en trepôt ou de relâche aux Gallions d’En pagne, lorfquils partent de la Vert Cruz pour retourner en Europe de la Louifiane, 03 CHAPITRE VI. rprife du Fort de Penfacola par les “ François: Les Efpagnols le repren- ment: Les François l'ayant repris le démoliffent. a Enrs le commencement de 1719; le Commandant Géneral ayant pris par les derniers Vaiffleaux arri< és, que la guerre étoit déclarée entre France & lPEfpagne , réfolut de rendre le Pofte de Penfacola aux Ef- agnols. IL eft dans’ le Continent , à uinze lieues environ de l'Ifle Dauphi- Pentrée de la rade ; vis-à-vis eft un lortin fur la pointe del’Oueft de lFfle ainte-Rofe qui défend de fon côté entrée de la rade : ce Fortin n’a qu’une rarde pour fa défenfe. _ Le Commandant Général perfuadé qu’il lui écoit impoffble de faire le Sié- se de cette Place dans les formes,vou= lut la furprendre, fe confiant fur l’ar- | fpagnols , quiignorojent encore que e ; il eft défendu par un Fort de pieux deur des François & la fécurité des EC CTEEN, | CRT 4 Fifloire | nous fuffions dans l'Europe en guerri avec eux. Dans cette vüe il raflembl le peu de Troupes qu'ilavoit,avec plu: fieurs Colons Canadiens & François nouveaux arrivés, qui y furent volons tairement. M. de Chateauguiere {on frere & Lieutenant de Roï commandoit {ous lui, enfuite M. de Richebourg Capitaine ; ilarma cette Troupe, & après avoir fait les provifions néceffai- res en munitions de guerre & de bou- che, il s’embarqua avec cette petite Armée , & à la faveur du bon vent il arriva dans peu à fon terme. Les Frans çois mouillerent près du Fortin & fi- rent leur defcente fans être apperçüs, {e faifirent du Corps de Garde du For- tin, & mirent aux fers les Soldats de la Garde ; cette expédition fut faite en moins de demie-heure. On habilla quel- ques Soldats François de leurs habits pour faciliter la furprife de l’Éanemi. La chofe réuffit à fouhait : le lende- main dès la pointe du jour on apper- | çut le bateau qui portoit le détache- y enene EOt de Penfacola ; il venoit relever la Furprennenc Garde du Fortin : on fit battre la mar- Penfñcol che Efpagnole, les François déguifés les reçurent, les mirent aux fers & fe: revêtirent de leurs habits. Les Frans + la Lauif ane 9$. de es paflerent dans le même : ateau , furprirent la Sentinelle, le Jr ps de Garde & enfin la Garnifon , 1fqu’au Gouverneur qui fut pris dans LL lit ; tout fut fait prifonnier, & il y eut point de fang répandu. “Le Commandant Géneral , dans la rainte de manquer de vivres, fit par- “les prifonniers fur un Vaileau, les refcorter par quelques Soldats queM. e Richebourg commandoit , pour les émettre à la Havane ; il Te dans “enfacola M. fon frere pour ycomman- er, , & une Garnifon de foixante hom- nes. Sitôt que le Vaifleau François eu souillé à la Havane, M. de Riche- vourg fut à terre avertir le Gouver- “eur Efpagnol de fa commiflion ; ce- si-ci le reçut avec politefle Le pour “i témoigner {a reconnoïifance _ille LL prifonnier de même que les Officiers ui Paccompagnoient , fit mettre les voldats aux fers & en prifon,où ils fu- *ent pendant quelque tenis expofés à dfaim & aux infultes des Efpagnols , *e qui détermina plufieurs d’entr’eux le prendre parti dans le fervice d'Ef- sagne pour {e tirer de la mifere extrè- me dans laquelle ils gémifloient. © eriaieiuns des F rançois nouvel. L | F5 ‘2 06... Hire lement engagés dans les T roupes Efpae gnols inftruifirent le Gouverneur d la Havane , que la Garnifon Frans çoife que l’on avoit laiflée à Penfacola _étoit très-foible ; il réfolut à fon tour d'enlever ce Fortpar repréfailles. À cet effet il fitarmer un Vaïfleau de la Na- tion avec celui que les Françoisavoïent conduit à la Havane ; le Vaiffeau Ef pagnol fe rangea derriere l'Ifle Sainte- Rofe,& le Vaiffeau François fe préfenta avec fon Pavillon naturel devant le Fort. La Sentinelle demanda par qui éroit commandé le Vaïffeau ; on lui répondit que c’étoit par M. de Riche bourg : ce Vaiffeau mouilla, Gta le Pa- villon François, arbora celui d’Efpagne & l’affura de trois coups de canon. À ce fignal dont les Efpagnols étoient con- venus, le Vaiffeau Éfpagnol joignit le premier, puis fommerent les François - de fe rendre. M. de Chateauguierere fufa la propoñition ; il tira fur les Ef- pagnols, & l’on fe canona jufqu'à la nuit. Le lendemain la canonade continu jufqu’à midi que les Efpagnols cefle- rént de tirer,pour fommer de nouvea le Commandant de rendre le Fort :1 demanda quatre jours, on lui en accor F de la Louifrane: NL, da deux ; pendant ce tems il envoya demander du fecours à fon frere qui n’é- toit pas en état de lui enenvoyer. _ Leterme expiré, l'attaque recommen- ça 3; le Commandant fe défendit géné- reufement jufqu’à lanuit, dont les deux tiers de la Garnifon profiterent pour “abandonner leur Gouverneur , qui n'ayant plus qu'une vingtaine d’hom- Les Ptapnot. mes fe vit hors d'état de réfifter pus tement ong-tems ; il demanda à capituler, on cn ui accorda tous les honneurs de la “guerre ; maïs en fortant de la Place il En fait Prifonnier avec tous fes Sol- dats : cette infraction à la capitulation fat occafionnée par la honte qu’eurent les Efpagnols d’avoir été forcés à capi- tuler de la forte avec vingt hommes eulement. | . Dès que le Gouverneur de la Ha- ane eût appris cette reddition du Fort, & s'imaginant follement avoir “erraffé au moins la moitié de tous fes Ennemis , il fit de grandes réjouiffan- es dans fon Ifle , comme s’ileûtrem- porté une Victoire décifive, ou enlevé ux François une Citadelle d’impor- ance. Il fit auffi partir plufieurs Vaif- eaux pour avitailler & rafraîchir fes Guerriers, qui felon lui devoient avoir Tome I, Yis veulent prendre l’ifle Laupuine. tout fon canon du côté de l'Ennemi ; & que je viens de la décrire. Le nouveau Gouverneur de Penfa 4 cola fit réparer & même augmenter les” fortifications de fon Fort ; 1l envoya enfuite le Vaifleau le Grand Diable armé de fix piéces de canons pour! prendre PIfle Dauphine, ou tout au moins lui donner la peur. Le Vaifleau le SaintiPhilippe qui étoit en rade , en= cra dans un trou, s’y affourcha , mit fit voir au Grand Diable, que les Saints Léfiftent à tous les efforts de l'enfer Ce Navire par fa fituation fervoit de! Ciradelle à cette Ifle, qui navoit ni fortifications ni retranchemens , ni fenfe quelconque , fi on en excepte une batterie de canon à la pointe de PE, avec quelques Habitans qui gardoient 11 Côte & empêchoient la defcente. Le Grand Diable voyant qu'il n'avançol: en rien , fut contraint pour fe délafler d'aller piller en terre ferme l’HabitatiOr du fieur Miragouine, qui étoit aban- donnée. Dans ces entrefaites arriva Gé Penfacola un Diablotin qui étroit of Pinkre pour aider le Grand Diable Dès qu'ils furent réunis, ils recommel | Ou (D de la Loufiane: | AU x 9 , ?, 1 Cerent à canoner l’Ifle qui leur répon- dit vigoureufement. . Dans le tems que ces deux Bâti- mens eflayoient en vain de prendre no- tre Ifle, on vit paroïtre une Efcadre de "cinq Vaiffeaux,dont quatreavoient Pa- :villon Efpagnol, & le plus petit le por- toit de France en Berne, comme s’il eût été pris par les quatre autres. Les "François y furent trompés auffi bien que les Efpagnols ; les François re- “connurent le petit Vaiffeau qui étoit la Flute La Marie, commandée par le brave M. Japy ; & les Efpagnols per-. fuadés par ces apparences qu’en leur énvoyoit du fecours , députerent deux Officiers dans une Chalouppe à bord du Commandant ; mais ils ne furent plûtôt arrivés qu’ils furent faits Prifonniers. + C’éroit en effet trois Vaifleaux de guerre François & deux de la Compa- ignie commandés par M, de Chame- lin : ces Vaifleaux portoient plus de “huit cens Soldats, & une trentai- me d'Oficiers , tant Supérieurs que Subalternes , tous anciens & bons fer- viteurs du Roi, pour refter à la Loui- fiane. Les Efpagnols ayant reconnu “leur erreur , s’enfuirent à Pen‘facola E i 100 Fiffoire | _- porter la nouvelle de ce fecours arrivé | aux François. : 4 L’Efcadre mouilla devant l'Ifle, mit M Pavillon François & falua laterre, qui M lui répondit avec fon canon & des cris “ redoublés de vive le Roi. L'on tira le# Saint Philippe du Trou Major & onle joignit à l’Efcadre; on fit encore em- barquer des troupes, & on laifla la Marie devant l'fle Dauphine, à caufe de fon extrême pefanteur. Le fept Seprembre le vent s'étant trouvé favorable, l’Efcadre mit à la voile pour aller à Penfacola ; on mit à terre chemin faifant près de Rio Perdido les troupes qui devoient attaquer fur le Continent, après quoi les Vaifleaux précédés d’un bateau qui leur indiquoit la route entrerent dans le Port ; ils: mouillerent & s’affourcherent malgré. _ plufieurs décharges de canon du Fort, qui eft deflus l’ffle Sainte-Rofe, Les! Vaifleaux ne furent pas plutôt affour- chés,que l’on fe canona de part & d'au: tre : nos cinq Vaifleaux avoient à com- battre deux Forts & fept Voiles qui étoient dans le Port ; mais le grand Fort de la terre ne tira qu’un coup de canon fur notre armée, dans laquelle le Gouverneur Efpagnol ayant apper= / de li Louiïfiane. op çu plus de trois cens Naturelscomman: dés par M. de Saint Denis, dont la . bravoure étroit très- connue, eut fi peur de tomber entre leurs mains qu’il ame- ha le Pavillon & rendit la Place. L'on combattit encore environdeux Les François: … heures ; mais la groffe Artillerie de KP Le notre Chef d’Efcadre faifant grand fra- cola. cas, les Efpagnols crierent plufieurs fois fur leurs Vaiffleaux : améne Le Px- _villon ; mais la frayeur les empêchoit _ d'exécuter cetordre ; il n’y eut qu’un Prifonnier François que ofa le faire à leur place ; ils abandonnerent leurs Navires en laiffant des mêches qui dans -peu de tems y auroient mis le feu. Les * François Prifonniers dansl'entre-pont, _nentendant plus le moindre bruit, fe douterent de leur fuite, monterent,dé+ -couvrirent le defflein des Efpagnols ; - Oterent les mêches , empêcherent äinf que le feu ne prit aux Vaïffleaux, & en avertirent le Chef d'Efcadre ; le petit Fort ne tint plus qu'une heure , au bout de ce tems il fe rendit, faute de poudre ; le Commandant vint lui-mé- ) - me remettre fon épée à M. de Chame- fin qui lembraffa, lui rendit fon épée, 6e lui dit qu'il fçavoit faire la différence d’un brave Officier d’avec celui qui ne E üj » 1ô2 . Hiffoire | | l'étoit pas ; il lui donna fon Vaifleam pour prifon , au lieu que le Comman- ï dant du grand Fort fut un fujet de ri<. fée pour lés François. _ L'on fit Prifonniers de Guerre tous. les Efpagnols des Vaïfleaux & des! deux Forts ; mais les Déferteurs Fran çois au nombre de quarante tirerentaü fort ; & onen pendit la moitié aux vergues du Vaïffleau ; les autres furent condamnés à être forçats de la Com- pagnie pendant dix ans dans le Pays, Le même jour on apperçüt en mer un grand bateau qui venoit droit à Penfacola ; on fe douta qu'il étoit Ef< pagnol : on mit le Pavillon de cette Na- tion ; il y fut trompé, il entra dans le Port, y mouilla & falua la flamme : mais il fut bien furpris, lorfque le. Grand Diable, qui nous appartenoit alors, lallongea , & ne répondit à fon Salut que par une décharge de mouf- queterie & par des cris de, Vive le Roi de France. Le Capitaine fe rendit, après avoir laiffé tomber dans la mer une boëte de plomb ; un Soldat qui le vit fe jetta à la mer & rapporta la boë= te. On y trouva une Lettre du Gous verneur de la Havane à celui de Pen {acola, par laquelle il lui marquoit, que, | de la Louifiane. 10% fe doutant point que la valeur des Ef | im ne les eût rendus Maîtres du Pays des François, & qu'ils ne les euf= {ent tous fait Prilonniers , il ordonnoit … faute de vivres deles envoyer travailler . Aux mines. il | … Ces ordres rendus publics n’adou- Demolition de . cirent point le fort des Prifonniers Ef- ddr pagnols : il fe trouva fur ce bateau . beaucoup de rafraïchiffemens qui firent … plaifiraux Vainqueurs. M. de Chame- bin fit démolir les deux Forts, & l’on ne conferva que trois ou quatre mai- … fons avec un Magazin ; ces maifons . devoient fervir aa logement de l’Ofi- … cer, du Corps de Garde,& du peu de . Soldats qu’on y laïffa ; le refte des Co- Jons fut tra nfporté à l’Ifle Dauphine, & M. de Chamelin partit pour repaf- fer en France. un | . Cette guerre de Penfacola m’a oc: _cafonnéune digreffion que l’on me par- donnera , fi l’on veut faire attention que je ne pourrois la pafler fous filen- ce, puifqu’elle eft arrivée de mon tems, & pour ainfi dire fous mes yeux,& dans le tems que je demeurois près de la nouvelle Orléans ; c’étoit d’ailleurs | dans les commencemens que la Colonie SÉtablifloit dans cette grande Province E iv ro4 | Hifhire dont je donne ici l’Hiftoire, & que le Habitans de ce Pays faifoient une partie des troupes qui furent au Siége de ce” Pofte, qui efl fur le même Continent , j _& fi peu éloigné des limites de notre" terrein , que les Efpagnols entendent les coups de fufil que les François ti=" rent, lorfqu’ils les avertiffent par ce fi- gnal, qu’ils viennent pour traiter des! Marchandies, = l ; | | ; LE er Lo Z = de la Louifianes IO$ CHAPITRE VIE | Calumet de Paix des Tchirimachas # … Leur Harangue au Commandant Gé- _ neral: Avarture fi finguliere. | À à REs avoir quitté, comme je l'ai dit plus haut, mon Habitation qui n'étoit Eélotioée de la Ville que d’u- ne demie lieue, je vins enfin demeurer à la Capitale pendant deux mois. J’eus occafion pendant ce féjour de fatisfaire ma curiolité au fujet du Calu- met de paix(1 1) dont j'avois beaucoup: _ entendu parler & à nos anciens Habitans François ; 3 je vais en rapporter le mo- tif , les cérémonies & la harangue ae le plis de précifion qui me fera pof- fible.. ( 1) Le Calumet de Paix eft un tuyau de: pipe Jong, au moins d’un pied & demi ; il eft: garni d’une peau du col d’un Canard bran- chu , dont le plumage de diverfes couleurs: et trés-beau , & l’extrémité eft une Pipes Au même bout elt attaché une efpèce d’é- ventail de plume d’Aiglie blanc , en forme de quart de cercle: au “bout de chaque plu-- me eft une houpe de poit teint en rouge éclatant, Vautre bout dul tuyau eft à nud Pour pouvoir fumers | | E y à fé us / NN , 4 $ 1 * 106 Hifloire Dès avant mon arrivée à la Eoui<# fianne on étoit en guerre avec la Na=" tion des Tchitimachas , parce qu'un” homme de cette Nation s'étant retiré” dans un lieu écarté fur le bord du Fleus : ve S. Louis, avoit affafliné M. de S. Côme Miffionnaire de cette Colon- nie ; il defcendoit lé fleuve, & avoit: crû pouvoir en fureté fe retirer dans le cabanage de cer homme pendant la nuit juiqu’au lendemain. M. de Biainville s'en étoit pris à toute la Nation de cet affaffinat ; & pour ménager fon monde, | Pavoit fait attaquer par plufieurs peu- Les Tchitima- ples alliés des François ; la valeur n’eft. Do nr pas la plus grande qualité des Naturels, fafin pour @& les Echitimachas s’en piquent en- pce LR core moins que les autres ; ils eurent. donc du defflous , & la perte de leurs meilleurs Guerriers les força à dernan- der la Paix ; le Gouverneur la leur - ayant accordée à condition de lui ap- porter la tête du meuririer, ils fatisfs- rent à cette condition , & vinrent pré-. fenter à M. de Biainville le Calumet de Paix, leur ayant promis de lerecevoir pour les François. | Je fçus leur arrivée & le moment de la cérémonie, que le Commandant Général avoit arnnoncé; je m'y ren-. de la Louifiane. 107 dis, parce que dans ces circonftances, il eft à propos qu’il foit accompagné d’une petite Cour ; c'eft l’ufage & cela fait honneur au Gouverneur, Mon Ef- clave y vint avec moi pour voir fes parens ; j'en fus d'autant plus aife, que j'efpérois qu’elle m’expliqueroit dans la fuite la harangue & les cérémo- nies de cette. Ambaflade folémnelle : tout cela m'étant nouveau, je défi- rois n'inftruire de ce que je croyois en mériter la peine. . J’étois chez M. de Biainville,lorfqu’ils arrivèrent fur le Fleuve dans plufieurs Pirogues. (1) Ils avançoient toujours en chantant la chanfon du Calumet, qu'ils agitoient au vent , & en ca- dencéÿ pour annoncer leur Ambaña- … (x) Pirogue eft un tronc d’arbre plus ow moins gros, creufé en forme de Bateletz celles des Naturels contiennent depuis deux _ jufqu'à dix perfonnes ; avant qu'ils euflent Pufage des haches qu'ils ont eues des Fran- çois , 1ls les creufoient par le moyen dufeu , ayant foin de garnir avec du mortier les en- : droits qu'ils vouloient conferver. Les F'ran- Gois en font auffi des très-grofles d’un feuf: tronc d'arbre ; il y en avoit une dans l'Ha- tation du Roi, qui apporta de 3oliéues {ur le Fleuve 50 Négres, à la vérité très-près les uns des autres, | E vj #o6 Hiffoire | de qui en étoit une effletivementé _compofée du Porte-parole, comme Île nomment ces Peuples, ou Chancelier ; & d’une douzaine d’autres hommes. Dans ces occafions ils font parés de ce qu’ils ont de plus beau à leur goût, & ne manquent jamais d’avoir en mai yn Chichicois, (1) pour l’agiter auft . en cadence. Il n’y avoit pas plus de cent pas de l'endroit où ils débarquerent, juf- . qu’à la cabane de M. de Biainville x cependant ce peu deterrein fufft pour Yes tenir en chemin près d’une demie- heure, en marchant toujours felon que Ja mefure & la cadence les régloient : is ne cefferent cette mufique que lorf- qu'ils furent auprès du Commandant. Ce fut alors que le Chef de cetteProu= Cérémnte du pe, qui étoit le Porte-parole, lui dit: Calumet de te voilà donc, & moi avec toi ? Ce : ie Gouverneur lui répondit fimplement (r) Chichicois eft une. Calebafle percée parles deux bouts, pour y mettre un petit bâton , dont un bout dépañle pour fervir de manche ; l'on met dedans de gros gravier. pour faire du bruit; au défaut de gravier, on y met des fêves ou hzricots fecs ; c’eft avec cet inftrument qu'ils battent la mefure: en:chantants. | \ de la Louifrane: rüq bar un oui. Ils s’afirent enfuite par terre, appuyerent leurs vifages fur leurs mains, le Porte-parole fans doute, pour fe recueillir avant de prononcer {a harangue, les autres pour garder Je filence, & tous pour reprendre ha- line fuivant leur coûtume. Dans cet intervalle, on nous avertit de ne point rire ni parler pendant la harargue 3 ce qu'ils auroient regardé comme un grand mépris de notre part. Le Porte-parole , quelques momens: après, fe leva avec deux autres ; l’un emplit de tabac la pipe du Calumet,. l'autre apporta du feu, le premier al- _ Juma la pipe; le Porte-parole fuma & le préfenta après lavoir efuyé, à M. de Biainville pour en faire au- tant : le Gouverneur fuma, nous en: _fimes tous de même les uns après les: autres ; & cette Cérémorie finie, le Vieillard reprit le Calumet, le don- na à M. de Biainville afin quil le: gardat. Alors ce Porte-parole refta. feul debout, & les autres Députés _ fe raflirent auprès du préfent qu'i's avoient apportés au Gouverneur: il confiftoit en peaux de Chevreuils:, £ en quelques autres paflées en blanc. Le Porte-parole étoit revêtu. d’une 410 Hifhoire robe de plufieurs peaux de Caftorg avoir cinq quañts de large en tous fens: elle étoit attachée fur l'épaule droite & pañloit fous le bras gauche: il fe {erra le corps de cette robe, & com- mença la harangue d’unair majeftueux, en ces termes, & addreflant la pa role au Gouverneur: gene» Mon cœur rit de joye de me voir dés Tchitima- 5 devant toi, nous avons tous entendu (#3 H al coufues enfemble, & qui pouvoient M cp * shas. » la parole de Paix que tu nous | » as fait porter: le cœur de toute » notre Nation en rit de joye Jjuf- » qu’à treffaillir ; les Femmes oubliant » à l’inftant tout ce qui s’eft pañlé , ont » danfé, les Enfans ont fauté comme » dejeunes Chevreuils, & courucom- » me s'ils avoient perdu le fens. Ta » parole ne fe perdra jamais ; nos cœurs » & nos oreilles en font remplis, & _» nos defcendans la garderont auñi » long-tems que l’ancienne parole du- » rera (1). Comme la Guerre nous » a rendus pauvres, nous avons été » contraints de chaffer pour t’appor- »ter de la Pelleterie, & de prépa- (1) C'eft ainfi que les Peuples nomment a Tradition, qu'ils ont grand foin de confers ver fans auçune altération, | bn + ” te es RP | de la Louifiane: f1F » rer les peaux avant de venir; mais » nos hommes n’ofoient s'éloigner à _ » la chafle à caufe des autres INa- -»tions , dans la crainte qu’elles n’euf- . » fent pas encore entendu ta parole, &c » parce qu’elles font jaloufes de nous; » nous ne fommes même venus qu’en » tremblant dans le chemin, ju'qu’à » ce que nous euflions vû ton vifage, » Que mon cœur & mes yeux font » contens de te voir aujourd'hui, de . _»te parler moi-même, à toi-même, » fans craindre que le vent emporte » nos paroles en chemin! » Nos Préfens font petits, mais » nos cœurs font grands pour obéir à ta parole. Quand tu parleras , tu » verras nos jambes courir &c fauter » comme celle des Cerfs, pour faire » cé que tu voudras. Ici l'Orateur ou Porte-parole fit une pole; puis élevant la voix, ik reprit avec gravité : » Ah que ce Soleil eft beau au- »jourd'hui, en comparaifon de ce » qu'il étoit quand tu étois fâché con- » tre nous ! Qu'un méchant homme eff dangereux ! Tu fçaisqu'un feul a tué » le François, dont la mort a fait tom-. » ber avec lui nos meilleurs Guer- ET Hifioire "4 . »'riers; il ne nous refte plus que des” æ Vieillards, des Femmes & des En-" LA A f Pi » fans ; tu as demandé la tête du mé: » chant homme pour avoir la Paix 5 « » nous te l'avons envoyée, & voilæ « »le feul vieux Guerrier qui a ofé # Pattaquer & le tuer (1); n’en fois: » point furpris, il a toujours été un: + vrai homme , & un vrai Guerrier = » il eft parent de notre Souverain, >» & fon cœur pleuroit jour & nuit; » parce que fa femme & fon enfant. » ne font plus depuis cette Guerre 5: » mais il eft content & moi aufli au- æ jourd’hui, parce qu'il a tué ton En- » nemi & le fien. Auparavant le So » leil étoit rouge, les chemins étoient » remplis de ronces & d’épines, les: » nuages étoient noirs , l’eau étoit trou- > ble & teinte de notre fang , nos: x Femmes pleuroïent fans cefle, nos. > Enfans crioient de frayeur, le gi- » bier fuyoit loin de nous, nos mai- = (1) C’étoit le Pere de mon Efclave qui’ avoit été prife dans cette guerre , & il: croyoit qu’elle étoit morte ainf que fa mere :. mon Efclave étoit avec d’autres filles & n’o- {oit rien dire ; j'étois à portée de pouvoir la‘M regarder , & je la voyois tantôt fourire-&: " tantôt verfer des. larmes. à de la Louifiane: Yr3 # fons étoient abandonnées, & nos æ Champs en friche , nous avions tous. æ le ventre vuide, & nos os paroif » foient. de ; - » Aujourd'hui le Soleil eft chaud » & brillant, le Ciel eft clair, iln'y a plus de nuages, les chemins font _» nets & agréables, l’eau eft fi clai- » re que nous nous voyons dedans, # le gibier revient, nos Femmes dan- > fent jufqu’à oublier de manger , nos “> Enfans fautent comme de jeunes » Faons de Biche, le cœur de toute » la Nation rit de joye, de voir qu’au » jourd’hui nous marcherons par le mê: >» me chemin, que voustous, Fran .» çois ; le même Soleil nous éclaire- æ ra: nous n’aurons plus qu’une mé- > me parole, nos cœurs n’en feront > plus qu’un, nous mangerons enfem- » ble comme freres ; cela ne fera-t-il » pas bon, qu’en dis tu? À ce Difcours prononcé d’un ton ferme & afluré, avec toute la grace & la décence, j'ofe même dire, avec toute la majefté poffible, M. de Biain- ville répondit en peu de mots, en Langue vulgaire qu’il parloit avec fa- cilité ; ils les fit manger, mit en fi- -gne d'amitié fa main dans celle du Chan: " " , à , 1 14 Hifloire ÿ celier, & les renvoya fatisfaits. “4 nr dre _ Au fortir de cette cérémonie, je ne. L'Auteur eft du m'attendois guères à ce que je devois. D avoir le plus à craindre dans ces cire confiances, qui étoit de perdre mom Efclave, après avoir donné congé à mes engagés 3 cette fille me joignit tout de fuite , & m’«bordant avec une joie qu'ileft difficile d’exprimer : » C’eff æ mon pere, me dit-elle , qui eft l3 » c'eft lui qui à tuéle méchant, je te sprie que je lui parle : je lui dis ; >» vas vite, & amenes-le chez moi ; je veux lui donner la main & lui faire um préfent ; elle y courut fur le champ de toutes fes forces; fon pere étoit extafñé de la joie qu’ilavoit de revoir fa fille g. il quitta fa compagnie & vint chez mot avec elle peu de tems après que'je l’eûg envoyée vers lui. ‘1% Malgré le peu de tems qu’elle mit à aller chercher fon pere,j’en eus de refte pour craindre qu’il ne la redemandit} & que par faveur on ne la lui rendit $ car c’étoit lui qui avoit tué l’affaffin du Miffionnaire dont le meurtre avoit ac cafionné la guerre, comme la mort. dæ coupable avoit donné lieu à la paix ÿ d’ailleurs la fœur aînée de mon Efcla-« ve étoit femme du Souverain de cetté” de la Louifiane. 115 Nation. Mais cette crainte fut vaine heureufement pour moi, puifque fielle m'eût quitté, je me ferois trouvé {ur mOn départ pour les Natchez fans do- meftique, - ; . Son pére vint en ma maifon, je lui fis le meilleur accueil qu’il eût püû ef- pérer; cependant il lui propofa de la Éire racheter par fa Nation; & fielle y eût confenti, jé n’aurois pas été dans de pareilles circonftances , le maître de Ra garder : mais elle déclara qu’elle ne vouloit point me quitter. J’avois eu le bonheur de trouver en eile un excellent Sujet ; je l’avois traitée avecbeaucoup de douceur,elle s’étoit attachée à moi, & avoit perdu l'habitude de vivre &e d'aller prefque nue comme dans fon pays. Elle dit donc à fon pere qu’il -marchoit èn homme mort, & par fon grand âge , & parce que les parens du méchant qu il avoit tué ne manque- roient pas de venger fa mort par la fienne, que d’ailleurs fa mere étant morte elle fe trouveroit fans appui, que j'étois fur le point d'aller m’éta- blir aux Natchez, & que s’il vouloit aller demeurer chez fes parens de cette Nation, elle fe trouveroit ainfi dans fon voifinage, & feroit en état de lui 4 116 : Hifhire : procurer tous les fecours dont ellé étoit capable. Le pere fentit la force des raifons de fa fille, & qu’elle avoit pris fon parti. C’eft pourquoi il lui dite. » C’eneft fait , je fuis trap vieux pou# >» refter avec toi: que pourrois-je faire >» pour ton Maître à préfent ? Si j'étois >» plus jeune, je demeureroïs chez luis >» jirois à la chafle & à la pêche , je fes > rois un champ de bled,&c tu me ver æ rois mourir auprès de toi; mais tu » m'a dit que ton Maïtre alloit bientôt > s’établir aux Natchez, je vais y paf » fer le refte de mes jours chez de mes >» parens qui font les tiens, & je mour: >» rai chez eux près de toi: tu n’asqu'à » appeller ton Maître , & dis lui qu'a » vant de partir je veux lui céder mon » autorité {ur toi. » 1 : En effet j'avois dit plus d’une fois à cette fille, que fi elle voulait s’attacher à moi, je lui ferviroïs de pere; elle l’a= voit répété au Vieïllard, qui me céda £es droits fur fa fille en la plaçant entre nous deux , me portant la main droite: fur fa tête, & mettant la fienne par Ce Vicltard deflus ; il prononça enfuite quelques or paroles, qui fignifioient qu’il me la dons nu noit pour ma fille. Après cette cérémoss 7 nie,&avoir pañé unehuitaine chez mois —_ #1 de la Louifiane: | AE il alla rejoindre ceux de fa Nation, qui étoient fur le point de partir, & D ér retourné avec eux , il fut, comme il l’avoit promis , demeurer aux Natchez, ou nous apprîmes depuis qu’il étoit murt peu de jours après qu’il kr Arrivé. - . etes | * Au départ du pere de mon Efclave nous nous trouvions tous trois aflez contens, & moi en particulier d’être afluré d’une perfomne fidéle & atta- chée à mes intérêts , & qui d’ailleurs ayant des parens aux Natchez, ne pourroit que m'être utile dans mon nou- vel établiffement , pour les Ouvrages les plus preffés que j'aurois à y faire par le moyen des Naturels ; enfin le tems étant propre pour mon départ je m'y difpofai. ; | CHAPITRE VIII Départ de l'Auteur pour les Natchez & Defcription de ce Voyage : Difficulté de convertir les Naturels : Etablifle= ment de l’Auteur aux Natchez, 2. Etems de mon féjour à la nou= 4 velle Orléans commençoit à me paroitre long, lorfque j’appris Parrivée des Neyres, Quelques jours après cette cette nouvelle , M. Hubert m’en ame- na deux bons que l’on m'avoit accordés par répartition : c'étoit un jeune Ne- gre àgé feulement de vingt ans, & fa femme qui étoit de même âge ;ilsne me revenoient enfemble qu’à treize cens vingt livres. Je partis deux jours après dans une moyenne Pirogue avec eux feulement, fur ce que mon Efclave me dit que nous irions même plus vite que les bateaux qui venoient avec nous , par= ce qu’elle étroit forte, qu’elle gou= verneroit & rameroit, Ou nageroit en même tems ; que pour moi qui tirois” bien, je n’avois qu’à emporter beaucoup. Lt Eli ; } 1 « WG D © dela Louilane ‘119 de poudre & de plomb, & que je trou- verois plus de gibier à tuer qu’il n’en faudroit pour nous & pour les Frans gois qui remontoienc dans les bateaux? ‘que pour réuflir à cette chafle, il fallois ê fervir de Pagaïes & non de rames qui par leur bruit font fuir le gi- Dier (1). . Je communiquai cer avis à des Voyas geurs qui me dirent qu’elle avoit rai- | je Le fuivis , je mis tous mes effets dans le bateau de la Compagnie, je me réfervai mon lit, une mallette, lune poile, une broche , une marmite , une cafferole, de la munition de bou- che & de chañle , & matente. F’avois beaucoup de poudre dans un petit baril, | êc je crûs que quinze livres de plomb TAuteur res me fuffiroient pour tout le voyage 3 ves. Lonis, mais l'expérience que je fisen remon- pe”, ne tant le fleuve m'infruifit que pour un Pays auffi rempli de gibier il falloit fai- re une plus grande provifion de plomb fi on vouloit s'amufer à tirer,{ans même aller chercher le gibier hors de la route que l’on tient. À peine fûmes nous ar- … (x) Pagaïe eft une petite rame dont on fe fert pour ramer en devant, fans toucher à la Pirogue : les Divinités des Fleuves en tien- ment ordinairement une en main, € 126 Hifloire | 1 rivés à la conceffion de M. Paris du Vernai, que je fus obligé d’en em prunter quinze autres livres,prévoyants par la quantité que j’en avois ufé de= puis vingt-huit lieues, que je n’en au= rois point trop d’en prendre encore aux tant. En conféquence de ce que j'avois éprouvé, je ménageois ma provifion! que je regardoïis comme très petite,& je ne tirois alors que ce qui pouvoit être propre à nos repas» comme Cas nards fauvages , Canards branchus 3 Cercelles, Becfcies & femblables. Je voulus tuer entrautres un Carancro pour pouvoir l'examiner de plus près que je n’avoisencore pü faire ; je le ti- rai à balle de même que les Outardes % les Grues & les Flamans (1) ; je tirois auñli fort fouvent de jeunes Crocodiless dont la queue donnoit aux Efclaves de: quoi faire de friands repas, de même qu'aux François & Canadiens rameurs, quoique d’ailieurs mes Efclaves ayant la garde du gibier,ne s’en laifloient pas manquer. Ces Crododiles me font revenir li dée d’un monftrueux de cette efpece (1) Je parlerai de ces Oifeaux dañss la Def cription que je donnerai en fon lieu des Ois feaux de la Louifiane. , que fé de la Louifiane. 125 Mae je tuai dansce voyage. Mon Efcla- ve l’apperçut(r)la premiere, il fe chauf- _foit au Soleil fur le bord du Fleuve àdix pieds environ plus haut que la furface de l’eau ; nous voguions près de la terre, & fi la peur leur fait précipiter dans Veau, nous avions jufte fujet de crain- dre qu’étant vis-à-vis denous , fa mafle énorme ne nous eût fait tourner & peut être noyer , fur-tout dans un Fleuve auf profond qu’eft celui-là. Après ces réflexions que j'eus bientôt faites, on arrêta fans bruit, je coulai une balle fur mon plomb, je ne voyois que fa tête & L’Auteur tne mon Le étoit affez gros : je le vifai a au Vœil, & de fuite après mon coup illong, a ouvrit fa gueule qui auroit englouti un ‘ demi muid, la referma à l’inftant & ne fit plus aucun mouvement. … Je mis à terre un peu au deffous pour Pachever en cas qu'il eût encore don- mé quelques fignes de vie, maïs je le “trouvairoide mort. Les bateaux arri- verent dans cet intervalle ; M. de Me- “ham qui en commandoit un, voulut le mefurer , fa longueur fe trouva de dix- neuf pieds, fa têce de trois pieds & (1) Les Naturels ont toujours les yeux aler= tes , par l'habitude qu'ils ont d’etre fur leurs gardes dans les bois & dans leurs voyages, Tome I. i fon odeur mufquée. M. de Meham me“ dit que deux ou trois ans auparaw vant, ilenavoit tué un de vingt-deux! pieds de long. Quand j’aurois été ins crédule à ce fujet, je n’aurois pu V’é= tre en cette occurrence: d’ailleurs Je Pavois appris par des témoins oculairessl Au refte on peut s'imaginef que c'és toit un très-vilain Lézard aquatique ê& un monftre affreux (1). 1 A près plufieurs jours de navigation nous arrivames à Tonicas le lende= main de Noël ; nous n'avions point ef= rendu la Meffe depuis notre départs faute de Prêtres qui n'étoient point communs dans cette Province : nou entendimes ce jour-là celle de M: d'Ar vion des Mifions Etrangeres. fl nou fit beaucoup de carefles, & nous reçu … grandement ; fa bonne réception & le _#ollicitations nous furent une occafioi d’y pañer le refte des Fêtes. Je mi _ (1) On verra la defcription du Crocodi pa fon lieus | de la Louifiané: T2 #ormai à lui-même fi fon grand zéle pour le falut des Maturels faifoit beau- | coup de progrès; il me répondit pref- Me me que la larme à l’œil, que nonobftant le Rares de té profond refpeét que ces Peuples lui Louifiane. portoient, à grande peine pouvoit-il obtenir de batifer quelques enfans à Particle de la mort , que ceux que _ étoient en âge de raifon s’exculoient -d'embrafer notre fainte Religion, fur _ce qu'ils difoient être trop vieux pour s’accoutumer a s'aflujettir à des régles fi difficiles à obferver ; que le Prince ( 1) depuis qu’il avoit tué le Médecin qui traitoit fon fils unique dela maladie dont il étoit mort, avoit faitré{olution . de jeûner tous les vendredis de fa vie , fur les vifs reproches qu'il lui avoit faits de fon inhumanité. Ce grand Chef ne manquoit pas à la priere que M. d'A- vion faifoit foir & matin, les femmes & les enfans y affiftoient aflez régulié- rement, mais les hommes qui n’y ve= / . (1) Les Princes fouverains de ces Nations fe nomment grands Chefs. Ainf que l’on me foit point furpris fi l’on fe fert dans cette Eliftoire de ce mot pour exprimer le nom de Celui qui les gouverne ; c’eft l’interpréta- “tion que l’on a donnée au terme qui dénote celui qui a en main la fouveraine Puiffance. 11 24 Hijtoire “4 noïent pas fouvent , prenoient plus de plaifir à fonner la cloche ; du refte ils. ne laiffoient manquer d'aucune chofe ce zélé Pafteur, & lui fournifloient touts ce qu'il témoignoit lui faire quelques plaifir. / Nous étions encore éloignés de vingt= Û cinq lieues du terme de notre VOyages qui étoit le Canton des Natchez. Nous”, partimes des Tonicas pour achever notre route, furlaquelle nous ne vimes rien qui puifle intéreffer le Lecteur, fi ce n’eft plufieurs Ecores qui tiennenë enfemble : ily a entrautres celui que l’on nomme l'Ecore Blanc, parce qu’on y trouve plufieurs veines de terre blansi che, grafle & très-fine, avec laquellen j’ai vû faire de très-belle poterie. Sur lé même Ecore on voit des veines d’ocren que les Natchez venoient prendre pouf barbouiller leur poterie, qui étoit afeZ" jolie ; lorfqu'etle étoit enduite d’ocresn elle devenoit rouge après fa cuiflon. M Nous arrivâmes enfin aux Natchegs après avoir fait quatre-vingt lieues Nous mîmes à terre au débarquement” qui eft au pied d’un Ecore quia de | cens pieds de haut, fur la cime duqué j Débarquement eft conftruit le Fort Rofalie, ‘entoufé du Pofte des : | Narchezs (eUlement de pieux en terre 3 Vers de La Louifiane. | Foi OCR fs FAR . Milieu eñ montant on trouve le maga- fin vers quelques maifons d’Habitans ; qui s’y font établis, parce que la mon- tée n’eft plus froide en cet endroit: c’eft: auffi pour la même raifon qu’on y a _conftruit le Magafin. Lorfque lon eft au plus haut de cet Ecore, on découvre _ tout le Pays qui n’eft qu’une belle & grande plaine entre-coupée de petites _monticules , fur lefquellés les Habitans avoient bâti & formé leurs Habitationsz le coup d'œil en étoit charmant, * Quoique cette grande côte foit fur le bord du Fleuve, Peau du Fort & toute celle qui tombe fur le haut de certe Côte par les pluies, va fe rendre à une lieue plus bas dans une petite ri- viére, qui fe jette dans le fleuve à qua= tre lisues du Fort ; ce qui me parut aflez extraordinaire. En arrivant aux Natchez je fus très- bien reçu chez M. dela Loire de Fiau- court Garde Magazin de ce Pofte; it tious régala de gibier qui abonde en: cet endroit. Ds le lendemain j achetai une maïfon près du Fort pour loger M. Hubert & fa famille en arrivant. jufqu'a ce qu’il eût bâti fur fon Habi.- Il m'avoit aufli prié de choifir deux F ii} Habitation de EPA uteur, LT x 26 Hifhoire terreins commodes pour former deux | Habitations confidérables,dont une de- voit être pour la Compagnie & l’autre pour lui. J’y fus dès le fur-lendemain de monarrivée avec un ancien pour me conduire & m'indiquer les endroits, pour en même tems choifir un terrein pour moi; je le trouvai dès le même jour, parce qu’il eft plus facile de choi- fir pour foi que pour les autres. Je trouvai fur le grand chemin du principal village des Natchez au Fort, à mille pas de ce dernier, une cabane de Naturels fur le bord du chemin, en-. tourée d’un terrein défriché;j’achetai le tout par le moyen d’un Interprête.Je fis cette acquifition avec d’autant plus de plaifir, que j'avois fur le champ de quot . me loger avec mes gens & mes effets 5 le champ défriché étoit d’environ fix. arpens pour faire un jardin & planter du tabac, qui étoit alors la feule denrée: qui occupâtles Habitans, L'eau étoit a e 3 ° d’ toit excellent, J'avois d'une part un près de ma cabane & tout mon terrein « côteau en pente douce ; boifé & fouré de cannes qui viennent toujours dans étoit une futaye de Noyers blancs de _les terreinslesplus gras ; derriere étoit une grande prairie, & de l’autre côté PE) A di 1 #4 | de la Louifiane. 127 plus de cens cinquante arpens, avec de l’herbe deflous jufqu'au genouil. Fout ce terreinétoit généralement bon, la terre noire & légere ; il contenoiten tous quatre cens arpens d'une melure plus grande que celle de Paris. Je pris les deux autres terreins que M. Hubert m’avoit chargé de lui chercher, fur le bord de la petite riviere des Natchez, chacun à demie lieue du grand village de cette Na- tion , à une lieue du Fort, & mon ter- rein {e trouvoit au milieu de ces deux Habications & du Fort, &bornoitles … deux autres, Je fus enfuite me loger fur mon terrein dans la cabanne que Javois achetée du Naturel, je mis mes gens dans une autre qu’ils fe firent à côté de la mienne, de forte que je me trouvai logé à pèu-près comme nos Bucherons en France, lorfqu’ils tra- vaillent dans les bois. _ À peine fus-je inftallé fur mon Ha- bitation je fus voir avec l’Interprête les autres Champs que les Naturels -avoient défrichésfur mon terrein; je les achetai tous à la réferve d’un feul .que le Naturel ne voulut jamais me vendre: il étoit fitué de façon à me convenir , jenavoisenvie , & je lui aus F iv ‘28 Hifloire rois payé bien plus cher, mais il me fut impofhble de le faire confentir à ma vo- lonté. Il me fit dire que fans le ven- dre, il me l’abandonneroit aufli-tôt que j’aurois étendu mon défriché juf- qu’auprès du fien, au lieu qu’en reftant. auprès de moi fur fon terrein, je le trouverois toujours prêt à me rendre fervice , & qu'il iroita la chafle & à la pêche pour moi. | Cette réponfe me fatisfit , parce qu'il m’auroit fallu plus de vingt Né-. gres avant que j'eufle pû l’approcher 3 on m’aflura d’ailleurs qu’il étoit hon- nête homme; & bien loin d'avoir ew. occafion de me plaindre de fon voifina- ge, j'enai eu au contraire toute forte de fatisfaction. | Rs D CHAPITRE: IX. L'Aureur ef} attaqué d’uné Stciatique x Entretiens [ur deux Points d’Aftro= nomie : L’ Auteur eff guéri par ur: Médecin Naturel. ] L n’y avoit pas encore fix moisque. L je demeurois aux Natchez, que je reflentis des douleurs à une cuifle ; ce qui ne m'empéchoit cependant point d'agir aflez facilement à mes affaires. J'en parlai au Chirurgien Major qui m'en fit craindre les fuites. pour les. éviter ,il me dit qu’il falloit me faigner & que l’humeur fe détourneroit. La. chofe arriva comme il l’avoic dit, mais: lhumeur fe jetta fur l’autre cuifle, &. s’y fixa avec tant de violence , que. je ne pouvois plus marcher qu'avec des- douleurs extrêmes. Je fis confulter les: Medecins & Chirurgiens de la. nou- 1’Auteur cyn2 velle Orléans , qui me confeillerent de qe 2. pu prendre des bains aromatiques ; & que en fe fa s'ils étoient inutiles il falloit repañler.en Sciatique. France pour y prendre les eaux & m'y baigner. Cette réponfe me fatisfit d’aue. Fy 130 Hifhoire : tant moins queje n’étois point pour cex ; la afluré de ma guérifon, & que ma fi- w tuation préfente ne me permettoit point de repañler en France. Je crois que cet- te miférable maladie provenoit en par- tie de la pluie que j'eus fur le corps’ pendant prefque tout notre voyage, & que ce pouvoit être auf quelque fruit de la guerre & des fatigues que -Javois effuyées dans plufieurs campa- gnes que j'avois faites en Allemagne. Comme je ne pouvois fortir de ma bicoque , plufieurs honnêtes gens du: voifinage avoient la bonté de venir de tems en tems me tenir compagnie; j’a- vois déja quelques bons voifins, puif- que le jour de notre arrivée qui étoit le $ Janvier 1720, nous nous trouvâ- mes au moins douze à table chez M. de Flaucourt, chez lequel nous fimes es Rois. Du nombre de ces charitables voi- fins étoit le R. P. de Ville ; ce digne Religieux étoit plein d’érudition, il étoit membre d’une Société qui a pro- duit un fi grand nombre de Sçavans, : que fa Science ne fut point pour moi un fujet d’étonnement. Ii m'honora fou- vent de fes vifites, & je profitai de mon mieux des vives lumieres qu'il répan= w LE el Épr : FT & a l'A f + # _ de la Louifiane. Î3r doit dans nos converfations : il at- . tendoit que la glace qui alloit venir du Nord fût païlée pour monter aux -Tlinois ; cette relâche me procurabeau- coup de fatisfaction , elle adoucit l’en- -nui inféparable de la folitudé où ma maladie me retenoit, & le chagrin . que me donnoit l’évafñon de mes deux D. … Dans ces entretiens que nous avions “enfemble fur toute forte de fujets, & dans lefquels je me faifois un devoir d'écouter beaucoup , & de faire plus de queftions que de donner des dé- _cifions, nous tombâmes un jour fur les: fyftêmes du Monde. Le R.P. de Ville, qui fçavoit que j'avois fait mon Cours: de Mathématiques, m'interrogea à fon tour, & voulut fçavoir mon fentiment fur cette queftion : Comment peut - on accorder le fyflême de MM, de V Ara- démie Koyale des Sciences avec lE- criture Sainte ? æ Ces MM., conti< »nua-t-il , prétendent que le Soleil eft » au centre du Monde, & que la Terre » & les autres Planétes tournent au- “tour du. Soleil ; le fyftême au con- sitraire de l'Ecriture dit , que la Terre »“ellllau centre, & que le Soleil & les autres Planétes tournent autour F v] Li M < Ç s) à 132 Hifhoire » de la Terre ; de quelle maniere petis. » fez-vous que l’on peut concilier ces » deux fvftêmes qui paroiflent fi op=" » pofés ? » Je lui. dis que jele priois de prêter attention à une idée qui me venoit, & qui pourroit donner quelque Accord des éclaircifflement à fa propofition. » On qeux Dfèmes » ne peut douter , lui dis-je, que l’'U- tions du Soleil » nivers ne foit une Machine , dont & de la Terre, » toutes les Parties font intimement. » liées les unes aux autres; & il eft » inutile dans l’occafion préfente de fe » défendre , comme quelques-uns ;: » en difant que Dieu parloit aux hom- » mes felon leur maniere de penfer s, » difons donc plutôt, que Dieu étant » l’Auteur de cette Machine, il en. », connoifloit parfaitement toutes les. » parties, & le Méchanifme, & qu'il » in pira à Jofué d'arrêter la Machi- » ne du Monde, par fon premier mo- p bile : c’eft-à-dire que le Soleil étant. » au centre du Monde & tournant fur » lui-même, donnoit le mouvement à » toutes les parties de l'Univers ; or il -» eft de la prudence d’un fage & fçavant. 2 Méchanicien d'arrêter fa machine par + le premier mobile plutôt que par une. x pléce éloignée, qui doit avoir un » mouvement beaucoup plus rapide: »' Rd ñ de la Eouifiane: ‘ 733% > ainfi Jofué ordonnant au Soleil de: -» s'arrêter , ordonnoit à toute la Ma- .» chine du Monde de fufpendre for > mouvement; & ilfuivoit en ce point … »lordre de la Méchanique; ainfi il pa … »roïtquele fyftéme de l’Académie n’eft » point contraire aux Livres faints ». Le P. de Ville me dit qu’il n’avoit ja-. mais [à ni entendu dire ce que.je venois: de lui dire ; mais que mes raifons lui pa- _roifloient juftes, & d’autant plus fa- tisfaifantes , que par ce moyen l’on pouvoir accorder les deux fyflêmes ; n’y ayant plus rien dans l’un qui re- _ pugnât à l’autre. Depuis mon retour: en France, j’eus occafion étant à Fon- tenai-le-Comte en Poitou , d’en par= ler en 1747 aux RR, PP. Roufleau &. agras , anciens Profefleurs de Phi- . lofophie, qui parurent fatisfaits de ma. façon de réfoudre cette difficulté. … Le P. de Ville revint peu de jours. “après, @& me dit que notre derniere: … converfation lui avoit occafionné plu- - fieursréflexions À ftronomiques;qu'el- Je l’avoit jetté entr’autres {ur l’éloigne-- ment que l’on donne ordinairement de: la Terre au Soleil, que l’on dit étre de trente millions de lieues ; que cette: diffance étant immenfe, elle rendeis De {a diftance de la Terre au poleile 34 0 HN inconcevable la diftance des autres … à . 1h L: | \ ] CNY, FX { S Planétes à la Terre; & me pria de lui dire mon fentiment à ce fujet. Je lui répondis que je n’étois point 1 4 j 4 a Aftronome ; que cependant j'allois lui obéir , & lui faire part de mes réfle xions, depuis ma folitude involontaire, » Je ne crois pas, lui dis-je, que » la Terre foit à beaucoup près fi éloi-. » gnée du Soleil que l’on veut nous. » le faire croire. Je ne prétens-pas » vous faire un jufte calcul de la dif- » tance que je donnerois de la Terre: » au Soleil, fuivant mon idée ; mais: > feulement vous faire comprendre à: æ peu près en deux mots la grande » différence de l’éloignement qu’on lui. > donne ordinairement, de celui que > je préfume qu’on doit lui donner. » Pour connoître cet éloignement, il 2 n'y auroit qu’à multiplier la circon- » férence de la Terre par trois cent » foixante-cinq jours & quart, un peu. »> moins qu’elle eft à faire {a révolu- » tion annuelle , & pour lors Îe raïon >» de fon Orbite fera la diftance qui fe » trouve entr’elle & le Soleil. Le R.. P. de Ville me dit que je lui ouvrois les veux fur le moyen de connoitre : la vraye diftance de la Terre au So- Jeil. ss nt 16e # de la Louifiare: 3 - Cependant mon mel ne diminuoit Je pris la réfolution de me fervir à cet que l’on m'indiqua, & qui me dit qu'il me guériroit en fuçant l’endroit de ma douleur. Il me fit quelques fcarifica- tions avec un éclat tranchant de cail- lou, toutes de la grandeur d’un coup de lancette , & difpofées de façon qu'il pouvoit les fuçer toutes à la fois; ce qu'il fit en me caufant des douleurs. extrêmes ; il fe repofoit de tems à autre: apparmement pour me faire valoir fon: “travail, & me tint ainfi l'efpace de demie heure. Je lui fis donner à man- LE .0. 14 CE \ 3 . / ger & le renvoyai après lavoir payé, Jufage étant trop bien établi dans tous “pays de payer ceux qui traitent les ma= …ladies, quoi qu'il en puifle arriver. … Le lendemain je me fentis un peu: loulagé ; je fas me promener dans mon: “champ ; on me donna confeil dans ma: “promenade de me mettre entre les mains des Médecins Natchez, que l’on 4 (1)' Jongleur eft parmi les Naturels un: … Chirurgien, Devin, & même Sorcier felon: le Vulgaires. poinc , ,& plus il fe prolongeoit, plus j'en apprehendois de fâcheufes fuites. effet d’un Chirurgien ou Jongleur (1), L’Auteur fé fait traiter de- fa Sciatique par un Jon» gleure F3 6 Hire ? me ditavoir beaucoup de fcience > qui faifoient des cures qui tenoient dus miracle: on m’en cita plufieurs exem= ples qui me furent confirmés pär des! perfonnes dignes de foi. Que n’aurois-je point fait pour ma guérifon: © Entre les mains de qui ne: me ferois-je point mis, vû les dou leurs que je reflentois ? Le reméde: d’ailleurs étoit très-fimple felon lex= plication que l’on m'en fit ; il.ne s’a- gifloit que d’un cataplafme ; on l’ap- pliqua fur la partie fouffrante, & au bouc de huit jours je fus en état d’al- ler au Fort. Je fus parfaitement guéri puifque depuis ce tems je ne m'en fuis: nullement reflenti, Quelle fatisfaction pour un jeune homme qui fe trouvé: en pleine fanté après avoir été con- | , traint de garder la maifon l’efpace de” LAutèur gué-Quatre mois & demi , fans avoir pü: rit de fa Sci” fortir un inftant! Mes amis que j’al« tique : fon Né-.-. ! : Fe HN | gremewr. LOIS remercier, m'en féliciterent, &° j'étois aufli joyeux que peut l'être un: Maitre qui vient de perdre un bon. Nécre.. Mon Négre venoit de mourir d’une fluxion de poitrine, qu’il avoit.attra- pée dans fa fuite pendant ma maladies, ja jeunefle &. fon défaut d'expérience: f Le la Louifiane. 127 Mi firent faire cette folie, efpérant de “pouvoir vivre dans Îles Dos ; mais ik “trouva des Tonicas (1), Nation Amé- ricaine à vingt lieues des Natchez; ils lemmenerent à leur Village: mon E£ clave & fa femme furent rernis entre les mains d’un François,chez lequel ils travaillerent , &c par ce moyen gagne- rent bien leur vie. M. de Montplaifir qui venoit aux Natchez me fit la gra- (ce de payer leurs vivres, en donna une décharge, & me les amena, dont je lui eus grande obligation. à M. de Montplaiir étoit fans con- redit un des plus aimables Cavaliers de la Colonie; tout le Monde lui ren- Joit cette juflice; la Compagnie l’a- poit fait venir de Clerac en Gaico- one, pour répir fon Habitation aux Natchez , y faire cultiver du Tabac & montrer aux Habitans à le fabri- quer , la Compagnie ayant appris que ÉPole en produifoit d’excellent .. que les Habitans de Clerac en pof- Hédoient parfaitement la culture & la maniere de le bien façonner. Ë Le 1) Les Tonicas ont toujours été amis des L François. Bornes de la Louifianee CHAPITRE X. Deftription Géographique de la Eouis Jiane : Climat de cette Province. | C: Omme je n'écris que les chofes dont je fuis témoin, ou que j'ai appriles par mes découvertes & mes expériences, je tâche de les rappor- ter dans leur tems: ainfi il étoit né ceffaire que je fûfle établi dans le Pays, avant d’en donner une con- noïfflance aufli exacte que je voulois que füt la Defcription Géographique particuliere & détaillée de la Loui- fiane, Qu’on re foit donc point fur- pris, fi je ne lai point mife plürôr dans le Corps de cette Hifioire. La Louifiane fituée dans la partie Septentrionale de l'A mérique, eft bor- née au Midi par le Golfe du Mexi- que, au Levant par la Caroline, Co- lonie Angloife, & partie du Canada. au Couchant par le nouveau Mexi- que, au Nord en partie par le Cas nada : le refte n’a point de bornes ; & s'étend juiqu’aux Terres inconnue Occident 270 2680 ——— 288 Won Î 3 pus 7 dan la Carte cs D; pe, J'afts 707 Cette belle Riviere ë EMepr CCI (el L Le >agb a ZT de la/Aontan. : qui fut donnée un J'eur agp d 2 st | S Belle _ 2 7 = S Grande Riviere Joue NS ES à de J. Hntoine D ut) FT abon des Lohtres | J'uivant AL! de la Honta | = | Pass | lp, a/JTÜuæ | , des y Filles es des = Jour des Sioux ; rw te Pra jee ; | MAscoutin ou ation \du Feu ROQUIOTS | ee | ue les 5 Nalroris À TRE £ ÈS Panir ma Lou ou JL — 1 T Padoucas d j a Pants blanc à Pavy}s | de s t IE: à , (AN | ais sourrs")| à Œ - Padoucas = Æ —# a = AMAOULCAS L A É£ À Village -Padoueas — Æ > > æ pes Fri SR 7/77 de Ka | D72 Wacanelou Ter ds B.\ des \Tehucachas “ LT. ue Te 4 dr “._ de La Louifiane. 139 [LS nes de la Baye de Hud{on. On donne environ deux cent lieues # | :. x Climat de (a Climat de la Louifiane varie 4j gane, que l’on en peut dire en général, P que fa partie Méridionale n’eft brûlante comme celles de PA fri- , qui font fous la même latitude, ue fes parties Septentrionales font S froides que celles de l'Europe, eur correfpondent. La nouvelle ans qui eft par les 30 degrés , à que la côte la plus au Nord A“ 1 CE ? e MNatchez où j'ai demeuré huit ans, UE Bonté de ce Climat pour Îa AATÉe #40 Hifloire 6 dante. J’attribue à deux caufes'e t différence de climat d’avec V’A friqu & l’Europe; la premiere eft la quäf tité de Bois quoi qu’épars, qui cou vrent le Pays, & le grand nombf de Rivieres ; les uns empêchent qu le Soleil n’échauffe la terre, & le autres répandent une grande humidi. té: de plus la continuité des terre qui s'étendent vers le Nord; d'onñi fuit que les Vents qui en viennen font beaucoup plus froids que sil avoient en chemin traverfé les Mers car on fçait que fur la Mer, lair nef jamais fi chaud ni fi froid que fur" Terre; ceft ce que l’on peut vérifie fur tous les Pays dont on connoît el climat & la pofition, | 4 Ainfi on ne doit pas être furpri que dans la Louifiane Méridionale ul vent de Nord oblige en été de s’h& biller!, ni qu’en hyver un vent de Mi. di permette de fe découvrir. Dan: un tems la féchereffe du vent, & dan: l’autre la proximité de la Ligne, er font les caufes naturelles. 4 On pañle peu de jours à la Loui: fiane fans voir le Soleil ; ce n’eft que par orage quil y pleut ; le mauvais tems n'y dure point, & une demis ” T7 ES _ dela Louifiane. t4t re après il ny paroït plus : mais $ rofées font très-abondantes , & reme acent avantageufement les pluyes. Ainfi lon croira fans peine que r y eft parfaitement bon; le Sang eft beau ; les hommes s’y portent ien, peu de maladies dans Îa force e l’âge, point de caducité dans la ieillefle, que l’on poufle beaucoup lus loin qu’en France. La vie eft lon- les © sw Ce Pays eft fort arro“é , mais bien lus en des endroits qu’en d’autres. Le leuve S. Louis partage cette Colo- ie du Nord au Sud en deux parties refque égales. Les premiers qui en firent la découverte par le Canada, de nommerent de Colbert , pour faire hon- neur à ce grand Miniftre , qui étoit pour lors en place; il eft nommé par quelques Sauvages du Nord Meaét- Pere des Rivieres , d’où les François qui veulent toujours frangçifer les mots étrangers , ont fait celui de Miffiffipis d'autres Naturels, fur-tout vers le bas du Fleuve, le nomment Balbancha : enfin les François en dernger lieu l'ont nommé Fleuye S, Louis. Chaffpi, qui fignifie à la lettre vieux Du Fleuve Si - Louis, | 145 Hifhoire Fi : ti de te Plufieurs Voyageurs ont tehté int __ *. tilement d'aller à fa fource, qui néanmoins connue , quoiqu’en difer quelques Auteurs mal informés ; voi ce qui eft de plus certain fur la foute de ce grand Fleuve de Amérique Sy tentrionale. 1 M. de Charleville, Canadien & pi rent de M. de Biainville, Commap dant Géneral de cette Colonie, m' dit que dans le temsde l’établiffemer ” des François, la curiofité feulement* voit engagé à remonter ce Fleuve ju qu’à fa fource ; que pour faire ce voy ge , il avoit armé un Canot d’écorced Bouleau, pour pouvoir plus facile ment le tranfporter en cas de befoir Etant ainfi parti avec deux Canadien Saut S. Ans & deux Naturels, des marchandifes des des munitions de guerre & de bou che , il remonta le Fleuve trois ceñs lieues vers le Nord , au-deffus des Il! linois : il fe trouva en cet endroit 4 Sault que lon nomme de S. Antoine Ce Sault eft un rocher plat qui travel fe le Fleuve, & lui donne une chuüte de huit à dix pieds de haut feulement (1), il fit le portage de fon Canot & (1) Dans le Journal GŒconomique, Sep: fembre 1751, page 135. ligne 1, au-deflous; de la Louifrane: 14% fes effets ; s'étant enfuite rembar- 1é au-deflus de ce Sault, il continua “remonter ce Fleuve encore cent dues vers le Nord, où il trouva des houx en chafle (x). . Ce Voyageur avoit un air de can- eur qui le faifoit aimer des Naturels, fi bien que des François , & fa pro- ité le faifoit encore plus eftimer lorf- “il étoit connu. [Il avoit beaucoup oyagé parmi les Nations du Canada, c{e faifoit parfaitement entendre par pnes : par le moyen de ce talent & es Langues qu'il fçavoit, il auroit pù voyager chez toutes les Nations des Naturels de l'Amérique. Les Sioux péu accoutumés à voir M. de Charle- des Européens, furent très-furpris de Mate: “e voir , & lui demanderent où il al- lieues toit ; 1l leur fit quelques petits pré- lens , & leur fit entendre que fon in- « tention étoit de remonter jufqu’a la lource du grand Fleuve. Les Sauva- es font naturellement portés à cher- hfezau-deflus, ibid. page 139. fept à huit toi- fes, lifez huit à dix piede. fi . (r) Les Sioux habitent à quelque diftance du Fleuve , & cent lieues plus haut que le Sault S. Antoine. Quelques-uns difent que Gette Nation habite Les deux cOtés du Fleuves Li 44 Hifloire Sur ces éclairciflemens on peut afsi cher des pays meilleurs que ceux qu habitent, & connoiïffent les prodit tions de tous les climats, parce@| les voyages ne leur coûtent rien 34 n’ont garde de s'établir dans des co trées dont le Sol n’eft pas fertile ,M où le gibier n’eft pas abondant; au les Sioux connoïffent certainement terres qui font plus éloignées. Ceu ci donc dirent à M. de Charlevill » Où veux-tu aller ? Ce pays eft tré » mauvais ; tu auras grande peine > trouver du gibier pour vivre ; À > a très-loin , puifque nous compto æ qu'il y a ue loin de la fourcet > cette grande Riviere jufqu'à le » droit où elle faute, que de cet € » droit jufqu’à la grande Eau. » (1 rer que ce Fleuve doit avoir quim À feize cens lieues de fa fource à fe embouchure , puifqu'il y a huit ce lieues du Sault $. Antoine à la Me Cette conjecture eft d’autant plus pt bable , que loin dans lesterres du Not il fe jette dans ce Fleuve quantité € Rivieres d’un cours aflez long ; qi mên (1) C'eft ainfi que ces Peuples nomme la Mer: | F de la Louifiane: r4$ fnême au-deffus du Sault S. Antoine , on trouve dans ce Fleuve jufqu’à trente j & trente-cinq brafles d’eau » & de la Me nu, largeur à proportion , ce qui ne peut ve S. Louis ; venir d’une fource peu éloignée ; je SePuis fa four> puis ajoûter que toutes les Nations des Mer? Naturels , qui l'ont appris de ceux qui : Ont le moins éloignés de la fource j penfent de même à cet épard. On peut Honc à préfent ftatuer fur la longueur Ne la Louifiane , puifque l'ontient déjà kize cens lieues du Fleuve S, Louis: Îl eft aifé de comprendre par tout € que je viens de dire, pourquoi on Wau contraire on donne le nom de lviere aux eaux de fource > qui per- ent leurs noms en même tems qu’elles : perdent dans le Fleuve. Reprenons ce Fleuve depuis fa four: = juiqu'à la Mer. Quoique M. de barleville n'ait point vû la fource du leuve S. Louis , il apprit qu’un bon ombre de Rivicres y conduifoient Tome I, €46 Hifioire 0 leurs eaux ; il en a vües même au-def {us du Sault S. Antoine , qui avoien plus de cent lieues de cours , & qui venoient des deux côtés fe rendre dans: ce Fleuve ; il n’en fçavoit point le nom, ainfi je ne parlerai que de: celles qui fontau-deffous du Sault S. Antoine , & qui font connues. N Il eft bon d’obferver qu’en defcens dantle Fleuve depuis le Sault S. An- toine, la droite fe trouve à l’'Oueft (ou Couchant}), & la gauche à l'Efl (ouLevant). La premiere Riviere qu'on ii trouve depuis le Sault & quelques lieues RE plus bas, eft la Riviere S. Pierre ange Croix, & vient de l’'Oueft; plus bas à ’Ef eff la Riviere Sainte Croix: elles fon toutes deux pañlablement grofles ; 4 s’en trouve quantité d’autres beaucou] plus petites dont le nom n’import point. On rencontre enfuite celle d Moingona qui vient de POueft (1) environ deux cent-cinquante lieues au deflous du Sault ; elle a plus de cent cinquante lieues de long. Depuis cett Riviere jufqu’à celle des Illinois, fe jette dans le Fleuve quantité W petites Rivieres ou Ruifleaux à dro (1) Cette Riviere eft en partie falées de la Louifiane: 147 | fe & à gauche. Celle des Illinois Riviere des vient de l’Eft. & prend fa fource fur Minois. les Frontieres du Canada; fa lon- gueur eft de deux cent lieues. Li _ La Riviere du ÂMiflouri vient d’en- Riviere du wiron huit cent lieues, courant du Mifouwi. MNord-Oueft au Sud-Eft ; elle fe dé. charge dans le Fleuve, quatre à cinq lieues au-deflous de celle des Illinois. Cette Riviere en reçoit beaucoup d’au- . tres, en particulier celle des Can- Riviere des zés, qui a plus de cent-cinquante lieues pa de cours. De la Riviere des Illinois, & de celle du Miffouri, on compte icinq cent lieues jufqu’à la Mer, & trois cent juiqu’au Sault S. Antoine, | Du Mifouri jufqu’à l'Ouabache, il y Riviere dOuss a cent lieues; cette derniere fe nom- me ordinairement ainfi , quoiqu’on lui donne plufieurs autres noms ; c’eft par cette Riviere que l’on va en Ca- mada, depuis la nouvelle Orléans juf- qu'à Quebec. Ce voyage fe fait en che de là témontant le Fleuve depuis la Capi- oran © 18 tale jufqu’à POuabache, que l’on re- Quebec. onte de même jufqu’à la Riviere des Miamis ; on continue cette derricre juiqu'au Portage : dès que l’on ef arrivé à cet endroit ,jon va chercher des Naturels de cette Nation, qui 1110 G 1j -- Riviere d'Ohyo, 148 Hifloire \ font le Portage l’efpace de deux lieues®n le chemin fait, on trouve une petité Riviere qui tombe dans le Lac Erié} où l’on change de voiture: c’eft-à= dire, que l’on a remonté en Piros gues , & que l’on defcend le Fleuve S. Laurent jufqu'a Quebec en Canots d'écorce de Boulleau. On eft de mê= me obligé de faire des Portages fur ce dernier Fleuve , à caufe des Saults ou Cataractes qui s’y trouvent en plus fieurs endroits. | Ceux qui ont fait ce Voyage m'ont dit qu’ils comptoient dix huit cent lieues depuis la nouvelle Orléans, jufqu’à Quebec. Quoiqu’à la Loui- fiane, on regarde l'Ouabache comme la principale Riviere de celles qui viennent du côté du Canada, & qui réunies dans un même lit, forment la" Riviere à laquelle on donne commu nément le nom d'Ouabache, cepen: dant tous les Canadiens voyageurs affürent que celle que l'on nomme O: hyo & qui fe jette dans l’Ouabache, vient de beaucoup plus loin que cette derniere, ce qui devroit étre une rai fon de lui donner le nom d’Ohyo: mais l’afige a prévalu. | Depuis l'Ouabache & du même cô» il de la Louifiane. 149 “té jufqu'à Manchac, on ne voit que très-peu de Kivieres & très petites , qui fe jettent dans le Fleuve, quoi- quil y ait près de trois cent cinquante lieues de l'Ouabache à Manchac ; ce qui fans doute paroïîtra extraordinaire à ceux qui ne connoiflent pas le Pays. . La raifon que l’on en peut don- ner paroît toute naturelle & fe rend fenfible : dans toute cette partie de la Louifiane qui eft à PES du Fleu- ve S. Louis, les terres font telle- ment élevées dans le voifinage du Fleuve, qu’en beaucoup d’endroirs les eaux pluviales s’écartent des bords du Fleuve, & vont tomber dans des Ri- vieres qui fe déchargent direétemenr dans la Mer ou dans les Lacs: une autre raïon très-vraifemblable, c’eft que depuis lOuabache jufqu’à la Mer, il ne tombe de pluye que par ora- ge; ce qui eft compenfé par les ro- fées abondantes , pour ce qui regar- de les plantes qui n’y perdent rien. L'Ouabache a trois cent lieues de cours, & l’Ohyo prend fa fource cent lieues plus loin. - En continuant la defcente du Fleu< ve S. Louis, depuis lPOuabache juf- u’à la Riviere des Arkanfas, l’on | G ü] 150 Fliffoire ne remarque que peu de KRivieres 8h affés petites, dont la plus confidé-M Mas rable eft celle de S. François, quik 1ancois. : ne ty 4 ; n’eft éloignée que de trente & quel ques lieues de celle des Arkanfash C’eft fur cette Riviere de S. Fran< çois, que les Chafleurs de la nou velle Orléans vont tous les hyvers! faire la provifion de Viandes falées de Suif, & d'Huile d'Ours pour ap= provifionner cette Capitale. Riviere des. La Riviere des Arkanfas qui eff Pants srente-cinq lieues plus bas & à deux cent de la nouvelle Orléans, eft ain«. fi nommée à caufe de la Nation des Naturels de ce nom, qui habitent fes bords un peu plus haut que fon con- fluent dans le Fleuve. Le cours de cette Riviere eft de trois cent lieues, fa fource eft à la même laritude que Santa-Fé du nouveau Mexique, dans les Mortignes duquel elle tire fes eaux; elle remonte un peu lefpace de cent lieues vers le Nord en fais Riviere blan- fant un coude applati, fe retourné A de-là vers le Sud-Eft & jufqu’au Fleus ve: elle a une Catarate ou Saultà plus de moitié de fon cours; quel= ques-uns la nomment la, Riviere blans: che, parce que dans fon çours elle 0 de la Louifiane. 17. fecoit une Riviere de ce nom. La pointe coupée eft environ quarante 4h plus bas que la Riviere des Arkanfas : c’eft un long circuit que le Fleuve faifoit, & quil a abrégé en. coupant cette pointe de terre. Au deflous de cette Kiviere er defcendant, on n’apperçoit gueres que des Ruiffeaux ou de très-petites Ri- wieres , excepté celle des Yazous, duree foixante lieues plus bas; cette Ri- "7" viere n’a qu'environ cinquante lieues de cours, & les Bateaux ne peuvent la remonter bien loin; elle a pris {on nom de la Nation que je viens de nommer, qui habitoit fur fes bords avec quelques autres toutes aflés foi- bles, qui y'habitoient aufi (1). _ Depuis cette perite Riviere, on n'en rencontre que de très-petites jufqu’à la Riviere Rouge ; on l’a nom- mée dans le commencement Riviere de Marne, parce qu’elle eft à peu- | prés grofle comme la Marne qui fe Riviere rouge jette dans la Seine ; les Na@chito- Ches habitent fes bords, & on la Cr) Vingt-huit lieues au-deflous de la Rie viere des Yazous eftun grand Ecore de grais touge: vis-à-vis cet Ecore font le grand & le petit Gouftre, ‘À. G iv. xs2 Hifloire connoffloit fous le nom de cette Naë tion ; mais fon nom ordinaire & qui lui eft reflé, eft celui de Riviere rouge. Elle prend fa fource dans le nouveau Mexique , fait un coude vers. le Nord de même que celle des Ar Kkanfas, fe rabat enfuite vers le Fleu2m ve, en fuivant le Sud-Eft; on lui donne deux cent lieues de cours. AM dix lieues environ de fon confluent, elle reçoit la Riviere Voire ou des Ouachitas, qui prend fa fource aflés s prés de celle des Arkanfas; cetté fource, dit-on, fait une Foutebe af fés près de fa fortie, dont un bras tom“ be dans la Riviere des Arkahfs® ; le | plus gros forme la Riviere noire. Vingt lieues au-deffus de la Riviere rouen eft la petite pointe coupée. Une lieues plus bas que la petite pointe coupée” font les petits Ecores. De la Riviere rouge jufqu’à la Mer! on ne voit que quelques petits Ruif=s feaux 3 mais on trouve à l’Ef à vingt cinq lieues feulement au-deflus de la Nouvelle Orléans, un Chenal (x 1) qui (1) Chenal eft un chemin que les eaux e font elles mêmes, à la différence de Canal qui eft un écoulement ou pañlage des eaux _ fait par mains d'hommes, i dela Loufrane à 182 * eft à fec aux eaux bafñfes : les de . dement du Fleuve ont fait ce Chenal ; SE que l’on nomme Manchac, au- deffous ur des terres hautes , qui fe terminent Le Cheval " + près de là. Il fe rend dans le Lac de Maurepas, de-là dans celui de S.Lac Maurepite é Louis, duquel }; j'ai parlé dans la def- cription des lieux où j'ai pafé à mon ar- rivée. Je laiffe le Fleuve de Manchac ., pour un moment ; j'y reviendrai après _Que j'aurai donné les noms de plufieurs Kivieres qui prennent leurs fources à V'Eft du Fleuve S, Louis, & qui tom- bent dans le Chenal. _ Il court à PEft-Sud-Eft ; on y a pañlé autrefois, même en remontant : mais il eft aujourd’hui fi rempli de bois morts, qu'il ne commence à avoir de Veau qu à l'endroit où il reçoit la Ri- Riviere PA viere d’Amité , qui eft affez grofle , & mir qui a un cours de foixante-dix lieues _dansun fort beau Pays. Il tombe une trés petite Riviere _ dans le Lac de Maurepas, qui eft à _ V'Eft de Manchac. En fuivant l'E, on pe pañler de ce Eac dans FenUe de S$. Louis, par une Riviere que for- _ment les eaux de celle d’Amité. En fuivant le Nord de ce Lac, fe trouve h a l'ER la petite Riviere Tandgi.pao , Riviere Td, Tome L G v. gispaoe Lac Se Louise 7 AE Hiffeire 7, ©0004 ou du bled grèlé: de-là fuivañt toujours & Quéfonaé, l'Eff,;on arrive à la Riviere de Quefonc- Riviere de te, ou des Chataignes-Glands 3 élle eff longue & belle, & vient.des Chatkas. Riviere de En pourfuivant la même route , on Cafin-Bayouc rencontre celle de Ca/tin Bayouc 5.on … peut fortir enfuite du Lac par le Che- nal qui borde la même terre,& fuivant Perles. | tombe dans ce Chenal, | Plus loin fur la côte, qui -eft de « Riviere aux PEÎT on voit la Riviere aux Perles, qui l’Oueft à PE /on trouve la Baye S. Louis , dans laquelle fe rend unepeti- | te Riviere de cenom ; en avançant en- core on rencontre la Riviere des Paf- Riviere des ka-Osoulas s:On arrive enfin a [a Baye Paska - Ovous : à las de la Mobile, qui a plus de trente Rial lieues de profondeur dans les terrés, où bile. elle reçoit la Riviere du même nom, Riviere de 1 Qui à environ cent cinquante lieues du Mobile, Nord au Sud ; toutes celles dont je viens de parler , & qui ne fe jettent point dans le Fleuve, vont de même du Nord au Sud, @ + HP de lu Louifiane. 1ç$ CHAPITRE XI. Due de La Deftription Géographique : La baffe Louifiane eft une Terre rap- portee. T E reviens a Manchac où j'ai laiflé J le FleuveS. Louis. À peu de dif- tance de Manchac on rencontre la Ri- wiere des Plaquemines ; elle eft à lOueft, c’eft plütôt un Bayouc qu'u- ne Riviere. Trois ou quatre lieues plus “+ bas eft la Fourche. Ceite Fourche eff 1e chenal de un Chenal à l'Oueft du Fleuve, par le- la Fourche, “quel s'écoule une partie des eaux des débordemens du Fleuve. Ces eaux paf- fent par plufieurs Lacs , & delà à la Mer par la Baye de lAfcenfion. Pour paye de par. “ce qui eft des autres Rivieres qui font cenfon à l'Oueft de cette Baye, perfonne “de la Colonie n’a jamais püû dire leurs ‘noms ; ainfi je les nomme fur la Carte “comme les Géographes. . Les eaux qui tombent dans ces Lacs ae font pas feulement celles qui paffent par ce Chenal, mais encore celles qui D de ce Fleuve lorfqu’il déborde de côté & d'autre ; car de toute l’eau G yj 4 } 6 : H: Effites | qui fort du Fleuve fur fes côtés perpens diculaires , il n’en rentre jamais une goutte dans fon lit, ce qui doit s'en-M tendre feulement dans les terres bafles , « c’eft-à-dire cinquante à foixante lieues4 de la Mer du côté de l’'Eft, & plus de * CENT lieucs du côté de l Que. | On s’étonnera fans doute qu ur Fleuve qui s’eft débordé ne reçoivem Ï Les eaux qui pl us dans la fuite fes eaux , ni en tout HS à ni en partie. Le fujet de cette furprifes rentrent ja. ft très-raifonnable, puifque lon VOIth ci partout le contraire arriver, & quem des autres Pays Etrangers on n’a jamaishl appris une nouvele de cette nature. | J'en ai été furpris,& jen en fuis pass refté à une furprife flérile ; j’ai fait mes efforts dans toutes les occafions qui {en font préfentées, pour ne pas demeurer“ dans une ignorance plus chagrinante & beaucoup plus à charge,que les pei-b nes que l’on fe donne pour la décou=} verte des objets qui nous étonnentk avec ralfon. J’ai donc étudié avec ap plication ce qui pouvoit caufer un cf qui me paroïfoit réellement extraordi=, aire, & je crois l’avoir trouvé. À Testerres de. Depuis Manchac jufqu’à la mer il Y pr dre à apparence, & même des preuves, qué epronées, toutes les terres que l’on y voit & x | L L de la Louifiane, 157 Von y cultive font des terres rappor- tées, au moyen des vafes que le Fleuve . charie par fon débordement annuel,qui commence au mois de Mars par la fon- de des neiges du Nord, & dure envi- -ron trois mois. Ces terres vafeufes produifent aifément des herbes &c des rofeaux. Quand le Fleuve déborde Pannée fuivante , ces herbes & ces ro- _ feaux arrêtent une partie de ce limon, en forte que les herbes qui font derrie- re ne peuvent plus en retenir une fi … grande quantité , puifque les premieres en ont arrêté la plus grande partie, & par une conféquence néceflaire , les autres plus-éloignées & à proportion qu'elles font écartées du Fleuve,en peu- vent beaucoup moins retenir : de cette forte la terres’élevant par fucceffion de . tems,les berges ou bords du Fleuve fe font trouvés plus haut que les Côtes perpendiculaires du Fleuve : de même … auffi ces Lacs voifins qui font des deux côtés font des reftes de la mer, qui ne + font pas encore remplis. Les autres . Fleuves ont des bords fermes & conf- truits des mains de la Nature; c’eft une terre qui eft la même que celle du Con- tinent, & qui y a toujours été adhéran- te : ces fortes de bords au lieu de s’aug- sol 158 Hiffoire | menter, diminuent ou en s'affaifant, ou) | même en s'écroulant dans le lit du“ Fleuve : les bords du Fleuve S. Louis au contraire croiflent & ne peuvent di minuer dans les terres baffes & rappor=" tées, parceque la vafe qui tous les ans! eft dépofée fur les bords, les augmen- te, ce qui fait encore que le Fleuve fe retrécit , au lieu de manger les terres” &c de s’élargir comme font tous les au-. tres Fleuves connus. Il ne doit donc lus être fi furprenant que les eaux du Fleuve S. Louis une fois forties de fon lit ne puifent plusyrentrer. Le Par continuation du même fujet & pour prouver l'augmentation des ter- res, je rapporterai ce qui eft arrivé près de la nouvelle Orléans. Un Habi- tans fit creufer un puits à une petite diftance du Fleuve pour fe procurer une eau/plus claire ; on trouva à vingt pieds de profondeur un arbre couché, qui avoit trois pieds de diamétre: la hauteur de la terre étoit donc augmen- tée de vingt pieds depuis la chute cu l'arrêt de cet arbre, tant par la vafe rapportée, que par la pourriture des: feuilles qui tombent tous les hyvers 8, que le Fleuve charie en une quantité. inconcevable, En effet ilentraîne beau: de la Louifiane. 159. ‘Æoup de vafe,parce qu’il coule l’efpace de douze cens lieues au moins au tra- vers d’un Pays qui n’eft que terre, ce que fa profondeur prouve d’abondant. ‘11 charie une infinité de feuilles, de cannes & d’arbres , qu'iltranfporte fur fes eaux, dont la largeur eft toujours de plus de demie lieue , quelquefois de cinq quarts de lieue. Ses bords font couverts de beaucoup de bois,quelque- fois d’un lieue de largeur de côté &e d'autre depuis fa fource jufqu’à fon embouchure. Rien donc de plus aifé à imaginer , que ce Fleuve enmene & roule avec {es eaux une quantité pro- digieufe de vale, de feuilles , de can- nes, & d'arbres qu’il déracine conti- nuellement, & que la mer rejettant toutes ces matieres , elles doivent né- cefflairement produire les terres dont il -eft queftion & qui croiflent fenfible- ment. À l'entrée de la pale du Sud-Eft on avoit conftruit un petit Fort que . l'onnomme encore la Balife ; ce Fort étoit bâti {ur un Iflot hors de l’embou- Chure : en 1734.ilétoit en cet endroit, & j'ai appris qu’ilétoit à préfent à une demie lieue dans le Fleuve : la terre depuis vingt ansa donc gagné cet ef- pace dans la mer, Reprenons mainte- 569 Hifloire ESS nant la fuite de la Defcription géogré2u phique de la Louifiane. | D. La côte eft bornée à POueft par law ” Bye $, Ber- Baye S. Bernard où débarqua M. de Rare la Salle ; il tombe une petite riviere dans cete Baye, il y én a quelques autres qui déchargent leurs eaux entre cette w Baye & celle de l’Afcenfion, les Co-* lons ne fréquentent prefque point cette M _ côte. Du côté de l’'EfE la côte eft bor-# née par le Kio perdido, que les François nomment par corruption Riviere aux . Aio perdido. Perdrix, Kio perdido fignifiant Riviere perdue que Îles Efpagnols nommerent ainfi à propos, puifqu’elle fe perd fous: terre , & reparoiît enfuite pour aller fe jetter dans la mer un peu à V'Eft de la w Mobille , fur laquelle s'étoient établis. les premiers Colons François. Depuis la Fourche jufqu’à la mer ,il h’y a aucune riviere ; il n’eft pas même poflible qu'il y en ait après ce que j'ai rapporté : ontrouve au contraire à peu de diftance de la Fourche un autreChe- nal à PE, que on nomme Bayouc de Le Sueur ; il eft plein de vafes molles & " communique avec les Lacs qui font à ES: : 11 = Aux approches de la mier,ontrouve« a environ huit lieues de la principale « | de la Louifiane. 167 émbouchure du Fleuve S. Louis, la Pañe à Sovole, & une lieue plus bas la Pafle à laLoutre;ces deuxPaflesne font Pañes pous que pour des Pirogues. Dès cette en- Re et * “droit il n'y a plus de terre à pouvoir Louis, mettre le pied , parceque ce font des Marais tremblans jufqu’a la mersc’eft-là auffi que l’on trouve une pointe qui fé- pare les embouchures; celle de la droi- te eft nommée la Pafle du Sud,elle por- te fa pointe de l’Oueft deux Hieues plus loin en mer queles pointes de la Page du Sud-Fft qui eft à gauche de celle du Sud, Dans les commencemens les Na- vires entroient par la Paffe du Sud-Eff, ‘mais avant d'y defcendre, on trouve à gauche la Paffe de 'Eft qui eft celle par laquelle on pañle à préfent. . À chacune de ces trois Paffes , il y a une barre comme à toutes les rivieres du monde ; celles ci ont trois quarts de lieue de large, fur lefquelles il n’y a que uit à neuf pieds d’eau : maisil y a un Chenal qui coupe la barre, lequel étant fujet à changer fouvent , le Pilote Cô- tier eft obligé de fonder tous les jours pour s’affurer de la Paffe ; ce Chenal a dix-fept à dix-huit pieds d’eau en eau bañle (1). | :(1) JE ne parlerai point desIfles qui fon£ 4 Barre du Flege ve $, Louise its 162 | Éifioiré in Cette Defcription doit fuffire pouf! faire connoître que l’attérage eft diffs cile 3 la terre d’ailleurs paroît à peiné à deux lieues en mer , ce qui fans doutéi fut une occafion aux Efpagnols dé donner à ce Fleuve le nom de Rio-ef> condide, Riviere cachée. Ce Fleuve eff prefque toujours trouble, ce qui pro vient des eaux du Miflouri, puifqu’a vant cette jonction l'eau du Fleuve efls très-claire. Je né dois pas oublier de dire qu'aucun Navire ne peut entref ni refter dans le Fleuve lorfque les eaux: font hautes , à caufe du nombre pro= digieux d'arbres & de la quantité de bois mort qu’il entraîne , lefquels joints aux cannes , aux feuilles, au li=. mon,& au fable que la mer rejette à la: côte, augmentent continuellement les terres & les fait avancer dans le Golfe du Mexique comme un bec d'oi- feauit Divifion dela Je fercis naturellement porté à divi- en {er la Louifiane en haute & baffle. à cau- fe de la grande différence, quant au ford de la terre,qui fe trouve entre les: fréquentes dans le Fleuve S. Louis; ce ne {ont à proprement parler que desIflots qué produifent quelques arbres, quoique le ters sein ne foit qu’un fond de fable, + “ Û Ÿ 4 de la Louifiane 163 deux principales parties de cette vafte contrée. La haute feroit celle où l’on trouve des pierres , dont les premieres fe rencontrent entre les rivieres des Natchez & des Yazouts, qui forment un Écore de grais très- fin, & la borne- toit à Manchac où finiflent les terres hautes. La baffeLoufiane s’étendroit de- 1à jufqu’à la mer. Le fond de la terre fur les côteaux eft une glaïle rouge &c eft fi compacte, qu'elle pourroit fer- vir de fondemens folides à tous les édifices qu'on voudroit y élever. Cette glaife eft couverte par une terre pref= que noire & légere, d’un excellentrape port. L’herbe y croît à la hauteur du #enouil, & dans les fonds qui fépa- rent ceswfoibles coilines, elle eft plus haute que le plus grand homme. Vers Ma fin de Septembre on met le feu aux unes & aux autres fucceflivement, & au bout de huit ou dix jours l'herbe nouvelle a déja crû d’un demie pied. On jugera facilement que dans de tels pâturages les troupeaux s’engraifflent extraordinairement. Le Pays plat eft aquatique, & paroît avoir été formé par tout ce quiarrive vers la mer , comme j'ai dit ailleurs.J’ajouterai qu’affés près es Nadtchitoches, on trouve des E | _Æ64 Hifloire 00 bancs de Coquilles de Palourdes telles que celles dont eft formée l'Ifle aux coquilles. Cette Nation voifine dit que leur ancienne parole leur apprend que la mer venoit autrefois jufqu'à cet endroit ; les femmes de cette Nation en vont amañler , elles en font de la poudre qu’elles mêlent avec la terre dont elles font leur poterie , qui eft re= connue pour la meilleure. Cependant je ne confeilierois point de fe fervir in* différemment de ces coquilles pour cet ufage, parce que de leur nature elles pétillent au feu ; j'ai donclieu de pen- fer que celles que l’on trouveaux Nacts chitoches n’ont acquis cette bonne qua lité, qu’en fe déchargeant de leurs fels par un féjour de plufieurs fiécles qu'el= les ont fait hors de la mer. ‘10 Si l’on peut ajouter foi à la tra dition de ces peuples, & fi l’on veut raifonner fur les faits que J'ai rapportés, on fera naturellement porté à croire , comme tout dans ce Pays le démontre, que la bafle Louifiane eft un Pays ga. gnéfur la mer, & dont le premier fond” eft un fable cryftallin, blanc comme la neige, fin comme la farine , & tel que celui qui fe trouve tantau Levant qu’au, Couchant du Fleuve S. Louis, & il ch de la Louifrane. 165$ be faut point raies que dans les fiécles à venir la Mer & le Fleuve n’en faflent une terre femblable à celle de la bañle Louifiane. Le Fort de la Balife port de 16: nous fait connoître qu’un Siécle fuffit Balife. pour étendre la Louifiane de deux lieues vers la Mer. Telle eft la Defcription géographi- : que j'ai crû devoir donner dans un étail aflez particulier , pour faire con- noitre cette Province à ceux qui pour roient y voyager, ou qui, fans {ortir de France, pourront s'inftruire à leur aife de la qualité de cette Colonie & de fa fituation. ; ‘ cor CHAPITRE XIL Voyage de l'Auteur au Biloxi : Eraz bliffément des Conceffions : L’ Auteur découvre deux Mines de Cuivre : Sons retour aux Naichez : Phénoméne. A feconde année de mon établifs fement aux Natchez, je partis pour la nouvelle Orléans ; je voulois vendre moi même mes marchandifes & denrées , au lieu de les vendre à des Marchands voyageurs qui fouvent veut lent fe faire payer un peu trop cher de leurs peines. Une autre raifon me fai. foit encore entreprendre ce voyage. javois appris par des voies certaines que l’on interceptoit toutes les Lettres qui partoient pour France, n’ofant me confier à perfonne pour mes Lettres, je ne voulois m’en rapporter qu’à mois même. Avant de defcendre le Fleuve, j'als lai au Fort pour demander au Coms mandant sil n’avoit point de Lettres pour le Gouvernement : nous n’étions pas grands amis avec ce Commandant # M de la TLouifrane. ‘67 des Nätchez , qui vouloit faire fa cour au Gouverneur aux dépens d’autrui. [lavoir des Lettres à envoyer à M, de. Biainville ; jele fçavois , il me dir qu'il nen avoit point: je me fis donner par le Commis principal un billet qui por- joit ce refus à ma demande : le même Commis me pria d'emmener dans ma voiture un forçat de la Compagnie, & me donna un autre billet pour me faire payer des vivres que j’aurois fournis à ce forçat pendant le voyage. Je ne me preflai point, & je m’arrêtai de tems en tems pour vifiter mes amis qui de- meuroient le long du Fleuve ; de cette Morte Le Commandant eut tout le tems d'envoyer fes Lettres & d’écrireauGou- Verneur que J'avois refufé de les pren- dre. PL | ‘k Lorfque je fus à la nouvelle Orléans need Jappris qu'il étoit arrivé des Concef- plufieurs Cona fionnaires au nouveau Biloxi : je ju- ginors % geai donc à propos d'y aller , tant Pour vendre mes denrées, que pour trouver quelque moyen für de faire tenir mes Lettres en France. Arrivé au Biloxi, je fus faluer M, de Biainville : ce Gouverneur me demanda fi j’avois des Lettres pour lui, je lui répondisque je les avois fait demander, mais qu’on me les avoit refufées. Il me dit avec { | j 4 468 Hifloire | froideur que je n’avois point voulu me charger : pour toute réponfe je lt: , montrai le certificat du Commis prins cipal , à quoi il ne put répondre que me difant que du moins je ne pouv@j nier que J'eufle emmené furtivemen un forçat de la Compagnie. Je lui ré” pliquai que le Commandant des Nat” chez lui en impoloit ; & pour le lu prouver, je lui fs voir le billet du Com mis principal , par lequelil prioit MMA les Directeurs de me rembourfer les vivres du forçat que j'avois bien vou lu defcendre , & qu’il renvoyoit, par ce quil lui étoit inutile, Cette explin cation & ces réponfes par écrit le mi rent , comme on peut bien s'imaginer de très mauvaife humeur. Je me retis rai : dès le jour même je rencontrai MA d’Artapuette d’Iron Lieutenant dû Roi, quim'invita d'aller fouper ches lui, je ne püs m'en défendre, par@ qu’il me dit que tous les Cheïs di Conceflions y foupoient pour la mês me ralfon pour laquelle il m'invt toit. Je m'y rendis d’autant plus vos lontiers que je préfumois que J’auroi: la fatisfattion de voir ces Conceflion* naires qui étoient tous mes amis. Su la fin du fouper nous tinmes confei poul É ! s1 de la Louifiane, 169 Pour découvrir le moyen de faire par- venir nos Lettres en France ; nous le trouvâmes , & nous nous en fervimes par la fuite. | Le Biloxi eft fitué vis-à-vis l'Ile aux Vaiffleaux, & à quatre lieues de cetre Îfle, Je n’ai jamais pû deviner pour quelle raifon on fit dans cet en- droit le principal Etabliffement de la Colonie, ni pourquoi on vouloit y bâ- ‘ir la Capitale; rien ne répugnoit plus Etablifement au bon fens , puifque non-feulemenr 4 Biloxi. es Vaiffeaux ne pouvoient en approe her que de quatre lieues , mais encore, qui génoit le plus, c’eft qu'on ne bouvoit rien apporter des Navires (uen changeant trois fois de ba- éaux de plus petits en plus petits ; ncore falloit-il aller à Peau plus de ent pas avec des petites charettes pour * lécharger les plus petits bateaux. Ce ui devoit encore éloigner de faire l’'E= bliffement au Biloxi, c’eft que le ter in et des plus ftériles, ce n’eft qu’un ible fin, blanc & brillant comme la eige , fur lequel il eft impoffible de üre croître aucun légume ; on y étoit 1outre extrêmement incommodé des its qu ÿ fourmillent, & fe logent ans le fable , & dans ce tems ils ron- Tome I, | H NL - 170 | Fifloire | geoient jufqu'au bois des fufils ; la di ferte y avoit été fil grande, que plus de cinq cens perfonnes y étoient mOr= es de fan, le pain y étoic fort cher & la viande très-rare; il n’y avoit que, le poiffon dont cet endroit abonde qui y fût afflez commun. | à Éette difette provenoit de l’arrivée) des Conceflions qui étoient venues tOUs tes enfemble, de forte qu’il ne s’y trous va pas affez de vivres pour les nourrit, ni de bateaux pour les tranfporter aux lieux de leur deftination, commedà Compagnie y éroit obligée. Ce qui en fauva quelques-uns, fut la grande quai: tité d’huitres qu’ils trouvoient fur le côte , encore étoient-ils obligés d'êtrt dans l’eau jufqu’à la cuifle à une por , tée de carabine du bord. Si cet alimef! en nourrifloit plufeurs , ilen rendo! malade un grand nombre, ce qui étoi encore occafionné par le long tem qu'ils reftoient dans l’eau. | publiffmens Ces Conceflions étoient celles d! a M. Law , qui devoit avoir quinz! cens perfonnes , pour la former , com pofées d’Allemans, de ;Provençaux! &c. Son terrein éroit défigné au: Arkanfas ; il avoit quatre lieues quar rées , & toit érigé en Duché de la Louifiane: 17 i avoit les Equipages pour une Com- pagnie de Dragons , des Marchan- difes pour plus d’un million : M. Le- vans en étoit l’Adminifirateur |, & avoit une chaife roulante pour Vi. iter les différens Poftes de la Con- “ccffion. Mais M. Law marqua, la Compagnie sempara de toutes les “Marchandies & Effets ; les engagés relterent en petit nombre aux Arkan- Ds , puis furent tous difperiés &c mis en liberté : prefque tous les Allemans s'établirent à huit lieues au-deffus & à l’Oueft de la frere Cette Core | ceñion perdit près de mille perlonnes “a l'Orient avant de s’embarquer, & plus de deux cens au Biloxi. | La Conceffion de M. le Blanc, Mi- niftre, s'établit aux Yazoux ; L avoit \pour : Affociés MM. de Belle. Ifle, d'A feld &: de la Jonchere ; par la fuite “elle eut la Lerre Hhdcte aux Nat- ‘chez. Celle de Koly aux Natchez ; eile avoit acheté celle de M. Hubert Celle de M. d'Artaguette au Da- ton rouge, à ving - fix lieues de la Nouvelle Orléans. Celle de M. Paris du Vernai aux D coul , à vingt-huit lieues de la Capitale, | Hi H À ET2.. Hifloire | È . Celle de M. Paris de Montmartell aux Jilinois, compofée de Mineurs», pour exploiter Les Mines de ce Can- ton. Celle de Mézieres aux Ecores blancs, \ trente-neuf lieues de la Nouvelle Orléans. | il Celle de Meufe à la Pointe Cous ée , une lieue plus haut. 0 * Celle deVillemont fur la Riviere Noi= reà cent vingt lieues de la Capitale, Celle de Chaumont aux Paska Os goulas, fur la Riviere de ce nom... Celle d'Epinay aux Cannes brûlées; À dix lieues environ de la Capitale. : Je ne parle point de celles qui étoient venues en même-tems que moi en 1718; ce détail feroit plus ennuyeux qu’inf- trudif, Toute cette mifére dont j'étois témoin au Biloxi , me détermina à als ler à quelques lieues fur cette côte paf- fer une huitaine chez un ami qui me reçut avec plaifir ; nous montames à cheval pour vifiter l'intérieur du Pays à quelques lieues de la Mer 5 je trous vai les campagnes affez belles , mals bien moins fertiles que le long du Fieu: ve; elles fe fentent un peu du voifina- ge de la côte, qui n'a prefque point d'autres plantes que des Pins à perte Es L'ECeRS NOR) 5 de vüe & quelques Cédres rouges & blancs. | … Lorfque nous fümes dans la plaine de la Louificne. À, 172. Découverte ? de deux mines Je furetai tous les endroits que je crûs du Cuivre, mériter mes regards « je trouvai après ICét examen deux Mines de Cuivre, dont le mérail étoit apparent ; elles Ipeuvént être à une demie lieue de dif- tance l’une de l'autre ; il eft à croire qu’elles font très-abondantes, puil- qu’elles fe decélent de la forte fur la Ri de la terre. … Quand je me fus affez promené, & que Je ne prévis plus que je pouvois trouver de quoi fatisfaire ma curiofité, deux bateaux de la Compagnie qui fe préparoïient à partir pour la Nouvelle Orléans, & une grofle Pirogue qui ap- (partenoit au R. P, Charlevoix, Jéluite, | 3 le nom eft très-connu dans la Ré- publique des Lettres ; je retournai IComptois avec raifon avoir une place dans les bateaux de la Compagnie ; mais M. Hubert à qui le R, P. vint faire fes adieux, le pria de me pren- dre avec lui, & que je lui tiendrois compagnie ; il y confentit ; mais Je Pengageai à donner auffi pañlage à M. H ii lavec lui à la Nouvelle Orléans : je Retour ds 14 . : à : . l’'Auteur aux je retournai au Biloxi , où je trouvai Nacchez Phénomène cfa at Flaucourt, qui m’avoit prié de le pren“ ment fondé, que perfonne ne pouvoit paru dans la Province, duratroisjours. à. p" 174 Hifloire, 44 de S. Gilles , frere de M. de la Loirez dre avec moi ; parce qu’en arrivant den France , on eft embarraflé, fur-tout dans un pays neuf, comme étoit alors Ja Louifiane. des | Peu de tems après mon retour du Bioxi aux Natchez , il furvint un Phénomêne , qui effraya toute la Pro= vince ; l’effroi étroit d’autant plus jufte= en deviner la caufe, ni en prévoir les effets, que l’on craint toujours malgré la force du raifonnement, qui devient inutile lorfque l’on n’a aucune connoif- fance du fujet. Tous les marins pendant huit jours on entendoit un bruit fourd quoique fort, depuis la Mer aux Illinois , qui montoit du côté de l’'Oueft ; l'après: midi on l’entendoit defcendre du côté de l'Eft, le tout avec une vitefle in- croyable ; & quoique le bruit parüt appuyé fur l'eau, elle ne frémifloit point, & on ne fentoit fur le Fleuvel as plus de vent qu'auparavant. Cet effroyable bruit n’étoit que le prélude de la tempête la plus violente ; cet! Ouragan le plus furieux qui eût jamais A de la Louifiane. T7 Comme 1l montoit du Sud Oueft au MNord-Eltt , il allongeoit tous les éta- bliflemens qui étoient le long du Fleu- Ve ; on s’en reffentoit à quelques lieues | 4 ou moins fort , fuivant que lon létoit plus où moinséloigné ; mais dans Nes endroits où paf le Fort de FOu- tagan , il renverfa tout ce qu’il ren- contra dans fon chemin, qui étoit dé a largeur d’un bon quart de lieue, en- forte que l’on eût pris pour une ave- ue faite exprès, l'endroit où il avoit pañlé , qui étoic totalement applati, &e avoit les côtés droits. Les plus gros arbres étoient déracinés , & leurs bran- Ches brifées à platte terre, de même que les rofeaux des bois; dans les prairies l'herbe même, qui n'avoir alors Que fix pouces de haut, & qui eft fort fine, ne püût fe garantir d'être foulée, flétrie & collée à terre. Le fort de l’Ouragan pañla à une liéue de mon Habitation , néanmoins ma maifon qui étoit de pieux en terre, eut été renverfée , fi je ne l’eufle promptement appuyée avec un arbre, le gros bout en terre, & cloué à la maifon avec une fiche de fer de fept à huit pouces de long: plufieurs bâti- mens de notre Pofte furent renverlés: H iv 176 Hifloire | mais nous fümes heureux dans cette” Colonie que le fort de cet Ouragan. | ne pañla pas directement fur aucuñ” Pofte , & quil traverfa obliquement” le Fleuve fur un pays totalement in-4 habité. H arriva vers le mois de Mars” en 1722. ; | Comme cet Ouragan venoit de Ia’ partie du Sud, il gonfla tellement las Mer, que le Fleuve refoula contre fon courant , jufqu’à monter à plus de quin- ze pieds. CHAPITRE XFIT. Premiere Guerre avec les Natchez : | Caufe de cette Guerre: Les Natu- … rels apportent le Calumet de Paix a l Auteur. | | A même année fur la fin de l'Eté, JZ_ nous eûmes la premiere Guerre avec les Natchez. Comme j'ai déclaré que je parlerois plus de cette Nation que de toute autre, parce que Je Pai plus particulierement connue, J'efpere que l’on me: di‘pentera de rapporter ce qui s’eft pañfé ailleurs. Ce n’elt pas que je nenaye eu quelque connoiffance , mais on rifque toujours beaucoup à faire fond fur les relations d'autrui, dans des aFaires de la nature de celle- ci,où il eft difficile de s’exempter de partialité. Je ne puis même toucher celles qui fe font palées fous mes yeux fans ufer | d'une grande réferve. Quoique les dérails de cet établiffe- ment des François à la Louifiane puif- fent paroître aflez indif-rens à ceux qui viendront après nous, je rencontre \ - 4 Li ‘ : ’ V2 17 ‘hs Hifoire 4 cependant , à mefure que j'écris , tous: les dangers qui étonnent les Ecrivains. des Hiftoi res Modernes. Les morts de les vivans font également à ménagers & la vérité que l'on connoît eft d’une dé: icatefle à à exprimer qui fait tomber la plume de la main de ceux qui Pai ment. Je ferai néanmoins mes eHorts pour donner une efquifle fidelle de ce. uieftarrivé aux Natchez, où fe font pañlés les plus grands € évenemens de la Coionie : ce que je ne dirai point fe trouvera quelque jour dans les Mémoi= res que l’on publiera & qui exifienr ac= tuellement en manufcrits, comme ceux de M. de S. Denis, & quelques autres _ dont jai profité pour la découver= te dela Louifiane, Elément Les François s’établireng aux Nat: es François aux Marcher, CHez- fans aucune contradiction de la part de ces peuples, qui loin même de les traverfer , leur rendirent beaucoup de fervices. & leur furent d’un lecours très-eflentiel pour avoir des vivres ; ceux que la Compagnie des Indes avoit envoyés avec fa prémiere Flotte ayant été retenus à la nouvelle Orléans. Sans. les Naturels ils feroient péris de faim & de mifere ; car quelqu’exceilent quen fo: t'unnouveau Pays, il faut Jef arte LA , ( L 08 … RER { à 1 L * 4 / à de la Louifiane 179 tout au moins la premiere moiïflon : en rations pour fiire précifément ce qu’il ilfaut vivre, & la Compagnie l’avoit bien reconnu , puifqu’elle avoitenvoyé avec les huit cens hommes qu’elle fai- Lit pañler à la Louifiane de quoi les mourrir trois ans de fuite. Les Ceflion- maires & Colons réduits à traiter ( ache- er par échange ) des vivres avec les Natchez, virent par-là difiper leurs lavances & ne pürent former un établiffe- ment aufli confidérable qu'ils l’auroient Air, s’ils n’euflent point perdu leur fang le plus pur par ces faignées auffi fré- quentes que néceffaires. | » Cependant il en réfulta un bien: Ceft que les Natchez attirés par la fa- cité de traiter des marchañdiies aupa- ravant inconnues chez eux, comme fu- fils, poudre, plomb , eau-de-vie, lin- ge, draps & autres chofes femblables, au moyen d’un échange de toutce dont ils abondoient , s’attacherent de plus en Je défricher , l'enfemencer & attendre effet il faut être bien jufte dans fes opé- faut du premier coup & n'avoir point lärecommencer. Mais pendant ce tems Les Natcherz plus aux François & feroient reftés mis des Fran amis très-utiles, fi le peu de fatisfac tion que leur donna le Commandant du H v] Oise | L. T186: Hifhoire ., Fort Rofalie de la mauvaife action” d’un de fes Soldats n’eût alliéné leurs efprits. Ce Fort couvroit l'Hebitation: des Natchez & protégeoit celle de Sainte Catherine, qui étoit fur le bord, Fort négligé, de la petite Riviere des Natchez. Mais: la défenfe & la protection étoient quels que chofe de bien mince, car ce Fort n’étoit que de palifflades, ouvert par fix brêches, fans foffé , & n’avoit qu’une: très-foible garnifon. D'un autre côté les maifons des Habitans, quoiqu’en affez grand nombre, n’avoient aucune! force par elles-mêmes ; les Fabitans difperfés dans la Campagnes chacun au milieu de fes champs, loin de fe prêter une force mutuelle , commeils auroient fait s'ils euflent été réunis , avoient chacun au premier accident befoin de fecours. Un jeune Soldat du Fort Rofalie avoit fait quelques avances à un vieux. Guerrier d’un Village des Natchez (r} qui devoit lui donner en retour du bled. Vers le commencement de lHy- Caute de ceue Ver de 1723, ce Soldat logé près dus Guerre, Fort,le vieux Guerrier y fut le voir, le (1) Ce Village étoit celui de la Pomme Blanche: chaque Village a {on nom parti curer, | | ju Si LÈt2 = “ Re. TROT RIT ne : de laLouifrane. 192 Soldat lui demanda fon bled. Le Natu- rel répondit doucement que le bled ‘n'étoit pas encore aflez fec pour l’égrai- ‘ner , que d’ailleurs fa femme avoit été malade, & qu'il le payeroit aufli-tôt qu’il feroit poffible. Le jeune homme qu content de cette réponfe menaça Je vicillard de lui donner des coups de “bâton. Auffi-tôt celui-ci qui étoit dans la cabane du Soldat, fut indigné de cette menace & lui dit qu’il vint voir dehors lequel feroit le plus fort. Sur ce défi Le Soldat criant à Paffaffin appelie la Garde à fon fecours.LaGarde accous frut , & le jeune homme la prefla de ti- rer fur le Guerrier qui retournoit à fon | Village d’un pas ordinaire , un Soldat fut affez imprudent pour le faire. Le | vieillard tomba du coup. Bien-tôt le “Commandant fut averti de ce qui ve- “noir de fe pañler, & fe rendit fur le lieu, où les témoins, car ilyen avoit de “François & de Natchez, oùlestémoins, dis-je, Pinftruifirent du fait. La jufti- ce & la prudence vouloient qu’il fit fu- Dir au Soldat un châtiment exemplai- re, maisil len quitta pour une répri- mande , après laquelle les Naturels fi- rent un brancard & emporterent leur Guerrier qui mourut la nuit fuivante ra \ À L fe /f LE H$3 Hifioiré.... ©} MALE de fes bleflures, quoique le fufil n’eûeu. été chargé que de gros plomb. Les La vengeance eft la paflion domi- ÿ ; + à lé ML nante des peuples de l'Amérique : ainfks l’on ne doit point s'étonner que la mort de ce vieux Guerrier ait foulevé tout” fon village contre les François, lereften de la Nation dans ce commencement ne prit point part à la querelle. | Le prernier effet du reflentiment des. Hôftilité des Natchez tomba furun François nom- Natchez,. Le mu PUR DE mé M. Guenot, qu’ils furprirent re- \ e F e ) tournant du Fort à Sainte Catherine, & furun autre Habitant qu’ils tuerent, dans fon lit. Bientôt après ils atraque- F A + e 3 e e e rent tout à la fois Habitation de Sain- te Catherine , & celle qui étoit fous Le Fort Rofalie. C’étoit dans cette der- niere que j’avois établi ma demeure. Je” me vis donc expolé, ainfi que beau- coup d’autres, à payer de mesbiens , & peut-être de ma vie la témérité d’un Soldat & la trop grande douceur de fon Capitaine, Mais comme je connoif- fois déja le caraétere des peuples à qui nous avions affaire, je ne défefperaïs . o Le point de fauver l’un & l'autre. Je me barricadai dans ma maïfon ; & m’étant mis en état de défenfe, loriqu'ils vin=" À rent la nuit, feion leur coutume, pour” l 4. % 1 “HSE ER ifiane. 187 me furprendre, ils n’oferent m'atta- De | Cette premiere entreprife que je ju- } geai bien devoir être fuivie d’une & «même de plufieurs autres, me fit pren- Mr le parti, dès que le jour fut venu, ! de me retirer fous le Fort, aïinfi que faifoient tous les Habitans, & d’y por- “rer toutes les provifions que J'avois en mon logis. Je ne pus exécuter mon “deffein qu’à moitié : mes Efclaves ayant commencé par tranfporter le meilleur, da peine fus-je arrivé fous le Fort, que le Commandant me pria de me mettre à la tête d’un détachement d'Habitans pour aller au fecours de Sainte Cathe- rine, [Il y avoit déja envoyé toute fa Garnifon, ne fe réfervant que cin hommes pour la garde du Fort, & ce Hécours ne fuffloit pas pour dégager Habitation que les Naturels en grand por prelfoient vivement. | Je partis fans différer. Les coups de fu fe faifoient'entendre de loin, mais Je bruit ceffa auffi-tôt que j je fusarrivé, F & les Naturels parurent s’être retirés ; ils m'avoient fans doute découvert dans Ma marche , & la vûe d’un renfort que Me Éonduifois leur en avoit impolé. L’Offcier quicommandoit le dérache- 484 Hifloire | - ” _ ment de Ja Garnifon, & que jerelevois} retourna au Fort avec fa Troupe, & le Commandement m’étant ainfi dévolus je fs affembler tous les Negres, & leur ordonnai de couper toutes.les brouf- failles , qui couvrant la Campagne fa- voriloient l'approche de l’'Ennemi juf= qu'aux portes des maifons de cette con: ceflion, Cette opération fe fit fans aus cun trouble, fi ce n’eft une douzaine de coups de fufl que les Naturels tirerent des bois où ils étoient cachés au-de= lä de la Riviere, car la plaine des envis rons de Sainte Catherine étant abfolu= ment nettoyée de tout ce qui pouvoit les mafquer, ils n’oferent plus y pa= ln MROIEre : Négocktions Cependant le Commandant du Fort Rofalie faifoit agir auprès du Serpent Piqué , afin que ce grand Chefde Guer- re calmât cette partie de fa Nation, &t procurât la paix. Comme il étoir de nos amis, il y travailla efficacement, & les hoftilités ceflerent. Lorfque j'eus pañlé vingt-quatre heures à Sainte Ca= therine, je fus relevé par un nouveau détachement d'Habitans que je relevall à mon tour le lendemain. Ce fut à cet: te feconde garde queje montai, que Île Village avec qui on étoit en guerres, s- Dot > / “ES. TS H 10 x "ia - DA l'E: - se de la Louifiane. RÉ RES M'envoya par fes députés le Calumet boire de Paix. Mon premier mouvement fut Cal umet de de le refufer , {çachant que cet honneur Paix à Au étoit dû au Commandant du Fort, & ilme paroifloit d’autant plus délicat de Pen priver que nous n’étions pas trop bien enfemble. Cependant le danger évident d'occafionner la continuation de la Guerre en le refufanc, me déter- mina à l’accepter , après néanmoins lavoir pris l'avis de ceux qui étoient avec moi, qui tous le jugerent à pro- Ipos pour menager ces peuples à qui le Commandant étoit devenu odieux. « Je leur demandai ce qu'ils vou- Joïent , ils me répondirent en trem- Dlapt , la paix : » Cela eft bon, leur mrépliquai-je , mais pourquoi m’ap- portez - vous le Calumet de Paix ? » C’eft au Chef du Fort qu’il faut le # porter pour avoir la paix. Nous » avons ordre, me dirent-ils, de te >» l’apporter d'abord, fi tu veux le re- » cevoir en fumant feulement dedans 3 » nous le porterons après au Chef du 22 Fort , mais fi tu ne veux pas le rece- » voir, les ordres portent que nous » n'avons qu'à nousenretourner. « Je leur dis donc que je voulois bien fumer dans leur Calumet , à condition 186 Hifloire | qu’ils iroient le porter au Chefdu Forts Ils me firent une harargue, elle dura peu, quoi qu’elle für très- fateufe ; on me difpenfera de la rapporter pour la raïfon que l’on peut aifément deviner Je répondis à leur harangue , qu il étoit bon que nous reprifions notre façon de vivre enfemble, & que les François & les hommes Rouges OU= bliaflent entierement ce qui s'étoit _pallé, qu'à mon égard j'avois du cha= grin de navoir plus de maïifon, mais que j'en alloïis bâtir une très promptement , & qu ’aufli-tôt que j'y La Maïfon de {erois logé ’oublirois que lancienne LP à avoit été dde enfin qu’ils n’avoieñt a porter le Cohunct au Chef du Fo ort & de là aller dormir chez eux. Telle fut l’iffue de la premiere Guers re que l’on eut avec les Natchez qui ne dura que trois ou quatre jours: Dès le lendemain je fus vifité par le Serpent Piqué , qui me demanda fi j’a= vois tou ours le cœur gros de ma mai fon brûlée, qu'il alloit parler à (à Guerriers pour me couper du bois é£ en faire une autre, Je lui dis quecen É2 toient point fes Guerriers qui avoients brûlé ma mailon &c mes vivres. El mew répondit : » jet’entens , demain tu fes ‘4 de la Louifiane. 127 » ras content, trouves-toi de bon matin > dans l'endroit où tu veux bâtir, je D my rendrai avec les Guerriers du # Village de la Pomme, & tu leur diras » ce que tu as envie de faire. | | … En effet, il fe tranfporta avec une trentaine d'hommes fur le terrein que je lui avois indiqué : je fus aflez occu- pé pendant tout ce jour à faire abbat- tre des arbres, les jours fuivans je fs travailler pour la couverture. On ne fait Joint travailler ces Naturels fans leur Les Naturels urnir au moins la nourriture néceflai- PERS LE te, mais le Serpent Piqué avoit pour- bätirune autre yû à tout ; d’autres Naturels venoient cHrR at & apportoient à manger plus qu'il n'en falloit pour les travailleurs & pour les Efclaves. Aïinfi je fis en peu de tems Une maifonque j’achevai avec deux Né- gres mâles qui m'étoient arrivés. M, Les Natchez lui donnerent le nom de Maifon forte, parce qu’elle étoit à Pépreuve de la balle & qu'il y avoit des ” meurtrieres de tous les côtés. » Le Commerce ou la Traire fe réta- blit comme elle éroit auparavant, & ceux quiavoient fouffert quelque dom- mage ne penferent plus qu’à leréparer. Quelque tems après on vit ariver de la nouvelle Orléans le Major Général que «. LA 4 183 Hifhoire # le Gouverneur dela Louifiane envoyoït pour ratifier cette Paix. Ille fit, &a fécurité de part & d'autre devint auffil parfaite que fi l’on n'avoit jamais rien eu à déméler. FA | Il auroitété fort à fouhaiter que les chofes fuflent reftées fur un fibon pied. Placés dans un des bons & beaux Pays” du monde, en liaïfon étroite avec les Naturels de qui nous tirions beaucoup de connoiffances {ur la nature des pro ductions de la terre & fur les animaux de toute efpece dont elle eft peuplée, ainfi que des Pelleteries & des vivres, & aidés par eux dans beaucoup d'ou vrages pénibles, nous n'avions beloïn” que d’une paix profonde pour former“ des établiffemens folides , capables de nous faire oublier l'Europe : maislan Providence en avoit autrement of= donné. le | de La Louifiane: 189 f CHAPITRE XIV. Serpent à jonnettes monftrueux : Phés Li _noméne extraordinaire, "Hyver, qui furvintpeu après cet "A te guerre fut fi rude, qu on ne fe fouvenoit point d’en avoir vû d’auffi froids. Il tomba du verglas en affez grande abondance pour étonner les plus vieux Natchez à qui ce grand froid parut nouveau. Je ne puis attribuer qu’à la violence de ce froid , la caufe pour la- qu'elle s'arrêta fur mon terrein un monftre plus gros que l’on eût encore apperçu dans le Pays. 0 Tous les matins mes chiens alloïent ‘abboyer à la même place, {ur un cô- teau oppofé à celui ou j'étois bäti ; le bois étoir fi fourré que je ne pou- vois raifonnablement m'expofer à y aller, parce que je pouvois être fur- pris par l'animal contre lequel mes chiens abboyoient fi régulierement,fans pouvoir trouver aucun mogen de me rire ; mes chiens quoique très= Grand froid qui étonne Île Naturels, 190 Hifioire . DR hardis n’ofoient avancer, ainfi je n'&= vois garde d'entreprendre plus qu'ils! n’en faifoient. TER Un Natchez qui, comme je Pa dit, n'avoit pas voulu me vendre fa cabane & fon camp à mon arrivées, étoit encore {ur le même terrein;ñil vint chez moi, je lui dis que mes chiens alloient tous les matins dans" Je Bois voifin de fa maifon, & aboyoïient très-longtems au même en droit; que pour découvrir ce quel pouvoit être, il me feroit plaifir d'y aller lorfqu’il entendroit mes chienss Il me le promit, ajoûtant qu'il me rapporteroit ce qu'il auroit vü. Dés le lendemain matin mes chiens 4e rendirent à l'ordinaire dans le Boiss & aboyerent de même ; ils ceffleretit quelque tems, | uis recommencerent, Je conjeéturai que mon voifin y avoit été, par l'intervalle de laboyement de mes chiens qui l’auroient reconnu ; Je le vis arriver peu de momens 10 fort efloufflé, maïs encore fi faifi de la frayeur qu'il avoit eüe, qu'il ref fembloit plutôt à un homme moft qu’à toute autre chofe. 1360 Je lui demandai ce qu'il avoit:54il me répondit qu'il avoit eu une AM a de la Louifiane. 19 grande peur, qu'il avoit peine à en revenir ; qu'il étoit allé aufli-tôt & très-doucement à mes chiens, dès qu'il les avoitentendus; qu'ils s’'étoient avoir un peu excités, ils avoient re- Commencé en avançant un peu; qu'a- lors il avoit entendu un horrible fif- lement, & vû remuer le corps d’un Serpent à fonnetes auffi gros que lui ; CE NO / 3e 3 7 qu’il en avoit été fi effrayé quil s'é- toit enfui, & qu'il en étoit encore fa; qu'il alloit quitter fon champ & demeurer au grand Village, parce que fi cet animal fentoit une fois la chaleur, il dévoreroit quelqu'un de fa mailon. Je lui demandai fi ce qu'il me di- Loit étoit bien vrai, parce que je n’a- Vois jamais oui dire qu'il y eût de fi pros Serpens à fonnettes ; il me ré- pliqua que cela étoit très-xral, que je pouvois m'éclaircir par moi-même s’il étoit vrai ou faux; que comme je tirois bien & que je n'aurois point peur , je le tuerois aifément ; que pour ui il n’éroit nullement fûr d’en faire de même, parce quil le craignoite TL me quitta en m’affürant que dès Pinflant il alloit partir & changer de demeure, ths à fon arrivée; mais qu'après les Serpent à Sonÿ nettes MOonf- TIUCUXS 192 Hifhoire 4 Je fis enfuite de cette nouvellé! mes réflexions fur le parti que j'avois à prendre pour me défaire de cal animal , dont le voifinage me déplais {oit fort; je crus qu'il y auroit de la témérité d’aller pour le furprendres que plutôt en agiffant de rte je courrois rifque d’être furpris mois même ; l’épaiffeur da Bois n'empôl chant de le voir .aflez-tôt pour tirer & de me défendre ou de me fauver felon qu'il conviendroit dans l’occas fion. ‘à x TN Nous étions fur la fin de Fhyvers la quantité de feuilles qui étoient tombées tant des arbres que des cannes dont ce Bois étoit fourrés couvroit la terre de plus d’un piedk d'épaifeur; je réfolus d’y mettre le feu, & je n’attendois plus qu’un vent favorable qui püt porter vers ce monf= tre le feu que je mettrois de mot côté. Il furvint un vent dont je pro“ fitai pour exécuter mon deffein; il étoit fort , & poufla le feu avec tant de_violence qu’il brûla les cannes 8 les brouffailles. Quand les cannes vers tes font échauffées par le feu, Pais qui eft renfermé entre les nœuds fe” dilate , & les fait peter comme de + ASENNNESS _ de la Louiliane. 19 Æoups de fufl; de forte que l'on eût dit en entendant ce bruit, que c’étoit deux Armées dans le plus fort du Combat. | : Je penfois qu'un fi grand feu le Mrouveroit encore engourdi & le bré- Meroit, ou lui feroit mal à ne pou- voir aller bien loin. Je fus curieux lle lendemain de voir louvrage du lfeu ; je pouvois alors vifiter ce Bois ravec moins de peine & de rifque ; je menait mes chiens qui me firent voir. Ma retraite du Serpent; tout étoit brûlé, mais l’animal n'y étoit plus. . Le Dimanche fuivant j'appris par un ÆHabitant qui demeuroit au-defous de moi, que dans le tems que le feu étoit dans mon Bois, il étoit dans Non champ avec plufieurs Natchez; pour le préparer à recevoir la femen= ce; qu'ayant entendu un bruit dans le Bois voifin de fon champ & in- quiets de ce que ce pouvait être, ils an virent {ortir un Serpent d'une grof- leur énorme, que la crainte les avoit aifis, qu'ils avoient jetté leurs pios ches & s’étoient enfuis de toutes leurs “orces jufqu’au delà de la Ravine : que s'étant retournés pour le confi- Me. ils le virent entrer dars le TomL I $ 194 Hifloire * Bois oppofé avec tant de vitefle } qu'ils ne purent difcerner fa longueurs qu'il paroïfloit avoir été épouvanté du bruit des cannes auxquelles j’avois mis le feu, qu il y avoit apparence qu'il en venoit , & que le chemin | qu'il avoit pris, le conduifoit à la Cipriére (1). Phénomène Nr lautomne de cet année, le grrraordinäire, is un Phéroméne qui Épouvanta forts les Superftitieux ; il ét toit en effet fi extraordinaire que jamais je n’avoiss entendu raconter rien de femblable ou même qui en approchàt: ainfi je crois devoir le rapporter; les Sça= vans pourront exercer leurs talens à en découvrir les caufes. * Jé venois d’achever mon fouper hors de ma maïion, dans le defein d’être plus au frais: j'étois tourné vers l'Oueft & aflis devant ma table à examiner quelques planetes qui pa roifloient déja: j'apperçus une lueur qui me fit lever les yeux ; à l’inftant je vis partir du Midi à la hauteur d’en- viron quarante-cinq degrés au-deffus! de l'Horifon, une lumiere de la lar* geur de trois doigts, qui fila vers le (x) Cipriére eft un lieu bas pans de Gi pres, de Ronçes, &ce PARA , \ 2. DEEE LES de la Louifiane. 19f * Nord toujours en s'élargiflant, & qui fe fit entendre en Gflanc coinme la plus groffe fufée volante. Je ju- igeai à la vûe que cette os ne “pouvoit être gucres au-deilus de l’At- mofphère, & le bruit ou fiflement . que j'entendois me confirma dans mon idée. Quand elle fut de même à qua- rante cinq degrés environ , au-deflus de l'Horifon du côté du Nord, elle s'arrêta & cela de s’élargir ; en cet endroit elle paroïffoit large de vingt doigts, de orte que- dans fa courfe qui avoit été très- -rapide , elle avoit formé Ja figure d’une trompette ma- rine, & Jaïfloit dans fon pañage des -étincelles crès-vivess & plus brillantes que celles qui IteRe de deflous le _ marteau du Forgeron, & qui s’éte]- gnoïient à melure qu'elles s’étoienc Échappées. | À cefte hauteur du Nord que je viens de dire, fortit du milieu du gros bout, un Boulet tout rond avec “bruit, & en feu; çe Boulet avoit &viron fix doigts de diamètre, il fut tomber fous l’'Horifon au Nord, êc renvoya environ vingt minutes après, un bruit fourd, mais très-gros, & de l'efpace d’une minute au moins, si O0. Hi iffoire | | & qui paroïffoit venir de fort loifis La lumiere commença à s’affoiblir du côté du Midi, après la fortie du Bou let, & fe difipa enfin avant que les bruit du Boulet fe fût fait enten= dre. | î Le Phénomêne fut apperçu vers fan fin de beaucoup de perfonnes qui 1e} virent avec frayeur ; mais il ny en avoit point de mieux placé que mois pour le voir depuis fon commence=s ment juiqu’à fa fin, de OT de la Louifiane. 197 CHAPITRE XV. Le Gasieraeur furprend les Natches avec 790 hommes: Difcours du Ser- pent Pique au füjet de cette Guerre , € de la Paix qui l’avoir précedée : À Le Médecin du Grand Soleil guérit L Auteur d'une Fiftule lacrymale : Cu- res furprenantes des Médecins Natu- _rels: L’Auteur envoye à la Compas grie plus de 300 Simples. | M. .De Biaïinville au Comeneement de l’hyver qui fuivitce Phénomé.- ne , arriva dans notre Quartier des Natchez fans bruit , & fans que per- fonne en fut prévenu que le Com- mandant de ce Pofte, qui avoit or- dre d’arrêter tous les Natchez qui viendroient au Fort ce jour - à, afin que la nouvelle de fon arrivée ne püt être portée aux Natchez. Il avoit ame- né des Troupes réglées, des Habi- tans & des Naturels alliés, au nom- bre de fept cent hommes en tout. L'ordre fut donné, que tous nos Habitans des Natchez fe trouvañlent, k [ :j L4 1 98 Hifhire | à fa porte à minuit au plus tard; je m'y rendis, & me confondis dans la foule fans me faire connoître. - Nous arrivämes deux heures avant le jour à PHabitation de Sainte Ca- | therine. Le Commandant m ayant en- ! _ fin trouvé, m'ordonna de la part du : < Roi, de me mettre à la tête des Ha- | bitens des Natchez, & de les com- mander ; & à eux de m obéir com= L'Armée va Mme à lui-même, Nous avançâmes en in ile de srand filence vers le Village de la l'omine; ? Pom me: il eft ailé de voir que tou- tes Ces | précauti ions étoient pour fur- pret ndre nos Ennemis, qui devoient : d'autant moins s'attendre à cette hof- tilité, qu’ils avoient fait la Paix avec nous de bonne foi, & que M. Paillou Major Général étoit venu ratifier cete te Paix de la part du Gouverneur. Nous marchâämes aux Enremis; on inveft t la premiere cabane des Nat- chez qui fe trouva feule ; les Tam- bours accompagnés du Fifre battirent la charge, on fit feu fur cette caba-w ne, daus laquelle il n'y avoit que trois hommes & deux femmes. | L'on fe tranfporta de fuite au Vil-: lge, c’eft-à-dire à plufieurs cabanes qui fe fuivoient; nous nous arrétà-| LE 5 LS de la Louifiane, 159 » fes À trois qui étoient voifines lu- ne de l’autre, dans lefquelles s'étoient . retranchés douze à quinze Natchez. “ À nous voir, on nous auroit pris . pour des gens qui venoient feulement pour confidérer ces cabanes. Indigné _que perfonne ne fe mettoit en devoir d'avertir, je pris fur moi de cerner avec ma Troupe les Ennemis pour Les prendre par derriere. Ils prirent la fuite, je les pourfuivis ; mais il - nous auroit fallu des jambes de Che- . vreuils pour pouvoir les joindre. Ce- pendant je les avois approchés de fi près, que pour courir plus fort, il _jettoient leurs vêtemens. … Je vins rejoindre; je mattendois ja être repris de les avoir forcés fans ordre; j'avois ma défenfe toute pré- “te: je me trompois, on ne me don- i na que des louanges. Je n’aurois pas rapporté ce fait, fi M. de Biainvil- Je ne leût marqué avec plus d’éten- . due dans la Relation de cette Guerre - qu'il envoya à la Cour, & qui fut . mife dans le Journal. Cette Guerre dont je ne ferai pas d'autre détail, dura quatre jours fur ble lieu: M. de Biainville demanda la Moyen de “yête dun ancien Chef mutin de cePrix- Liv 200 Hiffoire L’Auteur ar- rète le Serpent. | Fiqué, Village, les Naturels la lui donneren pour avoir la Paix. J'étois un peu éloigné du Village | de la Pomme, & je ne voyois jamais” gueres de gens de .ce Village; ceuxs qui en étoient plus proches en étoients vifités plus fouvent, mais depuis cette Guerre dont je viens de parler, &. la Paix qui avoit fuivi, je n'en vis. plus aucun ; & mes voifins plus près, d'eux n’en virent qu'un crès - petitu nombre, & même très-l onptems après! la Guerre finie. Ceux même des au tres Villages ne venoient plus que ra-. rement, & j'aurois fouhaité en étre débarraflé pour toujours, fi nous n’en euflions point eu befoin ; mais nous. havior ï ni Boucherie ni Poifflonne-+ rie; La alloit donc fans leur fecours , fe pañler avec ce que la baffe-cour’ & les jardins nous procuroient de, nourriture: ainfi nous ne pouvionsh gueres nous pañler d'eux. | J’arrê ai un jour le Serpent Piqué. qu: pañlo t fans regarder & fans s’ar-" rêter ; il étoit frere du Grand Soleilm & grand Chef de Guerre de la Na-4 tion des Natchez ; & pour aller aus { Fort, il ne pouvoit pañer que. pars devant ma Maïifon; sil eüt pris t C4 ! 1 de la Louifiane, 201 “chemin de détour il y auroit paru de Paffe@ation, & il étoit trop prudent “& trop profond politique, pour en “agir de ja forte. | …. Je l'appellai donc & lui dis: » Au- “> trefois nous étions amis, ne le fom- >» mes nous plus? Il répondit : Voco, je >» nefçais: (1) je repris ainfi : tu venois “» chez moi, à préfent tu pañles droit; “> as-tu oublié le chemin, ou fi ma “» Maïfon te fait de la peine? pour “> ce qui eft de moi mon cœur eft -» toujours le même pour toi & pour #» tous mes amis, je ne fçais point. » changer, pourquoichanges-tu donc£ Il fut du tems à me répondre, & je m'apperçus que je l’embarraf- fois par ce que je lui difois. Il n’al- Jloit au Fort que quand le Comman- . dant lui faïfoit dire de venir: celui- ci men avoit parlé, & prié en mé- me-tems de le fonder; vû que lEn- terpréte ne lui rendoit point de bon- nes réponfes, & qu’il étoit à propos de sefforcer de découvrir sil ny _ (r) Noco, je ne fcais, eft un terme qui veut dire, non qu’on ne fçait point la chofe . demandée, mais plutôt qu'on n’a pas envie de la dire ou d’en parler. L À v EN 202 Hifhoire_ 1 avoit point chez eux quelque rellek | de reflentiment. | | 4 Difcours 4 [1 rompit enfin fon filence & me PAPE ME dit: » je fuis honteux d’avoir été fi long-tems fans te voir, mais je. » croyois que toi-même tu étois fà-? » che contre notre Nation; parce que » de tous les François qui étoient à » la Guerre, perfonne autre que toi » n’a foncé fur eux. Tu as tort, lui, » répliquai-je, de penfer de la forte; » M. de Biainviile étant notre Chef » de Guerre, nous devons lui obéir, : » de même que toi tout Soleil que » tu es, tu ferois obligé de tuer ow » faire tuer celui à qui ton frere le s Grand Soleil t’ordonneroit d’ôter æ la vie: bien d'autres François que » moi ont cherché l’occafion de les » attaquer, comme M. de Biainville » l'avoit ordonné; plufieurs François » ont foncé fur la premiere cabane; » & il y en a eu un de tué du pre- » mier coup de fufil .que les Natchez æ Ont tiré. 3 {1 me dit enfuite:» Je n’ai pas » approuvé, comme tu fçais, la Guer- » re qué nos gens ont faite aux Fran- L p çois, pour venger la mort de leur « parent, puifque je leur ail fait por= W 0 de la Louifiane, 3203 _mter le Calumet de Paix aux Fran- - » çois; tu le fçais, puifque tu:as fu- … » mé le premier dedans. Eft-ce que … les François ont deux cœurs, un * bon aujourd’hui & demain un mau- » vais? pour ce qui eft de mon fre- - » re & de moi, nous n'avons qu'un » cœur & une parole: dis-moi donc, “ >» fi tu es, comme tu le dis, mon æ vrai ami, ce que tu penfe de tout » Cela, & ferme ta bouche pour tout . autre; nous ne {çavons-tous que _» penfer des François, qui après avoir » commencé la Guerre, ont donné æla Paix, & l'ont offerte eux-mé- _ » mes; puis dans le tems que nous . » fommes tranquilles nous croyans en . » Paix, on vient nous tuer fans rien > dire. ; » Pourquoi, continua-t-il d’un air » chagrin, pourquoi les François font _ ils venus dans notre Terre? nous » ne fommes point allés les chercher: . » ils nous ont demandé de la terre, _» parce que celle de votre Pays étoit # trop petite, pour tous les hommes - » qui y étoient. Nous leur avons dit » qu'ils pouvoient prendre de la ter- » re où ils voudroient, qu'il y en » avoit aflez pour eux & pour nous, Ï y] 204. Hiftoiré LES » quil étoit bon que le même So » leil nous éclairât, que nous mar” »'Cherions par le même chemin (1), » que nous leur donnerions de ceque > nous avions pour vivre, que nous RUE A A A . fe: » les aiderions à fe bâtir, & à faire » des champs; nous l’avons fait, ce- ! » [a n’eft-il pas vrai À » Quel befoin avions-nous des Fran- » çoisf avant eux ne vivions-nous « > pas mieux que nous ne falfons, > puifque nous nous privons d’une » partie de notre bled (2), du gi-. » bier & du poiffon que nous tuons » pour leur en faire part! en quor. » donc avions-nous befoin d’eux ? » étoit-ce pour leurs fufils ? nous » nous fervions de nos arcs & de » nos fléches qui fuffifoient pour » nous faire bien vivre : étoit-ce pour . > leurs Couvertes blanches, bleues où » rougesf nous nous pañlions avec » des peaux de Bœufs qui font plus » chaudes ; nos femmes travailloient (1) Ces expreffions fignifient la bonneïn- * telligence. (2) Ce mot fe prend fimplement pour fi- ghifier le Mahiz, qui ef la principale nour- riture que le Pays produi.:, & duquel on {e {ert, faute de froment. É] - delaLouiflmnez ‘20f bp: a des Couvertes de plumés pour = lhyver, êt d'écorce jt meurlers ‘a pour l'été, cela n’étoit pas fi beau; |» hais nos femmes étoient plus labo- 1 > rieufes & moins glorieufes qu’elles _» negont. Enfin, avant l'arrivée des > François nous vivions comme des > hommes qui fçavent fe pañler. avec æ ce quils ont ; au lieu qu’aujour- > d'hui nous marchons en Efclaves > qui ne font pas ce qu’ils veulent, h. À ce difcours auquel je ne m'é- tois point attendu, je ne fçais ce qu'un autre auroit répondu ; ; mais j'a- voue fincérernent que fi à mes pre- mieres paroles il avoit paru embarraf- 16, je l'étois véritablement à mon tour. » Mon cœur, lui répondis-je, > Fée mieux tes raifons que mes oreilles, quoiqu’elles en foient plei- 3 nes ; & quoique j'aye une langue æ pour répondre, mes oreilles n'ont .» point entendu les raïfons de M. de .» Biainville pour te les dire ; rnais » je fçais qu'il falloit avoir la tête » qu'il a demandée, pour avoir la > Paix. Quand nos Chefs nous com- » mandent, nous ne demandons pas # pourquoi: je ne te puis dire autre 2 di 3 Mais pour te faire voir que 206 Fi ifloire D je fuis toujours ton véritable ami ‘4 SE » j'ai ici un beau Calumet de Paix, Serpenc Pique, que Je voulois porter en mon Pays; 5. » je Îçais que tu as ordonné à tous! mtes Guerriers de tuer des Aigles » blans pour en faire un, paræ ques » tu en as befoin; je te le donne » fans deffein, pour te prouver quel » rien ne m'eft cher quand il s'agit » de te faire plaifir, 6 J’allai le chercher & le lui donnai ; en lui difant qué c’étoit fans deffein (1). Les Naturels eftiment autant uf, Calumet de Paix qu’un fufil : j’avoisw orné celui-ci de clinquant & de fils d'argent , que j'avois défaits d’ail-" leurs ; deforte que fuivant leur eftime: mon Calumet valloit deux fufils. Ïl en parut extrémement content , le remit avec précipitation dans fon. étui, me. ferra la main enriant, & me nomma fon véritable ami. | Huile d'Ours /Hyver tira à fa fin, & dans peu. les Naturels devoient nous apporter de Phuile d'Ours à traiter ; 1 ‘efperois que . par fon moyen j’en aurois à traiter de | (5 ) Ce terme fans deflein, f gnifie fans ” -| intéret , fansautre mauvaife 1 intention ; que M celle que l’on fait paroître en parlant ou en agiflante 1 1 Fos ON -— Ge Ph A ne LR ot ETS EMA 25e D ©: de la Louifiane. 207 “a meilleure par préférence ; c’étoit le {ul dédommagement que j'attendois de mon Calumet. Mais je fus agréa- blement trompé ; il m’envoya un Faon (1) d'huile d'Ours, fi gros qu’un hom- me puiffant & fort fuccomboit fous le fardeau ; il me lenvoyoit , me dit le porteur , fans deflein , comme à fon vrai ami, Ce Faon contenoit trente- un pots mefure de ce pays, ou foi- xante-deux pintes melure de Paris 5 les Loix & Coûtumes font les mêmes par toute la Louifiane que dans la Ca- pitale du Royaume, Trois jours après le Grand Soleil Prix ce Phule fon frere m’envoya un autre Faon de °°" la même huile; jen trouvai quarance _pintes dans celui-ci ; ainfi ma généro- fité me valut cent deux pintes d’huile. La plus commune fe vendoit cette än- née vingt fols la pinte, & je pouvois être afluré que la mienne n’étoit point de celle qui fe vendoit le moins cher, Depuis quelques jours il m’éroit ve- nu à l’œil gauche une fiflule lacryma- rifule taerya le , qui rendoit un humeur de fort #5 venue Peu + 1. à uteur, mauvais préfage , lorfqu'on la pref- C3) Dans la Defcription de l’Ours , on “trouvera celle du Fuon, & la maniere de le faire, 7 208 Hifloire 4 foit : je la fis voir à M. déS. Hitaire Chirurgien habile, qui avoit travaillés, environ douze ans à PHôtel-Dieu de. Paris. : Ïl me dit qu’il étoit néceffaire d'y. employer le feu ; que malgré cette opération ma vûe ne feroit point al térée, que je Paurois auffi bonne qu’au-, paravant , mais feulement que mon œil. feroit éraillé , que fi je n’y faifois tra. vailler promptement, los du nez fe carieroit. Ces raifons me chagrinoient beau coup ayant à craindre &à fouffrir, jy érois cependant réfolu lorfque le Grand Soleil & fon frere arriverent de grand, matin avec un homme chargé de gi- bier pour moi ; je les remerciai & leur. dis qu'il falloit refter à en manger 5 part, ils l’ac ccépterent. Le Grand Soleil s’'apperçut que val vois une groffeur à Pœil &: me demanda. _en même.tems ce que c’étoit : je le lui montrai &c lui répondis que pour le guérir on m'avoit dit qu il falloit ÿ mettre le feu » Mais que J'avois de la’ peine à m'y réloudre , parce que j'ap=. préhendois les fuites. Il ne me répondits rien, &cfans men avertir ; il ordonna. à celui qui avoit apporté le gibier d'a ! 11,4 RE: N7 ’ RE F ï * 10 de la Louifiane: 209 ler chercher fon Médecin, & de lui dire qu'il Pattendoit chez moi. Au moyen de la diligence du Meffager & du Medecin, ce dernier arriva une heu- “re après. Le Grand Soleil lui comman- ‘da de voir mon œil & de faire en forte de me guérir : après l'avoir examiné ;, < le Medecin dit qu'il me guériroit avec “des Simples & de l’eau. J’y accordai “avec d'autant plus de plaifir & de faci- | # que par ce médicament je ne cou- L rois aucun rifque. : … Dès le foir mêmele Medecin vint ‘avecfes Simples pilées enfemble , & ne faifant qu’une feule boule qu’il mit avec . de l’eau dansun baffin creux, il mefit Le Medecin . pancher la tête dans le baflin, enforte Dé PA _que mon œil malade trempoit tout ou-E. vert dans l’eau. Je continua pendant “huit ou dix : jours foir & mätin, après . quoi je fus bien guéri fans autre opéra- tion & fans qu'ily parût, & jamais de- uis n’en ai eu aucune attaque. D. left aifé de comprendre par cere- ‘- ic. combien les Médecins Naturels de la Bouifiane font habiles : je les ai vûs faire des cures furprenantes fur nos François mêmes , fur deux entr’autres “qui s’étoient mis entre les mains d’un “Chirurgien François qui s’'étoit éta-. Cures furpré- hantés des Mé- decins Natu- fCÎSe ; 114 310. Hiflre :: 0 bli dans ce Pofte. Ces deux malades devoient paffer par les grands remedes mais après avoir été traités pendant quelque-tems , leur tête s’enfla de telle forte qu’un d’eux fe fauva du Chirure gien avec autant d’agilité que feroit um Criminel des mains de la Jufice , s’il en trouvoit loccafion favorable. I] fut trouver un Medecin Natchez qui le guérit en huit jours ; fon RE ref= ta chez le Chirurgien François où il mourut trois Jours après la fuite du pre+ rnier , que j'ai vû trois ans après jouir d'une fanté parfaite, | Dans la guerre que j'ai rapportée Ja derniere , le Grand Chef des Tonicas nos Alliés fut bleflé d’une balle qui lui perça la joue, fortit de deffous la machoire pour rentrer dans le corps , d’où elle éroit fur le point defortir vers l’omoplate, & étoit reftée entre cuir & chair ; fa bleflure étoit difpofée de la forte, parce que dans letems qu’on tira fur lui , il s’étoit courbé, comme ceux de fa Troupe, pour faire le coup de fufil. Le Chirurgien F rançois quiven avoit foin & qui le panfoit avec gran- de précaution, étoit habile , & n'épar-! gnoit rien pour fa guérifon : mais les. Medecins de ce Chef qui le vifiroienth D dela Louifianes 21% jus les jours, demanderent au Fran- Cois combien dstems il feroit à guérir : celui-ci répondit qu'il feroit au moins fix femaines. Îls ne répliquerent point : jais s’en allerent fur le champ faire un fancard , parlerent à leur Chef, le mirent deffus , l'emporterent & letrai- terent à leur maniere, il ne leur fallut que huit jours pour le guérir radicale- ment. ‘ Il ny a perfonne dans la Colonie, qui ignore les faits que je viens de rap- porter. Ces Medecins ont fait un grand : fombre d’autres cures dont la narra- tion demanderoit un volume particu- lier ; je me fuis contenté de rapporter feulement ces trois que je viens de ci- ter, pour faire voir que des maux que Von regarde ailleurs prefque comme in à curables, defquels on ne euéritqu'au bout d’un long tems, & après avoir beaucoup fouffert, des maux , dis je, de cette efpece font guéris fans opéra- tion douloureufe & en peu de tems par les Medecins Naturels de la Loui- fiane. La Compagnie d'Occident infor- L'Auteur en: mée que cette Province produifoit Lénie . quantité de Simples, dont les vertus 300 Simplese connues des Naturels leur donnoient | LA Lu NX 3x2 Hiffotre US tant de facilité à guérir toutes forte de maladies, donna ordre à M. des Chaife qui venoit de France en qualité e Directeur Général de cette Color nie, de faire faire la recherche des Sim ples propres à la Medecine & à la tein: ture , par le moyen de quelques Fran: çois qui pourrolent avoir le fecret des” Naturels. Je fus indiqué à M. de Ia _ Chaïfe, qui ne faifoit que d’arriver ,ül m'écrivit en me priant de donner més foins à cette recherche ; je le fis avéc plaifir & m'y livrai de grand cœur, parce que je {çavois que la Compagnie faifoit continuellement ce qu’elle pou: voit pour le bien de la Colonie. Lorfque je penfai avoir fait à cet égard ce qui pourroit fatisfaire la Com: pagnie, je tranfplantai en terre dans des paniers de canne, plus detroïs cens Simples avec leurs numéros, & un Més moire qui détaïlloit leurs qualités , & enfeignoit la maniere de les employer: J’appris qu’on les avoit mis dans um Jardin botanique fait exprès par ordre dela Compagnie. we. dela Louifiane 21% POCHAPITRE XVI. “4 Voyage de lAuteur dans les Terres de … La Louifiane: Il prend des Naturels … pour l'accompagner : Tems de [on dés “ part: Chaffe aux Dindons : Decou- yreurs: Signaux. ŒN Erurs monarrivée à la Loui- 27 fiane j'avois tâché d'employer mon tems à m'inftruire de tout ce qui m'étoit nouveau, & je m'étois appli- qué à chercher des objets dont la dé- couverte pût être utile à la Société. . Je réfolus de faire un voyage dans les terres. Ainfi après avoir laiflé mon Habitation en bon état & donné mes ordres À mes gens , après que j’eûs prié mon voifin & ami d'avoir l'œil à mes intérêts & qu'il m’eût promis d'y ap- porter fes foins, je me difpofai à faire un voyage dans l'intérieur de la Pro- vince , pour connoître la nature du fol &z de toutes fes produétions , & pour faire des découvertes dont perfonne ne parloit ; pour trouver auf s'il étoit poffble , des chofes que perfonne ne 214 _ Hifhoire E ! recherchoit, parce qu’on ne voit rief faute de prendre la peine de {ortirs de fa maifon, & que lon s’imagine queda terre eft obligée de prévenir l’homme en tous fes beloins , & de lui préfenter toutes préparées les richefles qu'e le pofléde, & dont il voudroit Jouir fans les avoir, pourainfi dire, achetées au prix de {es travaux. US Te fus dans l'obligation avant der partir, de confulter un ancien Habitant fur la fituation de quelques Rivieres & fur quelques autres connoiffances que je défirois avoir pour plus grande füreté pendant certain tems de ma roë: te ; ilme décela & communiqua mon deffein à plufieurs autres qui comme lui vouloient venir faire voyage. Ilme dés couvrit aux autres, parce que je n'aVOIS. point voulu Padmettre àme tenir com: pagnie; mais ilne gagna rien à révélers mon fecret, puifque je fus Rexel & que je perfiftai dans ma réfolutions malgré les vives follicitations que l'on me fit & que l’on croyoit capables de: m'ébranler, Ces genss’imaginoient fans doute que ma fortune alloit deveni# L'Auteur ne brillante au moyen de ce voyage ils prend point ; (2 ‘3 0 Fe rencos auroient défiré profiter de ce que Jaus pour compa rois pû découvrir, mais ils aurojent eWh gnons de voyaa 2€e =” À #4 ; h 158 Pt tilité du Public ; mais je voulois être feul pour me comporter à mon aife, demeurer autant de tems que je le ju« gerois à propos. Je ne voulois point de Compagnie, ne voulant partager avee perfonne la gloire des connoiffances que j'acquérerois & que je me promet- tois dans ce voyage. Ma troifiéme rai- [on enfin fur l’exemple, non de M. de la Saile , ils nauroient eu aucune bon ne ralfon de m’affafliner , mais celui de è M. de S. Denis qui étant parti de la Mobile avec vingt-cinq hommes ne put en emmener que dix avec lui, une partie l'ayant abandonné en chemin , les autres s'étant établis aux Na@chie. toches, M. de S,. Denis avoit trop de prudence pour faire marcher de force des gens dontle fervice n’auroit pâ que lui nuire plutôt que de lui être avanta= geux. [Il pouvoit les runir ou les faire larcher ; il ne fit ni lun ni l’autre: qu'aurois-je donc fait d’une demie dou- Zaine d'Habitans,qu’ à la véritéferoient pes Françoïs partis de grand cœur, mais qui n'au- n° peuvent fai. ÿ ; re de pareil roient point eu la conftance d’être fur voyages 216 2 Hifloires NS leurs jambes toute une journée, dé monter, de deifcendre, de faire des! cajeux pour pañler des Rivieres,de cou= cher fur les feuilles , de cabaner tous! les foirs, de chafler pour avoir de quoi vivre, d’être à leur tour pour aller à Ia découverte, qui auroient eu peur dé fe perdre , ou qui auroient fui à la vüen d'une bête fauvage? Les François n’ont” point tant de patience : ils ne font point d’ailleurs afiez forts, pour fatis guer de façon à porter toutes les uftenis ciles néceffaires ainfi que les provis fions ; ils m’auroient tourmenté pouf revenir, puifqu'ils n’auroient rien v® de curieux felon leur maniere de pens {er , ils auroient été bien-1tôt dégoûtés de manger dela viande d’une main, 6 de l’autre de la viande féche au lieu de pain, il nous auroit fallu quatre lits pour fept que nous aurions été: de qui nous ferions nous fervis pour les pors ter, & lesautres chofes que l’on tranfs porte aifément dans les voyages que l’on faic dans les Pays habités & civis lifés ? D’ailleursn’ayant aucune autos rité fur mes compagnons de voyage # j'aurois été obligé ou de retourner far mes pas, ou de voyager feul ; le pres mier m'auroit été infupportable , le chagrin LEA ES RE : Ki _ de la Louifiane 217 “Æhagrin m'auroit accablé, le fecond -m'étoit impoflible ; je pris donc avec moi dix Naturels que je préférai aux ÆFrançois, avec lefquels je n’aurois püû exécuter la moindre partie des chofes que je n'étois propofées. _ Les Naturels font infatigables, ils L'Auteur font robuftes & dociles, ils ont l’ad- CSS ENTE dreffe fuffifante pour la chafle ; & com- me je devois être feul de François avec Eux , je devois aufli m’attendre que les perfonnes qui viendroient avec moi ne feroient point fi fatiguées que fi nous euffions été plufieurs Habitans, On ver. ra par la fuite de cette Hiftoire, & en particulier dans ce voyage, la différen- ce d’un compagnon à un autre, & que javois eu raifon de préférer les uns aux autres. - ni _ Je choïfis les dix Naturels qui me parurent de l’humeur la plus traitable, & les plus propres à fupporter la fati- — ue d’un voyage qui devoit fe faire endant l’'Hyver. Je leur fis compren- re le deffein de toute l’entreprife. Je leur dis que nous éviterions de pañler hez aucune Nation, & que nous ne ferrions que des terres inconnues & ue perfonne n’habitoit , parce que je f voyageols.que pour découvrir des Tome LI. | LS 218 - Hftite COOMRANRES - chofes dont aucun homme ne pouvoith me donner des connoiflances. Certe ex plication les fatisfit, & ils me promirente que j'aurois lieu d’être content de leur“ compagnie.Îls me firent néanmoins en-w core une autre objection + ils me dirents qu'ils avoient peur de fe perdre dans les“ Pays qu’ils ne connoïfloient pas. Pour difliper leur crainte,je leur montrai une* boullole , & je levai toute la difficulté en leur expliquant la maniere de s’en: fervir, pour ne point s’écarter de la route qu’on devoit tenir. Ils furents charmés du moyen facile que je venois de leur découvrir pour fe bien condui- re, & medirent qu'ils comprenoient cel Te que je leur enfeignois. | dépare Ppour NOUS partimes dans le mois de Sep- voyager aifé. tembre qui eft la meilleure faifon pour Pays. “ans ce Commencer un voyage dans ce Pays ; | premierement , parce que pendant l’E- té les herbes font trop hautes & trop embarraffantes pour pouvoir voyager, au lieu que dans le mois de Septembre on met le feu aux prairies dont alors les herbes font féches ; le terrein devient uni & facile pour la marche : aufñ voit= on dans ce tems des fumées qui durerti plufieurs jours & qui parcourent vn! long efpace de Pays , quelque fuis cet LA de La Lou fa ane. 21 g Wingt à trente lieues de long fur deux Ou crois pieds de large plus ou moins, elon que le vent eft plus ou moins vio- Jent. En fecond lieu cette faifon eft la plus commode pour voyager dans les terres , parce qu ‘au moyen de Îa pluie di tombe ordinairement après que Les herbes font brulées, le gibier fe ré- pand dans les prairies & {e! plait à pai- fre l’herbe nouvelle , ce qui fait que les voyageurs trouvent de quoi vivre plus aifément dans ce tems que dans tout Autre ; & fi on n'en trouvoit que ra- frement dans les contrées que l’on traverte, il feroit prefqu’ impoil ble de Voyager & de remplir en même tems Mon intention en voyageant. … Ce qui facilite encore les courfes en Automne ou au commencement de THyver € eft que les ouvrages pour Tors {ont finis, ou au moins le plus fort En eff fait ; il n'ya plus qu’à fuivre, un peu de foin fuffit pour le refte. Quoique nous fuffions aflurés de trouver du gibier, je ne laiflai pas de füre une petite provilion de vivres p'! es premiers jours. Mes Naturels Dortolent.ces vivres , les munitions pour la chaffe , leurs lits & le mien, du Mnge pour moi, la chaudiere avec’ {a ; KT Munitions & uftencilcse Chevreuils & du Pays, fon naturel étant de courif Ch - chi is bi . afe au dvoir un chien. J’avois bien entendus 220 Hifloire L | caflerole pour la couvrir,& nous en fers vir à faire cuire nos viandes. Pour tou te charge j’avois un habit affez léger 89 mon fufil, j'emmenai aufli un de mes chiens, je fçavois qu'il ne me feroit pointinutile. 1 Les premiers jours le gibier fut afle rare , parce qu'il fuit le voifinage dess hommes, fi on en excepte le Chevreuil qui eft répandu par toutes les parties. çà & là indifféremment ; ainfi dans ces commencemens nous fûmes obligés des nous contenter de cette viande. Nous. rencontrions fouvent des Perdrix doi je ferai la defcription en fon lieu ; les: Naturels n’en tuent pas parce qu’ils n tirent point au vol , j’entuai quelques= unes pour changer de mets; dès le fez cond jour pour avoir encore mieux de quoi me régaler, on m'apporta un£ Poule d'Inde ; le découvreur qui l'avoit 44 tué me dit que dans le même endroit il enavoit beaucoup d’autres,mais quel on! ne pouvoit leur rien faire à moins quel parler de la chaffe aux Dindons , mask Je ne m’étois pas encore trouvé dañsh l'occafon favorable de la faire, je my fis conduire par le chafleur & 'emmés *. »] sy ‘à ï | de la Louifiane. 332 . fai mon chien, Arrivés fur les lieux . nous ne fûmes pas long tems à décou- vrir les Dindes qui prirent la fuite avec tant de vitefle, que le Naturel le . plus allerte auroit perdu fon tems à les courir, Mon chien les approcha en peu de momens, ce qui les obligea de pren- dre leur vol & de fe percher fur les premiers arbres ; tant qu'ils ne fonc point pourfuivis de la forte, ils fe con- tentent de courir & on les à bientôt perdu de vüe. Je m’approchai de leur retraite, je tual le plus gros, j’en tuai un fecond & mon découvreur un troi- _fiéme ; nous ne voulumes en tuer que - . ces trois, nous en avions fufffamment. - Si notre befoin préfent en eütexigé un . plus grand ñombre , nous étions les. . maîtres de tuer toute la bande, parce que pendant tout le tems qu'ils voyent des hommes, ils ne quittent point lar- bre où ils fe font perchés ; les coups de fufl ne les épouvantent point, ils fe contentent de regarder celui qui tom- . be & de faire un gazouillement craintif - lors de fa chûte , de forte que l’on peut - aifément les avoir tous jufqu’au der- nier, quelque nombreufe que foit leur ‘troupe. | _ Avant de pourfuivre mon VOYage Découvreurés ji] Signaux, dans les terres, ileft bon de direu 222 Hifhire mot de mes découvreurs. J'en avoi toujours trois, un devant & deu fur les côtés, ils étoient ordinairement éloignés de moi d’une lieue & ce même efpace les féparoit. Leur ératu de découvreurs ne les empéchoit, point de porter chacun leur lit & leurs Vivres pour environ trente-fix heures. en cas de befoin, Quoique ceux qui, éto: ent auprès de moi fuflent plus chars gés , je les envoyois cependant, tantOtn Jun tantôt l'autre ou fur une montagnes voifine, où dans un vallon affez pros che, & jen avois de la forte trois ou. quatre au moins tant à ma droite qu’à ") ma gauche, qui découvroient à peu de. diftance ; j’en ufois ainfi, afin que je n’eufle rien à mere: D rocher du côté de la vigiiance, puifque j'avois nn cé à prendre la peine de faire des dé couvertes, Il étoit queftion enfoite de à faire entendre les uns aux autres mali gré notre éloignement > nous convim= mes de certains fignaux qui font abio L | lument nécefaires en nas ver] fions. 4 5 de La Louifiane. 222 … une fumée, ce fignal étoit l'heure mar- quée pour faire une petite alte, pour fçavoir fi on fe fuivoit les uns les au- tres , & fi on étoit à peu-près à la dif- tance dont nous étions convenus, Ces fumées fe faifoient aux heures: cs je viens de dire, qui font les divi- ions du jour felon les Naturels. fls di- - vifent les jours en quatre partieségales, dont la premiere contient la moitié de la matinée, la feconde eft à midi, la troifiéme comprend la moitié de la- près-midi, & la quatrieme depuis la moitié de l'après-midi jufqu’au foir ; c'éroit felon cet ufage que nos fi- gnaux fe faifoient mutuellement. Sur le foir on faifoit dans l'endroit où jeme _trouvois,ou dans celui que j’avois choi. … fipar préférence, on faïfoit, dis-je 3 une fumée qui étoit le fignal de rappel pour fe rendre au cabanage. | Mais quand un découvreur avoit trouvé quelque chofe de particulier fe- lon que je leur avois dit, & conforme aux inftruétions que je leur avois don- nées, le fignal d’appel étoit de faire deux fumées à une petite diftance l’une de l’autre. J’en faifois de même lorfque je voulois les avertir de venir à moi. À . la premiere fumée on s’arréroit ; fi au K iv 224 Hifhire | ‘bout du terns marqué on n’en voyoïit, point une autre, on pourfuivoit ce que Von avoit commencé à faire ; fi au ton- D | traire on appercevoit une feconde fu - mée, on partoit vers l'endroit d’où ve- ” noit la fumée , de forte que fouvent on fe rencontroit , parce qu'un déçou- m vreur, dès qu’il avoit commencé à faire w la fecond: fumée , partoit & venoit ga devant de nous. 4 D CHAPITRE XVII. » Suite du voyage dans les terres : L’Au< eur tue un Bœuf fauvage : Décou- vreur évaré: Chevreuil blanc : Décou- verte du Gyps : Defiription du lit de 1’ Auteur : Découverte d’une Mine de criflal de roche : Fertilité du Pays : Abondance de gibier : Carriere de = Pläire. T Ous marchâmes quelques jours L'N fans trouver aucune chofe qui fixât mon attention par rapport au {u- » jet de mon voyage : ma curiofité n’é- toit point fatisfaire à mon gré. Il eft vrai cependant que j'étois dé- _ dommagé d'un autre côté ; nous par-, .courions un charmant Pays,qui à bon droit auroit pû donner de vraics idées de Payfages à nos Peintres les plus » doués d'imagination. La mienne étoit . très-flattée à la vue des bélles campa- gnes diverfifiées de prairies aflez gran- des & crès agréables ; ces plaines étoient entremêlées de bofauets plan- tés par les mains de la Nature , elles K y 4 de la Louifiane. 225 Beau Paye L’Auteur tue un Bœuf fauva- FA Pourquoïs 226 Hifloire éroient entrecoupées de côteaux allons. gés en pente douce & de vallons très" fourrés & garnis de bois qui fervent de retraite aux animaux les plus crain- tits comme les bofquets mettent les « RE à couvert des rofées abondantes du Pays. | : Il y avoit long- tems que J'avois en: vie de tuer un Bœuf fauvage de ma .n RE ts main ; la viande de ceux que tuoient mes compagnons de voyage ne me pa- M roifioit pas fi facculente ni d’un gout fi fin , que ao être à mon idée la viande de celui que je tuerois. Je dis, donc en prélence de tous que le pre-M mier troupeau de Bœufs, que nous ver- rions, je voulois contenter mon envie en tuant un deces Boœufs. Nous nerpaf- fions point de jour fans en voir plufieurs troupeaux , dont les moindres excé- doient le AODE de cent trente ou. cinquante , ainfi j'eus dans peu Occar fion de me fatisfaire. Dès le lendemain matin nousen vi-. mes un troupeau qui étoit de plus de. deux cens; le vent étoit tel que je pouvois le défirer ; il étoit devant nous & pafloit fut le troupeau , ce qui eft un dl avantage à cetre chafle, par- ce que fi le vent vient de derriere & Ne . de la Louifiane. 257 … porte fur les Bœufs, ils vous éventent … & fuyent avant d’être à la portée du … fufñl, au lieu que quand le vent vient . du troupeau fur les Chaffeurs, ils ne fuyent que quand ils diftinguent de la vüûe, Ce qui favorife encore beaucoup, c’eft qu’on peut en approcher de très- près, parce que le crin frifé qui def- cend d’entre les cornes fur les yeux de ces animaux eft fi touffu , qu’il leurem. barrafle extrêmement la vûe. De cette . forte j'approchai d’eux à belle portée, & je choifis celui que je voulus , & j’a- vois prefque la témérité de me com- parer dans cette occafion à un de ces Patriarches de l'Ancien Teftament, lorfqu'ils défignoient du milieu de leurs troupeaux nombreux , le Bœuf & le Chevreau qu’ils vouloient facri- fier ou faire manger à leur famille , ils y prenoient encore plus de plaifir , fi c'étoit pour régaler des nôtes qui leur arrivoient. ne Je choïfis un des plus gras de ces Bœufs,je le tirai au défaut de l’épaule, . & il tomba roide mortsles Naturels qui me regardoient faire, éroient fur leur gardes pour le tirer, fi je ne leufle bleflé que légérement ; parce que dans le cas d'une légere bleflure, ces anis BY} 0 228 Hifloire maux font fujets à retourner fur lé" chaffeur qui ne fait que les bleffer, Quand ils le virent mort du coup & Précaution tous les autres prendre la fuite, ils mem pour rende Girent en riant : tu tues des mâles 3 " viande bonne “1 1 5 à manger veux-tu faire du fuif ? Je leur répon-w at dis que je l’avois fait exprès pour leur apprendre la maniere de le rendre bon quoiqu'il fût mâle. à Je lui fis fendre le ventre tout chaud M & Ôter fur le champ les fuites, on lui enleva la boffe , la langue &cles filets, Je fis mettre un filet fur la braïfe & leur en fit goûter à tous ; ils convin= = rent que cette viande étoit fucculente ; & d’un très-bon goût. | Avantage de Je pris de-là occafion de leur remon- tuer des liœufs trer que s'ils tuoient des Bœufs au lieu au Jo de tuer de . den cb | » des Vaches, detuer toujours des Vaches, comme ; ils avoient coùtume, ils trouveroient une grande différence dans le profit qu'ils en retireroient ; qu'avec les Fran- çois ils feroïent bon Commerce du fuif que les Bœufs ont en abondance , que » la viande du Bœuf eft beaucoup plus délicate que celle de la Vache ; un troifiéme profit qu'ils en feroient feroit de vendreles peaux bien plus cher,puif- qu’elles feroient plus belles, enfin que lefpece de ce gibier fiavantageux au M ES à %#, LA Lo es Dh = # + 24 CCR Mi L He 2 À 4 “ ii de La Louilané. 229 Pays ne fe détruiroit pas, au lieu qu’en tuant des Vaches, ils affoiblifloient ex- trémement la race de ces animaux. Mes compagnons s’apperçurent que j'aimois la foupe, & quoiqu'ils airmaf- . fent beaucoup le pain, ils eurent la complaifance de s’en pañler , aimant mieux porter le buifcuit long - tems que de m'en voir privé; je dis ceci à propos d’une foupe que je fis avec du bouillon fait d’os à moële du gros * Bœuf que j'avois tué. Je la trouvai _ d’un goût exquis, mais un peu grafle, & le refte du bouillon fervit à cuire du . gruau de Mahiz que l’on nomme Sags- mité, qui valloit à mon goû: les meil- Jeurs mets de France ; la boffe auroit . été digne de la table d’un Souverain. Dans la route que j2 tenois. je fui- vois plurôt les Côtes que les plaines : “à GA au deflus de quelques-unes de ces C6- 14 5 + / ë tes, j'ai trouvé en quelques endroits … des monticules qui étoient pelées partie par partie,&c qui laifloient voir une glai- fe ferme ou matrice pure & de l’efpece . ent en Minéralurgie , entendent ce que Je veux dire.Le peu d'herbesqui y croif- foit languifloit , de même que trois ou quatre arbres tous contrefaits & qui n’é= Soupe de Campagnes .… de celle de Gailam; ceux qui fe connoif- is couper un de ces arbres & je vis. avec furprife quil avoit plus de foi-. xante ans. Les environs étoient d autant. plus fertiles qui ils s'éloignoient plus.« Près de-là nous vimes du gibier de tous te efpece & en abondance, & ; jrs vers. le fommet. Côté de Nous paflâmes le Fleuve. Louis ferle nue plufieurs fois fur des Ca) ajeux (1) pour. côté de PER vifiter des montagnes qui excitoient. ma curiofité. J’ai remarqué que Pun &* - _. Pautre côté avoit chacun leur ayanta=« ge ; cependant celui de l'Oueft ef plus, arrofé 3 il paroït aufli plus fertile , tant, out les minéraux que pour ce qui re garde l'Agriculture , à laquelle il fem ble beaucoup plus propre que Le cÔtE de PER. … Découvreur Malgré Îles précautions de nos G— égaré gnaux, un d de mesdécouvreurs s ‘Éécarta | un jour, parce.que le tems avoit été! couvert d'un brouillard , de forte qu’il ne revint point le foir au cabanage : J'en fus très-inquiet & je ne pûs dor- mir, attendu qu'il n’étoit point reve nu, quoiqu on eñt répété les fignaux ; (x) Cajeueft un radeau fait de plufieursf gotsde cannes, croifésles uns fur Les autres C'eft un ponton que l’on fait fur ie champ. . de la ti uifiane. _ 23% © appel jufqu’à la nuit fermée que je fis mettre le feu à une prairie bafle qui . avoit été Fr argnée , tandis que toutes … les autres avoient été brûlées avant no” Ditre départ. h Dés la pointe ‘ie jour je fis faire un . fignal qui fe répétoit à chaque inftant ; … Jon continua ce fignal jufqu’e à RAUÉ … heures que ce découvreur arriva à no- tre > cabanage de la veille, d'où nous n'étions point partis pour l attendre. Je lui dis à fon arrivée que fon ab= - {ence m’avoit caufé beaucoup d’inquié- tude : Je lui donnai un coup d’eau-de- . vie, & lui disde ferepoñerun peu avant pare de manger. Après un quart- -dheure de repos il 1 fe leva , vint s’afleoirauprès de moi & me dit :» Je n’ai pas faim de manger, » mais j'ai faim de te parler , Ouvre tes x oreilles, « _ > Hier un peu après ton fignal du M -» milieu du jour ,; je vis beaucoup de bin gi » Chevreuils enfemble qui marchoient >» d’un pas tranquille comme des Guer- . » riers; À leur tête il y avoit un Che- æ vreuil tout blanc & aucun ne pañoit » devant lui; j’avois déja oui dire à nos » Vicillards qu'il y avoit des Chevreuils Up æ blancs qui conduifoient les autres , . Découverte de Gyps * Carriere de Flatre, 232 H; ifroire » mais je n'en avois jamais vûs. Ils » marchoient droit à un vallon fourré » comme pour le pafler, je me coulai » avec vitefle dans le fond pour les cou- Ë x per, mais ils le fuivirent fur la terre æ haute fans y defcendre. Je les (aiyii + pendant quelques tems pour effayer. » deles couper & de tuer le Chevreuil. > blanc,pour t t'en apporter la peau ; ils » traverlerent une terre haute qui eftn » couverte de pierres aflez petites qui » coupoient mes foufiers & mes pieds 3. » je les ai laïfés , &jet apportois cesa » pierres, & en même tems je me fuis D perdu , ce n’a été que Ce matin que > j'ai apperçu la fumée bien-loin, Je reçus ces pierres avec plaifir ,n parce que je n’en avois point encore, vûües d'aucune efpece dens le Pays, à exception d'un grais dur & rouge qui fe trouve dans une Morne fur le bord. du Fleuve. Après avoir bien examiné: celles que mon découvreur m'appor=, toit, Je connus que c’étoit du Gyps j'en emporrai que elques morceaux , &c 4 mon retour chez moi je l'ekaminaih plus attentivement ; je le trouvai très: clair, t tranff arent & friable, je le cale cipai il devint très-blanc : jen fis un. peu de marbre faétice. Certe vüe mé ( We ro CLS LB E 21 14 \ _ de la Louifiane : 233 “fit efpérer que ce Pays produifant du plâtre, il pourroit y avoir ailleurs de a pierre à bâtir, au refte le plâtre ef - d'une prande utilité. | …. Je lui demandai s’il fe fouviendroit bien de l'endroit de maniere à pouvoir m'y conduire ; il me dit qu'il étoit af- furé de le retrouver , je voulois voir par moi-même cet endroit : nous par- times vers midi,nousfimes environ trois … lieues avant d'y arriver ; je me repo- - fai fur la montagne , & l’on fut près du Bois dans une gorge faire le caba- . nage : je vifitai l'endroit, qui me parut - Être une grande carriere de plâtre qui » feroit un jour plaifir à la Colonie. Pour ce qui eft du Chevreuil blanc, j'avois entendu dire à mon Efclave Na- turelle,& du même Pays que fon pere, - ayant des parents aux Atac-A pas, qu’il l'y conduifit avec famere, & qu’en chemin ils trouvoient beaucoup de Chevreuils par bandes, qu’ils en vi- rent une bande entr’autres qui la fur- prit fort, parce qu’elle en apperçutun » blanc qui marchoit à la tête du trou- peau. Son pere lui dit que cela étoit rare, mais qu'il en avoit déja vü deux - autres à plufieurs années de diftance, . Comme je n’ajoûtois pas ab{olument 534 Hifiotre: 0 k1 grande foi au reçit que cette fille me f: foit alors,je m'en étois informé à desan- ciens Naturels qui me dirent que c’étoit, la vérité,mais que c’éroit chofe rare,en- core n'éroit-ce que dansles Pays qui n’é: toient point fréquentés par les Chaf= feurs, que l’ufage étoit de nommer cet animalblanc,le Noble Chevreuil.Etant ainfi prévenu, ce recit.du découvreu# ne me furprit point, Il me confrma au contraire dans l’idée que j’avois au= paravant, ae ne Le vent s’étant mis à la pluie, nous nous déterminames à nous mettre À Cabanage.de COUVErt ; J'y confentis volontiers , me» féjour, fentant un peu fatigué, quoique je ne. portafle rien ; je préfumai que mes Na“ turels qui ne laïfloient pas d’être char gés devoient avoir befoin de quelques. repos : il faut dans de pareils voyages“ fur-tout conduire fes gens avec pru dence & humanité. L'endroit où le mau° vais tems nous prit étoit fort propre à faire féjour. En allant à la chafle of découvrit à cinq cens pas dansla gorge un ruifleau d’une eau très dlaire, cé toit un endroit fort commode (pOur un abreuvoir de Bœufs, lefquels étoient en grand nombre autour de nous. À Mes Naturels eurent bien-tôt conf eruits une cabanne bien fermée du cô-. # de la Louifiane. 12 té du Nord, où elle avoit le fond, … Comime nous voulions au moins y ref- “rer une huitaine, on la fit de façon - qu’elle ne laïfloit point pañler le froid ; - pendant la nuit je ne reflentois point « les rigueurs de PAquilon, quoique je … fufles couché à la légere felon l’ufage des voyageurs, qui ne logent, comme - nous faifions, que fur leur terrein & dans leur propre Pays, & qui fans . payer partent pour un autre gite & ne mécontentent perfonne. | } Mon lit étoit compoñé d'une peau LL... d'Ours & de deux robes de Bœuf : la au li de PAus . peau d'Ours ayant le blanc du côré ture _ de la terre portoit fur les feuillages & le poil en deflus pour fervir de pail- _laffe, une dés robes de Bœuf ployée en deux fervoit de lit de plume, la moi- tié de l’autre robe de Bœuf {ous moi fervoit de matelas, & l’autre de cou- . verture ; trois cannes ou branches en demi-cercle,dont l’une à la tête l’autre au milieu,la troifieme au deffus despieds foutenoient une toile que l’on nom- me Berne : cétoit mon impérial & mes rideaux qui me garantidoient des injures de l’air 8c des piqûres des Ma. ringouins. Mes Naturels avoient leurs lics-ordinaires de chaffe & de voyage, Lits des Na-qui confiftent en une peau de Chez ya“ yreuil & en une robe de Bœuf, ils lés” turelsen vo AT 238 Hifhoire » ‘ L portent toujours avec eux lorfqw’ils comptent coucher hors de leurs Vil= lages. ; Nous nous repofämes pendant neuf jours & fimes grande chair en viande de Bœufs choifis, en Dindons , Cocqs, & Poules, en Perdrix, en Faifans & autres ; je tuois ces derniers. les Nas tureis n’ayant Jamais pü tirer aucun ôf feau au vol, at ANR La découverte que j’avois faite du plâ* tre m'engagea à chercher après notré féjour dans tous les environs & à plu= fieurs licues à laronde ; j’étois las enfin de battre de fibelles campagnes fans dés couvrir la moindre chofe, & ma réfolu* tionétoit prife de m’enfoncer dans le Nord,lorfqu’au fignal de midi le décou- vreur de devant m’attendoit pour me montrer une plerre brillante & coupan-* te : cette pierre étoit de la longueur & de la grofleur du pouce & aufli quarrée” qu’un Menuifier auroit pû faire un mor-, ceau de bois de pareïlle groffeur.Je pense" . faique ce devoit être du criftal de roche: “pour m’enaflurer je pris une groffe pier-« re à fufil de la main gauche en préfentant la tête,je frappai fur la pierre à fufilayeg” LI + 2 # ë p" , L # LA spé ' >” à de La Louifiane. 23Ÿ ne des arêtes du criftal de même que on fait avec un briquet,je fis beaucoup lus de feu que l’on n’en eût tiré avec plus finacier : chacun de mes compa- ons de voyage voulut en faire aus Bt, & on ne cefla que lorfque la pier- ve fut hors d'état de pouvoir fervir " davantage ; cependant malgré la quan- “tite de coups que le morceau de criftal avoit reçus, 1] n'étoit pas feulement Hayé. - Nous dinâmes en cet endroit; j’exa- “Minai ces pierres & je trouvai des mor- ceaux de cette matiere de diverfe grof- ur , les uns quarrés, les autres à fix faces bien épales & unies comme des Ÿ glaces de miroirs , très tranfparens , 4e Le Æ ee à Criltal de roche 4 aucunes veines , ni taches. Quel- “ques-uns de ces morceaux fortojient .d: terre comme des bouts de poutres . de deux pieds & plus de long, d’autres en aflez grande quantité depuis fept -jufqu’à neuf pouces, fur tout ceux qui “érolent à fix pans ; il y en avoit un très- - grand nombre de moyens & de petits. « Mes gens en vouloient prendre & les “emporter, je les dérournai de ce deflein “en leur difant . » A quoi bon fe char- “» ger de tout cela ? j'avoue que ces .» pierres font aflez belles à la vûe, 235 Hifloire | » mais aufli elles font plus dures que » le fer ou lacier le mieux trempés » avec quoi donc les travailler f Quel | » mérite enfin peuvent avoir ces pier= » res, fi elles ne font point travailléesiJe » jettai alors tautes ceiles que j’avois,à. » l except ion d’une que j'avois cachée, > fans qu'ils s’en fuffent apperçus.J'e leur » fis jetter les leurs comme des chofes’ » qui ne vallent pas la peine de les por= » ter. Ma raifon étoit que je craignoïs » que quelque. François voyant ces » pierres ne gagnât à force de préfens: » ces Naturels pour découvrir cet en=i » droit. De mon côté je remarquai bien! lalaritude, & je fuivis (1) en partant un! air de vent marqué pour joindre une riviere que le connoïflois : je fis cettek route fous prétexte d’aller chez une! Nation,pour y faire provifion de farines froide dont nous manquions & qui eff! d'un grand lecours en voyage. Nous arrivâmes après fept jours den marche à cette Nation chez laquelle” nous fümes fort bien reçus. Mes chaf=s feurs apportoient tous les jours beau= coup de Canards & de Cercelles , & (x) Remarque pour retrouver la mine de V4 criftal de roche, 3 M La Lou ifane, 230 ne mangeois guères que de ces der- Meres ; on nous fit de la farine froi- e & du gruau pour renouveller s vivres. Je trairai à de ces Naturels | nd pirogue de Noyer noir qui 4 nous quittâmes contens les uns es autres après une huitaine de fé Nord plus que je n’avois encore fait , pour tâcher de découvrir quelques Mi- es. Nous nous embarqu & âmes, & lon ème jour de notre route, je fis dé- ‘ pee tout ce qui étoit dans la piro- ue, laquelle je fis cacher dans Peau u: ‘étoit ba alors ; de cette forte je é craignois point qu'on me la prit. De tout ce que nous avions, je fis faire le es charges” de fept Bbihes , Car les découvreurs ne das que leurs fufils & leurs lits, ils changeoïent tous les jours, & troisautres les remplaçoient pour partager la charge tour-à-tour. - Les chofes ainfi difpofées, nous par- er vers le Nord. Je remarquai tous les jours avec un nouveau à pläifir, que plus n ous avancions de ce côté , plusle Pays por me fervirè à defcendre la ri J'avois un ne défir d'aller au : Fertilité du times felon l'intention que j’avois d’al- Pays. Le le! fe Abondance 2. de gibiere Ramage des Oïfeaux le foir & le matin. À Hifhire : étoit beau, fertile ré abondant en bier de toute efpece ; les troupeaux de Cerfs & de Biches y font nombreux, on rencontre des Chevreuils a chaque: pas ; on ne peut marcher un Jour fans voir des troupeaux de Bœufs, quels quefois cinq & fix, de plus de cent Bœufs chacun 3 les autres efpeces de gibier s’échappent à la vüe du voyas geur à chaque inftant , comme fi la prés £ence de leur Roï leurimprimoit un ref pet craintif au point de ne pouvoir foutenir {on afpe&. Dans les voyages de l’efpece de ces lui-ci, on prend toujours fon gîte aus près du bois & de l’eau où on s'arrête de bonne heure pour avoir le tems de faire la chaudiere. A lors au coucher d& Soleil que tout dans là Nature eft trans quille,on eft ravi du ramage enchanteut des différens oifeaux, que l’on diroit s'être réfervé ce moment favorable à [à douceur & à l'harmonie de leur chant} pour célébrer fans trouble & plus à Buraile les bienfaits du Créateur ; on les voit s'efforcer à l'envie l’un de Pau= tre, de rendre leurs aétionsde grace a Tout-Puiffant qui leur a procuré une: nourriture biénfaifante , & préfervé: des ferres des oifeaux de proye, àlak vüel | _ de la Louifiane: 547 vâe defquels ces foïbles hôtes des bois femblent être anéantis, & regardent Péloignement de l’'Epervier comme une vie nouvelle de laquelle îls ont grand foin de témoigner leur vive reconnoif- fanceà PEtre Suprême, par lesairs les plus tendres & Ia mufique la plus di- werfifiée. | De même le lendemain depuis le lever de l’Aurore jufqu'à celui du So- leil , ils recommencent leurs chanfons & font agréablement retentir les bof- quets de la joye qu’ils reflentent de ce que la lumiere leur eft rendue, au moyen de laquelle ils efperent d’échap- per aux griffes meurtrieres de leurs en- nemis,& de trouver comme le jour pré< cédent des vivres convenables, : … Mais fi dans les bois & proche des Bruit des of: fontaines ou des petits ruifleaux , on pu goûte le plaifir d'entendre le chant mélodieux des oïifeaux, on n’a qu'à faire le cabanage {ur le bord du Fleuve ; des Rivieres ou fur le bord des Lacs 5 | on eft afluré de pañler une bonne partie de la nuit fans dormir, par le. tintamare que font lesoifeaux aquati- ques , tels que font les Grues, les Fla« mans , les Outardes, les Oyes , les Fé- rons, les Becs-croches, les Becs-fciss, Tome I, 242 Hiffoire LL: les Cercelles , les Canards d’Indes, le& Canards branchus &les fauvages fem" bles aux nôtres : on eft étourdi de leurs“ cris continuels ;les Canards furtout ne femblent fe faire entendre fouvent, que pour avertir les voyageurs d’avoir tou= jours quelque furveiilant pour les in=. terrompre de leur fommeil en cas de” befoin. | - VUE % S cY +. * je F ES Z CN Ka 's ÿ ” ÿ FAN | mA) À? L& Le PICHAPITRE XVIII Suite du voyage dans les terres : Décou- verte dun village de Caftors gris : L'Auteur les fuit travailler : ILen tue un : Defcription de leurs Cabanes. F N avançanttoujours vers le Nord, nous cCommençames à voir des ban- des de Cignes, parcourir Îles airs , s’é- lever à perte de vûe & annoncer leur pañage par leurs cris perçans. Nous fuivimes pendant quelques jours une riviere , en marchant toujours fur une Côte plate qui accompagnoit la riviere en ligne parallele ; nous en ufions ainfi pour joindre cette riviere à fa fource , afin de la pañfer plus aifément. La con- winuation des Bois qui couvrent dans ce Pays le bord des rivieres, nous y conduifoit , fans craindre de nous trom- per ; notre vie r'étoit point coupée par la hauteur des Bois, parce que les deux côtes volfines de la riviere étoient plus hautes que les Bcis du vallon. Nous n'efpérions arriver à la fource que le Jendemain, lorfque le découvreur qui Li] 244 Hifloire fuivoit : Bois dans lebas , vint à AOUS pour me dire qu'ayant vû le Bois s'é- chaircir en plufieurs endroits comme aux approches d’une Nation, & même qu'ayant apperçu plufieurs troncs d’ ar- bres , il s’étoit doucement gliflé dans le fond du Bois pour découvrir fi quel- | qu'un habitoit cer endroit, mais qu'il. n'avoit trouvé qu’un village de Caftors, que fçachant que je » en avois point en- core vûs, il-avoit crû que je ne ferois. point faché de les voir. Villages de Quoiqu’ il ne fût que trois heures. Lalors gris. après-midi, je fis faire le fignal d’ap- el , mes autres découvreurs revinrent à moi. Nous nous cabanâmes à portée de la retraite des Caftors, aflez loin feulement pour qu’ ils ne puffent voir notre feu : j'avertis mes gens de ne point faire de bruit ni de tirer, de peur d’effaroucher ces animaux ; je a ûs mé me devoir prendre Îa précaution de défendre que lon coupât du bois, éc. d’en faire chercher pour que lonn “eûp as befoin de couper, afin de sachet notre arrivée. Avant prisftoutes ces précautions A nous foupâmes de bonne heure pous pouvoir dormir avant le lever de la Lune, qui devoit paroître yers onxi fl F: A \h f A - de la Louifiane. 24$ heures du foir. Dès ayant la nuit, j’a- _ Vois eu foin de faire couper des bran- ches d’un bois toujours verd. Nous - nous levâmes & fûmes fur pied pour le tems que la Lune-devoit donner fa clarté, nous nous poflâmes dans un endroit qui étoit aufh éloigné des ca- banes des Caftors, que de la chauflée qui retenoit les eaux où eiles étoient. J’emportai mon fufl & ma gibeciere fuivant mon ufage de ne point mar- cher autrement ; mais Je ne fis prendre aux Naturels qu’à chacun une petite L’Auteur hache que portent tous les voyageurs , fit rravailleu & qu’ils nomment cafle-tête. Je pris le 1e5 Cañors. p'us âgé de ma fuite après avoir mar- qué aux autres le lieu de notre embuf. cade, & la maniere dont ces branches devoient être plantées ; je m’en allaï énfuite vers le milieu de la chaufée avec monancien qui avoit fa hache, je lui fis faire à petit bruit une rigole de la largeur d’un pied ; il la commença par le dehors de la chauflée en la tra- Verfant jufqu’à l'eau ; il fit cet ouvrage en levant la terre avec fes mains. Sitôt que la rigole fut faite & que l’eau cou- la dedans, nous nous retirames promp- tement & fans bruit dans notre embuf- cade, pour examiuer ce que feroient les L iij 246 Hifloire | 1 Caftors pour réparer ce défordre. | Peu de tems après que nous fumes” derriere nos feuillages ; nous entendi- Infpefteur des mes l’eau de la rigole qui commençoit SHVEEESe à faire du bruit. Un inftant après, urké GCaflor lortit de fa cabane & {e préci-« pita dans l’eau ; nous ne pouvions le connoiître que par le rapport de nos oreilles, mais nous le vimes tout de fuite fur la levée, nous l’apperçumes diffinétement qui vifitoit la rigole, il donna fur le champ quatre coups de fa queue de route fa force. À peine eut-il frappé le quatriéme coup, que tous. les Caftors fe jetterent confufément à l’eau & vinrent fur la chauffée, Lorf- qu'ils y furent tous, un d'eux grom- mela & jargonna aux autres qui étoient fort attentifs, je ne {çais quel éomman- dement, mais qu'ils comprirent bien fans doute, puifqu’a l’inftanc ils par- tirent & s’en allerent fur les bords de lEtang , partie d’un côté, partie de l’autre. Ceux qui étoient de notre! côté étoient entre nous & la chauflée , & nous étions à la jufte diftance qu’il _ Leurmantere Falloit pour n'être point apperçûs, .& de faire le mor- pour pouvoir les confidérer : les uns. torse. —* faifoient du mortier, les autres le cha- tranfpoitere AOC ; RueAe rioient fur leurs queues qui fervoient 4 . | de la Louifiané, Sa de traiïneaux : je remarquai qu’ils fe mettoient deux à côté l’un de l’autre, Pun ayant la tête vers la queue de l'au+ tre, & fe chargcoient ainfi mutuelle- ment, traincient le mortier qui étoit aflez ferme fur la levée où d’autres ref- toient pour Île prendre, le mettoient dans la rigole & l’affermifoient à grands coups de queue. " Le bruit que l’eau faifoit aupara- vant far fa chure cefla bientôt, & la "brêche fat fermée en très peu de terms. Un Caftor frappa deux grands coups de queue; dans le moment ils fe mi- rent à l’eau fans bruit , & difparurent. Nous nous retirâmes pour prendre un - peu de repos dans notre cabane. J’a- vois eu envie d’en tuer un, mais j’at- tendis au lendemain, parce que je leur préparois bien plus d'ouvrage que ce- Jui de la nuit & qui fatisferoit plus pare faitement ma curiofité : au lieu qu'en tirant, étant tous dehors, j’aurois rif- , . _ x qué de les faire tous fuir dans le bois. Nous reftâmes au cabanage jufqu’au jour ; mais fi-côt qu’il parut, je fus avi- de de me fatisfaire, je laiffai deux de mes gens pour faire les charges. Dès qu’ils les eurent préparées , ils vinrent nous 1V Les C aftors rétablifient la brèches DE ER " joindre, car nous n'avions point peu des voleurs où nous étions, Més Naturels firent tous enfemble” une brêche affés grande & aflés profon- de pour que je viffe la conftruétion de cette chauffée , de laquelle je donnerai dans un moment Ja defcription ; nous. faifions alors affez de bruit & nousne ménagions plus rien, Ce bruit & Peau que les Caftors virent baiffer en peu de. tems les inquiéta, au point quesJ’en vis un à différentes reprifes venir aflez près de nous pour examiner ce qui fe paf- AOL. ©, nr | Comme je craignois que l’eau man- quant ils ne priffent la fuire dans les Bois, nous quittâmes la brêche, & allimes nous cacher tous autour de l'Etang pour en tuer un feulement, afin de lexaminer de près. Je ferois plütôt refté trois jours en cet en- droit pour en avoir un, parce que je n'avois jamais vû que des peaux brunes ou grifess les Caftors dont je parle étoient de cette. derniere couleur & m’avoient parû plus beauxs je voulois en avoir un pour l'examis ner. FN Les Caltors 1 y en eut un qui fe hazarda 548 ù H ifloire D: ne de la Louiliane. 240 Æ'aller fur la brêche après s’en être viennent pour | x ' : , fermer lachau!« approché plufieurs fois, & retournés, Ho - Comme auroit fait un efpion: j'étois embufqué dans le bas & au bout de a chauflée ; je le vis revenir, il vi fita la brêche, puis frappa quatre coups, ce qui lui fauva la vie, par- ce que je le tenois en joue: mais ces quatre coups fr bien appliqués me firent juger que c’étoit le fignal d’appel pour faire venir tous les au- tres comme la nuit précédente; cela me fit croire aufh qu’il pouvoit être linfpeéteur des travaux , & je n’eus garde de priver la République des Caftors d'un de fes membres, qui paroifloit lui être fi nécellaire. J’at- tendis donc qu'il y en parüt d’au- tres: peu de tems après 11 y en eut un qui venoit pañler auprès de moi pour aller au travail; ie ne fis aucu- ne difficulté de le jetier par terre. dans Paflurance que ce r’étoit qu'un: manœuvre, Mon coup de fufil les fc retourner à leurs cabanes plus promp- tement que n’aurclent fait cent coups tds de la queue de leur fufpecteur. S:- nent Va tôt que j'eus tué ce Caftor, j'appel. fuire. aimes compagnons; & trouvant que Veau ne s'écouloit point aflez vite. L v ER 250 Hifloire . je fis aggrandir la brêche & vif le mort. | Defcription Je remarquai que ceux-ci fs des Caftors plus petits d’un tiers que les bruns ou ordinaires , rnais ils font faits de ss même façon; ils ont la même têé-m , les mêmes dents tranchantes, les“ Done barbes, les jambes aufii cour- tes, les pates également garnies des griffes & de membranes Où nageoi- « res, & font à proportion en tout femblables aux autres: la feule difé- rence eft que ceux-ci font d’un gris cendré & que ie grand poil qui dé= pale le duvet, eft argenté. Après toutes les defcriptions que lon a don- nées des Caftors, ce que je viens d’en dire me paroit fufñfant. Pendant cette vifite, je fafois couper des branches, des cannes & des rofeaux ; quand je crüs qu'il y en avoit afezs le les fis jetter vers la queue de l'Etang, afin que nous puifons paies fur le peu de vale qui s’y trouvoit; je fis en même terms tirer quelque coups à plomb, fur les cabanes qui étoient plus proches de nous. Le bruit des coups de fufil & des grains de plomb qui fe faifoit en- tendre fur les toits des cabänes, les 1 de la Louifiane 25 Ft tous fuir dans les Bois avec le plus de vitefle qu'ils purent. Nous arrivames enfin à une cabane dans ù . laquelle il ne reftoit pas fix pouces d’eau, Je fis défaire le toit fans rien # | . . ° Conftiution: gafler; pendant ce petit travail, je 4e cabanes vis le bois de tremble qui étoit dref= des Cafors {é deflous la cabane, pour leurs pro- vifions. | | Je remarquai quinze morceaux de bois dont l'écorce étoit mangée en partie; la cabane n’avoit aufi que quinze cellules autour du tronc du milieu, par lequel ils fortent, ce qui me fit penfer qu’ils ont chacun la leur ; je me contentai d’avoir confi- déré celle-ci, ne doutant point que celles qui font plus grandes, ont auf fi plus de cellules. Un de mes amis m'ayant entendu parler de ces animaux de la maniere que je viens de faire ce récit, me dit qu'un auteur moderne & refpec- table ne traitoit point cette matiere de même que moi; qu’à la vérité, cet Auteur n’avoit point voyagé , & quil n’avoit pù parler des Caftors, que fuivant les Mémoires, qu'on lui avoit fournis, J’ai là cet Auteur avec plailir, mais je me fuis pe u’en L vj 252 Hifloire plufieuts occafions, on lui avoit acà cufé faux. C'eft pourquoi je vais dort « ner une efquifle de larchiteéture de ces animaux amphibies & de leurs Villages: je nomme ainfi le lieu de leurs demeures, d'après les Canadiens & les Naturels du Pays, avec lef- quels je fuis d’accord , & conviens que ces animaux méritent d'autant plus d’être diftingués des autres, que je trouve leur inftinét de beaucoup fu- . périeur a celui des autres animaux, Je ne poufferai pas plus loin le paral- lele , il deviendroit offençant. Les cabanes des Caftors font ron- des & ont environ dix à douze pieds de diametre , fuivant le nombre qui doit Y demeurer & y avoir fon do- micile fixe: j'entens que ce diametre doit être pris fur le plancher à en- viron un pied au-deflus de l’eau, quand elleeftbord à bord de la chauffée; mais comme le haut eft en pointe, le bas eft bien plus large que le plan- cher: ainfi on doit fe figurer que ‘ tous les montans de la cabane font comme les jambes d’un À majufcule dont le trait du milieu eft le plan- cher. Ces montans font choifis, & Von pourroit dire bien mefurés , M de la Eouifiane 257 . puifqu’à la hauteur que doit être confe cruit ce plancher, il y a un crochet pour porter des barres qui par ce . moyen font je tour du plancher; ces barres portent des traverfes qui font _ les folives; des cannes & des herbes achevent ce plancher, qui a un trou dans le milieu pour fortir quand l’en- vie leur en prend, & les cellules ré- . pondent toutes à cette ouverture. La chauflée eft formée de bois en fautoir ou comme un X majufcule , mis 4 près à près & retenus par des bois de toute leur longueur, qui fe con- tinuent d’un bout à l’autre de la chauf-- fée, & font polés fur la croifée des fautoirs: le tout eft rempli de terre paîtrie & frappée à grands coups de queue. Le dédans de la chauffée n’a que peu de talus du côté de Peau; mais 11 eft en talus plat par dehors, afin que l'herbe venant à croître fur ce talus, elle empêche les eaux qui y païñent d’emporter la terre. Je ne leur ai point vû couper le bois ni le conduire ; mais il eft à pré- ti fumer qu'ils font ce travail comme Île rranfportentie _ font les autres Caflors, qui ne cou- Het ee pent jamais que du bois tendre, & fe fervent pour cer effet de quatre Conftruâion e la chauffée. 24. Hifloire | dents extrêmement tranchantes qu'ilss ont fur le devant; ils pouflent & rou= lent ce bois devant eux fur la terre 4 ils le conduifent de même fur l’eau jufqu’à l’endroit ou ils veulent le dé“ poler. J’at obfervé que ces Caftors” gris étoient plus fenfibles au froid que ceux de l’autre efpèce ; c’eft fans doute pour cette raïon, qu'ils s'ap- prochent plus du côté du Midi. KJiRe ES É à l AR s # D FA - + d +: # £ RS NL ë f re ST en ON PU AU At SIN 1 : SM OS TA à ll i ie 4 ES M YEN Ti Y LE À : PE î Did L; à PRESS VE x 1, mi RÉ vs Kay 4 LES , ñ mL NN d ZA ( SR le Y ET Es. € KA É Rd | A N < 0 NU < Le LANCE X SNS: Ë < eut 4e Ë 7 SAN THE de La Louifiane 25$ PÉHAPITRE XIX. Suite du voyage dans les terres : Décou= verte d'une ÎVine de plomb: Renconire d'un Voyageur extraordinaire : Indi- ces de Mines: Autres indices de Mi- nes d'Or : Ketour de V Auteur à fon Habitation. N Ous partimes de cet endroit pour gagner une terre haute qui fembloit fe continuer au loin. Nous arrivâmes au pied de cette hau- teur dès le même foir, mais la jour- née avoit été trop forte pour y imnon- ter ce jour-là. Le lendemain nous allâmes jufqu’au fommet; nous vi- mes que cette terre étoit plate, à lexception de quelques buttes de ter- re, de diflance à autre; 1l ny pa- roifloit que très-peu de bois, enço- re moins d’eau, & très peu de pier- res , quoiqu'il ya apparence qu'il yen a en dedans, puifque nous en apper: cûmes en un endroit où la Côte s’é- toit écroulée. ; Nous vifitèmes exactement tout ce 856 oO Hiflore terrein élevé; mes gens & moi nougw fimes des recherches de côtés & d’au-" tres, & nous ne découvrîmes dans un“ bofquet qu’un arbre déraciné, dans le corps duquel nous trouvâmes de eau de pluye, dont nous nous cons“ tentâmes faute d'autre. Nous avions fair ce jour-là plus de cinq lieuesi cependant nous n’étions pas à trois lieues du cabanage d’où nous étions. partis le matin; mais je m'étois en-. ” tété à chercher fur cette hauteur, perfuadé que je devois y trouver quel- que chofe. Cette terre haute auroit. été trés commode pour y conftruireun. Château en bel air, car de fes bords on découvre extrêmement loin, Le lendemain ayant encore par- couru environ deux lieues & demie ; on me fit le fignal d'appel fur ma droite: j'y courus à linftant ; lorf- que je fus arrivé le découvreur me“ montra une fouche qui fortoit de ter- re à la hauteur du genouil, & qui. étoit grofle de huit pouces de üia-. , Découverte mètre, Ce Naturel lavoit pris . de d'une mine de , . env | plomb, Join pour une fouche d'arbre, &c fug furpris de voir du bois coupé dans un Pays qui paroïloit n'avoir Jamais été fréquenté : mais lorfqu'il en fus | | ; de la Louifiane. 257 affez- près pour en juger, il vit à la figure que c’étoit autre chofe qu'un æronc d’arbre coupé ; ce fut par cette raïfon qu'il fit le fignal d’appel. Je fus charmé de cette découver- te qui étoit une Mine de plomb; j'eus du plaïfir auffi de voir ma per- févérance récompenfée; mais en par- ticulier je fus ravi d’admiration ,efi voyant la merveilleufe production & la force de la cerre de cette Provin- ce , qui contraint pour ainfi dire, les minéraux à: fe manifefter eux-mé- mes. Je fis cañer un peu de cette Mine, & j'en donnai un petit mor- ceau à porter à chacun de mes Na- tureis. Je. continuai à faire quelques recherches aux environs, & j'apper- _çûs de la Mine en plufeurs endroits. Nous retourñâmes coucher à notre dernier cabanage à caufe de la com- modité de l’eau, qui étoit trop ra- ré fur cette terre haute. Nous partimes de là pour nous rapprocher du Fleuve ; dans tous les endroits où nous pañlions, nous ne voyons que des troupeaux Iinnom- brables de Bœufs fauvages, de Cerfs, de Chévreuils & d’autres animaux de toute efpèce, fur-tout près des va 5ç8 Fifloire US Raivieres & des Ruifleaux ; ainfi far que Jen fafle la remarque ici, or préfume affcz que nous faifions gran de chere, ï 2 Poe Lorfsu’on eft en voyage, on eff extraordinaire. toujours flatté de rencontrer d’autres voyageurs qui reffentent le même plaifir: nous en rencontrâmes un qui étoit d’une humeur & d’une efpéce bien différente : il prit la fuite dès qu'il nous vit; plus nous linvitionss à nous attendre, plus il s’efforçoit des s'éloigner de nous. Un de mes Na= turels voyant que fes camarades ap- pelloient en vain ce Voyageur, jettæ fa charge en difant: » Je vais le cher- » cher puifqu'il ne veut pas nous at- » tendre : il courut , le dépañla & le ramena près de nous, où il fut for- cé de refter au moyen d’un coup de fufil, C’étoit un Ours qui s’étoit écarté de fa troupe ou qui vouloit voyager; ces animaux fuivent tou- jours les Bois fourrés, parce qu'ils y trouvent les alimens qui leur convien- nent, au lieu que Îles Prairies font” pour eux des terres flériles. Après avoir marché cinq jours, je vis à ma droite une Montagne qui me parut aflez élevée pour exciter . de la Louifrane. 2çŸ - ma curiofité. Dès le lendemain ma« tin, je dirigeai ma route de ce cô= té là; nous y arrivames fur les trois heures après midi. Nous nous arré- tâmes au pied de la Montagne où il y avoit une belle Fontaine qui for- toit du Roc; jaimai mieux perdre un peu de la journée & m'aflurer d'une bonne eau qui n’éroit pas froi- de. Le jour fuivant nous montâmes Indice deMt jufqu'au haut ; le deffus en eft pier- nes. reux 3 & quoiqu'il y ait aflez de terre pour nourrir des plantes, elles y font cependant fi rares, qu’à pei« ne en trouveroit-on deux cent dans un arpent : il y a de même trés-peu d'arbres, encore font-ils maigres & chancreux ; toute la pierre que jy trouvai eft très-propre à faire de la chaux; mais je doute que lon aille Ha chercher en cet endroit, à moins que cette chaux ne foit pour aider a bâtir les maifons des voifins, que cette Montagne ne manquera pas de s’attirer un jour, par la pañlion vio- Jente qu'ils auront de fouiller dans fes entrailles. Nous primes de là une route qui pouvoic nous conduire à notre Piro- “ne de fer. f. # + 14,6! 260 Hifioire gue; peu de jours nous füuffirent poë y arriver, on la tira de AE nous paffimes la nuit dans cet en- droit. Le lendemain nous traverfa- mes le Fleuve ; en le remontant nous tuâmes une Ourke, puis fes petits, car pendant l'hyver les bords du Fleuve en font garnis, & il eft rare. de le remonter GET en voir plufieurs dans un jour le, traverlér, pour aller chercher de quoi vivre ; & ce n'eft que faute de trouver de quoi fur les bords, qu'ils s'en écartent. Je pourfuivis ma route en remon tant le Fleuve jufqu aux Ecores À Pruc- homme, 0 où on m? voit fait en- tendre que je trouverois quelque cho fe d’avante geux pour la Colonie ; cé fut ce qui pi qua ma curiofité. Arrivés à ces Ecores, nous mimes à terre, après quoi on débarqua I paquets, on les monta fur le bord de la Côte, on cacha la Pirogue dans Veau, & dès ce jour je cherchai & trouvai la Mine de fer dont on m’a- voit donné les indices. Après m'en être afluré, je fis beaucoup de recher ches dans les environs, pour y trous ver de la Caftines;s mais il me fut impoffble d'en découvrir: je crois! 0 de la Louifiane. _ 26 Riu que lon pourroit en trou er plus haut, en remontant le Fleu- ve, mais je aile ce foin à ceux qui dans la fuite voudront entre- au refte je fus un peu dédommagé de ma peine ; en cherchant, je trou- vai les marques de Charbon de terre dans le voif inage, ce qui feroit au ‘moins aufli utiie dans le refte de la Colonie, qu’en cet endroit. Après avoir fait mes réflexions; je me déterminai à retourner dans peu à mon FHabitetion. La faifon des {emaïlles approchoit, & l’herbe étoit déja aflez haute pour nous fatiguer en marchant. Je fs en conféquence “partir le plus âgé de mes Naturels “avec un jeune homme, pour defcen- dre la Pirogue au lieu-même où nous Fleuve, & où il devoit nous atten- dre. Pour moi qui ne quittois qu'à regret ces belles contrées , je pris le parti d'aller les joindre par terre, l'avions cachée avant de remonter le prendre l'exploitation de cette Mine: Charbon da terres añn de ne point me féparer fi-tôt . de cet agréable Pays. Nous n'avions “à porter que ce qui nous étoit ab{o- lument néceflèire ; ainfi nous pou- . yions aller plus à la légere; de for- ire 262 Hifloire te que nous ne craignimes point dé nous enfoncer un peu dans les terres, où nous avions l'agrément de rencot: trer beaucoup de Gibier. Je vis dans ce petit écart une monticule toute pellée & aride n'ayant dans le‘haut que deux ar- RARE bres très-languiflans & prefque points Mine der,- dherbes, finon quelques petites touf. fes aflez éloignées les unes des au= tres qui laifloit une glaife très-foli- de ; le bas de cette monticule étoit moins ftérile, & les environs fertiles comme ailleurs, Ces indices me fis rent préfumer qu’il pourroit y avoir une Mine d’or en cet endroit Je retournai enfin du côté du Fleuve, pour rejoinüre ma Pirogue. De même que dans tout ce Pays & dans tout le haut de la Colonie, on! trouve beaucoup de Bœufs, Cerfs S Chevreuils & autres gibier, on y» trouve aufli beaucoup de Loups,. quelques Tigres & Pichous, inf ve des Carancros, tous animaux cars rafliers defquels je donnerai la defà PRE Lorfque nous fâmes près du Fleuve, nous fimesle fignal de reconnoiffance ; on nous répondit quoi fu d'un peu loin. Ce fut alors qué de la Louifiane. 26%: mes gens tuerent du Bœuf pour bou- Caner, afin de pouvoir le conferver & en avoir pendant quelque tems. Nous nous embarquâmes enfin, PRE a defcendimes le Fleuve, jufqu'à une bonne lieue du débarquement ordi- naire. Les Naturels cacherent la Pi- rogue & s’en allerent à leur Viilage. De mon côté je me rendis vers la nuit à mon Habitation, ou je trou- vai mes ÆEfciaves furpris & Joyeux en même-tems de mon retour ino= piné. Mon cher voifin qui avoit bien voulu prendre foin de mes intérêts F pendant mon abfence, ne fut pas moins étonné de me voir arriver com- ime fi je venois de la chaffe dans le voifinage. Mes compagnons de voya- Voifrage; ge apporterent à l'inflant d’après, mon lit & un peu de viande fraîche, en attendant que le lendemain, ils apportaflent le refte. J’étois réellement fatisfait d'être atrivé dans ma maifon, de voir mes Efclaves jouiffans d’une parfaite fan- té, & toutes mes affires en bon or- dre; mais j'étois fortement occupé de la beauté des Pays que j'avois vûs; jaurois défiré finir mes jours dans ces charmantes Solitudes, éloi- Réflexion de Auteur, fois-je en moi-même, que lon goë: re connoiîitre au Public, / 264 Hifloire | gné du tumulte du monde, de l'ava rice & de la fourberie: c’eft là, di= te mille plaïifirs innocens, & qui fel répetent avec une fatisfadtion tou jours nouvelle : c’eft la que l’on efts exempt de la critique, de la médifans ce & de la calomnie ; c’eft dans ges riantes Prairies qui s'étendent fouven à perte de vüe, & où l'on voit tant de différentes efpèces d’animaux, que Pon a lieu d'admirer les bienfaits du Créateur ; c’eft là enfin, qu'au dou murmure d’une eau pure & vives c’eft là difois je, qu’enchanté des cons certs des oïfeaux qui remplifient les! bofquets voifins , l’on peut conteni= pler agréablement les merveilles del la Nature & les examiner à loifir. M J’avois eu des raifons pour cache“ mon voyage, j'en eus de plus fortes pour garder le fecret fur ce que j'a vois pû découvrir, afin de pouvoif en profiter dans la fuite; mais les traverfes que j'ai efluyées, & les ins fortunes de ma vie, m’ont empêché jufqu'à préfent de profiter de mes! découvertes en retournant dans ce} charmant Pays, & même de les fais b de Pa olifane: . 269 CHAPITRE XX. De la nature des terres de La Louifiane : Des terres de la Mobile : De celles de la Côte de l'Eft: Des terres qui fonc depuis Pembouchure du Fleuve, Louis jufqu'a la nouvelle Orleans. Es Lumiéres que je yenois d’ac- quérir dans mon Voyage des ter- res du Pays, me furent d’un grand fecours pour connoître la nature du Sol de la Louifiane, Mes connoiffan- ces antérieures jointes à celles-ci, & à ce que j'ai appris par la fuite, me fourniffent l’occafion de parler de la nature des terres de cette belle Pro- vince, & d'indiquer à quelle produc- tion chaque Contrée peut être plus propre, Les perfonnes qui auroient envie de les cultiver pour un Etablif. fement qu’elles auroient défir d'y fai- re ; pourroient même avant leur dé- part de France, choifir le terrein fe- lon l'efpèce de commerce auquel el- lès voudroïient s'addonner, Ce qui eff X C3 S Lu 3 p* > Fe D ss fe Pa | ALES Fe £a encore. d'un grand avantage déns cet. Fa HT _ bugs Lnag a. Ed 3 à - Î À LYB. Terres de la Mobiles 066. Hiftoire te Colonie, c’eft que fouvent dan la même Habitation, on peut s’appli= uer à plufieurs fortes de cultures, qui réuffiffent les unes aufli-bien que les autres. à la fatistion de l'Ha- bitant. | | Pour décrire avec quelque ordre la nature d’un Pays, j'eflime quil: faut parler d'abord de l'endroit par lequel on y aborde, qui pour cette raifon doit être le mieux connu. Je. commencerai donc par la Côte, je remonterai enfuite le Fleuve, au con- traire de ce que jai fait dans la Def cription Géographique, où j'ai dé- crit le Fleuve depuis fa fource juf- qu’à fon embouchure dans la Mer. La Côte qui a été la premiere ha= bitée, s'étend depuis Rio Perdido juf- qu’au Lac S. Louis ; ce terrein eft un fable très-fin, blanc comme la neige ; & fi aride qu'il ne peut produire que des Pins, des Cedres & quelques Chênes verds. | La Riviere de Mobile eft la plus confidérable de cette Côte de lEfrs elle rouille fes eaux fur un fable pur qui ne peut les troubler; mais fi cette eau eft claire, elle fe fent de la fiérilité de fon fond, c’eft-a-dire, | de la Louifiane. - 267 qu'il s’en faut de beaucoup qu'elle #oit aufli poiflonneufe que le Fleuve .S. Louis. Ses bords & le voifinage _de cette Riviere, font aflez peu fer- tiles depuis fa fource jufqu’à la Mer ; le terrein eft pierreux, & ce n’eft pref- que que du gravier mélé d’un peu de terre. Quoique ces terres ne foient point flériles, 1l y a une différence totale de leurs productions à celles des terres qui font aux environs du du Fleuve. Il s'y trouve des Mon- tagnes, mais Je ne fçais siky a des pierres propres à bâtir; je n’y fuis point allé pour men informer, & les perfonnes qui y ont voyagé n'éroient gueres capables de m'en inftruire, à moins qu'elles n’euflent vû des pier- res taillées & prêtes à être mifes en œuvre. | Aux environs de la Riviere des Alibamons, les terres y font meilleu- res ; cette Riviere tombe dans la Mo. bile au-deflus de la Baye du même nom. Cette Baye peut avoir une tren- taine de lieues de long après avoir reçu la Mobile qui vient du Nord au Sud, & a un cours d’enyiron cent : cinquante lieues. Ce fut fur les bords de cette Riviere que fut formé le M i) 269 - .Hifoie es . premier Etabliffement des Françoise dans la Louifiane, lequel a fubfiffé je a ce que l’on eût établi la nou-à velle Orléans, aujourd’hui Capitale, de cette Colonie. 4 Les verres & l’eau de la Mobile” ne font pas feulement infructueufess à l'égard des plantes & des poiflons 5 la nature des eaux & du terrein con- tribue aufli à empécher la mulriplica= tion des enimaux: less femmes même l'ont éprouvé. J'ai appris de Madame: Hubert, dont le mari étoit à mon arrivée Commiffaire Ordonnateur de ja Colonie, que dans le tems que les François étoient dans ce Pofte, il y avoit fept à huit femmes flériles, qui étoient toutes devenues fécondes depuis qu’elles s'étoient établies avce leurs maris fur les bords du Fleuve S. Louis).où-on à HU Capitale & tranfporté PEtabliffement. Le Fort S. Louis de la Mobile étoit le Pofte François: ce Fort ef fur le bord de cette Riviere, près d'une autre petite, nommée la Riviere aux chiens, qui tombe au Midi dé -<é Fort, dans la Baye. To | Quoique ces Pays ne foient pas, l beaucoup près auf fertiles, com 4 x! À 4 % de la Louifrane, 26%: je Pai dit, que ceux des environs » à 1 / du Fleuve S. Louis, il faut cepen- ‘dant obferver que l’intérieur des ter- res eft d’une qualité {upérieure à cel- les qui font près de la Mer. A la Côte du côté de l'Oueft de la Mobile, on trouve des Iles dont Jai parlé en arrivant dans le Pays, & des Iflots qui ne méritent point que l’on en parle. | … Depuis les fources de [a Rivieré des Paika Ogoulas jufqu'’aux fources de celle de Quefoncté qui tombe dans k Lac de S. Louis, les terres font légeres & fertiles, mais un peu gra- veleufes à caufe du voifinage des montagnes qu'elles ont au Nord: ce P ays eft entremélé de côteaux allon- gés, de belles prairies, de quantité de bofquets, & quelquefois de Bois fourrés de cannes, particuliérement fur les bords des Rivieres & des Ruif- feaux. Ce Pays eft très-propre à PA. griculture. . Les Montagnes que j'ai dit que ces terres avoient au Nord, font à. peu-près la figure d’un chapelet, qui auroit un bout afflez proche du Fleu- ve S. Louis, & lPautre fur le bord de la Mobile. Le dedans de cette M üj. A 0 Hifioire 4} LUN chaîne eff rempli de Côteaux qui fonr affez fertiles en herbes, Simples, fruits du Pays, chataignes fauvages, cha=. taignes-glands & marons, auffi gro] & pour le moins auffi bons que ceux de Lyon. | | : Au Nord de cette chaîne de Mon: tagnes, eft le Pays des Tchicachas,” très-beau & dégagé de Montagnes 34 il n'a que des Côtes très-allongées &cw douces, des bofquets & des prairies fertiles, qui, au Printems, font rou-” tes rouges par l’abondance des frai-" fes; elles préfentent en Eté le plus bel émail par la quantité & la di- verfité des fleurs ; en Automne dès que l’on a mis le feu aux herbes elles font couvertes de champignons Tous les Pays dont je viens dei parler font remplis de gibier de tous te efpèce. Les Bœufs fe trouvent dans les terres plus élevées; lés Pers drix aiment beaucoup les Bois clairs À comme font les bofquets dans les prais ries ; les Cerfs fe plaïfent dans les grands Bois, les Faifans ont la mêmes inclination, le Chevreuil qui eft volan _ ge fe trouve par tout, parce que dans” quelque endroit qu'il puifle être, il ah de quoi brouter, Les Ramiers en Flysn _ de la Louifianes 27% Û vér volent avec tant de rapidité, qu’ils parcourent beaucoup de Pays en peu d'heures ; les Canards & autre gibier aquatique font en fi grand nombre ; que par tout où ilya de l’eau , on eft afluré d’en rencontrer beaucoup plus qu’il n’eft pofñble d’en tirer, quand même on ne feroit autre chofe : ainfion trouve du gibier en tout lieu, & du poiffon en abondance dans les riviéres. Reprenons la Côte,qui quoique pla- Terres de fa te & aride à caufe de fon fable , eft fé- Côte de PER, -conde en poiflons délicieux & en co- quillages excellens. Mais ce fable crif- -tallin qui incommode la vûe par fa blancheur , ne feroit-il point propre à à faire quelque belle compofition ? Je life ici aux Sçavans à trouver de quel ufage ce fable pourroit être en France, où les Arts font parvenus à un fi haut dépré de perfettion., : | Si cette Côte eft plate elle a en ce- “la un avantage : on diroit que la Na- ture a voulu la faire aïinfi, pour être par elle même défendue contre les def= centes des Ennemis. | Si en fortant de la Baye des Paska< Agoulas, nous fuivons encore l’Oueft , nous avons en notre rencontre la Baye du vieux Biloxi , où l’on avoit bâci un $ Miv rt As Hifoire Fort, & commencé un Etablifement ; ‘ _ mais une incendie poufice par un vent = Fa PRE SR ET ee violent, détruifit en peu de momens “ ce que a prudence, auroit dû ne pas M conftruire. Ceux quiavoient établi le vieux Bi- - oxi, ne pouvoient fans doute quitter w le rivage de la Mer ; ils s’érablirent à. VOueft , & tout près le nouveau Bilo-w xi,fur un able également aride & dan- | gereux a “te Ce fut en cet endroit | qu’ arriverent les grofles Conceffions, - qui s’ennuyolent extrêmement d'être {ur un terrein inculte, où il étoit im- offible de trouver le moindre légumew a quelque prix que ce fût, & où leurs. Engagés mouroient de faim dans la Colonie la plus fertile qu’on puiffe dé. couvrir dans tout le Monde. J'ai affez fait connoître dans mon Voyage au Bi- Joxi les autres inconvéniens qu'il y, avoit,à laifier fubffter un Etablifiement fi peu réfléchi, & aufli contraire au Commerce du Pays,que coûteux & i IR = commode au Habitans. En fuivant la même route & la mé me Côte vers l'Ouelft, les terres y fonts toujours les mêmes , jufqu’à la petites Baye de S. Louis 8e juqu'aux Che- naux qui conduifent au Laçde ce nom.b | de la Louifiane. 273 La profondeur des terres eft d’une . bonne quaïité, propre à l'Agriculture, & à faire un beau Pays; la terre y eft lépere & un peu graveleufe : la Côte au Nord de la Baye S. Louis eft d’u- ne nature différente & beaucoup plus. fertile. Les terres qui font plus éloi- gnées vers le Nord de cette derniere Côte,ne font pas fort diftantes du Fleu- ve S. Louis ; elles font aufli plus abon- dantes en produétion, que celles qui font à PES de cette Baye par la même Latitude. FU Pour fuivre la Côte dela Mer juf- qu’à l'embouchure du fleuve S. Louis, il faut aller prefque au Sud en quittant les Chenaux dont jai parlé ailleurs, & -pañler entre Pifle aux Chats que lon haifle à gauche, & l’Ifle aux Coquilles que lon laïfle à droite. En failant cette route en idée ,; on pañle fur des Bancs . prefque à fleur d’eau, couverts dun infinité d’Iflots ; on laiffe à gauche les: Tfles de la Chandeleur, qui ne fontque des amas de fable qui ont-la forme d'un boyau coupé par morceaux :elles i font peu élevées au deflus de la Mer, &c à peine y trouve-t-on une douzaine de plantes,de même que dans les Iflots. vuifins dont je viens de parler. On laif- 274 Hifhoire fe à droite le Lac Borgne., qui n. LE un autre iflue du Lac S. Eeut & con= ? tinuant la même route & la ROUTE des Iflots aflez loin, on trouve un peu | de Mer nette, & la Côte à droite, qui | n'eft qu’un marais tremblant formé 4 peu-à peu par une vale très-molle,fur laquelle naiffent quelques rest Cette Côte conduiten peu a la Pafe de PEf, qui eft une des Bouches du Fleuve queF on trouve bordé d’un pa- reil terrein, s’il eft permis de lui don- | ner ce noï’a. Il y à éncore la Pañle du Sud- ER | où eft la Balife, & la Pafle du Sud qui avance plus en mer. La Baifeeftun « Forc bâti fur une Ifle de fable, raflu-” ré par un grand nombre de pilotis liés” d’une bonne charpente : il y a des lo-" gemens pour les Offciers & pour ia Garnifon ;ily a aufli une Arullerie fuffifante pour défendre l’entrée du Fleuve ; c'eft-là que l’on prend le Pi=" lote de ‘à Barre pour faire entrer les Navires dans le Fleuve. J’aï parlé de M ces deux Paffes dans la Defcription. Géographique de cet PA ainfi " entrons promptement dans le Fleuve ; nous en, ferons beaucoup plus fatis-M fits 3 toutes les Pañles ou entrée s À de k Louifiane: #7 F | du Fleuve font auffi affreufes à la vûe , que l’intérieur de la Colonie eff Vrai nor Maraeiertm Ces marais reinblane continuent Elanss encore environ Jept licues en remon- tant le Fleuve , à l’entrée duquel on trouve une Barre de trois quarts de Jieue de large ; on ne peut la pañler Le fans le Pilote de ha Barre, qui feul con- noit le Chenal. Toute la Côte de l'Oueft eft TA ble à celle dont ÿ ai parlé depuis la Mo- bile ; jufqu” ‘à la Baye S. Louis, c'eft à- dire également plate, farine d’un fa- _ ble pareil, & une Barre d’files qui al- longe la Côte, & défend la defcente; la Côte continue ainfi en allant à POueft ue _juîques à la Baye de l’A fcenfion & mé- me un peu plus loin. Le peu que je dis de cette Côte doit fuflire;le détail que je ferois de fon terrein ne » ouroit être qu'ennuyeux , puifqu’il eft auf ftér rile, &c femblable en tout à celui dont j'ai parlé. Je rentre dans le Fleuve & pale avec vitefle ces marais tremblans, in- capables de foutenir des hommes , &e qui ne peuvent que fervir de retraite: a desLégions de Maringouins ou Cou- fins,& à “qHélanes Oifeaux rule d+ M y) 1 4 | 276 | : ifloire 1 qui fans doute y trouvent de quoi pis vre en fureté. L Rens de : Au fortir de ces marais, on trouve 4 une Langue de terre de chaque côté du . Fleuve; c'eft à la vérité une terre fer me, mais accompagnée de marais. femblables à ceux de l'entrée du Fleu- ve. Durant l’efpace de trois à quatre « lieues,cette Langue deterre eft dénuée ! d'arbres, mais enfuite elle en eft cou- « verte , de façon qu'elle arrête les vents dont les Vaiffeaux ont befoin pour ré: monter le Fleuve & arriver à la Capi- tale. Cette terre, quoique très étroite continue avec les arbres qu’elle porte jufqu’au Détour à l'Angloïs , lequel ef gardé par deux Forts , l’un à droite, Pautre à gauche du Fleuve. FAT à L'origine du nom de Détour a l'An- ": |" ploiste rapporte de différentes manie- res ; & ceux qui veulent en raconter l'Hifioire fans la fçavoir, en compofent une à leur mode : coutume trop ordi- naire à ceux qui n'ont d'autre but que de parler & non d’inftruire les autres. Je penfe différemment : je me we: informé aux plus Anciens du Pays, à quelle circonftance ce Détour dev fon nom. | Ils m'ont dit qu'ayant le premier SE , à oi 22 eX 0 7 u _ dela Louifiane. 28F dindirement des Prairies, & des fu- je terres de tayes avec de l'herbe jufqu'au génouil : PER le long des ravines ce font des Bois fourés dans lefquels on trouve des Bois de toute efpèce, même des fruits du Pays. … Prefque toutes ces terres de PES font telles que je viens de les décri- re ; c’eft-à-dire, que les Prairies font- “ur les Côteaux dont la pente eft plus douce; on y voit aufli des Fu- tayes, & les Bois fourrés font dans Jes bas fonds. Dans les Prairies on voit de diftance à autre des bofquets de chênes très-hauts & fort droits, dont les arbres font au nombre de quatre-vingt ou de cent au plus; il y en a dautres d'environ quarante . ou cinquante, lefquels femblent étre plantés par main d'homme dans ces Prairies, & pour fervir de retraite aux Bœufs, aux Cerfs & autres ani- l maux , & les mettre à l'abri des orages _& de Paiguillon des Taons, | Lies Futayes font prefque toujours toutes de noyers blancs, ou toutes . de chênes; dans ces derniers on trou- ve quantité de morilles, mais en re- . vanche, il croït une efpèce de cham- . pignons au pied des noyers coupés, Bofquetss < Futayes Prairies, simples, ? 286. : He 4 que les Naturels ramaflent avec foin? jen ai goûtés que j'ai trouvés dé bon goût; j'étois perfuadé qu'ils né mangent rien qui ne foit très- fein ; C au pourquoi je ne fis point de dif: ficulté de goûter de cette forte de Champignons. - Les Prairies ne font pas fculénet couvertes d’herbes propres au pacas ge, elles portent encore quantité de Pare au mois d'Avril; les mois fui- vans le coup d'œil fe charmant, à peine voit on l'herbe, à moins que ce ne foit celle que lon foule aux pieds ; les fleurs qui {ont alors dans toute leur beauté, préfente à la vüë le fpectacle le plus raviflant; elles, font diverfifiées à à l'infini ; j'en ai res marqué une en particulier , qui feroit lornement des plus beaux parterresa c'eft la gueule de lion dont je par= lerai. Ces Prairies fourniffent nèn- full ment à la vûe de quoi la ravir , ele les produifent encore en quantité ad Simples excellentes, ainfi que les fu tayes, tant pour la Médecine que pour la Teinture, Quand toutes ces” herbes font ci & qu'il furvient” unc petite pluye, des champignons”. ? dela Louifiang 28 d'un très-bon goût prennent la place % blanchifflent toute la furface de ces Prairies. Les Naturels ne man- gent pas plus de champignons que des morilles Ces Côteaux én Prairies & ces fu: Gibier: tâves font abondantes en Bœuf, Cerfs & Chevreuils, en Dindes, en Perdrix & en toute forte de gibiers on y trouve en conféquence des Loups, des Pichous &e autres bêtes carnacieres , parce qu’en fuivant Îles autres animaux, ils détruifent & man- gent ceux qui font trop vieux ou trop gras; & quand on y va à la chañe , ils font certains d’ avoir la cu- Jrée ; ce qui les engage à fuivre les Chafleurs. — Ces terres hautes produifent natu- none des mûriers dont les feuil- les plaifent beaucoup aux Vers à foye; PIndigo y croît de même le long des bois fourrés, fans culture. Il s ÿ tTOU- pxceilenre ve aufi du Tabac naturel, à la çul- duterrein de_ ture duquel ainfi que des autres ef- RE pèces de Tabac, ces terres font très Lache. propres. Le Coton s'y cultive auffi à profit ; on y fait venir du Froment & du Lin plus aifément & meilleur qu'e en bas vers la Capitale, la serre Minese T'eyres de la Cèvede DER, Par Ja Côte de l'Oueft qui eft Wa 288 | Hifloire. y étant trop grafle, ce qui fait qu'à la vérité l'avoine y vient plus bat que dans les terres dont je parle; mais ke Coton de même que les autres de rées n’y font pas fi fortes mi fi ps nes , & font fouvent de moindre rap- port pour le proïit, quoique le ter- rein foit d’une nature excellente. Enfin cette partie de terre Hat qui fe trouve à l’'Eft du Fleuve 4 puis Manchac jufqu’à la Riviere d’'Ouæ bache, peut & doit avoir des ME nes; on y en trouve de Fer & de Charbon de Terre tout auprès. Ïl n° a point d'apparence de mines d'Ar- gent; mais il pourroit y en avoirs d'Or, même de Cuivre & de Plomb. Retournons À Manchac Qi j'ai * fé le Fleuve ; je le paferai pour fiter le côté de- l'Oueft comme Ji fait celui de PER. Je commenceräl même que celle de PES; on peut feulement remarquer quelle eft enco- re plus aride & plus flérile. En ds tant cette Côte de fable blançu _criftallin pour aller vers le Nord, trouve cinq à fix Lacs qui commu rar les uns aux autres, & qui font fans doute des refles de la Mer | Entre _ E. de la Louifianes 289 Entre. ces Lacs & le Fleuve, eft une terre rapportée fur le fable & formée des vafes du Fleuve, comme je l'ai dit ; entre ces Lacs ce ne font que des fables, fur lefquelsily a fi peu de terre que le fond de fable paroit ; aufh n’y voit-on que peu d'herbes de pâcages que quelques Bœufs écar- tés viennent manger: il ny a point d'arbres , fi l’on en excepte une C6- te fur le bord d’un de ces Lacs, qui eft toute couverte de chênes verds , qui font propres à la conftruttion des Vaifleaux. Ce terrein peut avoir une lieue de long fur une demi-lieue de large; on a nommé cet endroit Baratarta, parce qu'il eft enfermé ge ‘ e enters par ces Lacs & par leurs iffues, ce. Re qui forme à peu-près une Ifle en | terre ferme, comme étoit celle dont Sancho-Pança fut fäit Gouverneur. Ces Lacs {ont remplis de Carpes monfirueufes tant pour leur groffeur que pour leur longueur: ces Carpes S'échapent du Fleuve & de fon eau trouble dans le tems de fon débot- dement, pour chercher une eau plus claire: ce qui doit étonner, c’eft qu’il ÿ ait tant de poiflons dans ces Lacs, ÿ ayant une quantité innombrable de Tome I, R 290 Hifloire 1 Crocodiles. Il y a dans les environs" de ces Lacs quelques petites Nation de Naturels qui vivent en partie de cet animal amphibie, ù Entre ces Lacs & les bords au Fleuve, il fe trouve quelques her-« bages clairs, entr'autres du Chanvre naturel qui y vient comme un arbrifs feau, & très-branchu: il ne doit pass être “farpr enant que ce Chanvre ait beaucoup de branches & affez lon, gues , puifque chaque plante eft trèss écartée l’une de l’autre; de ce côté, on voit peu de Boïs, fi ce n'eft en approchant du Fleuve. A lOueft de ces Lacs on trouve, de très-bonnes terres couvertes en: beaucoup d’endroits de Futayes , dans lefquelles on peut aifément courir à cheval; on y trouve du Bœuf fau vage qui ne fait que pafler, parce que l'herbe de ce pâcage eft amerê fous les arbres; ceft pourquoi le Bœuf prétere l'herbe des prairies laquelle étant expofée aux rayons du Soleil, en devient beaucoup plus fæ voure de e. \.R En s’éloignant encore plus vets. POuett, on trouve les Bois bien plus” fourrés ; sil que ce us eft exs, de la Louiliane. 20T trêmement arrofé; on y trouve quan- tité de Rivieres qui fe jettent dans la Mer ; & ce qui contribue à la fer- tilité de cette terre, c’eft la quanti- té de Ruiffeaux qui tombent dans ces Rivieres. _ Ce Pays abonde en Chevreuils & autre gibier ; il y a peu de Bœufs, mais 1l promet beaucoup de richefles à ceux qui l’habiteront, par la bon- ne qualité de fes terres. Les Efpa- gnols qui nous bornent de ce côté- - (à en font affez jaloux : mais la gran- de quantité de terres qu'ils pofledent dans l'Amérique, leur a ôté l’idée d'y faire des Etabliflemens, quoiqu’ils l’euffent connu avant nous; cependant ils fe font. donnés des mouyemens pour traverfer nos deffeins, quand ils ont vû que nous y penfions. Ils n’y font point établis: qui pourroit _ erapêcher que l’on y fit des Etablif- fémens avantageux Ê | J: reprensle bord du Fleuve au-def- fus des Lacs & des terres au-deflus dela fourche, que j'ai aflez fait connoitre pour n'être pas des meilleures, & jere- _ monte vers le Nord pour fuivre le même ordre que j'ai tenu en don- Nij Bonne terre de POueft, ‘202 Hifhoire nant la Defcription de la nature des terres de VER. | Les bords du Fleuve font d’une terre grafle & forte, comme j'ai dit ailleurs ; mais ils font beaucoup moins fujets à linondation. Si l’on avan- ce un peu vers l’Oueft, on trouve des terres qui s’élevent peu-à- peu, « & font d’une très-bonne qualité; il » y a même des Prairies que lon pour- « roit dire n’avoir point de fin, fi elles w métoient entrecoupées de petits bof « quets : ces Prairies font couvertes de Bœufs fauvages & autre gibier, qui. vivent d’autant plus paifiblement, qu'ils ne font point chaflés par les. hommes, qui ne fréquentent nulle-. ment ces contrées; ni inquiétés par. les Loups ou les Tigres qui fe tien- nent plus au Nord. | 2 Le Pays que je viens de décrire. eft tel que je le dis jufau’au nouveau Mexique ; il s’éleve aflez doucement, aux approches de la Riviere Rouge“ qui le termine vers le Nord, jufqu'au une terre haute qui n’a pas plus des cinq à fix lieues de large & une lieuew feulement en certains endroits ; ellek eft prefque plate, n'ayant que quels! | À + | À "A ) - de la Louifiane: 293 _ ques buttes à une afflez grande dif- tance les unes des autres: on y trou- ve aufli quelques Montagnes d’une moyenne hauteur qui paroiflent ren- fermer plus que de la pierre. Cette terre haute commence à quel- ques Heues du Fleuve, & continue ainfi jufqu’au nouveau Mexique: elle s’abaifle du côté dela Riviere Rou- ge, par replis, où elle eft diverfifiée alternativement de Prairies & de Bois. Le deflus de cette hauteur au con- traire n'a prefque point de Bois; il y croit une herbe fine entre les pier- res qui y font communes: les Bœufs viennent paître cette herbe, lorfque les pluyes les chañlent des plaines; autrement ils n’y vont gueres, parce _ qu’ils n’y trouvent ni eau ni falpé- tre. | On: doit remarquer enpaffant , que tout le pied fourchu aime extrème- ment le fel, & que la Louifiane en général renfèrme beaucoup de falpé- tre; ainfi on ne doit pas être fur= pris fi le Bœuf, le Cerf, & le Che- vreuil ont plus d'inchination pour certains endroits que pour d’autres, quoiqu’ils foient fouvent chaflés. On doit feulement conclure qu'il y a plus Nu Salpètres 294 Hiffoire de falpêtre en ces endroits, quer | ceux qu’ils ne fréquentent que rare- ment: c'eft ce qui m’a fait remar- quer que ces animaux après leurs ré- fections ordinaires, ne manquent gue- res d’aller dans les Torrens où la terre eft coupée, même dans la glai- fe ; là ils léchent cette glaile, fur- tout après la pluie, parce qu’ils y trou- . vent un goût de fel qui les y attire. La: plüpart de ceux qui ont fait cette re- marque s’imaginent que ces animaux. ul à mangent la terre ; ils ne cherchent en. . ces endroits que le fel qui eft pour eux. un appas fi violent, qu'il leur fait bras ver les dangers pour le fatisfaire, de la Louifiané 05 pe "a, CHAPITRE XXIL ualité des Terres de la Rivicre Rouge : … Poftes des Nuëtchitoches : Mine d'Ar- gent: Des Terres de la Riviere Noire. E s bords de la Riviere Rouge 4 du côté de fon confluent font af- … fés bas, & quelquefois noyés par les débordemens du Fleuve ; maisfur-tout | Je côté du Nord, qui n’eft qu’une terre marécageufe l’efpace de plus de dix lieues en remontant aux Naétchito- ches, jufqu’à ce que l’on ait trouvé la 4: - Riviere Noire qui tombe dans la Ri- Rivicre Rou- viere Rouge. Cette derniere prend fon £°- nom de la couleur de fon fable qui eft rouge en plufieurs endroits ; on la nomme auffi Riviere de Marne, nom que quelquesGéographes lui donnent & que l’on ne connoit point dans le Pays. _ Quelques-uns lui donnent le nom de : Fiviere des Nadtchitoches, parce qu’ils habitent fes bords : le nom de Riviere Rouge lui eft demeuré. | Depuis la Riviere Noire, le côté du - Nord de la Riviere Rouge n’eft qu’une Niv 296 Hifloire | terre très légere, même fabloneufe, où l'on trouve plus de Sapins que d’autres. arbres 3 on y voit aufli quelques ma-. rais 3 mais ces terres, quoïqu'elles ne fe- _ roient point fkériles.fi on les cultivoit, ne feroient point des meilleuresselles fe M foutiennent de la forte vers les bords de la Riviere, feulement jufqu’au rapi- de que l’on rencontre dans cette Rivie- re à trente lieues du Fleuve S. Louis. Ce rapide n’eft rien moïns qu'un faut ; il eft vrai qu'on ne peut gueres le re- = monter à la rame lorfqu’on eft chargé , « il faut mettre à terre & tirer. Il me femble que fi l’on fe fervoit de la Gafe ou Perche,dontles Mariniers fe fervent fur la Loire & autres Rivieres de Fran ce, on furmonteroit aifément cet obfta- cle ; maïs dans cette Colonie on n’eft point dans le goût d’inventer ce qui, peut foulager dans lestravaux ; oneft « ‘{eulement dans lufage de fuivre la rou- tine donnée par les premiers Habitans.M qui n’étoient pas afflurément d’habiles Artiftes. | | Le côté du Midy de cette Riviere ©. , 9 e A , . / jufqu’au rapide,eft tout-à fait différent, du côté qui lui eft oppofé ; il eft un peu M plus haut, & s’éleve à mefure qu’il ap- proche dela hauteur dont j'ai parlé 3, mue de ia Louifiane. 297 … la qualité eft auffi très différente ; cet- te terre éft bonne & légere, elle pa- _roît difpotée à recevoir toutes les cul- tures qu’on défirera y faire, & l’on peut en toute affurance efpérer d'y réuffir : elle produit naturellement de très-beaux Bois francs &.de la Vigneen abondance, c’eft de ce côté que l’ona trouvé du. Mufcat. L:s derrieres ont leurs Bois plus nets, & des Prairies en- tre-coupées de belles. Futayes : de ce côté les arbres fruitiers du Pays font communs, fur-tout les Pacaniers & les Noyers: cés arbres n’annoncent jamais une mauval{e terre. | - Depuis le rapide jufqu’au Na@chi- toches , les deux côtés de cette Rivie- re font aflés femblables aux terres dont je viens de parler. À gauche en re- montant,.eft une petite Nation que lon: _ nomme les Avoyelles,& qui n’eft con- _ nue que par les fervices qu’elle à ren- dus à la Colonie, par les Chevaux , _Bœufs & Vaches qu’elle eft allé cher- cher au nouveau Mexique pour les Erançois de la Louifiane. J’ignore. le fin du Commerce de ces Naturels 3: mais je fçais que malgré les peines du: Voyage,ces Beftiaux l’un parmi l’autre, ne revenojent, tous car &c fortis- AN Vs 298 Hifhoire . de leurs mains, qu’à environ deux pifto: les la piece ; je dois préfumerde là qu'ils M les ont à bon marché dans le nouveau. Mexique : ce n’eft point au refte ce qui . doit nous inquiéter 3.le meilleur eft que: nous avons à la Louifiane par la voie de. cette Nation , de très beaux Chevaux | de l’efpéce de ceux de la vieille Efpa- gne , lefquels , s'ils étoient dreflés ,. pourroient monter les premiers Sei- gneurs de la Cour. Pour ce qui eft des Bœufs & Vaches, ils font tels que ceux … de France , les uns & les autres font à lé \ « préfent très-communs. dans la Loui- fiane. Le côté du Midy n'apporte dans la Riviere Rouge que de petits ruiffeaux. Du côté du Nord & aflez près des Naëtchitoches, eft, à ce que l'ondit, : une Source d’eau très-falée, qui a qua- tre lieues feulement de cours. Cette. Source dès en fortant d® terre, forme une petite Riviere qui dans les chaleurs: laiffe du fel fur fes bords : ce qui pour- roit le faire croire plusaifément, c’eft que le Pays d’où elle tire fon origine renferme beaucoup de fel minéral qui fe manifefte par plufieurs fources d’eau: f falée , & par deux Lacs falés dont jew parlerai bien-tôt. Enfin en remontant” , l = fi SJ ) F | { g \ dela Louifiane. , . . 709 on trouve le Fort François des Nact- chitoches, bâti dans une Ifle que forme - Ja Riviere Rouge. | Cette Ifle n’eft que de fable, & fi fin que le vent l'emporte comme de la poufliere;de forte que le Tabac que l’on ÿ a cultivé dans les commencemens en étoit rempli : la feuille de Tabac étant d'un velu très fin retient aifément ce fà- _ Ble ,que le moindre fouffle porte par- tout, cequieft caufe que lon ne fait plus de Tabac dans cetlfle, maïs feules ment des vivres, comme du Mahiz, des Patates , des Giraumons, & autres, aufquels le fable ne peut faire aucun dommage, ‘ _ M. de S: Denis qui a été lonp-tems Commandant de cePofte desNactchito- ches qui ont toujours été amis desFran- Çois., auroit mérité d’être Gouverneur _de toute la Colonie ; il étoit auf pru- dent dans fa maniere de Gouverner qu’il étoit brave Officier ; il a fçû tou- te fa vie fe faire aimer &refpecter, tant des François que des Naturels, Ces derniers lui étoient fr attachés, que rien ne leur coûtoit, dès qu'il éroit queftion de fon fervice. Ces. peuples: n'ont rien de plus cher que leur liber- té,& préferent la mort à l’efclavage, & N vy. Pofte des a&chitoches, +00 Hifloire même à la domination d'aucun Sou: _verain , quelque douce qu’elle puiffe. être. Cependant vingt ou vingt-cinq; Nations avoient trouvé en la perfonne » de M. de S. Denis un charme fi puif- fant , qu’oubliant qu’elles étoient nées: libres , elles s’étoient données à lui vo- _lontairement ; les Chefs & le peuple, tous voulurent l'avoir pour leur Grand . Chef, enforte qu’au. moindre figneil: auroit pü fe mettre à la tête de trente: mille hommestirés de ces Nations , qui: de leur propre mouvement s’étoient foumifes. à fes ordres. Il n’eût pas été: befoin qu'il eût été les trouver lui-mé- me pour les faire venir, il eût fufhi que: M. de S. Denis traçât fur le papier une jambe bien formée & des figures hiéra-. glyfiques qui euffent défigné la guerre :: la jambe bien formée le défignoit lui- même, parce qu’ils. lé nommoient le Chef à la grofle jambe. Pour défigner la guerre, on fait la figure d’un cafle- tête ; pour marquer le tems auquel on a befoin de fecours, on défigne les mois. par des Lunes, & les jours de plus par desT, de cette forte; fr l’on eft preffé d’avoir du fecours, on marque feule- « ment autant d'I, qu’il faut de jours pour: faire Ja route ; on défigne la Nations | e . ; de la Louifiane. 30 qu'on veut attaquer par la figure qui: lüi eft propre. Le nombre des Guer- riers ne fe marque point , les Chefs des Nations envoyent leurs Guerriers ; on fçait ce-que chaque Nation peuten- fournir , dinfi on fait fçavoir fon inten- tion à autant deChefs qu’il eft néceflai- re-pour completter lenombre d’hom- mes que l’on fouhaite. Les flêches défi- _gnent auffi la Guerre , mais feulement pour la déclarer, ce font alors deux: flêches en Saultoir écrafé. . Lorfque M. de S. Denis eft mort ;. tous ces peuples l’ont pleuré & re- gretté , comme de bons enfans pleure- roient leur pere ; mais ce qui doit en- core furprendre dans le changement de fentimens de ces peuples en faveur de: M. de S. Denis, c’eft que la plûpart de: ces Nations font für les terres des Efpa- gnols, & qu’ils auroient dû plutôt s’at- _ tacher à eux qu'aux François. Les qua- lités perfonnelles de. M. de S. Denis, Pavoient emporté fur toute forte de confidérations ; &: telle eft la force de là vertu qui & fait refpecter par tous les hommes , quoique peu la prati- quent: J’aurai occafion de parler dans peu du caractere de ces Peuples, & de: _ Seux-cienparticulier, à l'égard de M.. 1 % ; 302 Hifhoire “ À de Saint Denis, pour faire voir que leur” dévouement à ce Commandant étoits fincere, puifqu'il faifoient leurs efforts: pour lui rendre fervice à fon infçû com- me fous fes yeux , avec un défintéreffe-" ment inconnu parmi les Nations po- licées. - ; A fept lieues du PofteFrançois,lesET-, pagnols en ont établi un,où ils onttou-. jours réfidé,depuis que M. de la Motte: Gouverneur de la Louifianne y eût don- né les mains.Je ne fçais par quelle fatale. politique cet Etablillement fut afluré aux Efpagnols , mais je fçais que fans: les François , les Naturels n’auroient jamais {ouffert que les Efpagnols s'éra- bliffent en cet endroit. F Quoi qu’il en foit,le voifinage de ces Etrangersyaattiré plufieurs François, qui fans doute fe font imaginés que les: pluyes qui venoient du Mexique rou- loient & apportoient avec leurs eaux: de l’or,qui ne coûteroit que la peine de: le ramafler. Mais quelle eff l'utilité de ce Beau métal, finon de rendre vains &" pareffeux les hommes, chez qui il eft fs commun, & de leur faire négliger law culture dela terre qui eft.la vraierichefss fe, par les douceurs qu’elle procure 4 l'homme, & par les avantages qu’ellen k de la Louifiane. 203 lui fournit au moyen du Commerce. …. Plus haur que les Naëtchitoches … habitent Îles Cadodaquioux , dont les villages épars prennent différens noms. : Aflez près d’un de ces villages, ona … découvert uneMine que l’ona trouvée Mine d’Ars . abondante & d’un métal très pur ; j’en gent. « ai vû l'épreuve, la matiere en ef très- . fine, Cet Argent eft caché en parties in- … vifibles dans-une pierre de couleur de - maron, laqu’elle eft fpongieufe, affez … légere & facile à fe calciner ; elle rend cependant beaucoup plus qu’elle ne . promet à la vüe. L'épreuve de cette Mine futfaite par un Portugais nommé Antoine , qui avoit travaillé aux Mi- nes du nouveau Mexique, d’où, je ne . f{çais pourquoi, il fe fauvoit ; il paroif- … foit pofléder fon métier ; il vifita en- fuite d’autres Mines beaucoup plus au Nord ; mais il atoujours donné la pré- férence à celle de la Riviere Rouge, Cette Riviere au rapport des Efpa- Qu deta ” gnols prend fa fource par les trente- Riviere Rou- deux dégrés de latitude Nord ; elle #°* court environ cinquante lieuesau Nord- - ER, fait un grand coude du côté de VER , puis de-là en fuivant le Sud-Eft, qui eft l'endroit où nous commençons. à la connoïtre,elle vient tomber dans le Fa | nn | 304 Hifloire 4 FleuveS. Louis, vers les trente-un dé: grés quelques minuttes. à J’ai dit un peu plus haut que la Ki viere Noire fe déchargeoït dans la Ris viere Rouge , dix lieues au deflus du confluent de celle-ci dans le Fleuves nous allons la reprendre &r la fuivre, après que nous aurons obfervé que les. poiflons de toutes ces Rivieres qui communiquent avec le.-Fleuve, font les. Terres de lMêmnes quant à l'efpece , maïs beaucoup RiviereNoire. meilleurs dans la Riviere Rouge & la Riviere Noire , parce que l’eau de ces Rivieres eft plus claire & plus vive que celle du Fleuve, qu’ils quittent tous jours avec plaifir ; ce goût délicat & plus fin qu’on leur trouve, peut aufli provenir des nourritures qu'ils pren= neht dans ces Rivieres. | Les terres dont nous allons parler font au Nord de. la Riviere Rouge son. peut les diftinguer en deux parties, qui {ont à la droite & à la:gauche de la Ki- viere Noire. en la remontant jufques à fa fource & même jufqu’à la Riviere des. Arkanfas. Cette Riviere eft nommée-la, “Riviere Noire, parce que fa. profon- deur lui donne cette couleur, qui-eftu encore augmentée par les Bois quida bordent dans toute la Cobonie. Toutes" | _ de La Éouifiarie: | 306$ les Rivieres ontleurs bords couverts de Bois, mais celle ci qui eft aflez étroite, * les-branches la couvrent & la rendent d’une couleur noire au premier coup . d'œil. On lui donne quelquefois le nom de Riviere des Ouachitas , parce qu’il y a. cu fur fes bords une Nation de ce nom, qui ne fubfifle plus : je continue- rai à la nommer de fon nom ordinaire. Les terres que fon trouve d'abord des deux côtés, font bafes & conti= nuent ainfi l’efpace de. trois à quatre lieues , jufqu’à ce qu’on ait. trouvé la : Riviere des Taenfas , ainfi nommée à caufe d’une Nation de ce nom qui ha- bitoit. fes bords ; cette Riviere des Taenfasn’eft à proprement parler qu’un _ Chenal fait par les eaux du déborde- . ment du Fleuve. Cette Riviere qui a fon cours prefque paralléle au Fleuve. fait la féparation des terres.bañles d’a- _ vec les Côteaux ; ainfi je ne parlerai pas des terres qui font entre le Fleuve & cette Riviere des Taenfas, puifqu’el. les font les mêmes que dans la bafle. Louifiane. Les terres que l’on trouve en ré- montant la Riviere Noire, font à peu: près les mêmes entr’elles , tant pour la: nature du terrein, que pour Jens bon: “ Fertilité de ceterrein, #06. : ‘Et | nes qualités. Ce font des Côteaux al longés , qui peuvent être regardés em généralcomme une très-vaftePrairie dis verfifiée de petits bofquets, & qui n’efl coupée que par la Riviere & les Ruif=u feaux quifont bordés de Bois jufqu’a leurs fources. Les Bœufs fauvages & les Chevreuils y font par troupeaux Aux approches de la Rivierre des Ars kanfas.les Cerfs & les Faifans commen“ cent à être très-communs ; On y TOUS ve les autres efpéces de gibier commen à l'Eftdu Fleuve:il'en eft de même des. fraifes, des Simples, des fleurs & des champignons. La feule différence eft que ce côté du Fleuve ef plus égal ,« mavant point des-Côtes fi hautes & fi" différentes du refte du terrein ; pour ce qui eft des Bois,ils font telslqu’à l'EfEM du Fleuve, excepté que vers POueft il y a beaucoup plus En Noyers & deu Pacaniers,qui font une autre efpece de Noyer dont les noix font plus ten= dres, ce quiattire dans ces cantons un plus grand nombre de Perroquets. Ce M que je viens de dire eft général à ce. côté, voyons ce qui lui eft particulier. de la Louifiane. 307 CHAPITRE XXIII Ruifleau d'eau falée : Lacs falés: Ter- res de la Riviere des Arkanfas : Mar- bre rouge jafpe: Ardoife : Plitre : Chaffe aux Bœufs : Battures du Fleu- ve, | 7" ORsQU'OoN a remonté la Rie L. viere Noireenvirontrente lieues , _on trouve à gauche un Ruifleau d’eau _falée, qui vient de l'Oueft ; en remon- tant ce Ruifleau environ deux lieues,on tombe à un Lac d’eau falée, qui peut » 4 qui peut 4 avoir deux lieues de long fur une de large ; une lieue plus haut vers le Nord, on rencontre un autre Lac _ d’eau falée, prefque auffi long & auf large que le premier, Cette eau pañle, fans doute, par quelques Mines de Sel; elle ale goût de Sel , fans avoir l’amertume de l’eau de la Mer. Les Naturels viennent d’af- fez loin dans cet endroit pour y chafleë pendant l’hyver, & pour y faire du fel. Avant que les François leur euf- {ent traités des chaudrons, ils faifoient 4 Ruïifeau' Eau falée. Lacs falési TYndices de . Mines de Sel, k 308 Hifloire | fur le lieu des pots de terre pour cette Opération: quand ils ont dequoi fe charger , ils s’en retournent dans leurs pays chargés dé fel & de viandes fé chéss | | Vers l'Ef de la Riviere Noire , on ne voit rien qui annonce des Mines; mais à l’Oueft, on diroit qu'il doit y en avoir, à certaines marques qui tromperoient bien des perfonnes qui croyent s’y connoître ; pour moi, je ne voudrois point garantir qu’il y eût deux Mines dans cette partie de terre, qui femble en promettre : je ferois plus volontiers porté'à croire que ce font des Mines de Sel, peu éloignées de la furface de la terre , qui parleurs efprits voletils & acides , empêchent les plantes de croître en ces endroits . Quelques dix à douze lieues plus baut que ce Ruiïffeau , eft'un Bayouc, près duquel s’étoient retirés les Nat chez réchappés par leur fuite , d’être faits Efclaves avec le refte de leur Nation , que Meflieurs Perrier dé- truifirent ou réduifirent en efclavagen par ordre de la Cour, comme je le dirai en fon lieu. Je’re fais la def cription du lieu de la retraite des Nat- chez , que fur le rapport d'autrui de la Louif Lanes 309 Mayant pü aller à.cette Guerre. La Riviere Noire prend fa fource souree de1a au Nord-Oueft de fon confluent » & RiviereNoiree raflez près de la Riviere des Arkan- fas , dans laquelle tombe une bran- che de cette fource, au moyen dequoi on peut communiquer de l’une à Pau- tre avec une moyenne voiture (1). Au refte cette Riviere Noire feroit en état de porter bateau par tout , fi elle étoit nettoyée des bois tombés dans fon lit, qui la traverfent le plus fou- vent & tiennent fa largeur. Elle re- çoit quelques Ruifleaux ; elle abonde en poitfons exceliens & en ! Crocodiles. _ Je nai aucun doute que ces terres ne foient très-propres à rapporter ; & produire toutes les denrées que jai dit pouvoir être cultivées avec fuc- cès du côté de PES du Fleuve , op- poié à à celui-ci : fi ce n’eft le canton qui fe trouve entre la Riviere des Ta- _enfas & le Fleuve $. Louis; cette terre étant fujette à inondation, ne feroic bonne que pour le Riz. Je crois que nous ÉoRane à pré- Ci (1) Cette communication dans la Riviere _ des Arkanfas eft à plus de cent lieues du Pofte de ce nom, 310 Hifloire ‘4 {ent pafler au Nord de la Riviere des: Arkanfas, qui prend fa fource dans. Hausse ; des voifines & à. l'Ef de viere des Ar. Janta-Fé 5 elle remonte enfuite un peu, kanfas, au Nord, ; où elle fe rabat vers le _ Sud un peu plus bas que fa fource ; de cette forte elle fait prefque une ligne paralléle avec la Riviere Rouge. Cette Riviere aune cataracte ou fault eautrde cure à CEnt. cinquante lieues environ de fon Riviere. confluent 3 avant d’être arrivé à ce Carriere de fe ult, on trouve une carriere de Mar Marbre rouge bre ae jafpé , une d’ardoife & une A FAR nE de plâtre ; des voyageurs y ont vü des paillettes d'or dans un petit Ruife feau ; mais comme ils alloient cher: cher un rocher d'Emeraudes, ils ne daignerent point s’amufer à ramafler ces particules d’or ; le tems étoit pré cieux , il falloit en profiter pour quels ue chofe qui en valüt mieux Îa peines Le Chefde ces Voyageurs étoit ff Rocher d'E- affuré de trouver ce rocher d’Emeraus meraude, des, qu’il prit avec lui un homme qui, fe difoit Ingénieur , afin que cet hom= me habile par les connoïffances qu'il avoit de la Nature, lui facilitat les. moyens d'enlever ce rocher par gros "4 morceaux. Pour s’aflurer de la réuflite, ce foi-difant Ingénieur inventa unen de la Louifriane. 31X machine qui avoit des reflors très< forts, puifqu'il falloit deux hommes pour la tendre : en fe détendant, cette machine devoit faire le même effet que les Béliers dont les Anciens fe fer voient dans les Siéges de Places for- tifiées ; la tête du côté qu’elle devoir frapper le rocher en queftion, avoit la figure d’un À majufcule. Je crois que fi avec un outil de cette façon on en eût détaché un morceau un peu gros, on auroit dû en faire un srand nombre de petits ; on auroit mé- \ae réduit en poufliere une trop grande quantité d’une matiere fi rare & fi pré- cieufe, Cette Riviere des Arkanfas eft rem- De gros ba- “plie de poiflons ; elle a beaucoup d’eau, En PE are ayant un cours de deux cent cinquante qw'au Sault de lieues ; elle peut porter de gros ba- 7 Alviere des teaux jufau’à fa cataracte : fes bords: font couverts de Bois comme toutes les autres Rivieres du Pays ; elle re- -çoit dans fon cours plufieurs Ruifleaux ‘ou petites Rivieres de peu de confé- ‘quence , à moins. que l’on n’ôte de ce nombre celle que l’on nomme la Ri- viere Blanche, & qui fe décharge dans Je courbe de celle dont nous parlons, & au- deffous de fon fauit. _ 312 Hifioiré SES Dans tout le ‘Nord de cette Rivie= Beauté &bon- re/, on trouve des plaines à perte de ee yûe , qui font des Prairiesimmenfes ne «entrecoupées de bofquets, & à peu de diftance les uns des autres ; ce font tous Bois de haute Futaye ainfi que. de petites Forêts, .où l'on pourroit aifé- “ment courit le Cerf: on rencontre dans ces cantons grand nombre de ces ani- maux, de même que des Bœufs fauva- ges ; les uns & les autres vont par troupes quelquefois de cent cinquan= te ÿ les Chevreuils y font aufli très- communs, ue 0) A force d’avoir vû de ces animaux qui s’effrayent au moindre bruit, fur- tout aux coups de fufil,j’ai penfé à une Chaffe aux maniere de les chaffer, comme l’on dit Bœufs, que font les Efpagnols du nouveau Mexique, qui ne les effaroucheroit point, & qui tourneroit au grand avantage des Efabitans qui auroient abondamment de ce gibier dans leurs contrées : cette chaffe pourroit fe faire: dans l’Hyver & dès le commencement du mois d'O&tobre,quelesPrairies font brülées, jufqu’au mois de Février. Ans Cette chaffe n’eft ni coûteufe ni in- Facilité de CR à L cenxe Chañe. Commode; on a dans ce pays des che= voa vaux à peu de frais, & on les nour= rit É ee D. .de la Louifianes 313 rrit de même prefque pour rien ; cha- :que chaffeur eft monté fur un cheval, :& eft armé d’un croiffant un peu ou- vert , dont le dedans doit être bien ‘tranchant ; le haut du déhors-doit avoir ‘une douille pour ‘y mettre une ham- pe ou manche ; on iroit plufieurs à Cheval chercher un de ces troupeaux de Bœufs, on les attaqueroit toujours le vent au dos. Auffitôt qu'ils fentent homme, ils fuyent à la vérité ; mais à la vûe des-chevaux ils modereroient Jeur frayeur ; ainfi ils ne précipite- rolent point tant leur courfe , au lieu que le coup de fufil'les épouvante au point qu'ils fe fauvent à toutes jam- bes. Dans la chafñfe dont je parle, les plus legers fuiroient aflez vite; mais les vieux, & même les jeunes de deux ou trois ans font fi gras que leur 1péfanteur les feroit bientôt joindre : alors le chafleur dreflé frapperoit le Bœuf de fon croiffant , & en donne- roit un coup au-deflus de chaque jar- ret, lui couperoit le nerf & l’accule- roit facilement ; puis de celui - là à un autre, jufqu’a ce que l’on en eût arrêté le nombre que l’on fouhai- teroit. Le Bœuf ainfi acculé, eft épou- vanté , il veut fuir & ne peut aller Tome I, 3 T4 Hifloire loin 3 tous les efforts qu il fait pour fe fauver, ne fervent qu’à lui faire per- dre plus de fang ; il s’'affoiblit, ilrom- be, il laïfle à à fon ennemi la liberté de lacheyer à fon aife, Grafeexwa. Les perfonnes qui n’ont point vû a des de ces Bœufs , croiront difficilement : ce que je dis de leur graïfle, mais ils doivent penfer que des Bœufs qui font nuit & jour dans des pâturages abon- dans d’une herbe fine & des plus friande, doivents engraifler prompte- ment & dès leur jeunefle ; j'en ai une preuve certaine dans nos Bœufs do- meftiques. fl n’y avoit que peu de Taureaux dans le Quartier des Natchez , lorf= qu’on y amena les premieres Vaches, ce qui fut caufe qu’à l’Habitation de la Terre blanche, qui étoit près de chez moi, on en conferva un jufqu’à l'âge de deux ans ; il commença alors à n’être plus en état de couvrir les Vaches ; & fi par hazard il arrivoit qu'il pût fau- ter fur une , il lui cafloit les reins par fon extrême péfanteur. On fut obli ligé de le tuer faute d’avoir quelqu'un qui fçut couper les mâles : fon col étoit prefque aufh gros que fon corps, & cn lui trouva près de cent cinquante livres de fuif, __ dela Louifiane. 315 On peut juger par ce que je viens de dire,quel profit feroient de tels chaf- feurs fur les peaux & les fuifs de ces Bœufs; les cuirsenferoientplusgrands utilité de & mieux nourris, la laine feroit en-°°tt Chafte, core une augmentation de bénéfice. Je puis ajoûter que cette chaffe ne di- minueroit point l'efpèce, ces Bœufs gras n'étant ordinairement que la proye des Loups, puifqu'ils font-trop péfans pour pouvoir s’en défendre. Al eft vrai que les Loups netrouvez rolent pas leur compte à les attaquer Te EU dans le troupeau ; on fçait que les Bou, Bœufs & Vachesfe rangent en rond, les plus forts dehors, les plus foibles en dedans ; les forts aflez près les uns des autres préfentent les cornes à l’en. nemi, qui n'ofe les attaquer dans cette difpofition : maïs les Loups , comme tous les autres animaux, ont leur inf tinét particulier pour fe procurer la nourriture néceffaire, [ls s’en appro- chent de façon que les Bœufs les fentent de loin, ce qui les fait fuir : ils avancent toujours d’un pas aflez égal, jufqu’à ce que voyant L's plus, gras eflouffiés , ils les attaquent devanc & derriere; un des Loups faifit :e Bœuf par les fuites, le renverfe & les autres Pétranglent, O ij 3-16. Hifoire Ces Loups étant plufieurs enfemble ; n’en détruifent pas pour un feul , mais. toujours autant qu'ils peuvent avant de manger ; car c’eft la coûtume du Loup d’en tuer dix ou vingt fois plûs qu'ilne lui en faut, fur-tout lorfqu’il le peut avec facilité, & qu’il n’eft point inquieté dans fa chafle. Quoique de Pays que je décris ait de très-grandes Plaines , je ne prétens pas donner à entendre qu'il ny ait point de Côteaux , mais ils y font plus rares qu'ailleurs , fur-tout du côté de. V'Oueft : en approchant du nouveau Mexique, on apperçoit de grands Cô- teaux @& quelques Montagnes, dont quelques unes font aflez hautes. Je ne dois point omettre:ici que de- puis les terres bafles de la Louifiane , le Fleuve S. Louis abeaucoup de battures Battures du de fable en le remontant , qui paroïît Fluve S très-fec, après que les eaux {e font retirées à la fin de fon débordement: ces battures font plus ou moins lon- gues, il y en a d'une demie lieue de long,qui ne laiffent pas d’avoir une bon- ne largeur. J’ai vû les Natchez & au- tres Naturels fémer une graine qu'ils nommoient Choupichoul, fur les bat= tures ; -ce fable n’étoit nullement cul 4 de la Louiliane. 2 17 tivé, & les femmes & les enfans avec leur pieds couvroient tellement quel- lement cette graine fans y regar- _ der de près. Après cette fémaille, : & cette efpèce de culture , ils atten- doient l’Automne,& recueilloient pour lors une grande quantité de cette grai-. ne : ils la préparoient comme du mil- let, & elle éroit très-bonne à manger. Cette plante eft ce que l’on nomme Belle Dame fauvage , qui vient en tout pays, mais il lui faut une bonne terre; _& quelque bonne qualité qu’ait une verre en Europe , elle ne vient que d’un pied & demi de haut ; & fur ce fable du Fleuve , fans culture elle s’é- léve jufqu’à trois pieds & demi & quatre pieds, Telle eft la vertu de ce fable dans tout le haut du Fleuve. _ Louis, ou pour mieux dire, tout le long de fon cours , fi l’on en excepte les terres rapportées de la bafle Loui- fiane, au travers defquelles il pafle, :& oùil ne peut laïffer des battures, parce qu'il eft refferré dans fes bords, qu’il éléve lui-même , & qu'il augmen- te continuellement. | Dans tous les bofquets & les peti- tes. Forêts dont j'ai parlé, & qui font au Nord de la Riviere des Arkanfas, | O ii 318 _ Hifloire | les Faïfans , les Perdrix, les Bécafles & les Bécaffines font en fi grand nom- bre, que les plus friands de ce gibier auroïent dequoi fatisfaire leur appetit, de même que de tout autre efpèce de gibicr. Les petits oifeaux y {ont en- core infiniment plus nombreux, RES de la Louïfiane. 39 CHAPITRE XXIV. Des terres de la Riviere de S. Fran: çois : Vline de Maramec € autres : Mine de Plomb : Pierre tendre fem- blable au Porphyre: Des terres du Miffouri : Des terres qui font au Nord de Ouabache : Des terres des Tilinois : Mine de la Mothe & au- tres, FE RENTE lieues plus haut que la Rivicre des A rkanfas , au Nord & du même côté de cette Riviere, on trouve celle de S, François; fes environs font toujours couverts de Chafle aux Bœufs fur Riviere de troupeaux de Bœufs, malgré les chaf- François. fes qu’on leur fait tous les hyvers dans ces cantons ; car c’eft dans cette Ki- viére , c'eft-à dire aux environs, que les François & les Canadiens vont faire provifion de viandes falées pour les Habitans de la Capitale & des Ha _ bitations voifines ; ils fe font aider par des Naturels Arkanfas qu'ils louent pour cet effet. Quand ils font fur les Lieux , ils choififfent un arbre propre NM. ? ja ' € NA Terres de la Riviere de S, François. Ni ‘à 320 Hifloire pour faire une Pirogue qui Jeur fert:. de faloir dans le milieu É qui eft fermé par les deux bouts, où il ne refte que la place d’un homme à chaque extré- mité. | Les arbres qu’ils choififfent font or- dinairement des Liards qui croiflent: au bord de l’eau ; c’eft un boïs blanc, tendre & liant. Ils pourroient faire. leurs Pirogues avec d’autres bois puifqu’il s'en trouve d'aflez gros; mais les bois font ou trop péfans pour des- Pirogues , ou fe fendenttrop aifémient: pour laiffer des féparations. L’efpèce de Bois dans cette partie: de la Louifiane eft de Chênes en Fu tayes ; les campagnes abondent en- Noyers de quatre efpèces , fur-tout: en Noyers noirs,que l'on nomme ainfi,. parce qu'ils font fi bruns qu’ils en font: prefque noirs: ceux de cette efpèce. deviennent très- gros. ya d’ailleurs dans ces pays des: arbres Fruitiers . & c’eft A que Pon. commence à trouver communément des Afminiers:; il s’y trouve auffi d’au- tres arbres de toutes efpèces, plus ou moins, felon que le: terrein leur eff: favorable. Ces teries en général font propres à produire tout ce que les ter: : =) F” " net à Tate Bee Re Ja \ res baffes peuvent rapporter , à l’ex- ception du Ris & l’Indigo : mais en revanche le Froment y vient très-bon, Mone sy rencontre par tout, les Müriers y font en abondance, le Tabac y devient beau & d’une bonne qualité , de même que le Coton & les Lé- gumes, de forte qu’en menant une de: la Louifiane: EE d _vieaifée & délicate dans ces Contrées, on peut encore s’afsûrer d’un retour aflez gracieux en France, La partie de Terre qui eft entre le: Fleuve S. Louis & la Riviere de S. François, eft pleine de Côteaux & de Montagnes d’une moyenne hauteur, lefquelles, fuivant les indices ordi- naires , renferment plufieurs Mines : on en a éprouvé quelques-unes , en- tr'autres celle qu’on nomme Maramec fur la petite Riviere de ce nom ; les autres Mines ne paroïffent ni fi abon- dantes ni fi faciles à exploiter; il en a quelques unes de Plomb , & d’au- Mines d’Ar- gent, de Cui- vre, de Plomb. tres de Cuivre, à ce que l’on prétend. Ea Mine de Maramec eft aflez près du confluent de la Riviere, qui luia donné fon nom ;#ce feroit un grand avantage pourceux qui y travaille- roient , parce qu'étant près du Fleu- ve, ils pourroient aifément: recevoir: NS QD y. ak ONU les marchäfidifes d'Europe, dont ils: auroient befoin ; elle eft fituée à cinq _cens lieues environ de la Mer (x). N Es du Je continuerai à POueft du FRuve: Ses eaux trou: S. Louis , & au Nord de la fameufe bles, Riviere du Mifouri que nous allons: pañler. Cette Riviere prend fa fource à huit cens lieues, à ce que l’on aflu= re , de l'endroit où elle fe décharge dans le Fleuve de S. Louis : fes eaux font limoneufes , troubles & chargées de nitre ; ce font les eaux de cette Riviere qui rendent troubles celles du. Fleuve S.. Louis jufques à la°Mer 5 . car le Fleuve S, Louis eft trés-clair au- deffus du confluent du Miffouri ; la raifon en eft que le premier roule fes: eaux fur le fable & une terre aflez fer- me, lautre au contraire conduit fes: eaux au travers des terres grafles, & Terres dû où l’on voit peu de pierres ; & quoi- Mifouri. LT. Might Da que le Miflouri forte d’une Montagne: . qui eft vers le Nord Oueft du nou- veau Mexique , on rapporte que tou- tes les terres par lefquelles il pañle ,, font pour la plüpart des terres grafles, comme doivent êfre celles-ci ; c’eft- (1) Cette Mine eft d'Argents. SES tire fon nom d'une Nation qui habite fes bords ,. & que l’on nomme les Ofa- ges: elle fe jetre dans le Miflouri aflez : près de {on confluent. We lacHugirane. 284 , dire des Prairies bafles & des terres fans pierres. À ar Cette grande Riviere , qui femble vouloir difputer Pempire au Fleuve S. one Le: Louis , reçoit dans un cours fi long Mifoui, quantité de Rivieres & de Ruifleaux, qui augmentent confidérablement le volume de fes eaux : mais excepté cel. les qui ont reçu leurs noms de quel- que Nation des Naturels qui habitent fur leurs bords , il y en a très-peu du nom defquelles on puifle être afsûré, parce que chacun de ceux qui les ont . vûües, leur ont donné des roms diflé- rens. Au refte les Mifouris n'ayant été remontés par les François que lefpace d'environ trois cens lieues au plus, &: As , A que celles qui: fe déchargent dans fonlic ne font connues que des Naturels, il importe peu de fçavoir les noms qu’el- les peuvent porter à préfent, étant d'ailleurs dans un pays auffi. peu. fré- quenté que celui-là. La: plus connue des Rivieres eft celle des Ofages , qui Riviere dés: Ofagese La plus grande Riviere-conue qui. tombe dans le Miflouri,. eft la Rivie- : O vj. é 324 Hifloiré. re des Canzez: elle a près de deux : cens lieues de cours dans un très: beau: pays. Suivant ce que j'ai pû appren-. dre du cours de cette grande Rivie- re, elle court depuis fa fource juf-- qu'aux Canzez de l’Oueft à: l'Eft ;: depuis:cette Nation elle fe précipi- te vers le Sud, où ellereçoit la Ri-- Riviere dés viere des Canzez, qui vient de lOuefts: Vanzez. x lip . ; | à elle fait un grand coude qui finit. dans lé voifinage. des Miflouris', re- prend enfüite fon cours vers le Sud- Eft, pour perdre enfin fon nom avec fes eaux dans le Fleuve. S. Louis à quelques: quatre lieues plus bas que. la Riviere des Illinois. Fort duMi Il y a eu pendant quelque téms un: fouie Pofte François dans une Ifle de quel- ques lieues de long vis:à-vis les Mif- fouris 3’ les François avoient établi ce: Fort à la pointe de l'E: on le nom-. moit le Fort d'Orléans. M. le Che- valier de Bourgmont ÿ a commandé: affez de tems pour gagner l’amitié des Naturels des Pays voifins de. cette: grande Riviere; il avoit mis en paix. toutes ces Nations, qui avantfon ar- rivée étoient toutes en guerre 5. ces. Nations du Nord étant toutes beau- coup plus belliqueufes que. celles du: uds: — de la Louifiane. 32%: _ Depuis le départ de ce Comman- . dant, ils ont égorgétoute la Garni- PE US fon ;; aucun: Pränçois n'ayant pô en cepoñe. | échapper pour en rapporter la nou- vélle , on n’a pû fçavoir ff c’étoit la- faute des François , ou s'ils l’ont fait par pure trahifon.. RTE UE Pour ce qui regarde. la: qualité de _ ce Pays, je laifle au Lecteur à s'en _inftruire dans un Extrait que j'ai fait. en abregé’du Voyage de M. de Bourg- mont aux Padoucas; je le-dcnnerai dans _ da fuite de cet Ouvrage, après que j’au- rai parlé. de l’origine des Peuples de: PAmérique. C'eft une Rélation origi- ginale , & fignée de tous les Officiers qui l’accompagnoient , & de plufieurs: autres qui. étoient du Voyage: j'ai crü: qu’un Journal de Voyage donné au long pourroit ennuyer ; mon inten>- tion n’étant que de. communiquer au. Public ce qui peut lui être utile, je: me fuis contenté d’extraire.ce qui-pou- voit concerner le caratéré de ces Peu- ples , là qualité du terrein, & de tra. cer la route à céux qui auroient l'envie: d'y voyager. | a ee Dans ce Voyage de M. de Bourg= mont, ilneft fait mention que de ce que l’on rencontre depuis le Fort d'Or: 3; 56 | Hifloire léans, d'où il partit pour aller aux Pa: doucas ; ainf1 je dois parler d’une chofé Pierre très tendre fembla ble au Por- phyre aflez curieufe pour être rapportée, & qui fe trouve fur le bord du Miflouri, On y voit un Ecore affez haut, mais fi droit du côté de l’eau, que le rat le plus agile ne pourroit y monter : du milieu de cet Ecore fort une mafle de de pierre rouge mouchetée de blanc, comme le Porphyre ; il y a cette dif- férence , .que celui dont nous parlons eft prefque tendre comme du tuf ; ïl éft couvert d’une autre qualité de pierre qui n'a nul mérite, le deffus eft une terre comme fur les autres Cô- teaux. Les Naturels du Pays qui con- noiflent ce que peut valoir celle-ci, ont imaginé d’en détacher des parties: à coups de fléches; ces morceaux tome Bent dans l’eau, & ils vont les cher- cher en plongeant : lorfqu’ils peuvent en avoir des morceaux aflez gros pour en faire des Calumets, ils les fâcon- nent avec des couteaux & des aléness: cette pierre fe travaille aifément & fouffre la violence du feu ardent. On nomme Calumet , une pipe qui'a une douille de deux ou trois pouces de: long , & au côté oppofé la figure. d’une hache ; au milieu du tour, : RE sé Lu , | de la Louifane. g2% Botte dela pipe pour mettre le tabac: ces fortes de pipes font très-eftimées parmi eux. | Tout le Nord du Miflouri nous eff totalement inconnu, à moins qu'on ne veuille s’en rapporter aux diverfes Re- Jations que différens Voyageurs en ont faites ; mais auquel donner la préfé- rence © En premier lieu ils fe contre- difent prefque tous : je vois d’ailleurs Tes plus experts les traiter de fourbes : ainfi j'aime mieux ne m’arréter à aucun. J'ai cependant fait ce que j’ai pü pour tirer quelques lumieres de ces Voya- geurs que j'ai fréquentés & connus vVéridiques ; mais c’étoit par malheur des géens fi grofliers , que ce qu’ils m'ont dit, ne mérite point d’étreécrit. Ce que j’ai trouvé de mieux à ce fujet', me vient dun Naturel, qui étoit né avec tant d’efprit & d'amour pour les Sciences , qu'il auroit mérité de re- cevoir une autre éducation. Je le rap- porteraï en fon lieu, Pet cé faire connoitre des Pays que les Européens ne connoiflent point, que pour faire voir ce que les Naturels font capables: d’entrepreridre, & que l’efprit eft de tout Pays comme de tous Etats. Repañlons donc maintenant le Fleu: 358 Hire ve S. Louis , pour reprendre la Def- cription de terres qui font à PEft, & que nous avons quittées à la Riviere’ Riviere d’Oua- d'Ouabache. Cette Riviere eft éloi- es gnée de 460 lieues de la Mer: on efti- me qu’elle a quatre cens lieues delong ,. : depuis fa fource jufqu’à fon confluent dans le Fleuve. On la nomme Oua- bache , quoique fuivant lufage ordi- naire, elle devroit porter ke nom d O- hyo , ou belle Riviere , puifqué l’O- hyo eft connu fous ce nom en-Cana- da, avant que fon confluent fût com nu 5-& comme l’Ohyo prend fa fource plus loin que les trois autres, qui fe confondent enfemble avant que de fe: décharger dans le Fleuve S. Louis, il devroit faire perdre le nom aux-au- tres ; mais l’ufage a prévalu dans cette. occafion. La premiere Riviere qui fe: jette dans POhyo, & qui nous foit connue, eft celle des Miamis qui prend” Voyage di fa fource vers le Lac Eriés us. &° C’eft par cette Riviere des Miamis- | que les Canadiens viennent à la Loui- fiane.. Pour cet effet ils s’embarquent fur le Fleuve S: Laurent , remontent ce Fleuve , pañlent les Cataractes juf- qu'au fond du Lace Erié, où ils trou 4 vent une petite Riviere, fur laquelle ils remontent aufli jufqu'à un endroit: k | ! Li … Capitale du Canada à celle de la Loui- fiane, par les-grands dérours qu’il faut de la Louifiane. 32 9 . que lon nomme le Portage des \ia- . mis. Ils ne montent plus dès qu'ils y . font arrivés; ils vont au Village des .Miamis chercher des Naturels de cette’ Nation, quiviennent prendre leurs ef- fets, & les tranfportent fur leurs dos à: deux lieues de-là jufques fur le bord æ CL de la Riviere de leur nom que je viens: de dire fe jetter dans l'Ohyo: de-là. ls defcendent cette Riviere, entrent: dans lPOuabache , & enfin le Fleuve’ $. Louis qui les conduit à la nouvelle Orléans, Capitale de la Louifiane : on compte dix-huit cens lieues de la’ faire. | La Riviere des Miamis eft ainfi la premiere du côté du Nord qui fe jette dans l’'Ohyo , .enfuite celle des CHaoua- nons au Midy , & enfin ceile des Ché- raquis ;: lefquelles toutes enfemble fe Riviere des Miamis, celle des Chaoua- nons ,-cellè. des Chéraquiss. jettent dans le Fleuve S. Louis ; c’eft ce que nous pommons l’Ouabache , & que l'on nomme Ohyo en Carada 8e dans la Nouvelle Anpgleterre. Cette Riviere eft belle, très. poiffonneufe &: navigable jufques près de fa fource. Au Nord de cette Riviere eft le: Canada , qui prend plus à PEft que. 330 Fiftoire | | la fource de l'Ohyo, & s'étend juf- qu'au Pays des Illinois. Il importe peu de difputer ici des limites de ces deux Colories voifines , puifqu’elles appar- tiennent toutes deux à la France ; ainfi le Roi eft le maitre de fixer fes bornes dans les endroits & dans le tems qu’il jugera à propos. Les terres des Illi- nois font reputées de la Louifiane ; nous y avons un Pofte près d’un Vil- lage de cette Nation que l’on nomme Tamaroüas. ; Le Pays des Hlinois eft très-bon ; il abonde en Bœufs & autre gibier, C’eft au Nord de l'Ouabache que lon commence à voir les Orignaux : on dit que ces animaux tiennent du Cerf & du Bœuf; en effet, on me les a dé- peint d’une nature beaucoup plus grof- fiere que celle du Cerf ; leur boîs tient quelque chofe du Cerf, mais:il eft plus €ourt & plus maflif; la viande en eft, dit-on , aflez bonne. Les Cygnes font communs dans ces contrées, de même que les autres Oifeaux aquatiques. Des Terres De toute la Colonie, le Pofte Fran. des Minois, çois des Illinois eft celui qui fafle le plus ailément du Froment , du Seigle,, & autres grains qui approchent de Îa nature de ceux-ci ; il ne faut qu'un es 4 de la Louifiane. 23% peut grater la terre avant les {émail Froment é5: Îes ; cette culture fi facile fuffit pour n° que la terre en produife autant que l’on peut naturellement en défirer : on m’a affuré que dans la derniere Guerre les farines de France étoient rares, les [l- linois en defcendirent à la Nouvelle Orléans plus de huit cens milliers dans un feul hyver. IL y vierit aufli du Ta- bac, mais il a de la peine à mürirs.… toutes les plantes qui y font trarfpor: tées de France y réufliffent bien, ainfi. que les fruits. | Il y a dans ces Paysune Riviere qui Riviere des prend fon nom des Illinois ; c’eft par Hfinoise cette Riviere que les premiers Voya- seurs font venus du Canada dans le Fleuve S. Louis : ceux qui venant du Canada n’ont affaire qu'aux Illinois, y pañlent encore : mais ceux qui veulent fimplement aller vers la Mer ; defcen- dent par la Riviere des Miamis dans FOuabache , & de-là dans le Fleuve. T1 fe trouve des Mines dans ce Pays; il y en a une nommée la Mine de la Mothe ; c’eft une Mine d'Argent, de laquelle on a fait l'épreuve. de même que de deux Mines de Plomb, qui étoient fi abondantes lorfqu’on les a | trouvées, qu'elles végétoient au moins d’un pied & demi hors de terre. Tout ce qui eft Nord de la Riviere des Illinois n’eft pas beaucoup fréquen- té, & par conféquent peu connu. La. grande étendue de la Louifiane fait pré-. fumer que ces Cantons ne viendront de long-tems à notre connoiflance , à moins que quelque curieux n’y aille pour ouvrir des Mines que l’on dit y être en bon nombre & de grand rap- porte | | Des Mésres : Du choix des Nècres : De leurs maladies : De la maniere de les traiter pour les guérir Dela maniere de lesgouverner. ie rer L Es Négresfaifant tousles travaux À; de PAgriculture , fur-tout de la Bañle-Louifiane, il me paroït très-im- . portant de dire à leur fujet tout ce qui peut inftruire les perfonnes qui vou- droient s’y aller établir. | - Les Négres font une efpèce d’hom: mes qu'il faut gouverner autrement que les Européens , non pas parce qu'ils font noirs, ni parce qu'ils font Éfciaves , mais-parce qu’ils penfent tout autrement que les Blancs. | _ Premierement on les previent dès enfance que les Blancs ne les ache- tent que pour boire leur fang ; ce qui vient de ce que les premiers Négres qui ont vû les Européens boire du vin de Bordeaux, fe font imaginés que ce vin étoit du fang, parce qu'il eft d’un rouge foncé, de forte qu'il n'y a que de la Louifiane. : 335 1 Fa] n [542 Hifhoire : 4 Vexpérience du contraire qui puifle les difluader ; mais comme ilne revient aucun de ces Efclaves expérimentés dans leur Pays, le même préjugé refte toujours en Guinée , d’où on les tire. Bien des gens qui ne font point au fait. de la maniere de penfer des Népres,  croirolent que cet avis importeroit peu: pour ceux qui font déja vendus chez les François. Cependant l'on en a vû arriver de fàcheufes fuites , fur-tout s’ils ne trouvent aucun ancien Efclave de leurs Paysen arrivant de chez-eux, Quelques-uns d'eux fe font tués ou noyés plufieurs ont déferté, (ce que l’on nomme fe rendre Maron ) & cela dans Pappréhenfion qu’on ne bôût leur fang. Dans ce cas de défertion ils penfent re- tourner dans leur Pays, & pouvoir vi- vre dans les Bois avec les fruits qu'ils croyent par-tout aufll communs que chez-eux ; d’ailleurs ils croyent qu’ils trouveront leur Nation en tournant autour de la Mer, ce qui n’eft pas fur- prenant , ces peuples étant très-bornés du côté des Sciences. Ils font très fuperftitieux & atta- chés à leur préjugés & à des colifichets qu’ils nomment des gris-gris ;ainfi il ne les leur faut point ôter ni leur en par- K? M “ de la Liste Ne Aer, parce qu ils fe croiroient perdus fi on leur Ôtoit ces minuties; les anciens Négres Efclaves les défabufent en très peu de tems. La premiere chofe que vous devez faire lorfque vous achetés des Néores, _c'eft de les faire vifiter par un habile | Chirurgien & honnête homme, pour | connoître s’ils n’ont point quelque ma- ladie vénérienne ou autre : pour cet effet on les fait mettre nuds comme la main, {oit homme, foit femmes ; onles vifite depuis Ja plante des pieds juf- qu’au fommet de la tête, enfin entre les doigts des pieds & des mains, dans la bouche, dans les oreilles, fans ex- cepter les endroits naturellement ca- chés , quoiqu’ils foient alors à décou- L vert. Vous demanderez : à votre Chirur- gien Vifiteur s’il connoît la maladie des Pians, c'eft le virus de Guinée, qui ‘ef incurable pour beaucoup de CH rurgiens François quoique très-habiles dans les maladies des Européens ; ; mais prenez garde d'y être trompés, car votre Chirurgien le pourroit être lui- même ; ceft pourquoi foyez-y vous- même, & remarquez bien fi fur toutes RON ae NT. = ESS À. -3:3 6 _ Hifloire Pa + les parties du corps du Négre vous ne. -voy:z pas quelques endroits de la peau du Népre ou de la Négrefle, qui, quoi- que très noir , foit aufli uni qu’une glace de miroir & fans aucune éléva- tion ou tumeur : cela eft aifé à remar- .quer , parce que toute la peau d’une -perfonne qui va nue efk ordinairement ridée. Aïnfi vous le pouvez rebuter fi vous voyez ces marques 3 il y a tou- jours aux ventes des Négres arrivans, des Chirurgiens experts qui les ache- tent ; plufieurs même y ont fait fortu- ne : maisils ne mettent leur fecret en pratique que pour eux. Le fcorbut eft encore une maladie mortelle, & dont plufieurs Négres venant de Guinée {ont attaqués ; l'onla connoiït aux gen- cives, mais quelquefois cette maladie eft fi invétérée qu’elle-fe déclare exté- rieurement : alors il y a peu deremede. Si cependant quelqu'un de mes Lec- teurs avoit ie malheur d’avoir quelque Négre attaqué de lune de ces mala- dies, je vais lui enfeigner de quoi les fauver en les mettant en état de pou- voir être radicalement guéris par les Chirurgiens ; car je ne veux pas me brouiller ayec ceux-ci : j'avertis que j'ai CAS de la Louifiane? 557 ai appris ce fécret d’un Medecin Né- gre qui étoit fur l’'Habitation du Roi, quand j'en pris larégie. Ê Ê dr Il ne faut, jamais mettre le fer dans le Pian, il feroit même mortel de s’en fervir 3 mais pour parvenir à.ouvyrir le Pian, vous prendrez de la rouille de fer réduite en poudre impalpable & paflée au tamis fin ; vous détremperez enfuite cette poudre avec du jus de Ci- tron, jufqu’à ce qu'il foit en confif- _tence d’onguent, que vous étendrez fur un linge graïflé de vieux-oin, ou de - . fain-doux frais, fans {el , faute d’autre 3 vous appliquerez Ponguent fur le Pian & le renouvellerez foir & matin : de cette forte le Pian fera ouvert en très- peu de tems & fans aucune incifion. L'ouverture étant faite, vous pren- _drez du-fain-doux fans fe], gros com- me un œuf d'Ovye , dans lequel vous in- corporerez une once de bonne Théré- bentine ; après quoi ayez un gros de Ver de-gris pulvérifé & trempé demie journée dans de bon vinaigre,que vous vuiderez par inclination avec les ordu- res qui furnageront ; égoutez bien le Ver-de-gris far un linge, puis vous la- joûterez avec le refte. T'outesces Opér rations fe font fans l’aide du feu. Tous Tome I, P Pour le Scor- but. 338 Hifhire étant bien incorporé enfemble avec un fpatule , votre onguent fera fait , vous . en penferez le Pian; puis après faites füer votre Négre le plus que vous pour- rez, & il fera guéri. Sur-tout prenez bien garde que votre Chirurgien ne le traite avec du Mercure, comme j'en ai vüs, ce qui les fait mourir. À l’égard du Scorbut , il n°eft pas moins à craindre que les Pians; cepen- dant vous en viendrez à bout, fi vous. faites exactement ce qui fuit. Prenez du Cochlearia , fi vous en avez quelque plantes, du Lierre ter- reftre que plufieurs nomment l'herbe dÊS. er , du Creflon de fontaine , ou de ruiffeau , faute du premier, &. au défaut de Creflon d’eau, fervez= vous de Creflon fauvage ; prenez de ces trois herbes ou de ces deux der- nieres, fi vous n’avez pas de Coch- learia , pillez-les, &c les arrofez avec du jus de Citron pour en faire une pâte liquide que le Scorbutique tiendra fur fes deux gencives en tout tems, excepté lorfqu’il mangera , jufqu’a ce qu’il ait les gencives bien nettes. ” Dans le même tems vous ne lui laïf- ferez boire que de la tifane , compofée de deux poignées des herbes que je Me ser il de la Louifiane: 339 viens de nommer; vous les pillerez tou- tes entieres après avoir lavé la terre qui peut tenir aux racines, Où qui peut- fe trouver ailleurs: joignez-y un Ci. tron. frais coupé par rouelle & pillé avec ces herbes ; vous mettrez tremper ces herbes avec le Citron dans une pin- te d’eau pure mefure de Paris ; mettez le tout dans une terrine avec gros com- me une bonne noïfette de fel de nitre en poudre & purifié ; vous y mettrez auffi un peu de caftonnade , afin que ce Negre ne fe dégoûte point fi aifément. Après avoir trempé du foir au lende- main, vous tirerez cette tifane & la. _ pañlerez en exprimant fortement; le cout fe fait à froid ou fans feu: telle »eft la dofe pour une bouteille d’eau .mefure de Paris. Mais comme le Ma- -lade en doit boire deux pintes par jour, vous en pouvez faire plufieurs pintes à la fois fur cette proportion, -& continuer aflez long-tems. Dans ces deux maladies il faut bien “nourrir les Malades & les faire fuer ; ce feroit sabufer de croire qu’il faut qu'ils fafñlent diéte; il faut donner de bons alimens, mais peu à la fois; un Negre non plus qu’un autre ne peut foutenir les remedes avec des : P ij 340 Hifloire mauvais alimens, encore moins ‘avec la diéte, mais il faut en proportion ner la quantité à l’état du Malade & . à la qualité de la maladie : au refte les bons alimens font la meilleure par- tie des remedesaux gens qui font nour- ris grofiérement. Le Negre qui m'a ap- pris ces deux remedes, voyant le foin que je prenois des Negres & Negrefles, apprit aufli-à guérirtoutes les mala= dies aufquelles les femmes font fujet- tes, car les Negrefles n’en font pasplus exemtes que les Blanches. - Maniere de gouverner les Négres. uand un Negre ou Neprefle arri- ve chez vous, :il efl-à-propos de le ca- reffer, de lui donner. quelque chofe de bon à manger avec un coup d’eau de. vie 3 il eft bon de l’habiller dès le même: jour , de lui dennerune couverture &a de quoi le coucher ; je fuppofe que les! autres ont été traités de même, parce que ces marques d'humanité les flattent & les attachent à leurs maîtres. S'ils! font fatigués ou affoiblis de quelques! voyages ou maladies, faites-les travaillet peu, mais occupez-les toujours tant qu’ils peuvent le fupporter, fans le de la Louif ane. 341: Jaïffer jamais oififs hors des repas. Avez foin d'eux dans leurs maladies, tant pour les rémedes que pour les alimens, qui doivent être plus fucculens Es da dont ils ufent ordinairement ; vous y êres intereflé , tant pour leur conferva=. tion que pour vous les attacher ; car quoique plufieurs François difent que: les Negres font ingrats , j'ai éprouvé’ qu'il eft très- -aifé de fe les rendre affec=. tionnés par les bonnes façons, & en: leur faifant juftice ,. comme je le diraï: ci-après. Si une Nesreffe accouché, Eire foigner en tout ce qui lui fera néceflai- rè; & que votre époufe, fi vous en ayez une , ne dédaigne pas d’en pren- dre foin elle-même , du moins d'y avoir l'œil. _ Un Chrétien doit avoir attention que ces enfans foient batifés, & inf truits , puifqu'ils ont une ame immor- télle; on doit algrs faire donner à la: mere une demie ration de plus &. une chopine de lait par jour, pour: l'aider à nourrir fon enfant. La prudence demande que vos Ne. gres foient logés à une diftance fuf- fifante pour n’en être pas incommos: dé, cependant aflez près pour s’ap=- P'üÿ 342 * Hifhoire ie percevoir de ce qui fe pañle parmi eux. Quand je dis qu'il ne faut pas les mettre fi près qu’ils puiffent vous incommoder, j'entens par la puan- eur qui eft naturelle à quelques Na- tions de Negres, tels que font les Con- gos , les Angois , les Aradas, & au- tres ; c’eft pourquoi il eft à proposqu’il y ait dans leur Camp un Baignoir de madriers enfoncés en terre d’un pied, ou d’un pied & demi au plus, qu'il ny ait jamais plus d'eau que de cette pro- fondeur , de peur queles enfansne sy. noyent : il faut en outre qu'il y ait des bords, pour que les plus petits n’y puif- fent entrer ; il faudroit une mare au-. deffus & hors du Camp pour fervir à y entretenir de l’eau & à nourrir du poii- fon. | Ce Camp des Negres doit être fermé de paliffades avec une porte fermante à clef: les cabanes doivent être ifolées, à caufe du feu, & ti- rées au cordeau, tant pour la propre- té que pour la facilité de connoïtre les cabanes de chaque Nepgre ; mais pour être moins incommodé de leur odeur naturelle, il faut avoir la pré- caution de mettre ce Camp au Nord de votre maifon, ou vers le Nord- 4 de la Louifiane. 343 Eft, parce que les vents qui fouf- flent de ces côtés-là ne font jamais fi chauds que les autres, & que ce n’eft que quand ils ont chaud qu'ils €xhallent une odeur infuportablæ _ Ce que je viens de dire fur l'odeur des Negres qui fentent mauvais (1), doit vous faire prendre garde de ne les aborder au travail que du côté que le vent vient, de n’en point laïffer appro- cher vos enfans , lefquels outre le mau- -Vais air, n’en peuvent jamais apprendre tien de bon, ni pour les mœurs, ni pour Péducation, ni pour la Langue, - De là je conclus qu'un pere Fran- Çois & fa femme font bien ennemis .de leur poftérité, lorfqu'ils donnent à leurs enfans de telles nourricess car le lait étant le {ang le plus pur de la femme, il faut être maratre pour donner fon enfant à nourrir à une Etrangere de cette efpèce , dans un Pays tel que la Louifiane, où les meres ont toutes les commodités pour fe faire fervir, pour faire porter & accommoder leurs enfans, qui peuvent par ce moyen, être toujours fous leurs yeux ; il ne refte donc à la me- (1) Ceux qui fentent le plus mauvais, font ceux qui font les moins noirs. À de B44 Hifloire re que le foible foin d’allaiter fôn enfant & de fe décharger du lait qui le nourrit, dl Je ne veux:point m’amufer: à criti- qués la molleffe & l'amour propre des femmes qui facrifient ainfi leurs en- fans; on voit affez. d’ailleurs combien la Société y eft intereflée; je dirai feulement que pour tel fervice que ce puifle être, à la maïfon, je ne confeille pas de prendre d’autres Ne- gres & Negrefles, jeunes & vieux, que des Sénégals qui- fe nomment entreux Djolaufs, parce que de tous les Negres que j'ai connus, ceux-ci ont le fang le plus pur; ils ont plus de fidélité & l’efprit plus pénétrant que les autres, & font par conféquent plus propres à apprendre un métier ou à fervir; il eft vrai qu’ils ne font pas fi robufies que les autres pour les travaux de la terre, & pour ré- fifter à la grande chaleur. ! Cependant les Sénégals font les plus noirs, & je n’en ai point vüûs qui euffent de lPodeur 3 ils font très- reconnoiffans, & quand on fçait fe Les attacher, on les voit facrifier leurs propres amis pour fervir leurs maï- tres. Îls font bpns Commandeurs des À | de la Louifiane. 348 autres Negres, tant à caufe de leur fidé- lité & leur reconnoïffance, que parce qu’ils femblient être nés pour comman-- der. Comme ils font orgueilleux, on peut aifément les encourager à ap-. prendre un métier ou à fervir dans. la maïfon, par.la diftinétion qu’ils. acquereront fur les autres Nepres, &. la propreté que cet état leur procu-. rera dans leurs habillemens. Quand un Habitant veut gagner. du bien, & conduire fon Habitation. avec œconomie, il doit préférer fon. Antérêt à fon plaifir, & ne doit en prendre qu’à la dérobée; il doit être le. premier levé & le dernier cou- ché, afin d’avoir l'œil à tour ce qui. fe pañle dans fon Habitation: à la. vérité il eft de fon. interêt que fes: Negres travaillent bien, mais d’un. travail égal & modéré, fans les rui- ner par des travaux violens & con= tinuels aufquels ils ne pourroient te: nir long-tems; au lieu.que ne les: faifant travailler que continuellement & tranquillement , ils ne ruinent point: leurs forces ni leur tempéramment 5: il arrive delà qu'ils fe. portent bien, . *& travaillent plus long-tems & plus. agréablement : au refte il ak CON=- | | LYApL 3 A6 Hifloire venir que la journée eft affez longüe à qui travaille bien, pour mériter le repos du foir. | Pour les accoutumer à ce travail, : voici de quelle maniere je my pre- nois ; javois foin de prévoir l’ouvra- ge quil falloit faire avant que celui qu'ils faifoient fût fini, & j'en pré- venois le Commandeur en leur pré- fence, afin qu'ils ne perdifent pas le tems, les uns à venir demander ce qu’ils feroient & les autres à atten- dre la réponfe ; en outre j’allois plu- fisurs fois dans la journée les voir par des endroits cachés, faifant fem- blant d'aller à la chaffe ou d’en re- venir. Si je les trouvois à s’amufer, je les grondois; de même quand ils me voyoient venir, s'ils travailloient trop vite, je leur difois qu'ils fe fa- tiguoient, & qu’ils ne pourroientcon- tinuer un travail aufli rude pendant tout le jour fans être harraflés, & que je ne voulois pas qu’il en fût ainfi. Quand je les furprenoïs à chanter en travaillant & que je m’apperce- vois qu'ils me découvroient, je leur criois d’un ton joyeux : courage, mes enfans, j'aime à vous voir le cœur gai pendant que vous travaillez; mais de la Louifiane. É 4} chantez doucement , afin de ne pas vous fatiguer, & vous aurez ce foir un coup de Tafia (1) pour vous don- ner des forces & de la joye; on ne fçauroit croire l'effet que ce difcours faifoit {ur leur efprit, par l’allégreffe que l’on voyoit paroitre fur leur vi- fage, & lardeur au travail. : S'il eft à propos de ne pafler au- cune faute eflentielle aux Negres, il ft auffi néceffaire de ne les châtier que lorfqu’ils l'ont mérité, après une férieufe recherche & un examen ap. puyé d’une certitude parfaite, fi°ce n'eit que vous les preniez fur le fait; -mais quand vous êtes bien convain- cu du crime, ne faites point de gra- ce, fous proteftation ou affurance de leur part, ou par follicitation : châ- tiez-les proportionnément au mal qu'ils ont fait; cependant toujours avec humanité, afin de les mettre dans le cas de convenir en eux-mé- mes qu'ils ont mérité le châtiment qu’ils ont reçü ; un Chrétien eft in- digne de ce nom lorfqu'il châtie avec cruauté, comme je fçais que l’on faic (1) Le Tafña eft une liqueur forte faite avec le marc de fucre, que les Négres ai- ment beaucoup. P vj 348 Hifloire 4 dans quelque Colonie , jufques-la qu’ils : \ réjouifient leurs conviés d’un fpeétacle | qui tient plus de la barbarie que de l'humanité : en fortant d’être fouettés, faites-les bafiner aux endroits doulou- reux avec du vinaigre, dans lequel vous aurez mis du fel & du piment, même un peu de poudre à tirer (1).. Comme l'expérience nous apprend que la plüpart des hommes nés d’une bafle extraction & fans éducation , font fujets au larcin dans la néceflité, il n'ya rien de furprenant de voir des Nepres ‘voleurs lorfqu’ils manquent de tout, comme j'en ai vüs beaucoup mal nour- ris, mal vêtus & couchés fur la terre. Il n’y a qu'une réflexion à faire : s'ils font Efclaves, il eft vraiauffi qu’ils font hommes & capables de devenir Chré- tiens ; votre but d’ailleurs eft d’en tirer du profit : n’eft-il donc pas. jufte d’en avoir toutle foin qui dépend de vous ? Nous voyons tous ceux quientendent 2 gouvernement des chevaux, avoir une attention extraordinaire pour les leurs, foit qu’ils foient pour la felle, foit qu’ils foient pour le trait, Pendant les froids ils font bien couverts, & {:) Le Piment fe cultive dans les jardins de là Louifiane. 349? dans: des écuries chaudes; pendant l'Eté ils ont une toille ou caparaçon fur le corps pour les garantir de fa. poufliere, en tout tems une bonne li- tiere pour les coucher; tous les mac tins bien nettoyés de léur fumier , bien étrillés & broflés, le:crin & le. poil fait. Si on demande à ces Mat- tres pourquoi ils fe donnent tant de: peine pour des bêtes, ils vous répon- dront que pour tirer un bon fervite un Cheval, il faut en avoir beau- e , A; coup de foin, & que c'eft l'intérêt dé celui à qui il appartient. Après cet exemple peut-on efpérer du tra- vail des Negres qui manquent bien Æouvent du néceffaire ? peut-on exi- ger de la fidélité d’un homme à qui on refufe ce dont il a lé plus grand befoin ? Quand on voit un Negre qui travaille bien & avec zele , on a cou- tume de lui dire pour l’encourager, qu'on eff content de lui, & qu’il eft un bon, Nepre: mais quand quelque Negre qui parle François entend un. pareil éloge, il fçait bien dire, Mon- fu, Negre mian mian boucou trabail boucou., quand ÎVegcre terir bon Maître | °q 4 ; Negre veni bon ; ce qui fignifie : Mon- “fieur, quand un Nesre eft bien nour.. 350 Hiflôire AIT ST TRES ti, il travaille bien: & quand un Ne: gré a un bon Maître, Je Negre de. vient bon. Wie - Si je confeille aux Habitans d’avoir _&rand foin de leurs Negres, je leur fais voir auffi que leur intérêt eft en cela joint à l’humanité 5 Mais je ne leur confeille Pas moins de fe méfier toujours d’eux ; ans paroïtre les crain- dre, parce qu’il eft auf dangereux de faire voir à un ennemi caché qu’on le craint, que de lui faire une injuf- tice. ï | Ainfi ayez pour ufage de vous bien fermer , de ne point faire coucher au cun Negre dans Ja même maifon eñ état d'ouvrir votre porte; vifitez de tems en tems vos Negres, de nuit, à des heures & des j afin de les tenir toujours en crainte d'être trouvés abfens de leurs caba- nes; tâchez de Jeu une femme pour éviter le libertinage & fes Mauvaifes fuites: yous devez {çavoir qu’il fut des femmes aux Ne- 8'es, & que rien ne Jes attachent mieux à une Habitation que les en- fans : mais fur-tout ne fouffrez point qu'ils quittent Jeurs femmes quand ils en Ont fait choix d’une, & en votre ps - RE N hi: si de la Louifrane. 25 préfence ; défendez les batteries fous peine du fouet, fans cela les femmes en feront naître très-fouvent, Ne fouffreze point que vos Negres emportent leurs enfans dans la Plan= tation quand ils commencent à mar- cher, ce qui diftrait les meres du travail & pâte les Plantes cultivées ; fi vous en avez un certain nombre, il vaut mieux employer une vieille Neprefle à les garder dans le Camp, à qui les meres laifflent quelque chofe a manger pour leurs enfans, vous y gagnerez bien plus; fur-tout ne fouf- frez jamais qu’elles les menent au bord de l’eau, où il y a trop à craindre.+ Pour nourrir vos Negres plus dou- cement , il leur faut donner toutes les femaines une petite quantité de fel & des herbes de votre jardin pour rendre léur Coufcou (1) plus man- geable. | : Si vous avez quelque vieux Negre où quelque convalefcent, occupez-le à la pêche, tant pour vous que pour vos Negres, vous le regagnerez bien. Il eft encore de votre intérêt de (1) Le Coufcou ef une graine qu’il font avec de la farine de Riz ou de Mahis, qui. eft bonne & trempe bien dans le bouillon, ss? Hifloire- : EL leur donner un canton de terrein neuf: à défricher au bout du vôtre, & de les engager à en faire un champ à, - leur profit pour fe mettre plus bra- ves, avec le produit que vous leur. achetez équitablement ; il vaut mieux qu’ils s’occupent à cela les Dimanches,. quand il$ ne font pas Chrétiens, que de faire pis: enfin-rien n’eft plus à craindre. que. de voir les Negres s’af- fembler les Dimanches, puifque fous prétexte de calinda (ou de danfe} s on les verroit quelquefois s'affembler. des trois à quatre cens enfemble faire un efpèce de Sabbat qu'il eft toujours prudent d'éviter, puifque c'eft dans ces affemblées tumultueufes que fe tra- fiquent les vols & que les criri@g fe commettent : C’eft-là auffi que fe for- ment .les révoltes. Enfin avec de l'attention & de lhumanité, on vient aifément à bout des Negres, &on a le plaifir de ti- rer:grand profit de leurs travaux... Fin du Tome premier, . Contenus en ce Volume.. CHAPITRE PREMIER. T1 TABLISSEMENT des François Æs Jjur la Riviere de Mobile : M, de- _ $. Denis va au nouveau Mexique pour faire un Traité de Commerce avec Les Éfpagnols. pag: I CHar. IT. Retour de M. de S. Denis: Ce Commandant établit les Efpagnols aux Affinais : M. de S. Denis part de nouveau pour Mexico +. Ses trayer- fés dans le fecond Voyage: Son re. D EYES CHap. ITI. Embarquement de huit cens hommes , que la Compagnie de& Indes envoya à la Louifiane : Arri-. 354 DES CHAPITRES. 1 vée € [éjour au Cap François : Arri- | vée à lIfle Dauphine : Defcriprion dé cette Îfle: Le Commandant Géneral $ 3 reçoit les Conceffionnaires, 2$" Cear. IV. Départ de L' Auteur pour … Ja Conceffion : Deféription des en- droits par lefquels il pale jufques à la Nouselle Otllans 5 Pons y tes données par le Roi, en forme d' E- dit , en faveur de PErabliffement d'une … Colonie à la Louifiane. 41 Lettres Patentes en forme d’Edit , por- tant Eïtablifflement fous le nom de _ Compagnie d'Occident , données à Paris au mois & Août à 719: :47: CHar. V. L'Auteur eff mis en pof- Jefion de [on terrein: Waine crainte que l’on a des Crocodiles : Erreur commune fur la maniere de penfer des Naturels: L’Auteur prend la re/olu- tion d'aller s'établir aux Natchez, 82 - CHarP. VI. Surprife du Fort de Pen- Jacola par les François: Les Æfpa- grols le reprennent : Les François l'ayant repris le démoliffent. 03 Cap. VIT Calumet de Paix des _ Tchitimachas : Leur Harangue au Commandant Géneral : Ayanture n Eten. à I10$ _ Cap, VIII, Départ de lAuiteur pour PR REPAS K & TABLE ‘4er | des Naichez : Defcription de ce Voya= es Difficulté de convertir les Na- . turels : Etablifflement del’ Auieur aux : Natchez, os 2 CHar.IX. L’Auteur eft attaqué d’une Sciatique: Entretiens [ur deux Points d’Afironomie : L’Auteur eft guéri par un Médecin Naturel. 129 CHar. X, Defcription Géographique de la Louifiane : Climat de certe Province, 138 . CHar. XI. Suite de la Deftription _-. Géographique: La baffe Louifiane ef? une Terre rapportée. | ] 5 5 CHar. XII 7 gage de lAuteur au Biloxi : Etabliffement des Concef- . fions : L'Auteur découvre deux Mi: . nes de Cuivre : Son retour aux Nar- chez : Phénomene, | 166 Car. XIII. Premiere Guerre avec les Naichez : Caufe de cette Guer- rez: Les Naturels apportent le Cas .lumet de Paix à l’' Auteur. 177 CHar. XIV. Serpent a fonnettes monf- trueux : Phénoméne extraordinaires 189 Crar. XW. Le Gouverneur frrprend les Natchez avec 700 hommes: Dif- cours du Serpent Pique au fujet de cetre Guerre , &° de la Paix qui l’a PT, 356 DES CHAPITRES. k | - # voit précedée : Le Médecin du Grand \ Soleil guérit Auteur d'une Fiftulela- \ crymale : Cures furprenantes des Me- decins Naturels :: L’ Auteur envoye a la Compagnie plus de 300 Sim- | ples | 197 €nar. XVI. V’oyage dé Auteur dans les Terres de la Louifiane : Il prend des Naturels pour laecompagner =: Teins de fon départ : Chaffe aux Din- dôns : Decouvreurs : Signaux. 213 CHaP. XVII. Suite du Voyage dans les terres : L’ Auteur tue un Eœuf [au- vage : Découvreur ésaré :'Cheyreuil blanc : Découverte du Gyps : Défcrip- tion du lit de Auteur : Découverte. d’une Mine de Criftal de roche : Fer- . tilité du Pays : Abondante de gibier : Carriere de Piätre. #0: 7 2 Car. XVIII. Suite du Voyage dans les terres : Découverte d’un Village de Caffors gris : L’ Auteur les’ fait travailler : Il en tue:un : Deftrip- tion de leurs Cabanes. 243 Cap. XIX. Suite du Voyage dans’ ies terres : Decouverte d'une Mine de Plomb : Kencontre d'un Voyageur. extraordinaire : Indices ‘de ÜViines :. Autres indices de Mines d'Or :: Re--. : TABLE 357 tour de Auteur à Jr Habitation. _25$ CHar. XX. De La nature. des terres de la Louifiane : Des terres de La Mobi- | “le: De celles de la Côte de l'Efi: Des 9 terres qui font depuis Pemboüchure du Fleuve, S. Louis jufqu'a la nouvelle Orléans. .: 265 “CHaAr. XXI. Qualité des terres qui r au-deffus de la Fourche : Carriere de Pierres à bâtir: Terres hautes de l'Efi: Leur fertilité prodigieufe : Côte de lOuefl:Terres de l'Oueft:Salpêtre. 281 :CHar. XXII. Qualité des terres de la Riviere Rouge : Poftes des Nac- æchitoches: Mine d'argent : Des ter = res de La Riviere Noire. 295$ ‘CHar. XXIIT. Ruiffeau d'eau falée: Lacs falés : Terres de la Riviere des Arkanfas:: Marbre rouge jafpé : Ar- doife: Plâtre: Chaffe aux pu Baitures du Fleuve. 07 -CHar. XXIV. Des terres dela Rivie- re de S,. François : Mine de Mara- mec € autres : Mine de Plomb : Pier- re tendre femblable au Porphyre: Des terres du Miffouri: Des terres qui font ‘ au Nord de l'Ouabache : Des terres des Illinois: Adine de la Mothe & ‘autres, 319. 358 DES CHAPITRES. Car. XXV. Des Negres : Du Choix « des Negres : De leurs Maladies : De la maniere de les traiter pour : les guerir: De la maniere de les gou- VerNEre sp 333 Fin de la Table des Chapitres. A-FAN (ta) Sn à LPC an 1 UR |: ma) Er IAE FRE 4, LR Me De D LL : RICE Le Le LEE Pre Pr Z t … # ? : Met 2 «res ‘ \ L É + nu FLD TT | LÀ id 4 z ' fe rhéis > HET PE 7 side, LR DIR Ve MRES 4 Fe + à MS ten à À Es