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De A en
H ISTOIRE l DE LA LOUISIANE.
TOME PREMIER:
LA A RQ ER
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M DE LA
UISIANE,
Contenant la Découverte de ce vafte Pays:
2 x
fa Defcription géographique ; un Voyage
dans les Terres|; lHifloire Naturelle :; les
PR UE se _Moœurs, Coûtumes & Religion des Natu-
| DU tr, rels , avec leurs Origines ; deux Voyages
dans le Nord du nouveau Mexique, dont
un jufqu’à la Mer du Sud ; ornée de deux
_ Cartes & de 40 Planches en Faille douce.
_—
Chez La Veuve DreracuErre, rue S, Jacques, à--
a.
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Par M, Lr Puce ov PRATz. TOME PREMIER.
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A PARIS,
DE BurE, l’Aiîné, furle Quai des Auguñins; 46, Paul. ï
POhivier. e LAMBERT, rue de Ja Comédie-Frinçoiles
y M HG NEA LU ae ARE ET SU 0 M, DCC, L VIII. ARENA CAEN Dir ee TATEE ù Sa
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re ne pé PEN PER PER ne | GG BxÉNÈNES Ne ES +
PRÉFACE.
DEAN A Fruhce depuis plufeurs AU | P L a années s Fate aflez vive=
a Vs AE Gate ; pour que Je croye faire au Public un véritable préfent, en communiquant les connoiffances : que 7° aide ce vaité Pays, où j'ai de- _ meuré feizé ans. S'il éf toujours agréable de prendre une idée un peu détaillée d'un Pays n ee ln “et pas moins eflentiel de le connoître éxaétement ; & lPintérês que je prends au bien de ma Patrie, exige que je lui découvre le nouveau fonds de Con - merce que la Nature lui préfente dans les Résions éloignées, & que l'induf- trie de l’homme peut préparer pour _ nous fournir par fon moyen un fur- croît de commodités & d'abondance. | Les faux jugèmens qu'on a portés fur cette contrée de l Amérique , fems blent même inviter un bon Patriote à : | ma
y] PRÉFACE _ xedreffer les idées & à en donner de quites, On fçait tout ce que l’on a dit _& penfé de défavantageux fur le Mi- Micipi, nom que le Vuigaire affecte de donner à ce Pays, quoique le premier & le véritable foit celui de la Louifiane que je lui confére. Il eft donc abfolument néceffaire de dé- truire ces faux jugemens occafionnés par des Relations infideles, fouvent pleines de malignité, & prefque tou- jours d’ignorance : je ne puis donc efpérer d’en venir à bout qu'en pu- bliant cette Hifloire. On y verranon- feulement avec quelle impartialité j'ai confidéré la Louiliane ,. mais en- core avec quelle attention J'enaiexa- miné les produéëtions.
Je donne de ce Pays une Defcrip= tion géographique exaëte & très-dé- taillée : j'ai mis dans le premier volu- me & en Jeur place deux Cartes de la Louifiane , une générale & une plus petite à grands points, lefquelles font bien différentes de celles qui ont pa- rû jufqu’à préfent, parce que J'ai été fur les lieux, que jai vü les originaux
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F o - À 1
PORP PRE ACES | des Cartes Efpagnoles , & que j'ai eu d’ailleurs des connoiffances certaines de la partie de l'Ousft & du Nord, où eft cette Province. |
Après y avoir demeuré quelques
années ; j'acquis une connoiflance
. particuliere des Simples ; & j'en en-
voyai plus de trois cent à la Compa- gnie d'Occident , & dont j'indiquat les vertus. Je fisaufli quelques décou- vértes ; qui auroieñt dû, ce me fem-
ble , calmer l'ardeur de mes recher-
chés; maïs j'avois un plaifir fécret à
_ découvrir tous les joursquelque chofe
de nouveau; êt afin que dans la fuite je
_puffe être utile au Public, jentrepris
F
un Voyage de cinq mois dans l'inté-
rieur des Terres, pour m’aflurerainfi
par moi-même des productions mer-
__ veilleufes de ce Pays, auffi agréable à
la vüe , qu'il féroit avantageux à cul- La Defcriprion de ce Voyage eft
_ fuivie de P'Arricle qui traite de la Na- ture des Terres de la Louifiane : jy
fais connoïître la qualité de chaque terrein en particulier, les Mines & : ali}
viij PRÉFACE. les Carrieres qu’il renferme, & les différentes efpéces de Plantes qu’il peut produire. J'y fais régner un ordre qui doit farisfaire l’efprit du Lecteur ; & tout y eft détaillé de maniere , que la Carte à la main, on pourroit de fon cabinet former le plan d’une Ha- bitation avantageufe, & prefque avec autant de juiteffe que fi l’on étoit fur . des lieux. Fe
Dans [a feconde Partie de cette Hiftoire, jetraite des graines & des fruits, dés arbres fruitiers, de ceux de haute futaye, de leurs qualités & utilités, des arbuftes, des autres plan- tes & de leurs propriétés, des Ani- maux quadrupédes & des reptiles , - des Oiïfeaux & des Poiffons , avec des figures fur différents fujets ; en un mot je rapporte les produétions de la Louifiane,, que mesrecherches n'ont permis d'acquérir, & je ne parle que de ce qui eft propre à ce Pays.
Après ce détail, je pañle à ce qui. regarde particuliérement les Naturels de cette Province : je décris leurs travaux & leurs ouvrages ordinaires,
PRÉFACE: 1x … leurs habillemens , leur hiftoire, leur … fituation, les Étabflemiens ou Poftes François, & la Capitale 3 enfin les … mœurs, la Langue & la Religion des _ Peuples de la Louifiane, leurs Fêtes & leur maniere de faire la Guerre. La troifiéme Partie contient la fuite
“# mœurs & des cérémonies reli-
( gieufe de cette Nation.
L'origine des Peuples de l’Amé- rique eft une matiere affez curieufe _& aflez intéreflante , > qu'aucun Au-
teur n ’a encore pü traiter à fond juf= qu'à préfent d'une maniere fatisfai- fante, faute d’avoir eu des principes
folides fur lefquels il fe fñt appuyé,
. Je ne me contenterai point de par-
‘er de l'origine des Peuples de cette | Colonie dont je fais l'Hiftoire ; je traiterai en même tems de celles de œous les Peuples de l'Amérique en
général. Je donnerai les preuves les :
_ plus convaïnquantes que l’on puifle . défirer à ce fujet, fur lequel l'Hifioire _de l’ancien Monde ne nous dit rien
de pofitif, Quoique celle du nouveau -
Monde ne foit point écrite, elle ng a V
*. PREFAOË “aille pas que d'être füre, du moins * ma-telle paru fidéle. Je confens au refte qu'on ne prenne ces preuves que pour des conjeétures, dont} je me fuis : _- inftruit fur les Heure mais je penfe qu'on fera obligé d'avouer qu’elles | font fortes. Je n’ai garde d’étendremes ! vûes fur l'avenir ? néanmoins je fuis charmé € avoir fait pendant monfé- : jour en cette Province les Décou- vertes que je donne au Public, par. ce qu'il n'eft guéres croyable qu'il fe trouve jamais parmi toutes les Na« tions de l’Amérique Septentrionale ! aucun homme, qui par la fuite püût donner aux Francois des connoiffan+ ces femblablés à celles que ’ai ac quifes par le nioyen de ceux à qui je m'en {uis informé, attendu que cette Nation ne fubfifte plus.Piofeurs Sca= . vans qui ont vû cet objet dans le Jour- nal Economique , où javois inféré un Abrégé de l'Hiftoire de Ja Loui- fiane, n'ont témoigné que je Te mettre cet article plus dérailié,
dans un même Corps d'Ouvrage sil que tout ce qui concerne la Louiliane:
! PRÉFACE. Lt & les Peuples qui Phabitent; & c’eit ce qui m'a déterminé à y travailler &
_àle donner au Public.
Je décris enfuite un Voyage depuis (ie centre de cette Province, jufqu’a _ fa Mer du Sud, & un autre au Nord- Oueft de cette Colonie. Ces deux - Voyages donnent de grandes con- noiffances touchant les Peuples de ces contrées , & font très-utiies à ceux qui feroient curieux de fcavoir la fituation des Pays qui confinent ,
_ ou qui font peu éloignés de l'endroit
. où l’on croit devoir être la Mer de P'Oueft. Je fais enfuite le tableau de
_ {a Guerre contre les Natchez, & ce
ui de leur deftruction.
L’évenement du Maffacre des
François aux Natchez a été fcû en
France dans fontems , & a fait frémir
d'horreur les honnêtes gens ; mais les
_circonftances n’en ont été connues que de très-peu de perfonnes » lef- quelles pour la plûpart n°y ont nulle- ment ajouté foi ; parce que le fait paroît en effet incroyable ; aufli me rs) Je bien de le raconter, sil
5 prérac _ N'y avoit pas encore quelque peu de perfonnes vivantes qui en font réchap: pées , même une à Paris qui eftaflez gonaue , c'eft M. Gonichon. .
_ Ayant aïinfi donné une cofinoif-. fance exaûte de la Louiliane , de la: nature de fon Sol, dé toutes fes pro- duétions, du caraétére de fes Peü- ples, je me permets quelques réfle+ xions fur ce qui eccafonne la Guerre dans ce Pays, & je donneles moyens de l’éviter ; &-fi on eft obligé de la faire ; je promets les moyens de s’en! tirer avec avantage & à peu de frais > de telle forte même, que fans expofer: beaucoup les Trouves, les plus fortes | Nations du Favs trembleroient au feul nom des Francois, -
… Dans l’article fuivant, je traite de lAcriculture, c’eft-a-diré de [a ma- niere de cultiver & préparer les pro= : duétions de ce Pays qui peuvent en- trer dans le Commerce. Je parle en- fuite de celui que l’on y fait & que l'on y peut faire, tant avec l’Europe, qu'avec les Ifles Françoifes de l'Amé- rique , & avec les Efpagnols , ainfi
AA Un 6
# Loi | DO PREFPACE. xy ‘que des Marchandifes que ceux-ci ap= Portent.- Enfin mes dernieres réfle- xions s'étendent fur tous les avanta- ges que lon peut tirer fans peine de ce riche Pays pour la gloire du Roï, le bien de fon fervice, & le bonheur de ceux qui l’habitent. |
_ Malgré toutes mes recherches & mes obfervations , malgré mes décou- \vertes & mes expériences, Jai crû devoir communiquer mon Manufcrit original à des perfonnes refpectables, qui ont occupé dignement & durant ‘plufieurs années les premieres places dans cette Colonie. Ces Officiers qui çonnoiflent cette Province , m'ont exhorté à faire imprimer promte- ment cette Hiftoire. Ro
: Lertroifiéme volume de l'Hifoire Critique de la Philofophie per M. des Landes, page 59. parle de la Louifians comme d'une terre fiérile ; L& fous le Soi de laquelle font des “Lacs fouterraios qui nourriflent des poiflons empailonnés. La premiere de ces allégations, c'eft-:-dire la fié- _xilité prétendue de ce Fays, eft de.
sy. PRE FAC puis quarante ans démentie par” tous les Habirans de la Colonie. Sa fertilité , très-fupérieure à celle des plus heureux climats de l'Europe, eft « reconnue fans contradiétion. Quand « à la fable des Lacs fouterrains, jJen’en « ai jamais oui parler dans le Pays : d’ailleurs, quoique je parle d'un Can- : ton où il paroit qu'il y a des Mines de fel, parce quil en fort plufieurs fources d’eau falée, je n'ai jamais | entendu dire aux Naturels, dont je parle la Langue, & qui y alloient ! faire du fel, qu'il yeütnien cet en- droit, ni ailleurs des Lacs fouter- sains, ni du poiffon empoifonné ; enforte que 7 aurois laiflé ces alléoa- tions dans l’oubli qu’elles méritent, fins le nom refpe&able de l’Auteur . du Livre qui les rapporte; mais quel.
que réputation quil fe foit acquife dans la République des Lettres, il n'eft perfonne à l’abri des méprifes, & je dois à fa mémoire la juftice de
ublier que depuis mon retour en np & dans plufeurs converfa- tions familicres que j'ai eues avec lui
ne PRÉFACE. Fo. Ace fujet, je l'ai trouvé abfolument revenu de fes faufles idées; & il eft convenu de bonne foi quil avoit adopté trop facilement ce que l'on Jui avoit dit. … Ileneft de même à peu- près d'un ” Auteur vénérable qui rapporte la mort du Soleil Serpent-Piqué , dont je parle aufli dans cette Hiftoire; illa _ met quelques années plus tard que ; Je ne fais , parce que j'ai été préfent à cette ARR , & quau contraire il ne l'a apprife que depuis fon retour * en France. Je lui en ai parlé ily a . quelque tems , & il me promit _ alors de changer la datte de cette mort dans la feconde édition quil . cfpéroit faire de fon Ouvrage. J'avertis Le Public de ces chofes, pour qu'il {cache faire la différence | d’un Auteur qui a féjourné plufieurs | années dans le Pays dose il écrit . l'Hiftoire, & qui en parle la Langue, Ridavec ceux qui n'écrivent que fur . ques OUI-dire, ou qui ne fcavent point | la Langue du Pays dont ‘ils écrivent T'Hifloire. Quand même ils yauroient
) (L'he re. N | te (E
XV] PR É F À c E. été, ilneft pas furprenant « que ces Auteurs ayent été trompés. En- fin je m’eftimerai heureux & très-dé- dommagé des peines & des foins que m'ont coûté mes recherches, fi cette Hiftoire peut être utile au fervice du Roi, & à l'avantage du Commerce de ma Patrie, puifque toute ma vie je n’ai eu d’autre ambition ni d’autres - défirs , que de pouvoir me rendre: utile au fervice du Roi & à a l'Etat
HISTOIRE
ee PTE
HISTOIRE
4 PL A
ä LOUISIA NE.
PREMIERE PARTIE.
+ CHAPITRE PREMIER. » Découverte de la LouIsrANE.
3 pop des François fur la Riyiére de Mobille : M. de S, Denis va au nouveau Mexique pour faire un Traité de Commerce avec les Efpagnols,
1 © RSQUE les Ffpagnols fe furent établis dans les grandes Antilles ,isne
tardérent pas à aller re- rer connoître les côtes du
Golfe du Mexique. Lucas Vafquez de
illon aborda en 1520 au Continent
Tome E À
57
ST Re RE St si :
à
AN :"Hifloire : NES de la partie Septentrionale de ce Gol- fe, & fut favorablement reçû des peu- ples du pays, qui lui firent des pré- fens en or, en perles & en lames d’ar- gent. Cette bonne réception l'engagea À y retourner quatre ans après : maïs les Naturels ayant changé de fentiment à 4 {on égard , luituerent deux cens hom- mes , & le contraignirent à fe retirer. En 1528, Pamphile Néfunez mit & à terre fur cette côte ; & ayant recü ! des premieres Nations qu'ilrencontra, des préfens en or, qu'elles lui frent ! connoître par fignes venir des mon- tagnes des Apalaches , dans le pays qui porte aujourd’hui le nom de Flo- de , il entreprit d'y aller, & s'en-# gagea dans une route de vingt-cinq | journées. Dans cette marche, il fut fi fouvent attaqué par les peuples nou, veaux qu'il découvrit, & perdit tant | de monde, qu’il ne penfa plus qu'a fe rembarquer avec ce qui lui en reftoit : trop heureux d'échapper lui-même aux dangers aufquel il s’'étoit ‘imprudem= ment expolé. M La Rélation de Dominique Soto; ui en 1539 aborda dans la Baye du é. Efprit , eit fi romanefque, & fi con flumment démentie par tous ceux qui
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ES - \ » Rs æ . { Se re gd PÉR— : =
- de la Louilianes + ont voyagé dans ce pays, que loin d'ajouter foi à ce que nous dit P'Hif- torien de ce Capitaine, on doit être au contraire perfuadé que fon entre - prife n’eut pas un heureux fuccès, puilqu’il n’eneft pas plus refté de vefti-
es que de ceux qui l’avoient précédé. L'inutilité de ces tentatives ne rebuta point les Efpagnols. Après avoir dé- couvert la Floride, ils ne virent point fans jaloufie les François s'y établir en 1564, fous la conduite de René de - Laudoniere, que l'Ariral de Coligny yavoitenvoyé, & qui y avoit con- fruit le Fort Carolin, dont on voit encore les ruines fix lieues au-deflus de celui de Penfacola. Ils les y atta- “querent peu de tems après ; & les ayant forcé à capituler , ils les égor- gerent cruellement, fans aucun égard au Traité conclu aveceux. Conme la France éroit alors plongée dans les “malheurs des Gueres de Religion, cette action barbaré feroit demeurée impunie, fi un feul homme du “ont de Marfan, nommé Dominique de Gourgues, n’eût entrepris d’en tirer vengeance au nom de la Nation fl arma en 1567, pañla à la Floride, prit crois Forts que les Eipagnols
Po
4. Hifloire A avoient conftruits ; écenayanttuéun « grand nombre dans les différentes at- taques , il pendit le refte. Il établit enfuite un nouveau polte , & revint en France ; maïs le défordre des affaires : de l'Etat ne permit point de foûtenir cet Etabliffement , & bientôt les Efpa- gnols fe remirent en pofleflion de ce pays , où ils font encore.
Depuis ce tems les François paru- rent avoir oublié ces parages ; & ils ne penfoient point du tout à y tenter des découvertes , lorfque les guerres qu’ils avoient dans le Canada avec les Naturels, leur donnerent la connoif- fance du vafte pays qu'ils poffédent au- jourd’hui.. Dans une de ces guerres, un Recollet nommé le P, Hennepin, fut pris & emmené chez les [Hlinois : comme il {çavoit un peu de Chirurgie, il fe rendit utile à ces peuples, & en fut bien traité. Son calice & fa paté- ne qui brilloient à leurs yeux, & fon bréviaire dans lequel ils le voyoient lire, contribuerent aufli à le faire ref- pecter, parce que toutes ces chofes leur paroifloient être des Efprits avec jefquels ils’entretenoit. Jouiffant donc d’une entiere liberté, ce Religieux parcourut le pays, & fuivit aflez longs
| de la Louifiane. $ tems Îles bords du Fleuve S. Louis, - où Mifficipi ; mais il ne put aller juf - qu’à fon embouchure. Cependantil ne laiffa pas de prendre poñleffion de ce … pays au nom de Louis XIV, & lui . donna le nom de Louifiane. Lorfque la Providence lui eut facilité fon retour en Canada, il y fit le détail le plus avantageux de ce qu'il avoit vü; &c . étant de retour en France, il en com- - pofa une Rélation qu’il dédia à M, Col- bert. | Les connoïffances qu'il avoit don-
mées de la Louifiane ne tarderent pas “à porter leur fruit. M. de la Salle,
“auili connu par fon malheur que par
“fon courage , entreprit de traver{er
jufqu'à la mer ces terres inconnues.
“Il partit de Quebec en 1679 avec un
gros Détachement; & étant entré chez
es Illinois, il y conftruifit le premier
Fort que la France y ait eu. [l lui don- Premier Fors na le nom de Crevecœur , & y laïffa une “bonne Garnifon , fous le commande- ne aux Illinois ment du Chevalier de Tonti. De-là 1 defcendit fur le Fleuve S. Louis, .jufqu’à fon embouchure , qui, comme
ïla été dit, eft dans le Golfe du Mexi-
que ; & après avoir fait fes obferya-
tions , & pris hauteur le mieux qu'il
À iij
+ Hifioire put, il retourna par le même chemin à Quebec, d’où il pafla en France. Lorfqwil eut fait à M. Colbert le : récit de fon voyage, ce grand Minif- | tre qui connut de quelle importance il étoit pour l'Etat de s’affürer d’un fi beau & fi grand pays, n’héfita point à lui don- ner un Vaifleau & une petite Frégate, pour aller reconnoître par le Golfe du . Mexique, l'embouchure du Fleuve S. Louis. Il partit en 168$. Mais fes Ob- fervations n'ayant pas eu, fans doute , toute la juftefle requife , quand il fut ar- rivé dans le Golfe, il dépafla le Fleuve ; & courant trop à lOueft , il entra dans la Baye S. Bernard. Quelque méfin- tellivence étant furvenue entre lui 6e les CMiciers des Vaifleaux . 1l fe fit dé- barquer avec le monde qui étoit fouà fes ordres ; & ayant établi un poñte en ce lieu , il entreprit d’aller par terre chercher le grand Fleuve. Mais après avoir marché plufieurs jours, quel- ques-uns de fes gens irrités contre lui des peines qu'il leur faifoit efluyer . profiterent d’un tems où il fe trouvoit | avec eux féparé du refte de fa troupe . ro des & l’affaffinerent indignement. La trou- dkanfs. pe, quoique privée de fon Chef, con= tinua fa route, traver{à un grand nome
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de la Louifiane. 7 _ bre de rivieres, & arriva enfin aux Arkanfas , où elle trouva contre toute * attente un pofte François nouvellement établi. Le Chevalier de Tonti étoit . defcendu du Fort des Illinois , jufqu’à Pembouchure du Fleuve , vers le tems où il avoit jugé que M. de la Salle pourroit y être arrivé par mer. Ne Payant point trouvé, il avoit remonté . ke Fleuve pour fe rendre à fon pofte ; & chemin faifant, étant entré dans la Riviere des Arkanfas jufqu’au Village . de cette Nation, avec qui il fit allian- ce, quelques-uns de fes gens le prie- . rent de les y établir, ce qu'il leur ac- … corda. Îl en laiffa dix , & cette petite … habitation s’eit foûtenue & fortifiée ; . non-feulement parce que de tems à au- -tre elle à été groflie par quelques Ca- nadiens qui ont defcendu ce Fleuve ; « mais fur-tout parce que ceux qui la formoient, ont eu la fagefle de vivre en paix avec les Naturels, & ont traité comme légitimes les enfans qu’ils ont eus des filles des Arkanfas, avec qui ils fe font alliés par nécefhité. | …_ Le bruit de la beauté de la Louifia- ne s'étant répandu dans le Canada, plufieurs François de ce pays allerent y demeurer, & fe difperlerent chacun À. iv
Premier Eta- bliflement des
Ô H'floire felon fon gré, le long du Fleuve S. Louis, principalement vers {on em- bouchure, & même dans quelques Ifles de la côte & fur la Riviére de Mobille, qui eft plus voifine du Canada. La fa. cilité du commerce avecS. Domingue, étoit fans doute ce qui les attiroit dans 2 voifinage de la mer, quoiqu’à tous sards l'intérieur du pays füt préfé- rable e. Cependant ces Etablifiemens épars , _incapebles de fe foutenir par
eux-mêmes , & trop éloignés les uns
des autres pour s’entr'aider , ne garan- tifloient pas la poffeffion de ce pays, & même'n’écoit pas une prife de pofieflion véritable. La I ouifiane refta dans cet
état négligé, jufqu’a ce que M. d'Hi-
berville, Chef d'Efcadre, ayant dé- couvert en 1698 les embouchures du Fleuve S. Louis , & ayant été nom- mé Gouverneur général de certe vaite
contrée, y portaen 1 699 la premiere obuic. Comme il étoit du Canada,
elle fut prefque toute compofée de Ca- nadiens, entre lefquels fe diftingua fur- tout M. de Luchereau de S. Denis, oncie de Madame d’'Hiberville. L’établiflement fe fit fur la Riviére
Yrancoïs dans de Mobiile avec toute la facilité qu’on
fa Louifiare fur la Mobilles
pouvoit défirer ; mais ces progrès fus L
de La Louifiane. 9
rent lents ; parce que ces premiers Ha- . bitans n’avoient rien au-deflus des Na-
turels pour Les néceflités de la vie que leur propre induftrie , & quelques ou-
tils grofliers pour donner aux bois les façons les plus fimples. |
_ La guerre qu’avoit alors à foutenir Louis XIV , & les befoins urgens de
l'Etat abforboïent fans cefle l’atrten-
EL D : 5 ET id UNE : ve :
D D PO Ra 2
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tion des Miniftres ; & ne leur permet- soit point de penfer à la Louifiane, Ce que l'on crut alors pouvoir faire de mieux, fut de la donner en con- cefhon à quelque riche Particulier, qui
trouvant fon intérêt a mettre ce pays * en valeur, feroit le bien de l'Etat , en _ travaillant au fien propre. La Louifia-
ne fut donc ainfi cédée à M. Crozat..
El eft à. préfumer que fi M. d'Hiber-
_ ville eüt vécu plus longtems, la Co
lonie.auroit fait des progrès confidé-
rables ; mais cer illuftre Marin, dont
Pautorité étoit grande , étant mort à la Havanne, un longtems s’écoula né- ceflairement avant qu’un nouveau Gou- verneur arrivät de France. Celui qui
… futchoifi pour remplir ce pofte, fut M.
de la Morte Cadillac, qui débarqua
dans.ce pays au mois de Juin 17124. La. Colonie: n'avoir que des mar= | À À y
\
HO . Hifloire 10
chandifes en petite quantité, & Par
"1
gent étoit encore plus rare. On lan- guifloit plütôt qu’on ne vivoit dans un des plus excellens pays du monde, parce que l’on étoit dans Fimpofhbili- té de faire les travaux &c les premieres. avances que les meilleures terres de- mandent. Une Lettre que l’on remit à M. dela Motte , quelque tems après {on arrivée , parut ouvrir une voye pour fortir d'une fituation fi fâcheule.
Les Efpagnols ont long-tems re-
gardé la Louifiane comme devant leur appartenir, parce qu’elle fait la plus grande partie de la Floride, qu'ils
?
avoient découverte les premiers. Les -mouvemens que fe donnoient alors les. François pour s’y établir, réveillerent eur jaloufie ; ils conçurent le defleim: :
de nous borner en s’établiffant aux
Affinaïs , Nation peu diftante des Naétchitoches , où quelques François.
avoient déjà pénétré. fl: ne trouvoient
pas peu de difficulté à former cet Eta< lifement ; & ne fçachant comment
en venir à bout, un Pere Ydalgo, Recollet, s’avifa d'écrire aux Fran- çois pour les prier d'aider les Efpa- gnols à établir une Mifion chez les Afinaïs. El fit trois copies de fa Lettre,
|
PE
| de la Louifianes ri qu'il envoya à tout hazard de trois cô- tés différens vers nos habitations, ef- pérant du moins que lune des trois tomberoit entre les mains de quelques " François. LUN . Ilne fe trompa point dans fa con- jecture. Une de fes Lettres parvint aux: François, & de pofte en poifte & de main en main fut remife à M. de la Motte.. Ce Général continuellement occupé des befoins de la Colonie, & des moyens de la foulager , n’apper- çGut point dans cette Lettre l'intention des Efpagnols. Il n'y vit qu'une voye füre & courte de remédier aux. * maux prélens, en favorifant les Ef- . pagnols, & faifant avec euxun Traité de Commerce qui procureroit à la Co- lonie ce qui lui manquoit , &c dont les Efpagnols abondoient ; c’eft- à - dire … des chevaux , des befliaux & de Par- … gent. Îl communiqua donc cette Let- tre & fes intentions à M.de S. Denis, à qui il propofa de faire par terre le: voyage du Mexique. M. de S: Denis, depuis quatorze: … ans quil étoit dans la Louifiane , avoic: _ fait de côtés & d’autres beaucoup de: voyages. Ii fcavoit généralement tou- sesles Langues desdifférentes Nations, | | À vi},
f, de 8, Denis “ part pour le souveauMesi- Que
T2 Hifhire
qui l'habiteht, & s’étoit fait aimer & eftimer de ces peuples, au point qu'ils lavoient reconnu pour leur grand Chef. Ce Gentilhomme , d’ailleurs plein de courage , de prudence & de force, étoit ne le plus propre que M. de la Motte pût choifir pour exé- cuter fon deflein.
Quelque pénible que fût PAneUtE fe, M. de S. Denis s’en chargea avec plaifir, & partit avec vingt-cinq hom: mes. Cette petite troupe auroit enco- re un peu figuré , fi elle fe fût confer-- vée en fon entier ; maïs quelques-uns abandonnerent M. de 8. Denis en che- min, & plufieurs refterent aux Nact- chitoches , chez qui il pañla. Il fut donc réduit < à partir de ce lieu accom- pagné feulement de dix hommes, avec lefquels 1l traverfa plus de cent cin- quante lisues de Pays entierement dé- peuplé, n'ayant trouvé fur fa route. aucune Nation jufqu’au Préfide ou Fortereffe de S. Jean Baptifte , fur la Riviére du Nord dans. le nouveau Mexique.
Le Gouverneur de ce Préfide étoit D, Diegue Raimond, Officier avancé en âge, Îl reçut favorablement M. de 4 S. Denis, qui lui dit que le motit de #
= de la Louifiane: 53 fon voyage étoit la Lettre du P. Vdal-
… go, & qu'il avoit ordre de pañfer à
Mexico, Mais comme les Efpagnols
ne laifent pas volontièrs les Etrangers
voyager dans les terres de leur domi-
nation en Amérique , de peur que la
À vüe de ces beaux pays ne donnent à ces Etrangers des idées dont les fuites
pourroient être contr’eux d’une gran- de conféquence, D. Diegue ne voulut
point permettre à M. de S. Denis de continuer fa route, fans'avoir aupara- vant le confentement du Vice-Roi. EE fallut donc dépêcher un Courier à Mexico, & attendre fon retour. La
lenteur de l'expédition, & celle du
voyage firent faire à M.de S. Denis un très-long féjour au Préfide de S, Jean-Baptifte , pendant lequel il ga- gna plus que les bonnes graces du Gou-- verneur. D. Diegue avoit avec lui fa famille, qui confiftoit en un fils, une fille veuve , la fille d’une autre de fes filles qui étoit morte. Cette jeune per- fonne étoit déjà d’âge à être mariée 5. & dès au fortir de l’enfance elle avoir dans lefprit qu’elle n’épouferoit point. d'Efpagnol , mais qu’elle étoit defti- née à un Etranger. Cet Etranger fe fe trouva être M, de S, Denis. La
T4 Hiffoire
tante l'ayant pris en affection , it fie connoître fa niéce , & s'étant conve-- nus de part & d’autre, on prit des: mefures fi jufies pour en parler à D. Diegue, qu'il v confentit avec plaifir.. Ainf il fut arrêté que M. de S. Denis: au retour de Mexico épouferoit la De- moifelle.
Le Courier que les difpofitions fai-- foient attendre avec une double im- patience, arriva enfin avec la permif fion du Duc de Linarez, Vice-Roi du: Mexique. Aufli-tôt M. de S. Denis {e: mit en marche , & fe rendit à Mexico: le $ Juin 171 Fe Le Vice-Roi aimoit naturellement la France, & fe propo- foir , lorfque le tems de fon Gouver- nement {eroit fini, de venir à Paris: pañler le refte de fes j jours. M. de S:. Denis en fut donc favorablement ac- cucillil, à quelques précautions près ,
que le Duc jugeoit à propos de pren: dre,pourne point effaroucher quelques: Officiers de Jufice qui l environnoient, & dont le cœurconiervoit encore dans: toute fa force l’ancienne antipathie qui: n’a que trop longtems regnée entre les:
deux Nations,
Les affaires ne traînerent' point « en. longueur, Le Duc de Linarez ayant.
de la Louifiane. ré promis de faire un Fraité de Commer- ce, lorfque les Efpagnols feroient aux. Aflinais, M. de S. Denis fe chargea de: les y établir en retournant à la Loui- fiane. Le Pere Ydalgo étoit alors à Mexi- co ; il vit M. de S. Denis, & fça- chant ce qui étoit arrêté avec le Vi- _ce-Roi & lui, il le pria d’en taire le:
fecret à fon Compagnon le P. Oliva- rez mefprit jaloux, inquiet & dange- eu donc il vouloir fe débaraffer. M. de S. Denis le lui promit , Jui. tint parole, & ne penfa plus qu’à retourner au Préfide de S. Jean-Baptife. LeP. . Ydalgo de fon côté ne tarda pas à s’y j rendre.
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CHAPITRE II.
Retour de M. de S. Denis: Ce Com-
. mandant établit les Ffpagnols aux: Affinais : M. de S. Denis part de. nouveau pour Mexico + Ses iraverfes dans ce fecond Voyage. Son retour.
Préfide de S. Jean-Baptifte fut
bientôt fuivi de fes nôces, dont les.
| réjouiffances durerent quelques jours. Mariage de
D On penfa enfuite à former la Caravane.
avec une Ef- qui devoit s'établir aux Affinais, 6
pagnole.. M, de S. Denis laiffant fa femme chez. fon ayeul , fe mit à la‘têce de cette. troupe, & la conduifit heureulement:
au lieu deftiné.
Alors , en qualité de grand Chéts ayant aflemblé la Nation des Afliraïs,.
à
il l’exhorta à recevoir les Efpagnols , & à les bien traiter. La vénération: que ces peuples avoient pour lui, les
fit plier fous fes volontés, & la pro- mefle qu’il avoir faite au Duc de Li
narez fut ainfi fidélement accomplie.
Les Aflinaïs font à cinquante lieues
E retour de M. de S. p#. au.
1 _ de la Louifiane. LT * des Na@chitoches. Les Efpaznols fe D trouvant encore trop éloignésde nous, « fe font fervi de ce premier Etabliffe-
ment , pour en former unfecond chez
. les Adaïes, Nation qui eft à dix lieues de
… notre pote des Naétchitoches.Pardails nous refferrent du côté du Couchanc dans le voifinage du Fieuve S. Louis : depuis il na pas tenu à eux qu’ils ne nous ayent bornés du côté du Nord, : C’eft ce que je rapporterai en fon lieu. . À cette Anecdote de leur Hiftoire,
L j'ajoütérai én deux mots celle de leur » rérabliffement à Penfacola, fur la côte de la Floride , trois mois après que - M. d'Eliberville eut porté les premiers Habirans à la Lovuifiane , ce pays étant
_ refté inhabité par les Européens depuis
. que la Garnifon qu'y avoit laiffé Domi- nique de Gourgues, eut péri ou défer- - té, faure d’avoir été entretenue.
__… Je reviens à M. de la Motte, & à M. de S. Denis. Le premier toujours occupé du deffein d’avoir un Traité de Commerce avec les Efpagnols; & char- mé du fuccès qu’avoit eu le voyage au
Mexique de M. de S. Denis, lui pro- pofa d’y retourner, ne doutant point
que le Duc de Linarez ne tint parole, comme on la lui avoit tenue, M. des,
18. Hifloire
Denis, toujours prêt à aller, & à qui.
fon mariage avec une Efpagnole de- voit donner de grandes prérogatives, accepta la Commiffion que lui donnoic fon Général. Maïs il ne falloit pas faire ce fecond voyage comme le premier ; il convenoit qu'il portät avec lui des marchandifes , afind’exécuter ce Trai- té, aufli-tôt qu'il feroit conclu , & de
s'indemnifer de la dépenfe qu'il alloit
faire. Quoique les magafins de M. Crozat fuflent pleins, il ne fut pas facile d’avoir des marchandifes. Les
Commis n'en voulurent point donner
à crédit ; ils refuferent même la cau- tion de M. dela Motte ; & on ne pou- voit les payer: car d’où auroit-on tiré de Pargent ? Le pays n’en produit point. Il fallur donc que le Gouver- neur formât une Compagnie de ceux
qui étoient les plus folvables de la Co-
Jonie 3 & ce ne fut qu’à cette Com-
pagnie, que les Commis fe détermi-
nerent à avancer ce qu’on leur deman-
Défauts ordi- doit. Cet expédient n'étoit point du maires qui font À : sure
échouer les goût de M de S. Denis : ii s'en ou-
plus belles en- yrit À M. de la Motte, & lui dit que:
treprifes , l’in- ; à docilité : Pa_ {es Affociés voudroient accompagner,
varice, lPindif ou tous où en partie, ce dont ils:
erétion ” : , rer * avoient répondu ; & qu’au lieu qu'il
de la Louifiane. F9 étoit abfolument néceflaire que les effets paruflent n’appartenir qu’à lui feul , ils ne manqueroient jamais de faire connoître qu’ils en étoient les _ propriétaires ; ce qui fufhiroit pour les faire confifquer , le commerce n’étant point ouvert entre les deux Nations. M. de la Motte fentit la folidité de ces raïfons ; maïs l’impoflhbilité de faire autrement , le contraignit de pañler où- tre ; & tout ce que M. de S. Denis avoit prévü, ne tarda pas d’arriver.
Il partit de la Mobille le 13 Août 1716 , efcorté ,commeil le craignoit » de quelques-uns de fes intéreflés ; & étant arrivé aux Affinaïs , il y paffa l'hyver. Il fe mit en route le dix-neuf Mars de l’année fuivante , & fe ren- dit au Préfide de S. Jean - Baptifle. M. de S. Denis annonça ces marchan- - difes, comme étant à lui, afin d’ob- vier à la confifcation, dont autre- ment il n’auroit pû les garantir ; & il voulut en faire quelques libéralités pour fe concilier l’amitié des Efpa- gnols. Mais Pindocilité , l’avarice & Pindifcrétion des intéreffés rompit tou- tes fes mefures ; & pour n’en point voir la déroute entiere, il fe hâta de partir pour Mexico. Il arriva dans:
26: Fijioire 4 cette ville le 14 Mai 1717. Le Due
de Linarez y étoit encore, mais ma-
lade & au lit de la mort. M. de S.
Denis eut cependant le tems de le
voir, il en fut reconnu ; & ce Sei-
- gneur le fit recommander au Vice-
Roi qui lui avoit fuccédé. C’étoit le
Marquis de Baléro , aufi contraire
aux françois que le Duc leur étoit
favorable. Re ù
… M. de S. Denis, se fellieta pes
longtems le Marquis de Baléro pour
conclure le Traité de Commerce ; il
eut bien -tôt à fonger à d’autres
affaires. Le P. Olivarez fe trouvant
alors à la Cour du Vice-Roi, ne vit
pas de bon œil celui qui avoit éta-
bli le P. Ydalgo aux Affinaïs, & ré-
folut de fe venger fur lui du chagrin
qu'il confervoit toujours, de n'avoir
point été de cette Miffion. Il s’unit
avec un Officier nommé D. Martin
D’Alarcon, particulierement protégé
par le Marquis de Baléro ; &ilstra- vaillerent fi bien auprès de ce Sei- des, Denis oneur , que dans le:tems quille eit mis en pri- Es D ! fn. à Mexico. attendoit le moins, M.-de S. De- ; nis fe vit arrêté & mis au cachot. If n’en fortit que le 20 de Décembre de . cetteannée, par un ordre du Conieil
de la Loufiane. | 21 . fouverain de Mexico , autel il avoit trouvé moyen de faire préfenter plu- fieurs Requêtes. Le Viceroi forcé de l'élargir , lui donna la ville pour ie _ fon.
Il ne Peg plus de Traité de Commerce. M. de S. Denis fongea feu- lement à tirer partie de fes marchan- difes, dont fon beau-pere D. Dicgue Raimond avoit fait pañler ce qu'il avoit pû dans la Ville de Mexique, où D. Martin d’Alarcon les avoit fait arrêé- ter, comme étant de contrebande ; ‘ car il étoit un des Emiflaires de fon Protefteur , pour faire la chafle aux Etrangers , qui n'achetoient pas ché- rement ja permiffion de vendre ce qu’ils avoient apporté. M. de S. Denis ne put tirer de fes effets pil Ilés & avariés, que de quoi fatisfaire à certains frais de Juftice, qui font énormes dans un Pays Où touteft or & argent. Du refte il fubffta au moyen 4 quelque es reflour- ces, que la Providence lui fournit , & que l’on ne peut guéres comprendre ! que lorfqu’on les a éprouvées.
Notre Prifonnier ayant plus rien dans le Mexique qui l’intéreflat , que fa propre perfonne , fongea férieufement a la mettre en sûreté ; car il avoit tou-
DEA
M fort furtive- ment de Mexi- COs
Son retour à la Louifianee
22 | Hifloire Au jours de juftes fujets de craindre quel-
ques mauvais traitemens de la part de {es trois ennemis déclarés Ayant donc
médité les moyens de fa fuite, il fortit de Mexico le 25 Septembre 1718, lorfque la nuit approchoït, & s'étant mis en embufcade à une certaine dif- tance de la Ville, il attendit que fa bonne fortune lui donnât le moyen de faire la route autrement qu’à pied. Versles neuf heures du foir, un Ca- valier pafla fort bien monté. Fondre {ur lui à Pimprovifte , le démonter , fauter fur le cheval, tourner b:ide & & prendre le galop, ce fut l'ouvrage d'un moment pour M. de S. Denis. 11 courut jufqu’au jour, & s'écarta alors du chemin pour fe repofer. Ce fut fa précaution continuelle jufqu’a ce qu’il fût près du Préfidede S. Jean- Baptifte , dont. il n’approcha que la nuit, & uniquement pour parler à fa femme, dans un endroit du jardin de D. Diegue , où il fcavoit qu’elle avoit coutume de prendre le frais ; de-là il continua fa route à pied ; & enfin ar-
riva le 2 Avril 1719 à la Colonie
Françoile, où iltrouva de grands chan- gemens.
_ Près de trois ans s’étoient écoulés
dela Louifiane. 23 depuis le départ de M. de S. Denis pour le Mexique, jufqu’à fon retour. Pendant ce long efpace de tems la conceflion de la Louifiane avoit pañlé de M. Crozat à la Compagnie des Indes. M. de la Motte Cadillac étoit mort , & M. de Biainville, frere de M. d’Hiberville , lui avoit fuccédé dans _ le Gouvernement général; le Chef- lieu de la Colonie n’étoit plus à la Mo- bille , il n’étoit plus même au vieux Biloxi, où il avoit été transféré. La nouvelle Orleans que l’on commençoit à bâtir, étoit devenue la ville Capi- _ tale de tout le pays,
M, de S. Denis alla donc à la nou- velle Orléans trouver M. de Biain- ville, pour lui rendre compte de fon voyage. Le peu de luccès qu’il avoit cu, n'étoit pas propre à engager le nouveau Gouverneur à fuivre les idées . de fon prédécefleur : d’ailleurs il avoit . les fiennes propres & un plan de con- _ duite tout différent, qu’il a conftam- … ment fuivi pendant le tems qu’il a été en place. Ainfi M. de S. Denis r’eut qu’a fe retirer à fon habitation, où quelques années après les Efpagnols Jui envoyerent fa femme , avec un équi- page de douze bêtes de Somme. Dans
La
224 __ Hifloire | la fuite le Roï lui donna la Croix de S. Louis, pour reconnoître & récom- penfer fes fervices. |
La Compagnie des Indes ayant fondé de grandes efpérances de com- merce fur la Louifiane, fit pour-peu- pler ce pays des efforts capables de la faire bientôt arriver à fon but. Elle y envoya dès la premiere fcisen1718, une Colonie de huit cens hommes, dont quelques - uns s’établirent à la nouvelle Orleans, & les autres for- merent les habitations des Natchez. Ce fut avec cet embarquement que je paflai à la Louifiane.
CHAPITRE
dela Louifiane: ,. 25%
Le
CHAPITRE 11E
Embar uement dé‘huit cens. prie >
sp Compagnie d'Occident’ envoye
” à la Louifiane : Arrivée & Ji jour. au Cap François : Arrivée à l’Ifle Dauphine: Deftription de cette Île. Le Commandant Général y reçoit les
Coneeonnairer, E EMBARQUEMENT fe fc : à la Ro-
chelle fur trois Vaifleaux , fçavoir : la Viéloire | commandée par M. du Rouffel, la Duchelle de Nosilles ;par M. dela Salle, & la Flûte la Marie, com- mandée par M. Japy, für laquelle je m'embarquai avéc mes gens ; MM. _de la Houflaÿye &c plufieurs autres Con ceffionnaires é étoient ju le même Vaic feaux. l'CJTe A rio Les premiérs jours. de notre voya- ge nous eumes le vent contraire 5 & quoique la mer ne fût pas ‘Fort grofle , 35 plufieurs paflagers à qui ce tems faifoit: peur, ayant oui dire que l'on voyoit la Rochelle, demanderent. qu’on les mit à rèrre, Les era prévoyant
Tome I.
26 . Hifhoire. que la plépart y refteroient ; n’eurent
Er de leur accorder leur. demande ;
LS RE ©
ble , : & cèux qui avoienc. nee rega- |
_gner le port, en auroient pour "lors
Baptème des Paflagers.
été bien: fâchés. Je ne vois riend'in- téreffant dans.cette routejufqu'amnotre arrivées. ‘fous. le: tropique du. Cancer. (1), que l’on nomme le Solftice d'Eté. L’ufage et, que quand un navire eft par cette. latitude ; on fait le 2 Bapiême ; la coutume a. pale en. loi de. forte. | que, perfonner n’en eft.exemt>. pas mês
mme Le; Capisaine ou fon, Vaifleau, s'ils, | n’y ont pas encore pañlé ; les a téioual ont établi cet ufage pour ayeir de quoi fe divertir an premier port, Cette {or-. te de cérémppie a Été rapportée, par un FAP grand : nombre. Auteurs, à
"n°! 2, 4 Er y NA CITE En Mo : TB ei
@) Cle fscrmebor le Soleil s'arrête le 20 Juin ; d'où gnfuite il retrogradessss Lx
d € w_L.-
‘4 de la Louifiane. 27 pour en dire quelque chofe ici; en donnant la piéce aux matelots on en eft quitte, .. Après avoir pañlé le Tropique du Cancer, le Commandant prit trop le Sud.Notre Capitaine qui écoit un Loup de mer (1) s’en apperçüt, & noûs dit . que nous prenions'le chemin des Eco- iers ; en effet après plufieurs jours de oute , nous fûmes obligés de nous re- ever vers le Nord & au large; nous Fe écouvrimes enfuite l’Ifle de S. Jean le Porto Rico , qui appartient aux Ef- | agnols. Quittant la vûe de cette ffle, po apperçûmes celle de S. Domin- ue, & peu après en continuant l’on vi EL Grange, qui eft un rocher élevé EU g-deffus du Morne ou Ecore (2), qui É prefque à pic far le bord de la Mer ; ce rocher vû de loin, paroït loir la figure d’une grange. Nous : rivämes peu d'heures après au Cap- pucois. qui n’eft diflant de ce ro-
pe x 1 | |
: bmer dès leur enfance, & ont continuée (2) Morne ou Ecore eft une Montigne ii & quelquefois à pic du côté de re er ou des fleuves, & dont la penie et is douce du coté des terres; ce qui patoit e montagne coupée, ;
W sb
nu (1) On donne ce nom à ceux qui ont été | FE
2e Hifloire
cher que de douze lieues. ! Nous fümes deux mois en mer avant Arivée au d'arriver au Cap-Francois, tant à cau- Per Eransois & des vents contraires que nous eûmes en partant, que par le retardement que nous cauferent les calmes qui font fré- quens dans ces parages ; notre Vaïfleau ! d'ailleurs étant fort & pélant, nous ! avions peine à fuivre les autres , qui ,* pour ne pas nous quitter, ne por-! toient que leurs quatre voiles majeurs , tandis que nous en avions dix-iept à. dix-huit. | C’eft dans ces parages que l’on trou»! ve les vents alifés ; ces vents font ainftt nommés parce qu’ils font doux ; mais! quoiqu'ils foient foibles , on feroit! beaucoup de chemin, s'ils foufloient toujours , parce qu’ils vont de l’Eft à. l’Oüeft fans varier; on n’y voit jamais, d’orages,mais les calmes ou bonaces re- tardent fouvent de beaucoup ; il faut alors attendre quelques jours, & qu'un Grain ramene le vent (1). L'on n’Y
. D CE ND. PT
Vents alifése
à.
{1} Onnomme Grain, enterme de mer; une petite tache dans l'air qui s'étend fort vite, & forme un nuage , lequel donne ur vent qui d’abord eft roide, mais dont la ré pidité ne dute pas, quoiqu'il y en ait aflez pour faire route, PU 14
s
de la Louifiane. 29 voit d’ailleurs rien de curieux, fice n’eft là chaffe que les Bonites font aux
Poifjons volans. La Bonite eft un poif- fon dont la longueur va quelquefois jufqu’à deux pieds ; il eft fort friand du poiffon volant ; c’eft pour cela qu’il fe tient toujours où il y a de ces der- niers. La Bonite a la chair très-déli- cate & d’un bon goût ; pour ce qui eft du poiflon volant, je me crois obhi- gé d’en faire la defcription pour dé- . tromper les incrédules , tels que ceux que j'ai trouvé à Paris & en Province. | Le Poiffon volant eft de la longueur Poïton v- d’un Harang 3 mais plus rond. Îl fort “*" * de fes côtés en place de nageoires, deux aîles qui ont chacune environ quatre pouces de long fur deux de lar- ge à l’extrémité ; elles fe ploient & s'ouvrent comme un éventail, & font rondes par le bout ; elles font compo- fées d’une membrane fort mince percée d’une infinité de petits trous , qui con- “ervent l’eau quand le-poiffon en fort; pour fuire la Bonite qui le pourtuit, il s'élance en l’air, étend lesaïîles, va droit devant lui fans pouvoir diriger fa route à droite ou à gauche, cesqui | fait qu'auffi- tôt que les toilettes d’eau . qui rempliffent les petits trous de fes 1 B ï
à
30 Hifloire ailes font féches , 1l retombe ; il ar=
rive de-là que la même Bonite qui lui
LA €
donnoit la chaffe dans l’eau , le pour- | fuivant encore de la vûüe dans Pair, le
reçoit en tombant dans l’eau ; il arrive même, & j'en fuis témoin oculaire, qu’il en tombe fur les vaifleaux. Une nuit que je ne pouvois dormir, je fus joindre notre Capitaine qui fe prome- noit {ur le pont ; une demie heure
après , le Capitaine fentit un coup ec
dans le dos ; il fe tourna en colère, & demanda qui lui avoit jetté quel- que chofe ; je cherchois cependant au clair de la lune ce qu’on pouvoit lui avoir jetté: un moment après ayant trouvé un Poiflon volant, je me mis a rire, il fe tourna de mon côté, & fe mit de même à rire dès qu’il l’eut
apperçu. lle mit fur le champ dansun
-La Bonite,
bocal d’eau-de-vie pour le montrer en
Fränce, à ceux qui ne croyent pas
les voyageurs fur cet article. La Bo- nite, à fon tour, devient la proye des Matelots. Ils font de petites poupées, qui imitent le poiffon volant. La Bo- nite trompée par cet appas, voulant avaler la poupée qu’elle prend pour un poiflon , fe trouve prife elle-même. Nous reflämes quinze jours au Cap
A
de la Louifiane. ROSE … François, tant pour y faire du bois & “ de leau, que pour nous rafraîchir ; * terme marin fort impropre en ce lieu, _ puifqu’à la lettre, il n’eft pas poffible “ de fe rafraichir dans une fournaife 5 en effet c'étoit le tems où ce pays eft . brûlant & ne peut procurer aucun ra- fraîchiflement , puifque dans cette fai- . fon le foleil du midi darde direétement fur la tête. La plûüpart de nos pañla- gers furent fi charmés de voir la terre & d’y refter, que malgré les bons con- feils qu’on ne cefloit de leur donner, … ils s’obftinerent à y vouloir demeurer; je ne pûs même , par bienféance, me … difpenfer d’y aller à leur follicitation, … & je fus diner avec eux. Je les trou- vai dans une falle baffle qui n’en étoit guéres plus fraîche, quoiqu’elle fut Repas au Cap inondée dans cette intention: ils n°a- Fransois. voient pour tout habillement que leur chemife & un petit bonnet de toile, … On nous fervit une mauvaife foupe ; .… fans herbage ni aucun autre légume ; le bouilli étoit néanmoins très-abon- dant en bœuf accompagné d’une vo- . Haïille, mais le tout fi dur & fi cor- riafle, qu’une grande faim étoit {eule À capable d’en faire manger. L'on nous fervit enfuite des poulets étiques, un nie B iv
”-
LE . Hifloire 4 | ragoüt de cochons-marons ; qui étoit le mets le moins mauvais du repas;
des ramiers affez charnus, mais durs.
& maigres ; enfin une pintade qui étoit pañlable & d’aflez bon goût, parce qu’elle eft naturelle au pays où elle eff nourrie de bon grain. L’abondance de ce repas ne m’ayant nullement'fatif- fait, je me vengeai fur le deflert que je-trouvai fort bon, n'étant compo- 1é que de fruits & de confitures de pays, au lieu que fa viande n’y vaut rien. Ce pays étant brûlant, l’herbe y eft très-rare, & tous les animaux y fanguiffent ; nous bûmes cu vin de Bordeaux qui fe trouva d’une affez bonne qualité, mais de beaucoup trop chaud pour être bû avec quelque plaï Sir ; ce que je ne dois pas omettre, c’eft que malgré la délicatefle & la fomptuofité de ce repas, il ne nous en coûta que quatre francs par tête,
. Quelques Lettres que javois re- mifes à des habitans, me procurerent des connoiffances , où je mangeai fou- vent, & où je faifois, fans contredit, meilleure chere que je ne fis à l’auber- ge; on fervoit toujours de beaux & bons poiflons , & les viandes étoient à la daube ; je revenois cependant tous
ai CE EE
d [a Los f Lane, 32 Tes foirs fouper & coucher à bord de no- “tre Vaïfféau', non feulement parce que lès vivres y étoient meilleurs qu’à ter- re , mais encore parce que je craignois de gagner la maladie du pays, vü que fix femaines avant notre arrivée, il étoit mort quinze cens perfonnes d’une à maladie épidémique.: que l’on nomme ra y) le Mal de Siam. ‘lout cela me donna Démingue occafion de refléchir fur la condüite de 10e Mal ceux-qui vont chercher fortune en ce pays-l, (aux Ifles ) tandis que nous avons d’autres belles Colonies ; j'en conclus que courir de figrands rifques pour acheter de grands biens, fuffent: ils immenfes, c'étoit toujours les payer: ttop cher. Le Cap François’eft firué au Nord de l’Ifle de S. Domingue, dont nous: cd la: partie feptentrionale ; les: Efpagnols font en poñeffion de Pautre parties. Ceci n'étant: point de mon: füjet, & la défcriprion dé cette Ifle ayant été donnée plus d’une fois au public. , je me borne à ce que je viens d'en rapporter: Nous partimes du Cap François AVéRE à le même vent & le plus beau têms du monde ; nous paflâmes de-là entre l’Tile de la Tor rue & cellede S. A pue, Y j
34 - : , ia | où nous vimes le Port de Paix; qui _eft vis-à-vis la Tortue ; nous nous _trouvâmes enfuite entre les extrémités de lIfle dé S. Domingue & de celle du Cuba , qui appartient aux Efpagnols ; nous fuivimes la côte méridionale de cette derniere, laïifflant à notre gauche l’'Ifle de la Jamaïque & celles du grand & petit Kayeman, qui font fous la domination des Anglois. Nous quit- tâmes enfin l’Ifle de Cuba au Cap S. Antoine, faifant route pour la Loui- fiane en fuivant le Nord-Oueft : nous vimesterreen y arrivant , mais fi plat- te , que quoique nous n’en fuflions éloi- gnés que d’une lieue, nous ne pûmes la diflinguer qu'avec beaucoup de pei- ne; nous n'avions cependant que qua- amtvée spin tre braffes d'eau. On mit le canot à la Dauphine, ner pour reconnoître cette terre qui fe trouva être l’Ifle de la Chandeleur : nous fimes voile fur le champ pour Vifle Maffacre, que l’on a depuis nom- mée l’Ifle Dauphine (1): nous la dé- couvrimes peu de tems après ; nous y jettâmes l’ancre devant le Port,en Rade
(1) Elleeft ftuée à trois lieues au midi du Continent, qui ferme. le Golfe de Mexique au Nord, à 27 dégrésenviron 3$ minutes de
AIT IS EE ST
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latitude Nord, & à 286 désrés de longitude, !
de la Louifiane. _ $f foraine, parce que le Ports "étoit bou- ché. Nous mimes trois mois à faire » cette route, & nousn arrivèmes que _ le 25 Août. _ Aufi-tôt que lon eût jetté l’ancre & fait la manœuvre néceffaire en pa- . reille occafion, on chanta le Te Deum, en action de graces de notre heureux voyage, & d'autant plus heureux ; que perfonne n’étoit mort, ni même navoit été dangereufement malade. L'on nous mit à terre avec tous NOS Débarque- … effets. La Compagnie s'étoit engagée ment- _de nous tranfporter avec nos gens & nos effets à {es frais, de nous loger, nourrir & tranfporter également juf- ques fur le lieu de nos ” Conceffions. … Je fus logé de même que mes engagés - chez M. de la Pointe, ancien Capi- taine de Vaïffeau du Canda , & alors . habitant de l’Ifle Dauphine. Nous y. étions aufhi nourris, mais il n’en coûta … guëres à la Compagnie pour ce qui me regardoit ; mon hôte qui avoit de bons pêcheurs , me fit faire une chere excellente en poiflons délicieux de la _côte dont le Golfe eft rempli, tels que la Sarde , le Poiffon rouge , la Morue, jf l Efurgeon, la Raïe BU AelEe & quan- :tité d’autres Poïilons de toute efpèce
B v; |
”
FE
07 AT 1e Ffifotres 4 "4 _ PeGriprion de & des meilleurs. La Sarde efEungtand Poïflon rouge, Poiflon dont la chair eft fine, & d’un Pa ie très-hon goût, l’écaille moyennement. fe trouvent fr grande eft grife : le Poiflon rouge efk Lars 18 ainfi nommé à caufe de fon écaille qui. eff rouge & large comme un écu de fix livres fur les gros ; la Morue que: l’on pêche fur cetre côte, eft de la, moyenne efpèce & très-délicate ; la Raie eft. la même qu'en France. Avant. de partirde cette Ifle, il ne fera peut-- être point hors. de propos d’en. dire: | uelque chofe. Pcurquoi Pile [/[fle Maflacre fut. nommée ainf Dauphine fur ” : : ÿ d’abord appel. Qar les premiers François.qui y abor- D le Mafa- derent, parce.qu’au bord de cette Ifle: hi an trouva une butte qui parut extraor-- dinaire dans une [fle toute olatie, qui paroifloit n’avoir-été formée que parles. fables que quelque gros coup de vent y: avoit-jettés, vû que toute la côte ef: très platte., &que lelong decette côte. il.y aune chaine de pareilles Iles qui. femblent fe tenir par leurs pointes.les. unes aux autres, @& faire une ligne: paralléle avec la côte du Continent. &ette butte, dis-je, ayant paru. ex-- traordinaire, on l’examina. de. près ». en apperçut en différens endroits des: : #3. de morts fortir du peu de terre qui.
A
F
de la Eomfiane $Ÿ es couvroit ; alors la curiofité enga= igea à: gratter cette terre en plufieurs: endroits ; mais ne trouvant deffous:
qu'un tas d’offlemens , ons’écria avec: effroi: ah Dieu, quel maflacre! L'on:
a appris des Naturels qui n’en font:
pas loin , qu'une Nation voifine de:
cette Jile, étant en Guerre avec une:
autre bien: plus puiflante qu’elle, fut:
contrainte de quitter larcôte, qui n’eft qu'à trois lieues, & de pafler dans:
cette Ifle, pour y prolonger fes jours 5:
que leurs ennemis fe confiant avec rai-- fon en leurs-forces, les pourfuivirent:
jufques dans leur foible retraite , &les-
détraifirent entierement, & fe retire-
rent après-avoir élsvé ce Trophée in--
humain à leur Barbarie vi&torieufe.
Jai vû ce funefte monument, qui m’a
fait juger que cette malheureufe Na-
tion devoit être encore afféz nombreu-- fe vers fa fin, puifqu'il ny devoit y
* avoir que les os des:Guerriers & des:
Vicillards:; leur coûtume étant de fai- re Efclaves les jeunesfemmes, les fl
les & les enfans.. Teile eft Forigine du’
_ premier nom de cette Ifle, que l’on: Changea à notre arrivée en celui d’Ifle.
Duaphine ; il étoit, ce femble, de la: prudence ,.de-ne lui pas laiffer un nom f&
*Defcription de
Pifle Dawphi- Br
33. 4 Hifiôtre
ll | |
; puifqu’elle eft le berceau de
pe: | | la Colonie , comme la Mobille en eft.
la naïffance.
Pr
Cette Ile eft très-platte & toute de fable blanc, comme toutes les au- tres, ainfi que la côte ; fa longueur eft d’environ fept lieues de PES à P'Oueft, & fa largeur d’une petite lieue du Nord au Sud, fur-tout vers le Le- vant, où s’étoit formé l’établiffement à caufe du Port qui fe trouvoit au Midi vers ce. bout de l’'Ifle , mais qui
fut bouché par un coup de Mer peu
ayant notre arrivée 3 le bout de l’Eft
va en pointe ; elle eft affez bien boifée
de Pins ; mais elle eft fi aride & fi brû-
lante à caufe de fon fable chriftallin,
qu'aucun légume n’y peut croître, & que les befliaux ont peine à y trou- ver. de quoi vivre. Ce féjour ennuyant me donna , dès mon arrivée un ardent defir de le quitter promptement. Je me diffipai de mon mieux à la vérité pendant trois jours que nous y fumes à attendre M. de Biaïinville , Comman- dant Général pour la Compagnie dans cette Colonie. ù | Ce Commandant étoit allé marquer l'endroit où l’on devoit bâtir la Ca-
pitale fur un des bords du Fleuve S..
1
à +
t
> »
Louis ; où elle eft à préfent , & a été . nommée la Nouvelle Orleans, en l’hon- neur de Monfeigneur le Duc d’Orleans,
de la Louifiane: 30
V4
pour lors Régent du Royaume. Le Commandant Général arriva en-
fin, & reçût tous les Conceflionnai- res ; le lendemain je fus le voir , & lui … préfentai la Lettre de la Compagnie, . & en même tems l’Adte pañlé avec
elle, qui conftatoient mon crédit. Il . me dit qu'il étoit bien aife que j'eufle _ choifi ma Couceflion près de la Capi- tale , parce qu’une bonne métairie * près d’une Ville , eft fouvent d'un meilleur rapport qu’une Terre Sei- } gneuriale dans les bois, plus propres … à la Chaffe qu’au Commerce. Je le priai … de me faire partir le plûtôt qu’il pour- roit ; il me promit que je partirois par - la premiere voiture qui feroit prête.
Trois ou quatre. jours après il mé demanda fi je n'avois pas une Bouflole |
| à cadran; qu'il feroit bien aife d'en
faire acquifition pour le fervice de la Compagnie ; je lui dis que j'en avois,
. &cque je men priverois volontiers pour le fervice de la Compagnie ; nous con-
vinmes d’un prix hô@nnête , & je la lui
… cédai. Cette Bouflole étoit pour le
départ de M. du Tiffener, Capitai-
- = 3%
& Hifioire. ‘ ne, qui entrèprenoit d'aller par: terré: depuis cette Îfle jufqu’en Canada. Er effet , peu de jours après que j’eus cédé ma Bouflole,. ii partit. de cette Jfle avec quatorze Canadiens ; il fe- fit mertre {ur la terre du: Continent, (. comme il me lavoir dit ) &: à l'Eft de l'embouchure de la Riviere de Mo-- bille ; puis prenant fa route au Nord- Eft, alla pañler chez les Alibamons 3: de-là gagna le haut des Rivieres, en fuite ie Fieuve S. Laurent qui le con. duitit à Quebec. Îi comptoit n'avoir pas plus de cinq cens lieues à faire: pour fe. rendre à. cette. Capitale du Canada, d'où il revint l’année fuivan-: te par les Rivieres avec fa famille ;. il: fat depuis mon Commandant aux Nats chez: |
de la Eouifiane: 4%
CHAPITRE I.
Départ de L'Auteur pour fa Conceffion :
Defcriprion des endroits par lefquels il paîle jufques à la Nouvelle Or- leans : Lettres-Parentes données par le Roi, en forme d'Edit , en faveur de l'Etabliffement dune Colonie à la Louifiane. |
| L E tems de mon départ tant defiré | arriva enfin ; M. de Biainville m'en avertit quatre jours auparavant 3 je le remerciai & m°’y préparai avec au moins autant de joye que de diligen- _ ce. J'e partis avec mes Engagés, mes _ effets & une Lettre par M. Paillou,. Major Général à la Nouvelle Orleans ; & qui y commandeit en l'abfence de _ M. de Biainville. Nous côtoyâmes le Continent , & fûmes coucher à l’em- bouchure de la Riviere des Pafca- Ogoulas ; cette Riviere eff ainfi nom- mée, parce que près de fon embouchu- re & à l'Eft d’une Baye de même nom, . habite une Nation que lon nomme Pafca-Ogoulas , qui fignifie Nation du . Pain; fur quoi on peut remarquer que
—
s 42 Le ae | dans Ja Province de la Louifiane, lé nom de plufieurs Peuples fe termine par ce mot Opoula, qui fignifie Na- uon, & que la plüpart des Rivieres tirent leurs noms de la Nation qui ha- bite fur fes bords. Nous paflâmes de- là devant le Biloxi, où étoit autrefois une petite Nation de ce nom ; enfuite devant la Baye de S. Louis , laiffant à notre gauche fucceffivement lIfle Dau- phine, l’Ifle à Corne ; l'Ifle aux Vaif- {eaux & lIfle aux Chats. |
- Jai fait la defcription de l’Ifle Dau- Defcription de phine avant d’en partir ; venons aux Fe à Corne troïs fuivantes. L’Ifle à Corne eft très-platte & paflablement boifée, lon- gue d'environ fix lieues ; étroite en pointe du côté de l'Oueft: je ne fçais fi pour cette raïfon, ou à caufe de la quantité de bêtes à cornes qui y étoient , elle fut nommée ainfi ; maïs ce qui eft-sûr, c’eft que les premiers Canadiens qui s’étoient établis à l’Ifle Dauphine, y avoient mis la plüpart leurs beftiaux & en grande quantité; au moyen de quoi ils fe font enrichis en dormant, Ces beftiaux n ayant point befoin dans cette Ifle d’être gardés ni d’aucun autre foin, fe font multipliés de façon que les Maïtres en ont re*
de la Louifiane. 45 tiré de groffes fommes à notre arri- vée dans la Colonie. Il y auroit grand plaifir, d’avoir en France des Parcs bien fournis de pareil gibier. PhHEn-füivant toujours lOuelt, on _ trouve Pfle aux Vaiffeaux , ainfi nom- A mée, parce qu’il y a un petit Port feaux . dans lequel fe font mis à couvert en » différens tems plufieurs Vaifleaux; mais », comme elle eft éloignée de quatre . lieues de la Côte, & que celle-ci ef . : fi platte, que les Chaloupes n’en peu- vent approcher plus près que d’une de. mie lieue, ce Port devient tout à-fait . inutile.Cette Ffle peut avoir cinq lieues _ delong, & une grande lieue à la pointe _ de lOueft. Auprès de cette pointe eft . ce Port, au Nord, quiregardela terre; . du côté de l'Eft, cette [fie peut avoir une demie lieue 3 elle eft aflez boifée , & n’eft habitée que par des rats qui y fourmillent. | A deux lieues de diftance , en allant perstprton de toujours vers l'Oueft , on rencontre die, ) . / AtSe l'Ifle aux Chats, ainfi nommée, parce FL “ que dans le tems qu’on la découvrit, + on y en trouva un grand nombre; cette Ifle eft très-petite , & n’a pas plus … de demie lieue de diamétre ; le bois y » ef fourré en bas, ce qui détermina
De lle aux. Œoquilles.
#£ .: Hiftoire fans doute ,. M. de Biainville à y met: tre quelques porcs avec leurs femelles; ils fe multiplierent à telle quantité, qu’en 1722, quon y fut à la chañle, on ne voyoit autre chofe, jufques-là qu'on jugea quil falloit qu’ils {e man- geâflent les uns les autres ; on trouva aufli qu'ils avoient détruit les Chats. Foutes ces [fles font très - plattes , & ont le même fond de fable blanc 3 leurs bois, fur-tout des trois premie- res, font des Fins ; elles font, à peu: de chofe près, à même diftance du Continent, dont la Côte eft femblable. Après avoir pañlé la Baye de S. Louis , dons j'ai parlé, on entre dans: les Chenaux qui conduifent au Lac de Pontchartrain, que l’on nomme à pré- fent le Lac de S. Louis ; de ces deux Chenaux , lun eft le grand Chenal & Pautre le petit ; ils ont environ trois lieues de long , & font formés par une- chaîne d’Iflots entre la terre ferme &e: PIfle aux Coquilles.. Le grand Chenal eft au Midi, | ou Nous couchâmes au bour des Che= naux dans l'Lfle aux Coguilles : fon: nom lui. vient de ce qu’elle eft pref- que entierement formée de Coquilles... que l’on.nomme dans.les Ports de. Mers
LU. de la Louifiane. 4 des Coquilles de Palourdes, fans au- - cun mélange d'aucun autre Coquillage ; “ ces Coquilles font de la même ef- | pèce que celles que portent les jeu- nes gens de Paris au pélérinage de . S. Michel. Cette Ifle ferme le Lac de … S. Louis du côté de l’Eft, & laifle deux iflues à ce Lac à fes deux extré- … mités ; l’une par laquelle nous enträ-
mes, qui font les Chenaux, dont je
viens de parler, & l’autre par le Lac Borgne. Ce Lac communique encore par l’autre bout vers FOueft & par un canal, au Lac de Maurepas ; il peut avoir dix lieues de long, de l'Eft à l'Oueft, & fept lieues de large au Nord ; plufieurs Rivieres s’y jettent » en courant vers le Sud. Au Midi de ce Lac eft un grand Bayouc (1), que l'on nomme le Bayouc $S. Jean ; il vient d’auprès de la Nouvelle Orleans, & tombe dans ce Lac à la pointe aux Flerbes , qui avance beaucoup dans ce Lac, qui eft à deux lieues de l’Ifle aux Coquilles. Nous pañffâmes près de cette pointe, qui n'elt qu’un marais trem- blant : de-là on va au Bayouc Tchoupic
(1) Bayouc eft un grand ruiffleau d’eau morte, Où on ne voit que très-peu, OU méme prefque point de courant,
Lac Borgnes
| AG : Hifloire
dE 5 cb
(1), à trois lieues de la pointe aux Herbes : toutes ces petites Rivieres - qui fe déchargent dans ce Lac, ren-
dent ces eaux prefque douces, quoi- qu'il communique à la Mer; ce qui fait que l’on trouve dans ce Lac quan- tité de Poiflons de Mer, &, à ce que Von dit , des Carpes qui pafleroïent en France pour monftrueufes. - |
Nous enträmes dans ce Bayouc
\
Tchoupic, à l'entrée duquel il y a
à préfent un Fort. On remonte ce
Bayouc lefpace d’une lieue , & l’on
débarque où étoit autrefois le Village
des Naturels nommés Cola Piflas, nom
corrompu par les François ; le vrai nom de cette Nation eft Aquelon Pif°
fas, c'eft à-dire la Nation des Hom- mes qui entendent & qui voyent. De:
cet endroit il n’y a plus qu'une lieue jufqu’à la Nouvelle Orleaus, & au pitale eft conftruite. | Plufieurs perfonnes qui pourroient avoir envie de pañler dans cette Co-
lonie , feroient fans doute bien aïfes de
{rÿ On nomme ainfñ ce Bayouc, parce que l’on y pêche le Poiffon Tchoupic , dont, je donnerai la Defcription en fon lieu,
Fleuve S. Louis , fur lequel cette Cas
de la Lou jf ane, lire les Lettres-Patentes en forme d’'E- dit: que le Roi donna en conféquence de ce nouvel Etabliffement ; c’eft pour- quoi je crois les obliger de les inférer ici, puifqu'il eft difficile d’en trouver, fur-tout lorfque le tems de la date s’é- Joigne A nôtre,
LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT,
Por tant Erabliflement d'une Compagnie de Commerce fous le nom de Com-
pagnie d Occident ; ; Données à pue au mois d'Août 1717
op 3 D OUIS par la grace de Dieu Roi de France ë de Navarre :
> À tous prélens & à venir ) Salut.
» Nous avons depuis notre avénement
.» à la Couronne travaillé utilement à
ë >» rétablir le bon ordre dansnos Finan- .» ces, & à réformer les abus que les
on longues Guerres avoient donné occa- .» fion d' yintroduire; & Nous n’avons 1» pas eu moins d'attention au rétablif-
MU» jets , qui contribue autant à leur
{
Aus * Hifloire KA
» bonheur que la bonne adminiftra-. » tion de nos Finances ; mais par! » la connoïiffance que Nous avons » prife de l’état de nos Colomnies fi- >» tuées dans la partie Septentrionale » dePAmérique., nous avons recon- “nu qu'elles avoient d’autant plusbe- # foin de notre protection que le fieur » Antoine Crozat , auquel le feu Roi » nôtre très-honoré Seigneur & Biza- _æyeul, avoit accordé par fes Lettres- » Patentes du moiïs de Septémbre de > Pannée 1712. le privilege du Com- » merce exclufif dans notre Gouver- » nement de la Louifanne, Nous a » très - humblement fait fupplier de » trouver bon qu’il Nous le remit , ce » que Nous lui avons accordé par » l’Arrêt de notre Confeil du vingt » troifiéme jour du préfent mois ; & » que le Traité fait avec les fieurs Au- » bert, Neret & Gayot le dixiéme » jour du mois de Mai de l’année 1706. æ pour la traite du Caftor de Canada » doit expirer à la fin de la préfente » année. Nous avons jugé qu'il étoit » néceflaire pour le bien de notre fer- » vice & l'avantage de ces deux Co- » Jonies, d'établir une Compagnie eñ # état d'en foutenir le Commerce , ss » de
de la Louifiune. 49 wde faire travailler aux différentes » cultures & plantations qui s’y peu-
vent faire. À CES CAUSES & autres » à ce Nous mouvans,de l'avis denotre » très cher & très-amé Oncle le Duc
» d'Orléans , Petit fils de France, Ré-
» gent , denotre très-cher & très amé » Coufin le Duc de Bourbon, de notré » très-cher & amé Coufin le Prince de » Conty , Princes de notre Sang, de » notre très-cher & très-amé Oncle le
» Duc du Maine , de notre très-cher &
» très-amé Oncle le Comte de Tou- » Joufe, Princes légitimés, & autres » Pairs de France, Grands & Notebles æ Perfonnages de notre Royaume ; & » de notre certaine Science , pleine » Puiffance & Autorité Royale, Nous » avons dit, ftatué & et ire » {ons, ftatuons & ordonnons , vou- » lons & nousplait.
ARTICLE PREMIER.
» Qu'il foit formé en vertu des
» Préfentesune Compagnie de Com-
> merce fous le nom de Compagnie » d'Occident , dans laquelle il fera per- » mis à tous nos Sujets de quelque » rang & qualité qu'ils puiflent être, æ» même aux autres Compagnies for-
Tome L,
1
LT Hifloire M » mées ou à former, & aux Corps & » Communautez , de prendre intérée + pour telle fomme qu'ils jugeront à » propos, fans que pour raifon dudit » engagement ils puiflent être réputez » avoir dérogé à leurs titres , qualitez » & noblefle ; notre intention étant » qu'ils jouifient du bénéfice porté » aux Edits des moïs de Mai & Août » de l’année 1664. Août 16609. & » Décembre de l’année 1701. que » Nous voulons êtreexécutez fuivanc » leur forme & teneur.
» ÏI. Accordons à ladite Compa- » gnie d'Occident le droit de faire feu- » le pendant l’efpace de vingt-cinq » années, à commencer du jour del’en- » repiftrement des Préfentes ,le Com- + merce dans notre Province & Gou- » vernement de la Louifiane , & le » privilége de recevoir à lexclufion » detous autres dans notre Colonie » de Canada, à commencer du pre- » mier du mois de Janvier de l’année » 171€. jufques & compris le dernier » Décembre de l’année 1742. tous » les Caftors gras & fecs que les habi- » tans de ladite Colonie auront trai- » té ; Nous réfervant de régler fur les » Mémoires qui Nousferont envoyez
Fr
de la Louifiane. St # dudit pays, les quantitez des diffé- » rentes efpeces de Caftors que la _ æ Compagnie fera tenue de recevoir » chaque année defdits Habitans de æ Canada , & les prix aufquels eile fe- » ra tenue de les leur payer. | » JII. Faifons défentes à tous nos autres Sujets de faire aucun Com » merce dans l’étendue du Gouverne- »ment de la Louifianne pendant le >» temps du privilege de la Compagnie _ » d'Occident, à peine de confication. » des marchandifes & des Vaiffeaux : __» N’entendons cependant par ces dé- »_ fenfesinterdire aux Habitans leCom- » mérce qu’ils peuvent faire dans ladite » Colonie , foit entr'eux, foît avec > les Sauvages.
a» Ï V. -Défendons pareïllement à » tous nos Sujets d'acheter aucun Caf »tor dans l'étendue du Gouverne- »-ment de Canada, pour le tranfpor- ter dans notre Royaume , à peine 2 de confifcation dudit Caftor au pro- » fit de la Compagnie, même des Vaif£ » feaux fur lefquels 1l fe trouvera em- » barqué. Le Commerce du Caftor » reftera néanmoins libre dans l’inté- » rieur de la Colonie , entre les Né- » gocians &les Habitans qui pourront GC ij
52 Hifloire » continuer à vendre & acheter er » Caftor , comme ils ont toujours > fait,
» V. Pour donner moyen à ladite » Compagnie d'Occident de faire des > établiflemens folides, & la mettreen » état d'exécuter toutes les entreprifes » qu’elle pourra former , Nous lui » avons donné, octroyé , & concédé 3 » donnons ,oétroyons & concédons » par ces Préfentes à perpétuité toutes » les Terres, Côtes, Ports, Havres, » & Ifles qui ‘compofent notre Provin- » ce dela Louifianne , ainfi, & dans la » même étendueque Nous lavions ac- » cordé au fieur Crozat, par nos Let- » tres Patentes du quatorziéme jour » du mois de Septembre mil fept cens » douze, pour en jouir en toute » priété , Seigneurie & Juftice 5n » Nous réfervant autres droits ni » voirs que la feule foy & hommagez » lige , queladite Compagnie {era te- »nue de Nous rendre, & à nos fuc- » cefleurs Rois, à chaque mutation de » Roi , avec une Couronne d’or du >» poids de trente marcs.
» VI. Pourra : ladite Compagnie
» dans les Pays de fa conceffion , trai-
» ter & faire ailianceen notre nomavyec
. ea e
de la Louifiane. (E1 » toutes les Nations du pays, autres. >» que celles dépendantes des autres » Puifflances de l'Europe , & convenir » avec elles des conditions qu’elles ju-
>» gera à propos pour sy établir, &c
. #/ LA » faire fon Commerce de gré à gré ; æ & en cas d’infulte, elle poura leur
_ » déclarer la guerre, les attaquer ou æ fe défendre par la voie des armes,
» & traiter de paix & de tréve avec » elles. je » VII. La propriété des mines &c » minieres que ladite Compagnie fera » ouvrir pendant Je tems de fon privi- » lége, lui appartiendra incommuta- » blement , fans être tenue de Nous + payer pendant ledit tems, pour rai- » fon defdites mines & minieres au- » Cuns droits de Souveraineté , def-
» quels Nous lui avons fait & faifons _» don par ces Préfentes.
» VIIT. Pourra ladite Compagnie
_ » vendre & aliéner les terres de facon- » ceffion à tels cens & rentes qu'elle ju-
» geraà propos, même les accorder en
>» franc Aleu, fans Juftice, ni Seigneu- > rie. N’'entendons néanmoins qu’elle
» puifle dépofléder ceux de nos Sujets
.» qui font déja établis dans le Pays de .> fa conceflion , des terres qui leur ont
C ij
Hifloire | _» été concédées, ou de celles que fans » conceflion ils auront commencé à » mettre en valeur. Voulons que ceux » d’entr’eux qui n’ont point de Bre- » vets,ou Lettres de Nous, foientte- >» nus de prendre des conceffions de la » Compagnie, pour s’aflurer la pro- » priété des terres dont ils jouifient, » lefquelles conceffions leur feront » données gratuitement.
»['X. Pourra ladite Compagnie » faire conftruire tels Forts , Cha. » teaux, &c Places qu'elle jugera né- » ceffaires pour la défenfe des Pays + que Nous lui concédons ; y mettre » des Garnifons, & lever des gens » de guerre dans notre Royaume , “en prenant nos permiflions en la 2 forme ordinaire & accoûtumée.
» X. Ladire Compagnie pourra aufli # Établir tels Gouverneurs, Officiers, æ Majors & autres, pour commander » les Troupes qu'elle jugera à propos, æ lefquels Gouverneurs & Officiers » Majors Nous feront préfentez par » les Directeurs de la Compagnie pour » leur être expédié nos Provifions ; & » pourra ladite Compagnie les defti- >» tuer toutes fois & quantes que bon » li femblera, & en établir d’autres
PM Londrañe. S% en leurs places, aufquels Nous fe- » rons pareillement expédier nos Let- » tres fans aucune difficulté ; en atten- » dant l'expédition defquelles , lefdits -» Officiers pourront commander pen- æ dant le temps de fix mois, ou un an _» au plus fur les Cominiffons des Di- » recteurs 3 & feront tenus lefdits __» Gouverneurs & Officiers Majors de _» Nous prêter ferment de fidélité.
» X I. Permertons à ceux de nos » Officiers militaires qui font préfen- » tement dans notre Gouvernement de » la Louifiane , & qui voudront y » demeurer ; de même qu’à ceux qui » voudront y pañler fous notre bon » plaifir, pour y fervir en qualité de » Capitaines, ou de Subalternes, d'y » fervir fur les Commifions de la _ » Compagnie, fans que pour raifon de » ce fervice, ils perdent les rangs & . » grades qu’ils peuvent avoir actuelle- _ » ment, tant dans notre Marine, que _ » dans nos Troupes de terre ; voulant _» que fur les permiffions que Nous leur _»en accorderons, ils foient cenfez & » réputez être toujours à notre fervice 5 » & Nous leur tiendrons compte de » ceux qu’ils rendront à ladite Comp:= » gnie , comme s’ils Nous lesrendoiert » à Nous-mêmes. C ir
68 0. NP
» XII. Pourra aufi ladite Compa- » gnie armer & équiper en guerre au æ tant de Vaifleaux qu’elle jugera né- > ceflaires pour lPaugmentation & la » füreté de fon Commerce, fur lefquels » elle pourra mettre tel nombre de ca- » nons que bon fui femblera , & arbo- » rer le Pavillon blanc fur l’Arriere & 5 au Beaupré, & non fur aucunsdes au- » tres Mats ; & elle pourra auffi faire
>» fondre des canons à nos Àrmes , au
>» deffous defquels elle mettra celles > que Nous lui accorderons ci-après. » XIIT. Pourra ladite Compagnie , » comme SeigneursHautsJufliciers des æ Pays de fa conceffion, y établir des
« d … »' “2
…—
» Juges & Cficiers par tout où befoin :
æ fera & où elle trouvera à propos ; » & les dépofer & deftituer quand bon > Jui femblera ; lefquels connoïtront de + toutes affaires de Juftice, Police, &
» Commerce, tant Civiles que Crimi-
» nelles ; & où il fera befoin d'établir » des Confeïls Souverains, les Off- > Ciers dont ils feront compolez, Nous » feront nommés & préfentés par les » Directeurs Généraux de ladite Com- > pagnie ; & fur lefditesnominations ,
> les Provifions leur feront expédiées,
> XIV. Les Juges de l'Amirauté
gate
de la Louifrane. 57 . > qui feront établis dans ledit Pays de »la Louifiane, auront les mêmes fonc- » tions , & rendront la Juftice dans la > même forme ; & connoîtront des _ >» mémesaffaires, dont la connoiffance _» leur eft attribuée, tant dans notre » Royaume , que dans les autres Pays. » foumis: à notre obéiffance ; & feront
æ par Nous pourvüs fur la nomination
» de l’Amiral de France.
» XV, Seront les Juges établis en »touslefditslieux , tenus de juger fui- » vant les Loix, & Ordonnances du » Royaume, & fe conformer à la Coù- ætume de la Prévôté & Vicomté de » Paris , fuivant laquelle les Habitans » pourront contracter , fans que l’on y: æ puifle introduire aucune autre Coù- »tume,pouréviter ladiverfité.
_ _» XVI, Tous Procès qui pourront » naître en France entre la Compa- » gnie & les Particuliers pour raïfon . » des affaires d’icelle ,. feront terminés _» & jugés par les Juges-Confuls à Pa- æris, dont les Sentences s’exécuteront »en dernier rellort jufqu’'à la fomme » de quinze cens livres &au deflus par . »provifion, fauf l'appel en notre Cour. _» de Parlement de Paris ; & quant aux > matieres Criminelles dans lefquelles
GC v
2 Hifloire "4 » la Compagnie fera partie, foit en de= » mandant , foit en défendant , elles{e= » ront jugées parles Juges ordinaires , » fans que le Criminel puiffe attirer le » Civil, lequel fera jugé comme il eft >» dit cy defius,
» XVIT. Ne fera par Nous accordé » aucune Lettre d'Etat ni de Répy, » Evocation, ni Surféance, à ceux qui » auront acheté des effets de la Com- » pagnie, lefquelsferont contraints au » payement de ce qu'ils devront, par ples voyes, & ainfi qu'ils y feront » obligés.
» X VIIT. Nous promettons à la= » dite Compagnie de la protéger, & » défendre, & d'employer la force de » nos armes, s'il eft befoin, pour la + maintenir dans la liberté entiere de + fon Commerce & navigation, & de » Jui faire faire raïfon de toutes injures » &t mauvais traitemens, en cas que + quelque Nation voulüt entreprendre » contre elle,
» XIX. Si aucuns des Directeurs, » Capitaines des Vaifleaux , Officiers, » Commis, ou Employez, a@uelle- + ment occupés aux affaires de la Com- » pagnie, étoient pris par les Sujets edes Princes & États avec lefquels
23 de la Louifiane. sa . » Nous pourrions être enguerre, Nous > promettons de les faire retirer, ou PECMUPET.. » XX. Ne pourra ladite Compa-
» gnie fe fervir pour fon Commerce » d’autres Vaifleaux que ceux à elle » appartenans, Ou à nos Sujets armés » dans les Ports de notre Royaume » d’équipages François, où ils feront » tenus de faire leurs retours; ni faire » partir lefdits Vaiffeaux des pays de » fa conceflion pour aller à la Côte de » Guinée directement ; fous peine d’é- » tre déchüe du préfent privilége,& de >» confifcationdes Vaiffeaux & des mare » chandifes dont ils feront chargez.
_ » XXI. Permettons aux Vaifleaux » de ladite Compagnie, même à ceux » de nos Sujets qui auront permiffon » d'elle ou de fes Directeurs , de cou- »rir fur les Vaïffleaux de nos Sujets ? qui viendront traiter dans les Pays à _meile concédés, en contravention de + 4 ÿ _» ce qui eft porté par les Préfentes ; & » les prifes feront jugées, conformé- » ment aux Réglemens que Nous fe- _» rons à ce fujet.
_ » XXII. Tousleseffets, marchan- _mdifes, vivres, & munitions qui fe # trouveront embarqués fur les Vaif-
GC y]
60 Hifloire
» de ladite Compagnie , feront cen- © fés & réputés lui appartenir; à moins > qu'il n’apparoifle par des Connoïfie- » mens en bonne forme qu'ils ont été » chargés à fret par les ordres de la
r À # *
#
» Compagnie , fes Directeurs, ou Pré-
x pOfés.
» XXIIT. Voufons que ceux de nos
» Sujets qui pañeront dans les Pays
/ # À Q e . 0 » concédés à ladite Compagnie, jouif- » fent des mêmes libertés & franchifes
» que s'ils étoient demeurant dans no- mire Royaume, & que ceux qui y’
» naîtront des Habitans François du- » dit pays , @& même des Etrangers »> Européens, faifant profeflion de la >» Religion Catholique, Apoftolique
» 6 Romaine, qui pourront s'y éta-
» blir, foient cenfés & réputés Regni=
».coles ; & comme tels capables de » toutes fucceflions, dons; legs, & » autres difpofitions, fans être obligez
» d'obtenir aucune Lettres de neu-
» tralité.
» XXIV.Et pour favorifer ceux de æ nos Sujets qui s’établiront dans lef- æ dits Pays, Nous les avons déclarés & » déclarons exemps tant que durera le
» Privilége de la Compagnie, de tous.
æ droits, fubfides & impofirions., tels
de la Louifiane, 6r
_# qu'ils puiflent étre, tant furles Per »{onnes & Efclaves , que fur les mar+
» chandifes. |
- »X XV. Les denfées & marchan
- » difes que la Compagnie aura .defti- _ »nées pour les Pays de fa conceflon ; > & celles dont elle aura befoin pour “ > la conftruction, armement ; & avi- _ »- tualllement defes Vaïfleaux, feront »exemptes detous droits, tant à Nous
» appartenans , qu'à nos Villes, tels >» qu'ils puiflent être , mis & à mettre ,. # tant à l’entrée qu’à la fortie ; & en- >» core qu’elles fortiffent de l'étendue _» d’une de nos Fermes pour entrer _5 dans une autre, ou d'unde nos Ports. 2 pour être tran{portées dans une au+ ætre, où.fe fera l'armement ; à la chare #2 ques Commis & Prépolés don- ».neront leurs foûmifiions de rappor- »ter dans dix-huit mois, à compter du » jour d’icelles, certificat de la dé+ _» charge dans les Pays pour lefquels » elles auront été deftinées 3. à pei- >. ne, en cas de contravention, de payer
» lequadruple des droits ; Nous réfer- >» vant de lui donner un plus long délä. » dansles cas & occurences que Nous » jugerons à propos,
» XXVIL Déclarons parçillement
62 Hifloire AS |» ladite Compagnie exempte des droits » de péage, travers, paflage, & autres impofitions qui fe perçoivent à rotre » profit ès KRivieres de Seine & de » Loire, fur les futailles vuides, bois, » mairain , & bois à bâtir Vaifleaux, » & autres marchandifes appartenan- » tes à ladite Compagnie, en rappor- >» tant par les voituriers& conducteurs » des certificats de deux de fes Direc- 2 reurs, |
» XX VIT. En cas que ladite Com- » pagnie foit obligée pour le bien de » fon Commerce de tirer des Pays » Etrangers quelques marchandifes » pour les tranfporter dans les Pays » de fa conceflion , elles feront exemp- »tes de tous droits d'entrées & de » fortie, à la charge qu’ellesferont dé- » pofées dans les magazins de nos » Douanes, ou dans ceux de ladite » Compagnie, dont les Commis des » Fermiers Généraux de nos Fermes, r & ceux de ladite Compagnie auront + chacun une clef, jufqu’à ce qu’elles » fojent chargées dans les Vaifleaux de » la Compagnie , qui fera tenue de » donner fa foumiflion de rapporter » dans dix-huit mois, à compter du > jour de la fignature d’icelle certificat
de la Louifiane. 63 » de leur décharge efdits Pays de fa D conceffion , à peine en cas de con- # travention de payer le quadruple des _» droits, Nous réfervant lors que la » Compagnie aura befoin de tirer def- » dits Pays Etrangers quelques mar- » chandifes, dont l’entrée pourroit être » prohibée , de lui en accorder la per- » miffion, fi Nous le jugeons à pro- » pos,fur les états qu’elle Nous en pré- » fentera.
» XXVIIT. Les marchandifes que _» ladite Compagnie fera apporter dans » les Ports de notre Royaume pour » foncompte , des Pays de fa concef- - » fion, ne payeront pendant les dix > premieres années de fon privilege, » que la moitié des droits que de pa- » réilles marchandifes venant des Ifles . » & Colonies Françoifes de l’Améri- » que doivent payer , fuivant notre » Réglement du mois d'Avril dernier 3 » & fi ladite Compagnie fait venir def- _ »dits Pays de fa conceflion d'autres x marchandifes que celles qui viennent » defdites Ifles & Colonies Françoi- > fes de l'Amérique, comprifes dans ip > notredit Réglement , elles ne paye- | »ront que la moitié ‘des droits que æ payeroient d'a autres marchandiles de
64 flore RUE $ » même efpéce & qualité, veriant des w » Pays Etrangers, foïit que lefdits u » droits Nous appartiennent, ou ayent » Été par Nous ahénés à des particu- » lier. Et pour le plomb , le cuivre, & » les autres métaux, Nous avons ac: » cordé & accordons à ladite Compa- » gnie l’exemption entiere de tous # droits, mis & à mettre fur iceux 5; » mais fi ladite Compagnie prend des + marchandifes à fret fur fes Vaiffeaux ,. » elle fera tenue d’en faire faire la dé- à claration aux Bureaux de nos Fermes >» par les Capitaines,dans la forme or- æ dinaire , &c lefdites marchandifes > payeront les droïts en entier, A l'é-
æ gard des marchandifes que ladite » Compagnie fera apporter dans les æ Ports de notre Royaume désommez
» en l'Article XV. du Réglement du » mois d'Avril dernier , où dans ceux | » de Nantes, Breft, Morlaix, & Saint-
æ Malo, pour fon compte, tant des » Pays de fa conceffion; que des Ifles: » Françoifes de l'Amérique,provenant
æ de la vente des marchandifes du crû ” de la Louifiane , deftinées à étre » portées dans les Pays Etrangers ;. >» elles feront mifes en dépôt dans les »-magazins des Douanes des Perts où
de la Louifiane. 65 pellesarriveront, ou dans ceux de la » Compagnie en la forme ci-deffus pref- » crite, jufqu’à ce qu’elles foient enle- » vées ; & lorfque les Commis de ladite » Compagnie voudront les envoyer
» dans les Pays Etrangers par mer ou
>» parterre par tranfit, ce qui ne fe pour- » ra que par les Bureaux défignés par » notredit Réglement du mois d'Avril
> dernier , ils feront tenus de prendre
» des acquits à caution, portant fou- » miflion de rapporter dans un certain » temps certificat du dernier Bureau
_» de fortie, qu’elles y auroñt pañé, &
x
» un autre de leur décharge dans les >» Pays Etrangers. F
_ XXIX. Si la Compagnie fait conf- » truire des Vaiffleaux dans les Pays de >» fa conceflion , Nous voulons bien, æ lorfqu'ils arriveront dans les Ports
. “de notre Royaume pour la premiere fois, lui faire payer par forme de
» gratification fur notre Tréfor Royal,
» fix livres par tonneau pour les Vaif- > feaux du Port de deux cens ton- » neaux & au deffous, & neuf livres » auflipar tonneau pour ceux de deux » cinquante tonneaux êc au deflus, &
» ce en rapportant des certificats des
» Directeurs de la Compagnie aufdits
|
66 = Hifhoire : À > Pays, comme lefdits navires y atà » ront été conftruits. >
» XXX. Permettons à ladite Com » pagnie de donner des permiflions. » particulieres à des Vaïiffleaux de nos » Sujets, pour aller traiter dans les Pays: 2 de fa conceffion, à telles conditions » qu’elle jugera à propos ; & voulens » que lefdits Vaiffeaux munis des per« 2 miflionsde ladite Compagnie , jouif » fent des mêmes droits , priviléges , » & exemptions que ceux de la Com- » pagnie, tant fur les vivres, marchan- » difes, & effets, qui feront chargez » fur iceux, que furles marchandifes & » effets qu’ils rapporteront. |
» XXXI. Nous ferons délivrer de >» nos magazins à ladite Compagnie » tous les ans, pendant le temps de fon » privilege , quarante milliers de pou- » dre à fufil, qu’elle Nous payera au æ prix qu'elle Nous aura coûté. L
» XXXII. Notre intention étant. » de faire participer au Commerce de » cette Compagnie, & aux avantages » que Nous lui accordons , le plus » grand nombre de nos Sujets que » faire fe pourra, & que toutes fortes » de perfonnes puiflent s’y intérefler, » fuivant leurs facultés. Nous voulons
+
de la Louifiane: 67 n que les fonds de cette Compagnie » foient partagés en Aétions de cinq » cens livres chacune, dont la valeur æ fera fournie en Billets de l'Etat, defe » quels les intérêts feront dûs depuis » le premier jour du mois de Janvier » de la préfente année ; & lorfqu’il >» Nous fera repréfenté par les Direc- >» teurs de ladite Compagnie, qu’il au- » ra été délivré des A tions pour faire »un fonds fufifant , Nous ferons fer- » mer les Livres de la Compagnie.
» X XXII. Les Billets defdites Ac- »tions feront payables au porteur, » fignez par le Caïflier de la Compa- » gnie, & vifez par un des Directeurs. » [lenfera délivré de deux fortes, fça- » voir des Billets d’une Action , & des » Billets de dix A ions. |
» XX XIV. Ceux qui voudront en- ,, voyer les Billets defdites AGtions », dans les Provinces, ou dans les Pays Etrangers, pourront les endoffer pour » plus grande füreté , fans que les en- » doflemens les obligent à la garantie : de l’AG@ion.
._ ,, XX XV. Pourront tous les Etran- >, gers acquérir tel nombre d’Actions » qu’ils jugeront à propos, quand mê- #sme ils ne feroient pas réfidens dans
68 Hifhoire >, notre Royaume ; & Nous avons dés » Claré & décrou les Aétions appar= >, tenantes aufdits Etrangers » non fu-
2, Jettes au droit d’Aubeine, ni à aucune
» confifcation , pour caufe de guerres ; Où autrement ; voulant qu’ils jouif= >» {ent defdites Actions comme nos Sue m jets.
» XXX VI. Et d'autant queles pro® »fits & pertes dans les Compagnies » de Commerce n’ont rien de fixes » & que les Actions de ladire Com- » pagnie ne peuvent étre regardées » que comme Marchandifes, Nous per- æmettons à tous nos Sujets, & aux » Etrangers en Compagnie, ou pour » leur compte particulier, de les ache- pter, vendre. & commercer, ainfi # que bon leur femblera.
» XX XVII. Tout AGtionnaire por- > teur de cinquante Aétions aura voix æ délibérative aux Afflemblées : & s’il > eft porteur de cent AG@ions, il aura x deux voix ; & ainft par augmenta- æ tion de cinquante en cinquante. .
» XXXVIIL. Les Billets de l’Etat #reçus pour le fonds des AGions # feront convertis en rentes au de » nier. vingt- cinq, dont les intérefts æcourfont à commencer du: premicg
| de la Louifiane. 69 > Janvier de la préfente année fur notre Ferme du Controlle des Ac- tes des Notaires, du petit Sceau, & Infinuations Laïques, que Nous avons hypotéqué, & affecté, hy- potéquons & affeétons fpécialement au payement defdites rentes: en s conféquence il fera pañlé en notre »nom au profit de ladite Compa- »pnle, par les Commifiaires de no- » tre Confeil que Nous aurons nom- » més à cet effet, des Contrats de qua- »rante mille livres de rente, perpé- »tuelle & héréditaire ; chacun faifant » la reñte d'un million au denier vingt- » cinq, fur les quittances de Finances » qui en feront délivrées par le Gar- » de de notre Tréfor Royal en exer- cice la préfente année, qui rece- » vra de ladite Compagnie pour un » million de Billets de l'Etat à cha- pque payement; & ce jufqu'a con- » curfence des Fonds qui feront por- »mtés pour former les Aions de » ladite Compagnie. |
» XXXIX. Les arrérages defdites » rentes feront payés; fçavoir, ceux » de la préfente année dans les qua- tre derniers mois d’iceile; & ceux » des années fuivantes en quatre paye
: / ;
#70 Hifloire U > mens épaux de trois en trois mois, » par notre Fermier du Controlle de » Actes des Notaires, petit Sceau8t » Infinuations Laïques, au Caiffier de >» ladite Compagnie fur fes quittance: » vifées de trois des Directeurs, qui »lui fourniront Copie collationnée + des Préfentes, & de leur nomination 2 pour la premiere fois feulement.
» XL. Les Directeurs employes… »-ront au Commerce de la Compas x gnie les arrérages dûs de la prés » fente année des Contrats qui fe: » ront expédiés au profit de la Com» » pagnie ; leur défendons très-expref: » fément d'y employer aucune partien » des intérefts des années fuivantes.. “ny de contracter aucuns engagez » ment fur icelles; Voulons que les » Ationnaires foient régulierement » payés des intérefts de leurs Aétions, » à raifon de quatre pour cent pat » année, à commencer du premier » du mois de Janvier de l’année pro: »chaine, dont le premier payement »pour fix mois fe fera au premier » Juillet prochain, & ainfi fucceffi= x vement. k
» XLI. Comme il eft nécefaire » qu’aufli-tôt après l'enregiftrement
de la Louifiane; EL) des Préfentes, il y ait des perfon- nes qui prennent la Régie de tout ce qu'il conviendra faire pour lars rangement des Livres, & des au- tres détails qui doivent former les commencemens de ladite Compa- ‘paie, ce qui ne peut fouffrir aucun retardement ; Nous nommerons pour cette premiere fois feulement les Directeurs que Nous aurons choi- à» fis à cet effet; lefquels auront pou« voir de répgir & adminiftrer les y Affaires de ladire Compagnie ; la- > quelle pôurra dans une A fflemblée gé: y nérale après deux années révolues, » nommer trois nouveaux Directeurs, > ou les continuer pour trois ans, fi »elle le juge à propos; & ainfi fuc- » ceffivement de trois ans en’ trois ans, > lefquels Directeurs ne pourront être > choifis que François ou Regnicoles, " » XLII. Les Directeurs arrêteront » tous les ans à la fin du mois de Dé- » cembre, le Bilan général des Af- » faires de la Compagnie, après quoi b ils convoqueront par une affiche pu- p blique l’Affemblée générale de la- » dite Compagnie , dans laquelle les bp répartitions des profits de ladite Dr feront rélolues & arrê- pm TÉES.
"2 Hifioire ‘4 > XLIIT. Attendu le grand nom:
» bre d'A ions dont ladite Compas » gnie fera compofée, Nous jugeons x néceflaire pour la commodité de nos. » Sujets, d'établir un tel ordre dans æ les payemens, tant des intérefisé _» que des répartitions, que chaque » Porteur d’Actions puifle fçavoir le » jour qu’il pourra fe préfenter à [a » Caifle, pour recevoir fans remif@ » ni délai ce qui lui fera dû. Pouf » cet effet, Voulons que les rentes! » defdites Ations, enfemble les ré= » partitions des profits provenans du » Commerce, foient payées fuivant les: » Numéro defdites Actions, en com » mençant par le premier, fans que là » Compagnie puifle rien changer à » cet ordre ; & que les Directeurs faf= » fent afficher à la porte du Bureau » de ladite Compagnie, & inférer dans » les Gazettes publiques les Numér® » qui devront être payés dans la fes » maine fuivante, REA É » XLIV. Les A&tions de la Compas
» gnie, ni les effets d’icelle, enfemble >» les appointemens des Directeurs , Of » ficiers, & Employés de ladite Com » paonie ne pourront être failis pa » aucune perionne, & fous quelqu » prétexte)
a
te lu Louifiane: 7S » prétexte que ce puifle être, pas mé- #me pour nos propres deniers & af- » faires ; fauf aux Créanciers des Ac- »tionnaires à faire faifir & arrêter en- “tre les mains du Caïflier générai, » & teneur de Livres de ladite Com- m-pagnie, ce qui pourra revenir auf » dits Actionnaires par les Comptes » qui feront arrêtés par la Compagnie, m aufquels les Créanciers feront te- nus de fe rapporter, fans que lef. » dits Directeurs foient obligés de lewæ » faire voir l’état des effets de la Com. » pagnie, ni de leur rendre aucun compte, ni pareillement que lefdits Créanciers puiflent établir des Com- miffaires ou Gardiens aufdits ef- fets; déclarant nul tout ce qui pour= foit être fait à ce préjudice. 5 XLV. Voulons que les Billets de PEtat qui feront remis au Garde de de notre Tréior Royal par ladite Compagnie d'Occident , foïent par: lui portés à lHGtel de notre bonne Ville de Paris ; auquel lieu en pré- “fence du Sieur Bignon Confeiller ordinaire en notre Confeil d'Etat, “Ancien Prevôt des Marchands, du #Sieur Trudaine Confeiller en notre Confeil d'Etat, Prevôt des Mar- Tome I, : 9,1,
À Hifloire Re ».chands en Charge; des Sieurs de * » Serre, le Virlois, Harlan, & Bou- : æ cot , qui ont figné les Billets de E- » tat avec eux, & des Officiers Mu. >» nicipaux dudit Hôtel de Ville qui »sy trouveront, Ou voudront sy » trouver; lefdits Billets de l'Etat fe- > ront brûlés publiquement, inconti- + nent après l’expédition, de chaque. æ Contrat, après en avoir dreflé pro- » cès verbal, contenant les Repiftres, >» Numero , & fommes; en avoir faic » mention fur lefdits Repiftres, & les æen avoir déchargé; lequel procès >» verbal fera figné defdits Sieurs Pre- » yôts des Marchands, & autres dé- » nommés au préfent ÂArticie. |
» XLVI. Les Directeurs auront à » la pluralité des voix la nomination » de tous les Emplois, & des Ca- » pitaines & Officiers fervans fur les » Vaiffleaux de la Compagnie; aufli- » bien que des Officiers Militaires, » de Juftice, & autres qui feront em. » ployés dans les Pays de fa concef- > fion ; & pourront les révoquer lorf- » qu'ils le jugeront à propos: & lef- » dites nominations de tous lefdits Of- » ficiers & Employés feront fignées » au moins de trois des Directeurs s
de la Touifiane: … Et #-ce qui fera pareille ment obfervé pour. æ les révocations. | :.» XLVII. Ne pourront lefdits Di- » relteurs être inquiétés ni contrainte + en leurs perfonnes & biens pour les » Affaires de la Compagnie. | > XLVIII. Ils arréteront tous Îles æ Comptes tant des Commis & Em- » ployés en France, que dans les Pays » de la conceflion de la Compagnie, æ& des Correfpondans ,' lefquels 2 Comptes feront fignés au moins de “trois defdits Directeurs.
» XLIX. Il fera tenu de bons & ® fidels Journaux de Caïfle, d’Achats,, * de Ventes, d'Envois, & de Raifon æ en parties doubles, tant dans la Di- » rection générale de Paris, que par _» les Commis & Commiflionnaires de s la Compagnie, dans les Provinces » & dans les Pays de fa conceflion, # qui feront cottés & paraphés par les” » Directeurs , aufquels fera ajouté foi » en Juftice. |
» L. Nous faifons don à ladite Com- » pagnie des Forts, Magazins, Mai- » fons, Canons, Armes, Poudres, Brigantins , Bateaux, Pirogues, & »autres Effets & Uftenciles que Nous » avons préfentement à la Louifiane,
D i]
m6 Hiffoire | # dont elle fera mife en poñleffion fut » nos ordres qui y feront envoyés # par notre Confeil de Marine. » LI. Nous faifons pareillement don » à ladite Compagnie des Vaifleaux , » Marchandifes & Effets que le Sieur » Crozat Nous à remis, ainfi qu’il eft _» expliqué par l’Arrêt de notre Con- » feil du vingt-troifiéme jour du pré- » fent mois , de quelque nature qu'ils » puiflent être, & à quelque fomme » qu'ils puiflent monter ; à condition » de tranfporter fix mille Blancs , & p trois mille Noirs au moins, dansles » Pays de fa conceflion pendant la dus > rée de fon privilege. | » LIL. Si, après que les vingt cinq an- » nées du privilege que Nous accor- » dons à ladite Compagnie d'Occident » feront expirées, Nous ne jugeons » pas à propos de lui en accorder la > continuation ; toutes les Ifles & T'er- > res qu'elle aura habitées , ou fair ha- » biter avec les droits utiles, Cens, » & Rentes qui feront dûs par les” » Habitans , lui demeureront à perpé- » tuité en toute propriété, pour en > faire & difpofer ainfi que bon lui » femblera. comme de fon propre hé- # ritage, fans que Nous puiflions rex
de la Louifiane 7 À w | 2 5 , » tirer lefdites Terres ou [fles, pour » quelque caufe, occafion, ou pré- _» texte que ce foit : à quoi Nous avons » renoncé dès-a-préfent ; à conditiof »> que ladite Compagnie ne pourra ven-
» dre lefdites Terres à d’autres qu'à
» nos Sujets ; & à l'égard des Forts, » armes & munitions, il Nous fe- » ront remis par ladite Compagnie, » à laquelle Nous en payerons la va- » leur fuivant la jufte eftlimation qui » en fera faite. if
» LIIT. Comme dans l’Etablifie- » ment des Pays concédés à ladite » Compagnie par ces Préfentes, Nous » regardons particulierement la gloire » de Dieu, en procurant le Salut des »> Habitans Indiens, Sauvages , & Ne- » gres, que Nous défirons être inf- » truits dans la vraye Religion, la“ » dite Compagnie fera obligée de b&< > tir à $ dépens des Epliles dastes » lieux de fes Habitations; comme
» aufli d'y entretenir le nombre d’Ec=
_» cléfiaftiques approuvés qu'il fera né- » ceffaire: foit en qualité de Curés, ou tels autres qu’il fera convena- »ble, pour y prêcher le Saint Evans » gile , faire le Service Divin, & y # adminiftrer les Sacremens : le tout
D ïïj
SE Hifloire | » fous Pautorité de l'Evêqué de Qué- æ bec; ladite Colonie demeurant dans: >» {on Diocefe, ainfi que par le paf- >» LÉ; & feront les Curés, & autres » Eccléfiaftiques que ladite Compa- >» gnie entretiendra, à fa Nomination » & Patronage. | |
» LIV. Pourra ladite Compagnie = prendre pour fes Armes un Ecuflon
» de Sinople, à la pointe ondée d’Ar- » gent {ur laquelle fera couchéun Fleu- æ ve au naturel, appuyé fur une cor > ne d'Abondance d’or au chef d’a- » zur , femé de fleurs de lys d’or, # foutenu d'une face en: devife aufli » d’or, ayant deux Sauvages pour Sup- » ports, & une Couronne trefllée ; lef- æ quelles Armes Nous lui accordons,
- » pour s’en fervir dans fes Sceaux &. » Cachets, & que Nous lui permet- » tons de faire mettre & appofer à
e fes Edifices, Vaïffleaux, Canons, & 5 par tout ailleurs où elle jugera à æ propos. PAL ER
x LV. Permettons à ladite Compa-
» gnie de drefler & arrêter tels Sta- » tuts & Réglemens quil appartien- æ dra ; pour la Conduite & Direction s de fes Affaires & de fon Commer- y ce, tanx en Europe, que dans les
| de la Louifianes _ #$ ‘# Pays à elle concédés: lefquels Sta- » tuts & Réglemens Nous confirme- » rons par Lettres Patentes, afin que _» les Tntéreffés dans ladite Compa- _» gnie foient obligés de les exécuter » felon leur forme & teneur. _» LVI. Comme notre intention n’eft > point que la protection particuliere » que Nous accordons à ladite Com- » pagnie puifle porter aucun préjudi- » ce à nos autres Colonies, que Nous > voulons également favorifer ; défen- > dons à ladite Compagnie de pren- » dre ou recevoir , fous quelque pré- » texte que ce foit , aucun Habitant æ établi dans nos Colonies, pour les . » tran{porter à la Louifiane, fans en . » avoir obtenu la Permiflion par écrit » de nos Gouverneurs Généraux auf- » dites Colonies, vifée des [Intendans _» où Commiffaires Ordonnateurs. » Si DONNONS EN MANDEMENT à x nos Amés & Feaux Confeillers les _» Gens temans notre Cour de Parle- » ment, Chambre des Comptes, & » Cour des Aides à Paris, que ces » Préfentes ils ayent à faire lire, pu > blier, & répifirer ; & le contenu æenicelles garder, obferver, & exé- > cuter felon leur forme &c teneur; rs
+. 2
+
89 Hifhoire ,, nonobftant tous Edits, Déclarations ; - » Reglemens, Arrêts, ou autres cho-" »» es à ce contraires, aufquelles Nous 4, avons dérogé , & dérogeons par ces » Préfentes. Aux Copies defquelles , collationnées par lun de nos amés . , & feaux Confeillers-Secretaires , ,, Voulons que foi foit ajoutée comme > à lOriginal: CAR tel eft notre plai- ir. Et afin que ce foit chofe ferme ., & ftable à toujours, Nous avons ,, fait mettre notre $cel à cefdites Pré- fentes. DONNÉ à Paris au mois , d'Août, l'an de’Grace 1717, 6 » de notre Regne le deuxiéme. Signé, » LOUIS ; Et plus bas, Par le Roi, = LE Duc D’ORrLEANS Régent, pré- , fent. PHELIPEAUXx, Vila, DAGUuESs- ,, SEAU. VG au Confeil, VILLEROYS ., Et fcellé du grand Sceau de ciré ., verte, en lacs de Soye rouge & verte.
Résiftrées , oui & ce requerant le Pro- cureur Général du Roi, pour être exé- cutées felon leur forme € teneur, fans néanmoins que les Statuts qui feront ci- ‘après dreflés par la Compagnie d'Occi- dent , puiffent avoir exécution gwaprès avoir été confirmés par Lettres Paten-
-_ ges du Roi régifirees en la Cour; & Cox.
| de La Louiliane. Sr Dies collationnées des préfentes Lettres être envoyées aux Bailliages © Sené chaullés du Reffort, pour y être lues, publices & régifirées ; Enjoint aux Sub- fétuts du Procureur Général du Roi d'y senir La main, &' d’en certifier la Cour dans un mois. À Paris en Parlement, de fix Septembre mil fept cens dix-fepr. Signé, GILBERT. |
Régifirées en la Cour des Aides; ouë le Procureur Général du Roï, pour être exécutées felon leur forme & teneur, & queles Procés & Différends qui naïîtrons à l'occafion des droits du Roy, percep-
tion & dépendances d'iceux, feront inf=
truits &* jugés en premiere Inflance par les Juges qui en doivent connottre, fauf L'appel en la Cour. À Paris, les Cham- bres affemblees, le vingt-trois Décembre anil fept cens dix-huit. Signé ROBERT,
\
82. _ Hifhire
GH AP LENS V.
L'Auteur dl mis en pofeffion de. e - terrein: Waine crainte que l’on a des Crocodiles : Erreur commune fur læ maniere de penfer. des Naturels:-L’ Aus teur prend la réfolution d'aller s'éta=
blir aux. Naichez.
À RRrvÉ au Bayouc Tchoupic.;: le fieur Lavigne, Canadien, met Vogea dans une cabane des Aquelou= Piffas, defquels il avoit acheté le Vil- lige ; il en donna d’autres à mes Ou- vriers pour fe loger ; & nous fümes heureux de trouver tous en arrivants _ de quoi nous mettre à l'abri des injures de l'air, dans un endroit pour lors inhabité, Pea de jours après. mon arrivée, j’achetai d’un Habitant V Auteur acer voifin.une Elclave Naturelle, afin de Mumele m ‘afsûrer une perfonne pour nous faire à manger,dans un Pays dont je m | percevois que les Habitans faifoient leur poflible pour débaucher nos Ou- | “vriers, & fe les attirer par de belles gromefles. Nous. ne nous entendions
de la Louifiann S3 point encore mon Efclave & moi ; mais je me faifois entendre par fignes, ce que ces Naturels comprennent ai fément ; elle étoit de la Nation des TFchitimachas, avec qui les François étoient en guerre depuis quelques an- nées. | Je fus chercher un emplaceinent fur le Bayouc S. Jean , à une petite de- mie-lieue de lendroit où devoit être fondée la Capitale , laquelle n’étoit encore marquée que par une baraque couverte de feuilles de Latanier , & que le’ Commandant avoit fait bâtie pour fe loger, & aprés lui M. Paillou.,. qu'il laifloit Commandant de ce Pofte. J'avois choïfi cet endroit par préfé- rence, dans la vüe de me défaire plus _aifément de mes denrées , & dé n’a- voir pas fi loin à les tranfporter 5 j'as vertis de mon choix M. Paillou; qui vint m'en mettre en poffeffion au nom: de Compagnie d'Occident, Je bâtis unebaraque fur mon Habi- tation , environ à vingt-cinq toi- fes du Bayouc S. Jean , en attendant: que j'eufle bâti ma maïfon , & des loge- mens pour mes gens. Comme ma ba- faque étoit compofée de matieres ex: ttémement combuftibles, je faifois’
PS D vj.
L'Efclave de
84 | Hifloire | faire le feu à une grande diftance ;5« pour éviter les accidens ; de forte que | ce feu étoit prefque à moitié chemin du Bayouc, ce qui donna lieu à une ! avanture qui me fit revenir des pré- jugés que l’on a en Europe , en con- féquence des Rélations qui courent de tems en tems. Le récit que je vais en donner , pourra peut-être faire le mê- me effet {ur l’efprit de ceux qui pen- fent encore comme je penfois alors. Il étoit prefque nuit, lorfque mon
Pr TE PAuteur tueun Ffclave apperçût à une toife près du feu
Crocodile,
un jeune Crocodile de cinq pieds de long , qui regardoit le feu fans re- muer : j’étois dans le jardin près de-làs elle me fit des fignes redoublés pour me faire venir ; j'accourus. En arri- vant elle me montra ce Crocodile fans: me parier. Dans le peu de tems que je lexaminai y je reconnus que fa vûe étoit fi fixée fur le feu , que tousnos mouvemens n'étoient pas capables de le diftraire ; je courus à ma cabane chercher mon fufl, étant bien affuré de mon coup : mais quelle fut ma fur- prife en fortant de ma cabane, de voir mon Efclave un gros bois à la main qu'elle leve en Pair , & avec lequel: elle afomme cet animal ? Me voyant
da +
_ de la Louifiane. 8 #rriver , elle fe mit à foûrire & me dit. bien des chofes que je ne comprenois. pas ; mais elle me fit mieux entendre par fignes ; qu’il n’étoit pas nécefaire d’avoir un fufil pour tuer cette bête; puifque le bois qu’elle me montroit ,. avoit été fuffifant.
Le lendemain l’ancien Maître de mon: Efclave vint me demander du plant de falade , car j'étois le feul qui euffe du jardinage , parce que j’avois pris mes- précautions peur conferver les grai- nes que je tranfportois. Comme il fça- Mere voit parler la Langue vulgaire des Na. L° on à 3 turels ; je le priai de demander à cette fille , pour quoi elle avoit tué * fi précipitament ce Crocodile que je voulois tuer d’un coup de fuñl, pour ne pas lexpofer à être dévo- rée: il fe prit à rire, & me dit que tous ceux qui arrivoient de France croyolent cet animal redoutable, quoi- qu'il ne le fût nullement , & que je ne devois pas être furpris de ce que j’a- vois vû faire à cette fille, puifque fa Nation habitoit fur les bords d’un Lac qui étoit rempli de ces animaux ; que les enfans . lorfqu’ils en voyoient des petits à terre , les pourfuivoient & les tuoient, qu’alors Jes gens de la cabane
CET Fra
fortoïent pour les écorcher 3 qu’ils [ess emportoient , & en faifoient bonne
chere: Re
Il lui parla, & me raconta ce qu’el:
le venoit de luï dires que me voyant
courir à ma cabane , elle avoit crü que. _j'avois peur, & qu’elle ne le craignoit. point; que fielle eût fçû que j'avais. envie de le tuer , elle fe feroit écartée.
& m'auroit laiflé faire. |
Dans ces commencemens je ne fça-
vois ni la Langue, ni les coutumes ;:
encore moins là maniere de penfer des:
Naturels , aufquels on donne le nom,.
qui prévient de façon à ne leur accor-
der prefque rien de ce qui fait l’hom-
me , pas même la figure que l’on s’i-
magine fauffement être différente de la:
_ Dérélé de nôtre. Prévenu de la forte , comme M Raer avec tous les Européens qui ne fe donnent Eu point la peine de s’en inffruire dans: les véritables fources,un Habitant an:-
cien dans le Pays, me fit traiter d'un:
fufil à un Chef de Guerre des Naturels. voifins. J’euslieu d’être furpris de voir _ un Général d'armée de ces Peuples:
avec un habit d Arlequin, tout neuf,
& qu'il avoit acheté depuis peu ; il: m'apprêta plus d’une fois à rire avec.
get habillement , avec lequel il fe quar=
à de la Louifiane. toit & fé donnoit des airs ; il {e croyoit réellement très-diftingné de fes Com- patriotes, au moyen de cet habit d’une nouvelle ordonnance , qu’il avoit payé bien cher , à ce que j'appris ; maisil eft à remarquer que ces Naturels don- nent ce qu’on leur demande pour cho- fes qui leur font plaifir, fur -tout fr elle eft extraordinaire , comme l'étoit: en. effet l’'habit dont il avoit fait lPac-
quifition.. : Nous convinmes qu'il me donne- roit pour mon fufl trente grofles va- _lailles, il m'en donna vingt fur le: champ ;. mais comme les dix autres ne: venoient point aflez vite à mon gré ;. je fusafon Village avec l’ancien Habi- tant; je repris le fufil, & lui fis dire: que. je le. lui remettrois lorfqu’il au-- xoit achevé le payement , s’il n’aimoit- mieux reprendre fes vingt volailles. Ma façon d’agir ne lui plût point ; il _ avoit envie de mon fufil., & n'avoit pas de quoi-le payer ; c'eft pourquot il prit le chemin de la Nouvelle Orleans pour fe plaindre au Gouverneur.. Je fus mandé pour déduire mes raifons.z M. de Biainivilleme demanda pourquoi javois repris mon fufil après Pavo traité ; que c’éroit l’ufage, & que tous
2 :. Hifloire RAR les joufs on traitoit avec eux fans craïr dre de rien perdre 3 mais qu'il falloits attendre: je lui répondis qu'ayant let pouvoir en main, il ne lui feroit pass difficile de me faire payer , ou que ce Sauvage reprit fes volailles, pui$- que les mêmes exifloient encore 5* mais que je ne voulois pas être duppeñ d’un Sauvage, que je regardoïs com me une Bête brute ( car je les croyois: tels alors ).. Le Gouverneur me repli- qua que je ne connoïflois pas encore! ces gens-là , & que quand je les con- noïîtrois, je leur rendrois plus de jufti= ce : il difoit bien vrai ; jai eu le tems de me détromper , & je fuis perfuadé que ceux qui verront le portrait fidéle que j'en ferai ci-après, conviendront avec moi ,;que l’on a grand tort de “Bonnes qua: Nommer Sauvages des hommes qui fça: Hrés des Natu- vent faire un très-bon ufage de leur me raifon , qui penfent jufte , qui ont de’ la prudence , de la bonne foi, de la générofité , beaucoup plus que certai- nes Nations policées, qui ne vou= droient point fouffrir d'être mifes en: comparaifon avec eux, faute de fça= voir ou vouloir donner aux chofes le: prix qu’elles méritent. HET Je me plaifois dans mon Habitation,
ee
sé
de la Louifiane. 89 & j'avois eu des raifons que j'ai rap- portées ,; qui me l’avoient fait préfé- férer; cependant j'eus lieu de croire que l’air ne devoit pas y être des meil- leurs, ce pays étant fort aquatique ; cette caufe d'un aïr mal-fain n’exifte plus aujourd’hui, depuis que l’on a dé- friché le terrein, & que lon a fait une levée devant la Ville. La qualité de la terre y eft très-bonne , puifque ce que j'y avois femé y étoit trés-bien venu 3 d’ailleurs au Printems ayant trouvé quelques noyaux de pêches qui commencoient à germer, je les plantai ; P'Automne fuivant ils avoient pouñlé des tiges de quatre pieds de haut, & les branches au-deffus étoient dongues à proportion. ae _ Nonobftant ces avantages, je pris le parti de quitter cette Habitation pour en aller faire une autre à cent lieues plus haut; je vais dire en peu de mots les raifons que je crûs aflez fortes pour. my déterminer. _ Mon Chirurgien vint me deman= der fon congé, me faifant connoître qu'il me devenoit inutile près d’une Ville qui fe formoit, & où il y avoit un Chirurgien beaucoup plus habile que lui ; qu’on lui avoit parlé fi avans
90 Hifloire 1 tageufement du Pofte des Natchez
On propote à qu'il défiroit d’autant plus aller si jaureur d'al- établir, que n'y ayant point de Chi | ux Nat- k 4 ’ . née | she . rurgien, ti y feroit mieux'fon compte Je lui dis que mon caractère me dif
pofant à faire plaifir, je me porteroïs
à l'obliger par préférence, fi ce qu'il
me difoit n’étoit point une pure in"
vention. Pour me prouver Îa vérité
de ce qu’il venoit de m’avancer , il
fut à linftant chercher l’ancien Habi=
tant qui mavoit vendu mon Efclas
ve, lequel me confirma Îa chofe, en m'afsürant que la beauté du Pays des
Natchez , jointe aux autres avantages
que l’on y trouvoit lui faifoit abans
donner celui-ci pour aller habiter l'aus
tre, & qu'il comptoit en Être biem
- dédommagé en très-peu de tems, Sus
ce recit je donnai congé à men Chi
rurgien , fansautre retribution que des promefles de prier Dieu toute fa vié
pour moi. | L
Mon Efclave étoit préfente au dif=
cours que je viens de rapporter ; elle”
entendoit déja affez bien le François ?
& moi la Langue vulgaire du Pays,
& aufli-tôt que l’ancien Habitant &
mon Chirurgien furent fortis , elle me
ünt ce difcours : « Tu devrois auf
ent #
_ de La Louifiane. CE » aller dans ce Pays-là ; le Ciel y cft » bién plus beau qu'ici ; le gibier y ef# » beaucoup plus commun ; & comme » j'y ai des parens qui s’y font retirés » pendant la guerre que nous avions » avec les François, ils nous appor- > teroient les chofes dont nous aurions » befoin ; ils m'ont dit que ce Pays » eft beau, que l’on y vit bien, & 5 que les hommes yÿ vivent fort > VICUX ».
Dès le lendemain je fis à M. Hu- sert, Directeur de la Compagnie, le apport de ce que l’on m’avoit dit des Natchez : il me dit qu’il étoit fi per- nadé de tout le bien que l’on difoit Me ce Canton, qu’il fe préparoit pour y aller prendre fa conceffion , & y établir une forte Habitation pour la Compagnie ; & continuant fon dif- cours : « Que je ferois charmé , me >» dit-il, fi vous vouliez alier en fire » autant! Nous nous ferions compa- >» gnie l'unà l'autre, & vous y feriez 5 fans contredit vos affaires beaucoup » mieux que dans l'endroit où vous » êtes
Son difcours & l’amitié que nous I f dére à ; 1° / . mine à y alierg avions l’un pour l’autre , me détermi- Imerent entierement 3. Je quitral peu
92? Hifloire 0 après mon Habitation, & fus lo dans la Ville, en attendant loccal de partir, &des Négres qui devoien arriver dans peu. Mais avant quest poufler plus loin cette narration crois être obligé de rapporter ce@h fe paffa au fujet du Fortde Penfacoler fitué dans la Virginie. Ce Fort ap partient aux Efpagnols, & fert d'en trepôt ou de relâche aux Gallions d’En pagne, lorfquils partent de la Vert Cruz pour retourner en Europe
de la Louifiane, 03
CHAPITRE VI.
rprife du Fort de Penfacola par les “ François: Les Efpagnols le repren- ment: Les François l'ayant repris le démoliffent. a
Enrs le commencement de 1719;
le Commandant Géneral ayant pris par les derniers Vaiffleaux arri< és, que la guerre étoit déclarée entre France & lPEfpagne , réfolut de rendre le Pofte de Penfacola aux Ef- agnols. IL eft dans’ le Continent , à uinze lieues environ de l'Ifle Dauphi-
Pentrée de la rade ; vis-à-vis eft un lortin fur la pointe del’Oueft de lFfle ainte-Rofe qui défend de fon côté entrée de la rade : ce Fortin n’a qu’une rarde pour fa défenfe.
_ Le Commandant Général perfuadé qu’il lui écoit impoffble de faire le Sié- se de cette Place dans les formes,vou= lut la furprendre, fe confiant fur l’ar-
| fpagnols , quiignorojent encore que
e ; il eft défendu par un Fort de pieux
deur des François & la fécurité des
EC CTEEN, |
CRT
4 Fifloire | nous fuffions dans l'Europe en guerri
avec eux. Dans cette vüe il raflembl
le peu de Troupes qu'ilavoit,avec plu: fieurs Colons Canadiens & François nouveaux arrivés, qui y furent volons tairement. M. de Chateauguiere {on frere & Lieutenant de Roï commandoit
{ous lui, enfuite M. de Richebourg Capitaine ; ilarma cette Troupe, & après avoir fait les provifions néceffai-
res en munitions de guerre & de bou-
che, il s’embarqua avec cette petite Armée , & à la faveur du bon vent il arriva dans peu à fon terme. Les Frans
çois mouillerent près du Fortin & fi-
rent leur defcente fans être apperçüs,
{e faifirent du Corps de Garde du For-
tin, & mirent aux fers les Soldats de la Garde ; cette expédition fut faite en moins de demie-heure. On habilla quel-
ques Soldats François de leurs habits pour faciliter la furprife de l’Éanemi.
La chofe réuffit à fouhait : le lende-
main dès la pointe du jour on apper-
| çut le bateau qui portoit le détache- y enene EOt de Penfacola ; il venoit relever la Furprennenc Garde du Fortin : on fit battre la mar- Penfñcol che Efpagnole, les François déguifés les reçurent, les mirent aux fers & fe: revêtirent de leurs habits. Les Frans
+ la Lauif ane 9$. de es paflerent dans le même : ateau , furprirent la Sentinelle, le Jr ps de Garde & enfin la Garnifon , 1fqu’au Gouverneur qui fut pris dans LL lit ; tout fut fait prifonnier, & il y eut point de fang répandu.
“Le Commandant Géneral , dans la rainte de manquer de vivres, fit par- “les prifonniers fur un Vaileau, les refcorter par quelques Soldats queM.
e Richebourg commandoit , pour les émettre à la Havane ; il Te dans “enfacola M. fon frere pour ycomman- er, , & une Garnifon de foixante hom- nes. Sitôt que le Vaifleau François eu souillé à la Havane, M. de Riche- vourg fut à terre avertir le Gouver- “eur Efpagnol de fa commiflion ; ce- si-ci le reçut avec politefle Le pour “i témoigner {a reconnoïifance _ille LL prifonnier de même que les Officiers ui Paccompagnoient , fit mettre les voldats aux fers & en prifon,où ils fu- *ent pendant quelque tenis expofés à dfaim & aux infultes des Efpagnols , *e qui détermina plufieurs d’entr’eux le prendre parti dans le fervice d'Ef- sagne pour {e tirer de la mifere extrè- me dans laquelle ils gémifloient.
© eriaieiuns des F rançois nouvel.
L
| F5 ‘2 06... Hire lement engagés dans les T roupes Efpae gnols inftruifirent le Gouverneur d la Havane , que la Garnifon Frans çoife que l’on avoit laiflée à Penfacola _étoit très-foible ; il réfolut à fon tour d'enlever ce Fortpar repréfailles. À cet effet il fitarmer un Vaïfleau de la Na- tion avec celui que les Françoisavoïent conduit à la Havane ; le Vaiffeau Ef pagnol fe rangea derriere l'Ifle Sainte- Rofe,& le Vaiffeau François fe préfenta avec fon Pavillon naturel devant le Fort. La Sentinelle demanda par qui éroit commandé le Vaïffeau ; on lui répondit que c’étoit par M. de Riche bourg : ce Vaiffeau mouilla, Gta le Pa- villon François, arbora celui d’Efpagne & l’affura de trois coups de canon. À ce fignal dont les Efpagnols étoient con- venus, le Vaiffeau Éfpagnol joignit le premier, puis fommerent les François - de fe rendre. M. de Chateauguierere fufa la propoñition ; il tira fur les Ef- pagnols, & l’on fe canona jufqu'à la nuit.
Le lendemain la canonade continu jufqu’à midi que les Efpagnols cefle- rént de tirer,pour fommer de nouvea le Commandant de rendre le Fort :1 demanda quatre jours, on lui en accor
F de la Louifrane: NL, da deux ; pendant ce tems il envoya demander du fecours à fon frere qui n’é- toit pas en état de lui enenvoyer.
_ Leterme expiré, l'attaque recommen- ça 3; le Commandant fe défendit géné-
reufement jufqu’à lanuit, dont les deux
tiers de la Garnifon profiterent pour “abandonner leur Gouverneur , qui n'ayant plus qu'une vingtaine d’hom- Les Ptapnot.
mes fe vit hors d'état de réfifter pus tement ong-tems ; il demanda à capituler, on cn ui accorda tous les honneurs de la “guerre ; maïs en fortant de la Place il
En fait Prifonnier avec tous fes Sol- dats : cette infraction à la capitulation fat occafionnée par la honte qu’eurent les Efpagnols d’avoir été forcés à capi- tuler de la forte avec vingt hommes eulement. |
. Dès que le Gouverneur de la Ha- ane eût appris cette reddition du Fort, & s'imaginant follement avoir “erraffé au moins la moitié de tous fes Ennemis , il fit de grandes réjouiffan- es dans fon Ifle , comme s’ileûtrem- porté une Victoire décifive, ou enlevé ux François une Citadelle d’impor- ance. Il fit auffi partir plufieurs Vaif- eaux pour avitailler & rafraîchir fes Guerriers, qui felon lui devoient avoir
Tome I,
Yis veulent prendre l’ifle Laupuine.
tout fon canon du côté de l'Ennemi ; &
que je viens de la décrire.
Le nouveau Gouverneur de Penfa 4 cola fit réparer & même augmenter les” fortifications de fon Fort ; 1l envoya enfuite le Vaifleau le Grand Diable armé de fix piéces de canons pour! prendre PIfle Dauphine, ou tout au moins lui donner la peur. Le Vaifleau le SaintiPhilippe qui étoit en rade , en= cra dans un trou, s’y affourcha , mit
fit voir au Grand Diable, que les Saints Léfiftent à tous les efforts de l'enfer
Ce Navire par fa fituation fervoit de! Ciradelle à cette Ifle, qui navoit ni fortifications ni retranchemens , ni fenfe quelconque , fi on en excepte une batterie de canon à la pointe de PE, avec quelques Habitans qui gardoient 11 Côte & empêchoient la defcente. Le Grand Diable voyant qu'il n'avançol: en rien , fut contraint pour fe délafler d'aller piller en terre ferme l’HabitatiOr du fieur Miragouine, qui étoit aban- donnée. Dans ces entrefaites arriva Gé Penfacola un Diablotin qui étroit of Pinkre pour aider le Grand Diable Dès qu'ils furent réunis, ils recommel |
Ou (D
de la Loufiane: |
AU x 9 , ?, 1
Cerent à canoner l’Ifle qui leur répon- dit vigoureufement.
. Dans le tems que ces deux Bâti-
mens eflayoient en vain de prendre no-
tre Ifle, on vit paroïtre une Efcadre de
"cinq Vaiffeaux,dont quatreavoient Pa- :villon Efpagnol, & le plus petit le por-
toit de France en Berne, comme s’il
eût été pris par les quatre autres. Les "François y furent trompés auffi bien que les Efpagnols ; les François re- “connurent le petit Vaiffeau qui étoit la Flute La Marie, commandée par le
brave M. Japy ; & les Efpagnols per-.
fuadés par ces apparences qu’en leur
énvoyoit du fecours , députerent deux
Officiers dans une Chalouppe à bord du Commandant ; mais ils ne furent plûtôt arrivés qu’ils furent faits Prifonniers. + C’éroit en effet trois Vaifleaux de guerre François & deux de la Compa- ignie commandés par M, de Chame- lin : ces Vaifleaux portoient plus de “huit cens Soldats, & une trentai- me d'Oficiers , tant Supérieurs que Subalternes , tous anciens & bons fer- viteurs du Roi, pour refter à la Loui- fiane. Les Efpagnols ayant reconnu “leur erreur , s’enfuirent à Pen‘facola
E i
100 Fiffoire | _- porter la nouvelle de ce fecours arrivé |
aux François. : 4
L’Efcadre mouilla devant l'Ifle, mit M Pavillon François & falua laterre, qui M lui répondit avec fon canon & des cris “ redoublés de vive le Roi. L'on tira le# Saint Philippe du Trou Major & onle joignit à l’Efcadre; on fit encore em- barquer des troupes, & on laifla la Marie devant l'fle Dauphine, à caufe de fon extrême pefanteur.
Le fept Seprembre le vent s'étant trouvé favorable, l’Efcadre mit à la voile pour aller à Penfacola ; on mit à terre chemin faifant près de Rio Perdido les troupes qui devoient attaquer fur le Continent, après quoi les Vaifleaux précédés d’un bateau qui leur indiquoit la route entrerent dans le Port ; ils:
mouillerent & s’affourcherent malgré. _ plufieurs décharges de canon du Fort, qui eft deflus l’ffle Sainte-Rofe, Les! Vaifleaux ne furent pas plutôt affour- chés,que l’on fe canona de part & d'au: tre : nos cinq Vaifleaux avoient à com- battre deux Forts & fept Voiles qui étoient dans le Port ; mais le grand Fort de la terre ne tira qu’un coup de canon fur notre armée, dans laquelle le Gouverneur Efpagnol ayant apper=
/
de li Louiïfiane. op çu plus de trois cens Naturelscomman: dés par M. de Saint Denis, dont la . bravoure étroit très- connue, eut fi peur de tomber entre leurs mains qu’il ame- ha le Pavillon & rendit la Place. L'on combattit encore environdeux Les François: … heures ; mais la groffe Artillerie de KP Le notre Chef d’Efcadre faifant grand fra- cola. cas, les Efpagnols crierent plufieurs fois fur leurs Vaiffleaux : améne Le Px- _villon ; mais la frayeur les empêchoit _ d'exécuter cetordre ; il n’y eut qu’un Prifonnier François que ofa le faire à leur place ; ils abandonnerent leurs Navires en laiffant des mêches qui dans -peu de tems y auroient mis le feu. Les * François Prifonniers dansl'entre-pont, _nentendant plus le moindre bruit, fe douterent de leur fuite, monterent,dé+ -couvrirent le defflein des Efpagnols ; - Oterent les mêches , empêcherent äinf que le feu ne prit aux Vaïffleaux, & en avertirent le Chef d'Efcadre ; le petit Fort ne tint plus qu'une heure , au bout de ce tems il fe rendit, faute de poudre ; le Commandant vint lui-mé- ) - me remettre fon épée à M. de Chame- fin qui lembraffa, lui rendit fon épée, 6e lui dit qu'il fçavoit faire la différence d’un brave Officier d’avec celui qui ne
E üj
»
1ô2 . Hiffoire | | l'étoit pas ; il lui donna fon Vaifleam pour prifon , au lieu que le Comman-
ï
dant du grand Fort fut un fujet de ri<.
fée pour lés François. _
L'on fit Prifonniers de Guerre tous. les Efpagnols des Vaïfleaux & des!
deux Forts ; mais les Déferteurs Fran çois au nombre de quarante tirerentaü fort ; & onen pendit la moitié aux vergues du Vaïffleau ; les autres furent condamnés à être forçats de la Com- pagnie pendant dix ans dans le Pays, Le même jour on apperçüt en mer un grand bateau qui venoit droit à Penfacola ; on fe douta qu'il étoit Ef< pagnol : on mit le Pavillon de cette Na- tion ; il y fut trompé, il entra dans le Port, y mouilla & falua la flamme :
mais il fut bien furpris, lorfque le.
Grand Diable, qui nous appartenoit alors, lallongea , & ne répondit à fon Salut que par une décharge de mouf- queterie & par des cris de, Vive le Roi de France. Le Capitaine fe rendit, après avoir laiffé tomber dans la mer une boëte de plomb ; un Soldat qui le vit fe jetta à la mer & rapporta la boë= te. On y trouva une Lettre du Gous
verneur de la Havane à celui de Pen {acola, par laquelle il lui marquoit, que,
| de la Louifiane. 10% fe doutant point que la valeur des Ef | im ne les eût rendus Maîtres du Pays des François, & qu'ils ne les euf= {ent tous fait Prilonniers , il ordonnoit … faute de vivres deles envoyer travailler . Aux mines. il | … Ces ordres rendus publics n’adou- Demolition de . cirent point le fort des Prifonniers Ef- ddr pagnols : il fe trouva fur ce bateau . beaucoup de rafraïchiffemens qui firent … plaifiraux Vainqueurs. M. de Chame- bin fit démolir les deux Forts, & l’on ne conferva que trois ou quatre mai- … fons avec un Magazin ; ces maifons . devoient fervir aa logement de l’Ofi- … cer, du Corps de Garde,& du peu de . Soldats qu’on y laïffa ; le refte des Co- Jons fut tra nfporté à l’Ifle Dauphine, & M. de Chamelin partit pour repaf- fer en France. un | . Cette guerre de Penfacola m’a oc: _cafonnéune digreffion que l’on me par- donnera , fi l’on veut faire attention que je ne pourrois la pafler fous filen- ce, puifqu’elle eft arrivée de mon tems, & pour ainfi dire fous mes yeux,& dans le tems que je demeurois près de la nouvelle Orléans ; c’étoit d’ailleurs | dans les commencemens que la Colonie SÉtablifloit dans cette grande Province
E iv
ro4 | Hifhire
dont je donne ici l’Hiftoire, & que le Habitans de ce Pays faifoient une partie des troupes qui furent au Siége de ce” Pofte, qui efl fur le même Continent , j _& fi peu éloigné des limites de notre" terrein , que les Efpagnols entendent les coups de fufil que les François ti=" rent, lorfqu’ils les avertiffent par ce fi- gnal, qu’ils viennent pour traiter des! Marchandies,
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LE er Lo Z =
de la Louifianes IO$
CHAPITRE VIE
| Calumet de Paix des Tchirimachas # … Leur Harangue au Commandant Gé- _ neral: Avarture fi finguliere.
| À à REs avoir quitté, comme je l'ai
dit plus haut, mon Habitation qui n'étoit Eélotioée de la Ville que d’u- ne demie lieue, je vins enfin demeurer à la Capitale pendant deux mois.
J’eus occafion pendant ce féjour de fatisfaire ma curiolité au fujet du Calu- met de paix(1 1) dont j'avois beaucoup: _ entendu parler & à nos anciens Habitans François ; 3 je vais en rapporter le mo- tif , les cérémonies & la harangue ae le plis de précifion qui me fera pof-
fible..
( 1) Le Calumet de Paix eft un tuyau de: pipe Jong, au moins d’un pied & demi ; il eft: garni d’une peau du col d’un Canard bran- chu , dont le plumage de diverfes couleurs: et trés-beau , & l’extrémité eft une Pipes Au même bout elt attaché une efpèce d’é- ventail de plume d’Aiglie blanc , en forme
de quart de cercle: au “bout de chaque plu--
me eft une houpe de poit teint en rouge éclatant, Vautre bout dul tuyau eft à nud Pour pouvoir fumers |
| E y à fé us / NN ,
4
$
1
*
106 Hifloire Dès avant mon arrivée à la Eoui<# fianne on étoit en guerre avec la Na=" tion des Tchitimachas , parce qu'un” homme de cette Nation s'étant retiré” dans un lieu écarté fur le bord du Fleus : ve S. Louis, avoit affafliné M. de S. Côme Miffionnaire de cette Colon- nie ; il defcendoit lé fleuve, & avoit: crû pouvoir en fureté fe retirer dans le cabanage de cer homme pendant la nuit juiqu’au lendemain. M. de Biainville s'en étoit pris à toute la Nation de cet affaffinat ; & pour ménager fon monde, | Pavoit fait attaquer par plufieurs peu- Les Tchitima- ples alliés des François ; la valeur n’eft. Do nr pas la plus grande qualité des Naturels, fafin pour @& les Echitimachas s’en piquent en- pce LR core moins que les autres ; ils eurent. donc du defflous , & la perte de leurs meilleurs Guerriers les força à dernan- der la Paix ; le Gouverneur la leur - ayant accordée à condition de lui ap- porter la tête du meuririer, ils fatisfs- rent à cette condition , & vinrent pré-. fenter à M. de Biainville le Calumet de Paix, leur ayant promis de lerecevoir pour les François. | Je fçus leur arrivée & le moment de la cérémonie, que le Commandant Général avoit arnnoncé; je m'y ren-.
de la Louifiane. 107 dis, parce que dans ces circonftances, il eft à propos qu’il foit accompagné d’une petite Cour ; c'eft l’ufage & cela
fait honneur au Gouverneur, Mon Ef-
clave y vint avec moi pour voir fes
parens ; j'en fus d'autant plus aife, que
j'efpérois qu’elle m’expliqueroit dans la fuite la harangue & les cérémo- nies de cette. Ambaflade folémnelle :
tout cela m'étant nouveau, je défi-
rois n'inftruire de ce que je croyois en mériter la peine.
. J’étois chez M. de Biainville,lorfqu’ils
arrivèrent fur le Fleuve dans plufieurs
Pirogues. (1) Ils avançoient toujours
en chantant la chanfon du Calumet,
qu'ils agitoient au vent , & en ca- dencéÿ pour annoncer leur Ambaña-
… (x) Pirogue eft un tronc d’arbre plus ow moins gros, creufé en forme de Bateletz
celles des Naturels contiennent depuis deux
_ jufqu'à dix perfonnes ; avant qu'ils euflent Pufage des haches qu'ils ont eues des Fran-
çois , 1ls les creufoient par le moyen dufeu , ayant foin de garnir avec du mortier les en- : droits qu'ils vouloient conferver. Les F'ran- Gois en font auffi des très-grofles d’un feuf:
tronc d'arbre ; il y en avoit une dans l'Ha-
tation du Roi, qui apporta de 3oliéues {ur le Fleuve 50 Négres, à la vérité très-près les uns des autres,
| E vj
#o6 Hiffoire | de qui en étoit une effletivementé _compofée du Porte-parole, comme Île nomment ces Peuples, ou Chancelier ;
& d’une douzaine d’autres hommes.
Dans ces occafions ils font parés de
ce qu’ils ont de plus beau à leur goût, & ne manquent jamais d’avoir en mai yn Chichicois, (1) pour l’agiter auft .
en cadence.
Il n’y avoit pas plus de cent pas
de l'endroit où ils débarquerent, juf-
. qu’à la cabane de M. de Biainville x cependant ce peu deterrein fufft pour
Yes tenir en chemin près d’une demie-
heure, en marchant toujours felon que
Ja mefure & la cadence les régloient :
is ne cefferent cette mufique que lorf- qu'ils furent auprès du Commandant.
Ce fut alors que le Chef de cetteProu=
Cérémnte du pe, qui étoit le Porte-parole, lui dit: Calumet de te voilà donc, & moi avec toi ? Ce : ie Gouverneur lui répondit fimplement
(r) Chichicois eft une. Calebafle percée parles deux bouts, pour y mettre un petit bâton , dont un bout dépañle pour fervir de manche ; l'on met dedans de gros gravier. pour faire du bruit; au défaut de gravier, on y met des fêves ou hzricots fecs ; c’eft avec cet inftrument qu'ils battent la mefure: en:chantants. |
\
de la Louifrane: rüq bar un oui. Ils s’afirent enfuite par terre, appuyerent leurs vifages fur leurs mains, le Porte-parole fans doute, pour fe recueillir avant de prononcer {a harangue, les autres pour garder Je filence, & tous pour reprendre ha- line fuivant leur coûtume. Dans cet intervalle, on nous avertit de ne point rire ni parler pendant la harargue 3 ce qu'ils auroient regardé comme un grand mépris de notre part.
Le Porte-parole , quelques momens: après, fe leva avec deux autres ; l’un emplit de tabac la pipe du Calumet,. l'autre apporta du feu, le premier al- _ Juma la pipe; le Porte-parole fuma & le préfenta après lavoir efuyé, à M. de Biainville pour en faire au- tant : le Gouverneur fuma, nous en: _fimes tous de même les uns après les: autres ; & cette Cérémorie finie, le Vieillard reprit le Calumet, le don- na à M. de Biainville afin quil le: gardat. Alors ce Porte-parole refta. feul debout, & les autres Députés _ fe raflirent auprès du préfent qu'i's
avoient apportés au Gouverneur: il confiftoit en peaux de Chevreuils:, £ en quelques autres paflées en blanc. Le Porte-parole étoit revêtu. d’une
410 Hifhoire robe de plufieurs peaux de Caftorg
avoir cinq quañts de large en tous fens: elle étoit attachée fur l'épaule droite & pañloit fous le bras gauche: il fe {erra le corps de cette robe, & com- mença la harangue d’unair majeftueux, en ces termes, & addreflant la pa role au Gouverneur: gene» Mon cœur rit de joye de me voir dés Tchitima- 5 devant toi, nous avons tous entendu
(#3
H
al
coufues enfemble, & qui pouvoient M
cp *
shas. » la parole de Paix que tu nous |
» as fait porter: le cœur de toute » notre Nation en rit de joye Jjuf- » qu’à treffaillir ; les Femmes oubliant » à l’inftant tout ce qui s’eft pañlé , ont » danfé, les Enfans ont fauté comme » dejeunes Chevreuils, & courucom- » me s'ils avoient perdu le fens. Ta » parole ne fe perdra jamais ; nos cœurs » & nos oreilles en font remplis, &
_» nos defcendans la garderont auñi
» long-tems que l’ancienne parole du- » rera (1). Comme la Guerre nous » a rendus pauvres, nous avons été » contraints de chaffer pour t’appor- »ter de la Pelleterie, & de prépa- (1) C'eft ainfi que les Peuples nomment
a Tradition, qu'ils ont grand foin de confers ver fans auçune altération, |
bn + ” te es
RP
| de la Louifiane: f1F
» rer les peaux avant de venir; mais
» nos hommes n’ofoient s'éloigner à _ » la chafle à caufe des autres INa- -»tions , dans la crainte qu’elles n’euf- . » fent pas encore entendu ta parole, &c » parce qu’elles font jaloufes de nous; » nous ne fommes même venus qu’en » tremblant dans le chemin, ju'qu’à » ce que nous euflions vû ton vifage,
» Que mon cœur & mes yeux font » contens de te voir aujourd'hui, de .
_»te parler moi-même, à toi-même,
» fans craindre que le vent emporte » nos paroles en chemin!
» Nos Préfens font petits, mais » nos cœurs font grands pour obéir
à ta parole. Quand tu parleras , tu » verras nos jambes courir &c fauter
» comme celle des Cerfs, pour faire » cé que tu voudras.
Ici l'Orateur ou Porte-parole fit une pole; puis élevant la voix, ik reprit avec gravité :
» Ah que ce Soleil eft beau au- »jourd'hui, en comparaifon de ce » qu'il étoit quand tu étois fâché con- » tre nous ! Qu'un méchant homme eff
dangereux ! Tu fçaisqu'un feul a tué
» le François, dont la mort a fait tom-. » ber avec lui nos meilleurs Guer-
ET Hifioire "4 . »'riers; il ne nous refte plus que des” æ Vieillards, des Femmes & des En-" LA A f Pi » fans ; tu as demandé la tête du mé: » chant homme pour avoir la Paix 5 « » nous te l'avons envoyée, & voilæ « »le feul vieux Guerrier qui a ofé # Pattaquer & le tuer (1); n’en fois: » point furpris, il a toujours été un: + vrai homme , & un vrai Guerrier = » il eft parent de notre Souverain, >» & fon cœur pleuroit jour & nuit; » parce que fa femme & fon enfant. » ne font plus depuis cette Guerre 5: » mais il eft content & moi aufli au- æ jourd’hui, parce qu'il a tué ton En- » nemi & le fien. Auparavant le So » leil étoit rouge, les chemins étoient » remplis de ronces & d’épines, les: » nuages étoient noirs , l’eau étoit trou- > ble & teinte de notre fang , nos: x Femmes pleuroïent fans cefle, nos. > Enfans crioient de frayeur, le gi- » bier fuyoit loin de nous, nos mai-
=
(1) C’étoit le Pere de mon Efclave qui’ avoit été prife dans cette guerre , & il: croyoit qu’elle étoit morte ainf que fa mere :. mon Efclave étoit avec d’autres filles & n’o- {oit rien dire ; j'étois à portée de pouvoir la‘M regarder , & je la voyois tantôt fourire-&: " tantôt verfer des. larmes.
à de la Louifiane: Yr3 # fons étoient abandonnées, & nos æ Champs en friche , nous avions tous. æ le ventre vuide, & nos os paroif » foient. de ;
- » Aujourd'hui le Soleil eft chaud » & brillant, le Ciel eft clair, iln'y a plus de nuages, les chemins font
_» nets & agréables, l’eau eft fi clai- » re que nous nous voyons dedans,
# le gibier revient, nos Femmes dan-
> fent jufqu’à oublier de manger , nos
“> Enfans fautent comme de jeunes
» Faons de Biche, le cœur de toute » la Nation rit de joye, de voir qu’au » jourd’hui nous marcherons par le mê: >» me chemin, que voustous, Fran .» çois ; le même Soleil nous éclaire- æ ra: nous n’aurons plus qu’une mé- > me parole, nos cœurs n’en feront > plus qu’un, nous mangerons enfem- » ble comme freres ; cela ne fera-t-il » pas bon, qu’en dis tu?
À ce Difcours prononcé d’un ton ferme & afluré, avec toute la grace & la décence, j'ofe même dire, avec
toute la majefté poffible, M. de Biain- ville répondit en peu de mots, en Langue vulgaire qu’il parloit avec fa- cilité ; ils les fit manger, mit en fi- -gne d'amitié fa main dans celle du Chan:
" " , à , 1
14 Hifloire ÿ celier, & les renvoya fatisfaits. “4 nr dre _ Au fortir de cette cérémonie, je ne. L'Auteur eft du m'attendois guères à ce que je devois. D avoir le plus à craindre dans ces cire confiances, qui étoit de perdre mom Efclave, après avoir donné congé à mes engagés 3 cette fille me joignit tout de fuite , & m’«bordant avec une joie qu'ileft difficile d’exprimer : » C’eff æ mon pere, me dit-elle , qui eft l3 » c'eft lui qui à tuéle méchant, je te sprie que je lui parle : je lui dis ; >» vas vite, & amenes-le chez moi ; je veux lui donner la main & lui faire um préfent ; elle y courut fur le champ de toutes fes forces; fon pere étoit extafñé de la joie qu’ilavoit de revoir fa fille g. il quitta fa compagnie & vint chez mot avec elle peu de tems après que'je l’eûg envoyée vers lui. ‘1% Malgré le peu de tems qu’elle mit à aller chercher fon pere,j’en eus de refte pour craindre qu’il ne la redemandit} & que par faveur on ne la lui rendit $ car c’étoit lui qui avoit tué l’affaffin du Miffionnaire dont le meurtre avoit ac cafionné la guerre, comme la mort. dæ coupable avoit donné lieu à la paix ÿ d’ailleurs la fœur aînée de mon Efcla-« ve étoit femme du Souverain de cetté”
de la Louifiane. 115 Nation. Mais cette crainte fut vaine heureufement pour moi, puifque fielle m'eût quitté, je me ferois trouvé {ur mOn départ pour les Natchez fans do- meftique, - ; . Son pére vint en ma maifon, je lui fis le meilleur accueil qu’il eût püû ef- pérer; cependant il lui propofa de la Éire racheter par fa Nation; & fielle y eût confenti, jé n’aurois pas été dans de pareilles circonftances , le maître de Ra garder : mais elle déclara qu’elle ne vouloit point me quitter. J’avois eu le bonheur de trouver en eile un excellent Sujet ; je l’avois traitée avecbeaucoup de douceur,elle s’étoit attachée à moi, & avoit perdu l'habitude de vivre &e d'aller prefque nue comme dans fon pays. Elle dit donc à fon pere qu’il -marchoit èn homme mort, & par fon grand âge , & parce que les parens du méchant qu il avoit tué ne manque- roient pas de venger fa mort par la fienne, que d’ailleurs fa mere étant morte elle fe trouveroit fans appui, que j'étois fur le point d'aller m’éta- blir aux Natchez, & que s’il vouloit aller demeurer chez fes parens de cette Nation, elle fe trouveroit ainfi dans fon voifinage, & feroit en état de lui
4
116 : Hifhire :
procurer tous les fecours dont ellé étoit capable. Le pere fentit la force des raifons de fa fille, & qu’elle avoit pris fon parti. C’eft pourquoi il lui dite.
» C’eneft fait , je fuis trap vieux pou#
>» refter avec toi: que pourrois-je faire
>» pour ton Maître à préfent ? Si j'étois
>» plus jeune, je demeureroïs chez luis >» jirois à la chafle & à la pêche , je fes > rois un champ de bled,&c tu me ver æ rois mourir auprès de toi; mais tu » m'a dit que ton Maïtre alloit bientôt
> s’établir aux Natchez, je vais y paf
» fer le refte de mes jours chez de mes >» parens qui font les tiens, & je mour: >» rai chez eux près de toi: tu n’asqu'à » appeller ton Maître , & dis lui qu'a » vant de partir je veux lui céder mon » autorité {ur toi. » 1 : En effet j'avois dit plus d’une fois à
cette fille, que fi elle voulait s’attacher
à moi, je lui ferviroïs de pere; elle l’a=
voit répété au Vieïllard, qui me céda
£es droits fur fa fille en la plaçant entre
nous deux , me portant la main droite:
fur fa tête, & mettant la fienne par
Ce Vicltard deflus ; il prononça enfuite quelques or paroles, qui fignifioient qu’il me la dons nu noit pour ma fille. Après cette cérémoss 7 nie,&avoir pañé unehuitaine chez mois
—_
#1 de la Louifiane: | AE il alla rejoindre ceux de fa Nation, qui étoient fur le point de partir, & D ér retourné avec eux , il fut, comme il l’avoit promis , demeurer aux Natchez, ou nous apprîmes depuis qu’il étoit murt peu de jours après qu’il kr Arrivé. - . etes | * Au départ du pere de mon Efclave nous nous trouvions tous trois aflez contens, & moi en particulier d’être afluré d’une perfomne fidéle & atta- chée à mes intérêts , & qui d’ailleurs ayant des parens aux Natchez, ne pourroit que m'être utile dans mon nou- vel établiffement , pour les Ouvrages les plus preffés que j'aurois à y faire par le moyen des Naturels ; enfin le tems étant propre pour mon départ je m'y difpofai. ; |
CHAPITRE VIII
Départ de l'Auteur pour les Natchez & Defcription de ce Voyage : Difficulté de convertir les Naturels : Etablifle= ment de l’Auteur aux Natchez,
2. Etems de mon féjour à la nou= 4 velle Orléans commençoit à me paroitre long, lorfque j’appris Parrivée des Neyres, Quelques jours après cette cette nouvelle , M. Hubert m’en ame- na deux bons que l’on m'avoit accordés par répartition : c'étoit un jeune Ne- gre àgé feulement de vingt ans, & fa femme qui étoit de même âge ;ilsne me revenoient enfemble qu’à treize cens vingt livres.
Je partis deux jours après dans une moyenne Pirogue avec eux feulement, fur ce que mon Efclave me dit que nous irions même plus vite que les bateaux qui venoient avec nous , par= ce qu’elle étroit forte, qu’elle gou= verneroit & rameroit, Ou nageroit en même tems ; que pour moi qui tirois” bien, je n’avois qu’à emporter beaucoup.
Lt Eli ; } 1 « WG
D © dela Louilane ‘119 de poudre & de plomb, & que je trou-
verois plus de gibier à tuer qu’il n’en
faudroit pour nous & pour les Frans
gois qui remontoienc dans les bateaux?
‘que pour réuflir à cette chafle, il fallois
ê fervir de Pagaïes & non de rames
qui par leur bruit font fuir le gi-
Dier (1). .
Je communiquai cer avis à des Voyas
geurs qui me dirent qu’elle avoit rai-
| je Le fuivis , je mis tous mes effets
dans le bateau de la Compagnie, je
me réfervai mon lit, une mallette,
lune poile, une broche , une marmite ,
une cafferole, de la munition de bou-
che & de chañle , & matente. F’avois
beaucoup de poudre dans un petit baril, |
êc je crûs que quinze livres de plomb TAuteur res me fuffiroient pour tout le voyage 3 ves. Lonis, mais l'expérience que je fisen remon- pe”, ne tant le fleuve m'infruifit que pour un Pays auffi rempli de gibier il falloit fai-
re une plus grande provifion de plomb
fi on vouloit s'amufer à tirer,{ans même
aller chercher le gibier hors de la route
que l’on tient. À peine fûmes nous ar-
… (x) Pagaïe eft une petite rame dont on fe fert pour ramer en devant, fans toucher à la
Pirogue : les Divinités des Fleuves en tien- ment ordinairement une en main,
€
126 Hifloire | 1 rivés à la conceffion de M. Paris du Vernai, que je fus obligé d’en em prunter quinze autres livres,prévoyants par la quantité que j’en avois ufé de= puis vingt-huit lieues, que je n’en au= rois point trop d’en prendre encore aux tant. En conféquence de ce que j'avois éprouvé, je ménageois ma provifion! que je regardoïis comme très petite,& je ne tirois alors que ce qui pouvoit être propre à nos repas» comme Cas nards fauvages , Canards branchus 3 Cercelles, Becfcies & femblables. Je voulus tuer entrautres un Carancro pour pouvoir l'examiner de plus près que je n’avoisencore pü faire ; je le ti- rai à balle de même que les Outardes % les Grues & les Flamans (1) ; je tirois auñli fort fouvent de jeunes Crocodiless dont la queue donnoit aux Efclaves de: quoi faire de friands repas, de même qu'aux François & Canadiens rameurs, quoique d’ailieurs mes Efclaves ayant la garde du gibier,ne s’en laifloient pas manquer.
Ces Crododiles me font revenir li dée d’un monftrueux de cette efpece
(1) Je parlerai de ces Oifeaux dañss la Def cription que je donnerai en fon lieu des Ois feaux de la Louifiane.
, que
fé de la Louifiane. 125 Mae je tuai dansce voyage. Mon Efcla- ve l’apperçut(r)la premiere, il fe chauf- _foit au Soleil fur le bord du Fleuve àdix pieds environ plus haut que la furface de l’eau ; nous voguions près de la terre, & fi la peur leur fait précipiter dans Veau, nous avions jufte fujet de crain- dre qu’étant vis-à-vis denous , fa mafle énorme ne nous eût fait tourner & peut être noyer , fur-tout dans un Fleuve auf profond qu’eft celui-là. Après ces réflexions que j'eus bientôt faites, on arrêta fans bruit, je coulai une balle fur mon plomb, je ne voyois que fa tête & L’Auteur tne mon Le étoit affez gros : je le vifai a au Vœil, & de fuite après mon coup illong, a ouvrit fa gueule qui auroit englouti un ‘ demi muid, la referma à l’inftant & ne fit plus aucun mouvement. … Je mis à terre un peu au deffous pour Pachever en cas qu'il eût encore don- mé quelques fignes de vie, maïs je le “trouvairoide mort. Les bateaux arri- verent dans cet intervalle ; M. de Me- “ham qui en commandoit un, voulut le mefurer , fa longueur fe trouva de dix- neuf pieds, fa têce de trois pieds &
(1) Les Naturels ont toujours les yeux aler= tes , par l'habitude qu'ils ont d’etre fur leurs gardes dans les bois & dans leurs voyages,
Tome I. i
fon odeur mufquée. M. de Meham me“ dit que deux ou trois ans auparaw vant, ilenavoit tué un de vingt-deux! pieds de long. Quand j’aurois été ins crédule à ce fujet, je n’aurois pu V’é= tre en cette occurrence: d’ailleurs Je Pavois appris par des témoins oculairessl Au refte on peut s'imaginef que c'és toit un très-vilain Lézard aquatique ê& un monftre affreux (1). 1 A près plufieurs jours de navigation nous arrivames à Tonicas le lende= main de Noël ; nous n'avions point ef= rendu la Meffe depuis notre départs faute de Prêtres qui n'étoient point communs dans cette Province : nou entendimes ce jour-là celle de M: d'Ar vion des Mifions Etrangeres. fl nou fit beaucoup de carefles, & nous reçu
… grandement ; fa bonne réception & le _#ollicitations nous furent une occafioi
d’y pañer le refte des Fêtes. Je mi
_ (1) On verra la defcription du Crocodi pa fon lieus |
de la Louifiané: T2 #ormai à lui-même fi fon grand zéle pour le falut des Maturels faifoit beau- | coup de progrès; il me répondit pref- Me me que la larme à l’œil, que nonobftant le Rares de té profond refpeét que ces Peuples lui Louifiane. portoient, à grande peine pouvoit-il obtenir de batifer quelques enfans à Particle de la mort , que ceux que _ étoient en âge de raifon s’exculoient -d'embrafer notre fainte Religion, fur _ce qu'ils difoient être trop vieux pour s’accoutumer a s'aflujettir à des régles fi difficiles à obferver ; que le Prince ( 1) depuis qu’il avoit tué le Médecin qui traitoit fon fils unique dela maladie dont il étoit mort, avoit faitré{olution . de jeûner tous les vendredis de fa vie , fur les vifs reproches qu'il lui avoit faits de fon inhumanité. Ce grand Chef ne manquoit pas à la priere que M. d'A- vion faifoit foir & matin, les femmes & les enfans y affiftoient aflez régulié- rement, mais les hommes qui n’y ve=
/
. (1) Les Princes fouverains de ces Nations fe nomment grands Chefs. Ainf que l’on me foit point furpris fi l’on fe fert dans cette Eliftoire de ce mot pour exprimer le nom de Celui qui les gouverne ; c’eft l’interpréta- “tion que l’on a donnée au terme qui dénote celui qui a en main la fouveraine Puiffance.
11
24 Hijtoire “4 noïent pas fouvent , prenoient plus de plaifir à fonner la cloche ; du refte ils. ne laiffoient manquer d'aucune chofe ce zélé Pafteur, & lui fournifloient touts ce qu'il témoignoit lui faire quelques plaifir. /
Nous étions encore éloignés de vingt=
Û
cinq lieues du terme de notre VOyages qui étoit le Canton des Natchez. Nous”, partimes des Tonicas pour achever notre route, furlaquelle nous ne vimes rien qui puifle intéreffer le Lecteur, fi ce n’eft plufieurs Ecores qui tiennenë enfemble : ily a entrautres celui que l’on nomme l'Ecore Blanc, parce qu’on y trouve plufieurs veines de terre blansi che, grafle & très-fine, avec laquellen j’ai vû faire de très-belle poterie. Sur lé même Ecore on voit des veines d’ocren que les Natchez venoient prendre pouf barbouiller leur poterie, qui étoit afeZ" jolie ; lorfqu'etle étoit enduite d’ocresn elle devenoit rouge après fa cuiflon. M Nous arrivâmes enfin aux Natchegs après avoir fait quatre-vingt lieues Nous mîmes à terre au débarquement” qui eft au pied d’un Ecore quia de
| cens pieds de haut, fur la cime duqué j Débarquement eft conftruit le Fort Rofalie, ‘entoufé
du Pofte des : | Narchezs (eUlement de pieux en terre 3 Vers
de La Louifiane. | Foi
OCR fs FAR . Milieu eñ montant on trouve le maga- fin vers quelques maifons d’Habitans ; qui s’y font établis, parce que la mon-
tée n’eft plus froide en cet endroit: c’eft:
auffi pour la même raifon qu’on y a
_conftruit le Magafin. Lorfque lon eft
au plus haut de cet Ecore, on découvre
_ tout le Pays qui n’eft qu’une belle &
grande plaine entre-coupée de petites
_monticules , fur lefquellés les Habitans
avoient bâti & formé leurs Habitationsz le coup d'œil en étoit charmant,
* Quoique cette grande côte foit fur le bord du Fleuve, Peau du Fort & toute celle qui tombe fur le haut de
certe Côte par les pluies, va fe rendre
à une lieue plus bas dans une petite ri- viére, qui fe jette dans le fleuve à qua= tre lisues du Fort ; ce qui me parut aflez extraordinaire. En arrivant aux Natchez je fus très- bien reçu chez M. dela Loire de Fiau- court Garde Magazin de ce Pofte; it tious régala de gibier qui abonde en: cet endroit. Ds le lendemain j achetai une maïfon près du Fort pour loger M. Hubert & fa famille en arrivant.
jufqu'a ce qu’il eût bâti fur fon Habi.-
Il m'avoit aufli prié de choifir deux F ii}
Habitation de
EPA uteur,
LT
x 26 Hifhoire
terreins commodes pour former deux
|
Habitations confidérables,dont une de-
voit être pour la Compagnie & l’autre
pour lui. J’y fus dès le fur-lendemain
de monarrivée avec un ancien pour me conduire & m'indiquer les endroits, pour en même tems choifir un terrein pour moi; je le trouvai dès le même jour, parce qu’il eft plus facile de choi- fir pour foi que pour les autres.
Je trouvai fur le grand chemin du principal village des Natchez au Fort, à mille pas de ce dernier, une cabane
de Naturels fur le bord du chemin, en-.
tourée d’un terrein défriché;j’achetai le
tout par le moyen d’un Interprête.Je fis
cette acquifition avec d’autant plus de
plaifir, que j'avois fur le champ de quot .
me loger avec mes gens & mes effets 5
le champ défriché étoit d’environ fix.
arpens pour faire un jardin & planter du
tabac, qui étoit alors la feule denrée:
qui occupâtles Habitans, L'eau étoit
a e 3 ° d’ toit excellent, J'avois d'une part un
près de ma cabane & tout mon terrein «
côteau en pente douce ; boifé & fouré de cannes qui viennent toujours dans
étoit une futaye de Noyers blancs de
_les terreinslesplus gras ; derriere étoit une grande prairie, & de l’autre côté
PE) A
di
1 #4
| de la Louifiane. 127 plus de cens cinquante arpens, avec de l’herbe deflous jufqu'au genouil. Fout ce terreinétoit généralement bon, la terre noire & légere ; il contenoiten tous quatre cens arpens d'une melure plus grande que celle de Paris. Je pris les deux autres terreins que M. Hubert m’avoit chargé de lui chercher, fur le bord de la petite riviere des Natchez, chacun à demie lieue du grand village de cette Na- tion , à une lieue du Fort, & mon ter- rein {e trouvoit au milieu de ces deux Habications & du Fort, &bornoitles … deux autres, Je fus enfuite me loger fur mon terrein dans la cabanne que Javois achetée du Naturel, je mis mes gens dans une autre qu’ils fe firent à côté de la mienne, de forte que je me trouvai logé à pèu-près comme nos Bucherons en France, lorfqu’ils tra- vaillent dans les bois. _ À peine fus-je inftallé fur mon Ha- bitation je fus voir avec l’Interprête les autres Champs que les Naturels -avoient défrichésfur mon terrein; je les achetai tous à la réferve d’un feul .que le Naturel ne voulut jamais me vendre: il étoit fitué de façon à me convenir , jenavoisenvie , & je lui aus F iv
‘28 Hifloire
rois payé bien plus cher, mais il me fut
impofhble de le faire confentir à ma vo- lonté. Il me fit dire que fans le ven- dre, il me l’abandonneroit aufli-tôt que j’aurois étendu mon défriché juf- qu’auprès du fien, au lieu qu’en reftant. auprès de moi fur fon terrein, je le
trouverois toujours prêt à me rendre
fervice , & qu'il iroita la chafle & à la pêche pour moi. | Cette réponfe me fatisfit , parce
qu'il m’auroit fallu plus de vingt Né-.
gres avant que j'eufle pû l’approcher 3 on m’aflura d’ailleurs qu’il étoit hon-
nête homme; & bien loin d'avoir ew.
occafion de me plaindre de fon voifina- ge, j'enai eu au contraire toute forte de fatisfaction. |
Rs
D CHAPITRE: IX.
L'Aureur ef} attaqué d’uné Stciatique x Entretiens [ur deux Points d’Aftro= nomie : L’ Auteur eff guéri par ur: Médecin Naturel.
] L n’y avoit pas encore fix moisque. L je demeurois aux Natchez, que je reflentis des douleurs à une cuifle ; ce qui ne m'empéchoit cependant point d'agir aflez facilement à mes affaires. J'en parlai au Chirurgien Major qui m'en fit craindre les fuites. pour les. éviter ,il me dit qu’il falloit me faigner & que l’humeur fe détourneroit. La. chofe arriva comme il l’avoic dit, mais: lhumeur fe jetta fur l’autre cuifle, &. s’y fixa avec tant de violence , que. je ne pouvois plus marcher qu'avec des- douleurs extrêmes. Je fis confulter les: Medecins & Chirurgiens de la. nou- 1’Auteur cyn2 velle Orléans , qui me confeillerent de qe 2. pu prendre des bains aromatiques ; & que en fe fa s'ils étoient inutiles il falloit repañler.en Sciatique. France pour y prendre les eaux & m'y baigner. Cette réponfe me fatisfit d’aue. Fy
130 Hifhoire :
tant moins queje n’étois point pour cex ; la afluré de ma guérifon, & que ma fi- w
tuation préfente ne me permettoit point de repañler en France. Je crois que cet- te miférable maladie provenoit en par-
tie de la pluie que j'eus fur le corps’
pendant prefque tout notre voyage, & que ce pouvoit être auf quelque
fruit de la guerre & des fatigues que
-Javois effuyées dans plufieurs campa- gnes que j'avois faites en Allemagne.
Comme je ne pouvois fortir de ma bicoque , plufieurs honnêtes gens du: voifinage avoient la bonté de venir de tems en tems me tenir compagnie; j’a- vois déja quelques bons voifins, puif- que le jour de notre arrivée qui étoit le $ Janvier 1720, nous nous trouvâ- mes au moins douze à table chez M. de Flaucourt, chez lequel nous fimes
es Rois.
Du nombre de ces charitables voi- fins étoit le R. P. de Ville ; ce digne Religieux étoit plein d’érudition, il étoit membre d’une Société qui a pro-
duit un fi grand nombre de Sçavans, :
que fa Science ne fut point pour moi un
fujet d’étonnement. Ii m'honora fou-
vent de fes vifites, & je profitai de mon
mieux des vives lumieres qu'il répan= w
LE el Épr
: FT & a l'A f +
# _ de la Louifiane. Î3r doit dans nos converfations : il at- . tendoit que la glace qui alloit venir du Nord fût païlée pour monter aux -Tlinois ; cette relâche me procurabeau- coup de fatisfaction , elle adoucit l’en- -nui inféparable de la folitudé où ma maladie me retenoit, & le chagrin . que me donnoit l’évafñon de mes deux D. … Dans ces entretiens que nous avions “enfemble fur toute forte de fujets, & dans lefquels je me faifois un devoir d'écouter beaucoup , & de faire plus de queftions que de donner des dé- _cifions, nous tombâmes un jour fur les: fyftêmes du Monde. Le R.P. de Ville, qui fçavoit que j'avois fait mon Cours: de Mathématiques, m'interrogea à fon tour, & voulut fçavoir mon fentiment fur cette queftion : Comment peut - on accorder le fyflême de MM, de V Ara- démie Koyale des Sciences avec lE- criture Sainte ? æ Ces MM., conti< »nua-t-il , prétendent que le Soleil eft » au centre du Monde, & que la Terre » & les autres Planétes tournent au- “tour du. Soleil ; le fyftême au con- sitraire de l'Ecriture dit , que la Terre »“ellllau centre, & que le Soleil & les autres Planétes tournent autour
F v]
Li M <
Ç s) à
132 Hifhoire » de la Terre ; de quelle maniere petis. » fez-vous que l’on peut concilier ces » deux fvftêmes qui paroiflent fi op=" » pofés ? » Je lui. dis que jele priois de prêter attention à une idée qui me venoit, & qui pourroit donner quelque Accord des éclaircifflement à fa propofition. » On qeux Dfèmes » ne peut douter , lui dis-je, que l’'U- tions du Soleil » nivers ne foit une Machine , dont & de la Terre, » toutes les Parties font intimement. » liées les unes aux autres; & il eft » inutile dans l’occafion préfente de fe » défendre , comme quelques-uns ;: » en difant que Dieu parloit aux hom- » mes felon leur maniere de penfer s, » difons donc plutôt, que Dieu étant » l’Auteur de cette Machine, il en. », connoifloit parfaitement toutes les. » parties, & le Méchanifme, & qu'il » in pira à Jofué d'arrêter la Machi- » ne du Monde, par fon premier mo- p bile : c’eft-à-dire que le Soleil étant. » au centre du Monde & tournant fur » lui-même, donnoit le mouvement à » toutes les parties de l'Univers ; or il -» eft de la prudence d’un fage & fçavant. 2 Méchanicien d'arrêter fa machine par + le premier mobile plutôt que par une. x pléce éloignée, qui doit avoir un » mouvement beaucoup plus rapide:
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Rd
ñ de la Eouifiane: ‘ 733% > ainfi Jofué ordonnant au Soleil de: -» s'arrêter , ordonnoit à toute la Ma- .» chine du Monde de fufpendre for > mouvement; & ilfuivoit en ce point … »lordre de la Méchanique; ainfi il pa … »roïtquele fyftéme de l’Académie n’eft » point contraire aux Livres faints ». Le P. de Ville me dit qu’il n’avoit ja-. mais [à ni entendu dire ce que.je venois: de lui dire ; mais que mes raifons lui pa- _roifloient juftes, & d’autant plus fa- tisfaifantes , que par ce moyen l’on pouvoir accorder les deux fyflêmes ; n’y ayant plus rien dans l’un qui re- _ pugnât à l’autre. Depuis mon retour: en France, j’eus occafion étant à Fon- tenai-le-Comte en Poitou , d’en par= ler en 1747 aux RR, PP. Roufleau &. agras , anciens Profefleurs de Phi- . lofophie, qui parurent fatisfaits de ma. façon de réfoudre cette difficulté. … Le P. de Ville revint peu de jours. “après, @& me dit que notre derniere: … converfation lui avoit occafionné plu- - fieursréflexions À ftronomiques;qu'el- Je l’avoit jetté entr’autres {ur l’éloigne-- ment que l’on donne ordinairement de: la Terre au Soleil, que l’on dit étre de trente millions de lieues ; que cette: diffance étant immenfe, elle rendeis
De {a diftance de la Terre au poleile
34 0 HN inconcevable la diftance des autres
…
à
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Planétes à la Terre; & me pria de
lui dire mon fentiment à ce fujet.
Je lui répondis que je n’étois point
1 4 j 4 a
Aftronome ; que cependant j'allois lui obéir , & lui faire part de mes réfle
xions, depuis ma folitude involontaire,
» Je ne crois pas, lui dis-je, que
» la Terre foit à beaucoup près fi éloi-. » gnée du Soleil que l’on veut nous.
» le faire croire. Je ne prétens-pas » vous faire un jufte calcul de la dif- » tance que je donnerois de la Terre:
» au Soleil, fuivant mon idée ; mais: > feulement vous faire comprendre à:
æ peu près en deux mots la grande » différence de l’éloignement qu’on lui. > donne ordinairement, de celui que
> je préfume qu’on doit lui donner.
» Pour connoître cet éloignement, il
2 n'y auroit qu’à multiplier la circon-
» férence de la Terre par trois cent » foixante-cinq jours & quart, un peu.
»> moins qu’elle eft à faire {a révolu-
» tion annuelle , & pour lors Îe raïon
>» de fon Orbite fera la diftance qui fe
» trouve entr’elle & le Soleil. Le R.. P. de Ville me dit que je lui ouvrois
les veux fur le moyen de connoitre :
la vraye diftance de la Terre au So- Jeil.
ss
nt 16e
# de la Louifiare: 3
- Cependant mon mel ne diminuoit
Je pris la réfolution de me fervir à cet
que l’on m'indiqua, & qui me dit qu'il me guériroit en fuçant l’endroit de ma douleur. Il me fit quelques fcarifica- tions avec un éclat tranchant de cail- lou, toutes de la grandeur d’un coup de lancette , & difpofées de façon qu'il
pouvoit les fuçer toutes à la fois; ce qu'il fit en me caufant des douleurs. extrêmes ; il fe repofoit de tems à autre:
apparmement pour me faire valoir fon: “travail, & me tint ainfi l'efpace de demie heure. Je lui fis donner à man- LE .0. 14 CE \ 3 . /
ger & le renvoyai après lavoir payé,
Jufage étant trop bien établi dans tous
“pays de payer ceux qui traitent les ma= …ladies, quoi qu'il en puifle arriver.
… Le lendemain je me fentis un peu: loulagé ; je fas me promener dans mon: “champ ; on me donna confeil dans ma: “promenade de me mettre entre les mains des Médecins Natchez, que l’on 4 (1)' Jongleur eft parmi les Naturels un: … Chirurgien, Devin, & même Sorcier felon:
le Vulgaires.
poinc , ,& plus il fe prolongeoit, plus j'en apprehendois de fâcheufes fuites.
effet d’un Chirurgien ou Jongleur (1),
L’Auteur fé fait traiter de- fa Sciatique par un Jon» gleure
F3 6 Hire ? me ditavoir beaucoup de fcience > qui faifoient des cures qui tenoient dus miracle: on m’en cita plufieurs exem= ples qui me furent confirmés pär des! perfonnes dignes de foi.
Que n’aurois-je point fait pour ma guérifon: © Entre les mains de qui ne: me ferois-je point mis, vû les dou leurs que je reflentois ? Le reméde: d’ailleurs étoit très-fimple felon lex= plication que l’on m'en fit ; il.ne s’a- gifloit que d’un cataplafme ; on l’ap- pliqua fur la partie fouffrante, & au bouc de huit jours je fus en état d’al- ler au Fort. Je fus parfaitement guéri puifque depuis ce tems je ne m'en fuis:
nullement reflenti, Quelle fatisfaction pour un jeune homme qui fe trouvé: en pleine fanté après avoir été con-
| , traint de garder la maifon l’efpace de”
LAutèur gué-Quatre mois & demi , fans avoir pü:
rit de fa Sci” fortir un inftant! Mes amis que j’al«
tique : fon Né-.-. ! : Fe HN | gremewr. LOIS remercier, m'en féliciterent, &° j'étois aufli joyeux que peut l'être un: Maitre qui vient de perdre un bon.
Nécre..
Mon Négre venoit de mourir d’une fluxion de poitrine, qu’il avoit.attra- pée dans fa fuite pendant ma maladies, ja jeunefle &. fon défaut d'expérience:
f Le la Louifiane. 127 Mi firent faire cette folie, efpérant de “pouvoir vivre dans Îles Dos ; mais ik “trouva des Tonicas (1), Nation Amé- ricaine à vingt lieues des Natchez; ils lemmenerent à leur Village: mon E£ clave & fa femme furent rernis entre les mains d’un François,chez lequel ils travaillerent , &c par ce moyen gagne- rent bien leur vie. M. de Montplaifir qui venoit aux Natchez me fit la gra- (ce de payer leurs vivres, en donna une décharge, & me les amena, dont je lui eus grande obligation.
à M. de Montplaiir étoit fans con- redit un des plus aimables Cavaliers de la Colonie; tout le Monde lui ren- Joit cette juflice; la Compagnie l’a- poit fait venir de Clerac en Gaico- one, pour répir fon Habitation aux Natchez , y faire cultiver du Tabac & montrer aux Habitans à le fabri- quer , la Compagnie ayant appris que ÉPole en produifoit d’excellent .. que les Habitans de Clerac en pof- Hédoient parfaitement la culture & la maniere de le bien façonner.
Ë Le 1) Les Tonicas ont toujours été amis des L François.
Bornes de la Louifianee
CHAPITRE X.
Deftription Géographique de la Eouis Jiane : Climat de cette Province.
| C: Omme je n'écris que les chofes dont je fuis témoin, ou que j'ai appriles par mes découvertes & mes expériences, je tâche de les rappor- ter dans leur tems: ainfi il étoit né ceffaire que je fûfle établi dans le Pays, avant d’en donner une con- noïfflance aufli exacte que je voulois que füt la Defcription Géographique particuliere & détaillée de la Loui- fiane, Qu’on re foit donc point fur- pris, fi je ne lai point mife plürôr dans le Corps de cette Hifioire.
La Louifiane fituée dans la partie Septentrionale de l'A mérique, eft bor- née au Midi par le Golfe du Mexi- que, au Levant par la Caroline, Co- lonie Angloife, & partie du Canada. au Couchant par le nouveau Mexi- que, au Nord en partie par le Cas nada : le refte n’a point de bornes ; & s'étend juiqu’aux Terres inconnue
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avec le Cours du Fleuve S'Louis, les Riveres Adjacentes, Les Ntons des Naturels ls Btablissemr et les Mines. | Par lAukur de l'Histoire de cette Province -
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4 dr “._ de La Louifiane. 139
[LS nes de la Baye de Hud{on. On
donne environ deux cent lieues
# | :. x Climat de (a Climat de la Louifiane varie 4j gane,
que l’on en peut dire en général, P que fa partie Méridionale n’eft brûlante comme celles de PA fri- , qui font fous la même latitude, ue fes parties Septentrionales font S froides que celles de l'Europe, eur correfpondent. La nouvelle ans qui eft par les 30 degrés , à que la côte la plus au Nord
A“ 1 CE ? e MNatchez où j'ai demeuré huit ans,
UE
Bonté de ce Climat pour Îa AATÉe
#40 Hifloire 6 dante. J’attribue à deux caufes'e t différence de climat d’avec V’A friqu & l’Europe; la premiere eft la quäf tité de Bois quoi qu’épars, qui cou vrent le Pays, & le grand nombf de Rivieres ; les uns empêchent qu le Soleil n’échauffe la terre, & le autres répandent une grande humidi. té: de plus la continuité des terre qui s'étendent vers le Nord; d'onñi fuit que les Vents qui en viennen font beaucoup plus froids que sil avoient en chemin traverfé les Mers car on fçait que fur la Mer, lair nef jamais fi chaud ni fi froid que fur" Terre; ceft ce que l’on peut vérifie fur tous les Pays dont on connoît el climat & la pofition, | 4 Ainfi on ne doit pas être furpri que dans la Louifiane Méridionale ul vent de Nord oblige en été de s’h& biller!, ni qu’en hyver un vent de Mi. di permette de fe découvrir. Dan: un tems la féchereffe du vent, & dan: l’autre la proximité de la Ligne, er font les caufes naturelles. 4 On pañle peu de jours à la Loui: fiane fans voir le Soleil ; ce n’eft que par orage quil y pleut ; le mauvais tems n'y dure point, & une demis
” T7 ES
_ dela Louifiane. t4t re après il ny paroït plus : mais $ rofées font très-abondantes , & reme acent avantageufement les pluyes.
Ainfi lon croira fans peine que r y eft parfaitement bon; le Sang eft beau ; les hommes s’y portent ien, peu de maladies dans Îa force e l’âge, point de caducité dans la ieillefle, que l’on poufle beaucoup lus loin qu’en France. La vie eft lon-
les ©
sw
Ce Pays eft fort arro“é , mais bien lus en des endroits qu’en d’autres. Le leuve S. Louis partage cette Colo- ie du Nord au Sud en deux parties refque égales. Les premiers qui en firent la découverte par le Canada, de nommerent de Colbert , pour faire hon- neur à ce grand Miniftre , qui étoit pour lors en place; il eft nommé par
quelques Sauvages du Nord Meaét-
Pere des Rivieres , d’où les François qui veulent toujours frangçifer les mots étrangers , ont fait celui de Miffiffipis d'autres Naturels, fur-tout vers le bas du Fleuve, le nomment Balbancha : enfin les François en dernger lieu l'ont nommé Fleuye S, Louis.
Chaffpi, qui fignifie à la lettre vieux
Du Fleuve Si -
Louis,
| 145 Hifhoire Fi : ti de te Plufieurs Voyageurs ont tehté int __ *. tilement d'aller à fa fource, qui néanmoins connue , quoiqu’en difer
quelques Auteurs mal informés ; voi
ce qui eft de plus certain fur la foute
de ce grand Fleuve de Amérique Sy tentrionale. 1
M. de Charleville, Canadien & pi
rent de M. de Biainville, Commap
dant Géneral de cette Colonie, m'
dit que dans le temsde l’établiffemer
” des François, la curiofité feulement*
voit engagé à remonter ce Fleuve ju
qu’à fa fource ; que pour faire ce voy
ge , il avoit armé un Canot d’écorced
Bouleau, pour pouvoir plus facile
ment le tranfporter en cas de befoir
Etant ainfi parti avec deux Canadien
Saut S. Ans & deux Naturels, des marchandifes des des munitions de guerre & de bou che , il remonta le Fleuve trois ceñs
lieues vers le Nord , au-deffus des Il!
linois : il fe trouva en cet endroit 4
Sault que lon nomme de S. Antoine
Ce Sault eft un rocher plat qui travel
fe le Fleuve, & lui donne une chuüte
de huit à dix pieds de haut feulement
(1), il fit le portage de fon Canot & (1) Dans le Journal GŒconomique, Sep:
fembre 1751, page 135. ligne 1, au-deflous;
de la Louifrane: 14%
fes effets ; s'étant enfuite rembar- 1é au-deflus de ce Sault, il continua “remonter ce Fleuve encore cent dues vers le Nord, où il trouva des houx en chafle (x). . Ce Voyageur avoit un air de can- eur qui le faifoit aimer des Naturels, fi bien que des François , & fa pro- ité le faifoit encore plus eftimer lorf- “il étoit connu. [Il avoit beaucoup oyagé parmi les Nations du Canada, c{e faifoit parfaitement entendre par pnes : par le moyen de ce talent & es Langues qu'il fçavoit, il auroit pù voyager chez toutes les Nations des Naturels de l'Amérique.
Les Sioux péu accoutumés à voir M. de Charle- des Européens, furent très-furpris de Mate: “e voir , & lui demanderent où il al- lieues toit ; 1l leur fit quelques petits pré- lens , & leur fit entendre que fon in- « tention étoit de remonter jufqu’a la lource du grand Fleuve. Les Sauva- es font naturellement portés à cher-
hfezau-deflus, ibid. page 139. fept à huit toi-
fes, lifez huit à dix piede. fi . (r) Les Sioux habitent à quelque diftance
du Fleuve , & cent lieues plus haut que le
Sault S. Antoine. Quelques-uns difent que
Gette Nation habite Les deux cOtés du Fleuves
Li
44 Hifloire
Sur ces éclairciflemens on peut afsi
cher des pays meilleurs que ceux qu habitent, & connoiïffent les prodit tions de tous les climats, parce@| les voyages ne leur coûtent rien 34 n’ont garde de s'établir dans des co trées dont le Sol n’eft pas fertile ,M où le gibier n’eft pas abondant; au les Sioux connoïffent certainement terres qui font plus éloignées. Ceu ci donc dirent à M. de Charlevill » Où veux-tu aller ? Ce pays eft tré » mauvais ; tu auras grande peine > trouver du gibier pour vivre ; À > a très-loin , puifque nous compto æ qu'il y a ue loin de la fourcet > cette grande Riviere jufqu'à le » droit où elle faute, que de cet € » droit jufqu’à la grande Eau. » (1
rer que ce Fleuve doit avoir quim À feize cens lieues de fa fource à fe embouchure , puifqu'il y a huit ce lieues du Sault $. Antoine à la Me Cette conjecture eft d’autant plus pt bable , que loin dans lesterres du Not il fe jette dans ce Fleuve quantité € Rivieres d’un cours aflez long ; qi mên
(1) C'eft ainfi que ces Peuples nomme la Mer: |
F de la Louifiane: r4$ fnême au-deffus du Sault S. Antoine , on trouve dans ce Fleuve jufqu’à trente j & trente-cinq brafles d’eau » & de la Me nu, largeur à proportion , ce qui ne peut ve S. Louis ; venir d’une fource peu éloignée ; je SePuis fa four> puis ajoûter que toutes les Nations des Mer? Naturels , qui l'ont appris de ceux qui : Ont le moins éloignés de la fource j penfent de même à cet épard. On peut Honc à préfent ftatuer fur la longueur Ne la Louifiane , puifque l'ontient déjà kize cens lieues du Fleuve S, Louis: Îl eft aifé de comprendre par tout € que je viens de dire, pourquoi on
Wau contraire on donne le nom de lviere aux eaux de fource > qui per- ent leurs noms en même tems qu’elles : perdent dans le Fleuve.
Reprenons ce Fleuve depuis fa four: = juiqu'à la Mer. Quoique M. de barleville n'ait point vû la fource du leuve S. Louis , il apprit qu’un bon ombre de Rivicres y conduifoient
Tome I,
€46 Hifioire 0
leurs eaux ; il en a vües même au-def
{us du Sault S. Antoine , qui avoien
plus de cent lieues de cours , & qui
venoient des deux côtés fe rendre dans:
ce Fleuve ; il n’en fçavoit point le
nom, ainfi je ne parlerai que de:
celles qui fontau-deffous du Sault S.
Antoine , & qui font connues. N
Il eft bon d’obferver qu’en defcens
dantle Fleuve depuis le Sault S. An-
toine, la droite fe trouve à l’'Oueft
(ou Couchant}), & la gauche à l'Efl (ouLevant). La premiere Riviere qu'on
ii trouve depuis le Sault & quelques lieues RE plus bas, eft la Riviere S. Pierre ange Croix, & vient de l’'Oueft; plus bas à ’Ef eff la Riviere Sainte Croix: elles fon toutes deux pañlablement grofles ; 4
s’en trouve quantité d’autres beaucou]
plus petites dont le nom n’import
point. On rencontre enfuite celle d
Moingona qui vient de POueft (1)
environ deux cent-cinquante lieues au
deflous du Sault ; elle a plus de cent
cinquante lieues de long. Depuis cett
Riviere jufqu’à celle des Illinois,
fe jette dans le Fleuve quantité W
petites Rivieres ou Ruifleaux à dro
(1) Cette Riviere eft en partie falées
de la Louifiane: 147 | fe & à gauche. Celle des Illinois Riviere des vient de l’Eft. & prend fa fource fur Minois. les Frontieres du Canada; fa lon- gueur eft de deux cent lieues. Li _ La Riviere du ÂMiflouri vient d’en- Riviere du wiron huit cent lieues, courant du Mifouwi. MNord-Oueft au Sud-Eft ; elle fe dé. charge dans le Fleuve, quatre à cinq lieues au-deflous de celle des Illinois. Cette Riviere en reçoit beaucoup d’au- . tres, en particulier celle des Can- Riviere des zés, qui a plus de cent-cinquante lieues pa de cours. De la Riviere des Illinois, & de celle du Miffouri, on compte icinq cent lieues jufqu’à la Mer, & trois cent juiqu’au Sault S. Antoine, | Du Mifouri jufqu’à l'Ouabache, il y Riviere dOuss a cent lieues; cette derniere fe nom- me ordinairement ainfi , quoiqu’on lui donne plufieurs autres noms ; c’eft par cette Riviere que l’on va en Ca- mada, depuis la nouvelle Orléans juf- qu'à Quebec. Ce voyage fe fait en che de là témontant le Fleuve depuis la Capi- oran © 18 tale jufqu’à POuabache, que l’on re- Quebec. onte de même jufqu’à la Riviere des Miamis ; on continue cette derricre juiqu'au Portage : dès que l’on ef arrivé à cet endroit ,jon va chercher des Naturels de cette Nation, qui
1110 G 1j --
Riviere d'Ohyo,
148 Hifloire \ font le Portage l’efpace de deux lieues®n le chemin fait, on trouve une petité Riviere qui tombe dans le Lac Erié} où l’on change de voiture: c’eft-à= dire, que l’on a remonté en Piros gues , & que l’on defcend le Fleuve S. Laurent jufqu'a Quebec en Canots d'écorce de Boulleau. On eft de mê= me obligé de faire des Portages fur
ce dernier Fleuve , à caufe des Saults
ou Cataractes qui s’y trouvent en plus fieurs endroits. |
Ceux qui ont fait ce Voyage m'ont dit qu’ils comptoient dix huit cent lieues depuis la nouvelle Orléans, jufqu’à Quebec. Quoiqu’à la Loui- fiane, on regarde l'Ouabache comme la principale Riviere de celles qui viennent du côté du Canada, & qui réunies dans un même lit, forment la" Riviere à laquelle on donne commu nément le nom d'Ouabache, cepen: dant tous les Canadiens voyageurs affürent que celle que l'on nomme O: hyo & qui fe jette dans l’Ouabache, vient de beaucoup plus loin que cette derniere, ce qui devroit étre une rai fon de lui donner le nom d’Ohyo: mais l’afige a prévalu. |
Depuis l'Ouabache & du même cô»
il de la Louifiane. 149 “té jufqu'à Manchac, on ne voit que très-peu de Kivieres & très petites , qui fe jettent dans le Fleuve, quoi- quil y ait près de trois cent cinquante lieues de l'Ouabache à Manchac ; ce qui fans doute paroïîtra extraordinaire à ceux qui ne connoiflent pas le Pays. . La raifon que l’on en peut don- ner paroît toute naturelle & fe rend fenfible : dans toute cette partie de la Louifiane qui eft à PES du Fleu- ve S. Louis, les terres font telle- ment élevées dans le voifinage du Fleuve, qu’en beaucoup d’endroirs les eaux pluviales s’écartent des bords du Fleuve, & vont tomber dans des Ri- vieres qui fe déchargent direétemenr dans la Mer ou dans les Lacs: une autre raïon très-vraifemblable, c’eft que depuis lOuabache jufqu’à la Mer, il ne tombe de pluye que par ora- ge; ce qui eft compenfé par les ro- fées abondantes , pour ce qui regar- de les plantes qui n’y perdent rien. L'Ouabache a trois cent lieues de cours, & l’Ohyo prend fa fource cent lieues